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Mozart avec Sade (III)

radio, mai 1983 (archives sonores : une exclusivité pileface)

D 2 janvier 2009     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’amour le plus grand, le plus sûr, pourrait s’accorder avec la moquerie infinie. Un tel amour ressemblerait à la plus folle musique, au ravissement d’être lucide.
Georges Bataille, Sur Nietzsche [1]

Entendre, c’est voir.
Martin Heidegger [2]

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Sade par Man Ray
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Mozart par Lange
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Article précédent : Mozart avec Sade II


Deuxième partie

Textes :
Sollers, Paradis II, Lettre de Sade dans Théorie des exceptions
Mozart, Lettre à sa soeur
Sade, Lettre à Mme de Sade, Lettre à Mlle de Rousset

Extraits de Mozart :
Quatuor en ut majeur K. 965, Les dissonances, par le quatuor Julliard
Une plaisanterie musicla K. 522, par Guido Quartelli
Canons et trios vocaux
La flûte enchantée, dir. Otto Klemperer
Quintette en ré majeur K. 593, par le quatuor Julliard
Messe en ut mineur K. 427, dir. Herbert von Karajan.

1. (47’12 et 10’03)

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Quelques extraits des textes lus par Sollers

« avec le faux soleil revenant chaque jour pressant son nouveau soleil faux soleil sa faux décapitant l’hors-soleil pour reprendre en main le soleil et la monde se sent bien comme ça tournant dans sa monde incarmanation ras-du-monde loi disque fléau cornes rondes et tout ça se ressent très bien plomb soleil avec un grand plaisir de souffrir comme ça d’alourdir de pouvoir grossir abrutir fixer solidifier fasciner boursoufler faire baver sans fin le néchet le crouper dans son modelé le reprendre en baffe agonique le trouer le refaire biber le pétrir d’effroi le bercer l’allumer puis le pétrifier l’assourdir puis le calciner lui ouvrir des yeux des orelles puis les effacer gommés du glaisé elle aime ça la monde à l’ammonde que ça vienne se tasser en elle se multiplier se refaire petit tout pitié que ça mouille de besoin crié de peur de sueur d’aigreur d’épouvante idiote amassée elle aime bien ça la mammonde le filin cardé à la chaîne le coulage en tresse à la traîne c’est rimmémorial ça c’est royal c’est infiniment surfatal »

Paradis II, coll. blanche, p. 10-11

*


« Qu’est-ce qui est interdit par-dessus tout ? Que ça puisse jouir et parler en même temps, à égalité multipliée ; que la jouissance sexuelle apparaisse ainsi comme chiffrée. Car si elle est agie et parlée, si elle est chiffrée, le fait qu’elle circule sur un marché va automatiquement se montrer. Or toute l’opération sexuelle consiste à être une valeur d’échange qui ne doit être d’usage qu’en fonction de l’échange nié. Le sexe comme valeur d’usage, dévoilant sa valeur d’échange, implique un discours qui lui fasse place, non plus comme dénégation, substition ou "discours sur le sexe", mais comme partie intégrante de l’opération divisée.
Parler en jouissant : voilà ce que personne ne peut s’empêcher d’éprouver, mais qu’il est interdit d’accepter.
 »

Lettre de Sade in Théorie des exceptions, Folio, p. 50-51.

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2. Les coulisses sexuelles à la fin du XVIIIe siècle (36’54 — 47’06)

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Lettre de Mozart à sa soeur le 18 août 1784

Il est grand temps que j’écrive, si je veux que ma lettre te trouve encore vestale ! [...] Accepte, tiré du compartiment poétique de ma cervelle, le petit avertissement que voici :

Tu vas apprendre, dans le mariage, bien des choses,
Qui étaient pour toi une demi-énigme.
Tu vas bientôt savoir, par expérience,
Comment Ève, jadis, a dû s’y prendre
Pour mettre ensuite Caïn au monde.
Cependant, soeur, ces devoirs du mariage
Tu les rempliras volontiers de bon coeur ;
Car, crois-moi, ils ne sont pas pénibles.
Mais chaque chose a deux faces :
Si le mariage apporte beaucoup de joies,
Il apporte aussi des soucis,
Aussi si ton mari te fait grise mine
Sans que tu crois le mériter,
Un jour de méchante humeur,
Pense : ce n’est là que boutade d’homme !
Et dis : mon maître, que ta volonté se fasse
Le jour, mais la mienne, la nuit !

Ton frère bien sincère, W.A. Mozart.

Cette lettre, Sollers la cite, dix-huit ans plus tard, dans Mystérieux Mozart, et la commente ainsi (dans des termes très proches de ceux de 1983) : « L’acte de reproduction (sexuel ou pas, mais il est toujours sexuel) est une action des ténèbres. Voilà comment Mme Mozart mère s’y est prise elle-même pour enfanter ses sept enfants. Elle a eu raison d’insister puisque Wolfang est le septième. Mais tout de même, quel travail ! Avec l’approbation de Dieu, bien sûr, et ce n’est pas Léopold qui dira le contraire. Est-ce pour cela que sa création musicale, malgré ses mérites, reste à un niveau si moyen ? Mozart ne le dit pas mais il le pense. » (p. 27-28)
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Lettre de Sade à Mme de Sade du 17 février 1779

« Toute ma consolation ici est Pétrarque. Je le lis avec un plaisir, une avidité qui ne peut se comparer à rien. Mais j’en fais comme Mme de Sévigné des lettres de sa fille : je le lis doucement, de peur de l’avoir lu. Comme cet ouvrage est bien fait !... Laure me tourne la tête ; j’en suis comme un enfant ; je la lis tout le jour, et la nuit j’en songe. Écoute un rêve que j’ai fait d’elle hier, pendant que tout l’univers était à s’amuser.
Il était environ minuit. Je venais de m’endormir, ses mémoires à la main. Tout d’un coup, elle m’a apparu... Je la voyais ! L’horreur du tombeau n’avait point altéré l’éclat de ses charmes, et ses yeux avaient encore autant de feux que quand Pétrarque les célébrait. Un crêpe noir l’enveloppait en entier, et ses beaux cheveux blonds flottaient négligemment dessus. Il semblait que l’amour, pour la rendre encore belle, voulût adoucir tout l’appareil lugubre dans lequel elle s’offrait à mes yeux. « Pourquoi gémis-tu sur la terre ? m’a-t-elle dit. Viens te joindre à moi. Plus de maux, plus de chagrins, plus de troubles, dans l’espace immense que j’habite. Aie le courage de m’y suivre. » A ces mots, je me suis prosterné à ses pieds, je lui ai dit : « O ma Mère !... » Et les sanglots ont étouffé ma voix. Elle m’a tendu une main que j’ai couverte de mes pleurs ; elle en versait aussi. « Je me plaisais, a-t-elle ajouté, à porter mes regards dans l’avenir, lorsque j’habitais ce monde que tu détestes ; je multipliais ma postérité jusqu’à toi et ne te voyais pas si malheureux. » Alors, absorbé par mon désespoir et ma tendresse, j’ai jeté mes bras autour de son col pour la retenir, ou pour la suivre, et pour l’arroser de mes larmes, mais le fantôme a disparu. Il n’est resté que ma douleur.

O voi che travagliate, ecco il commiso,
Venite a me se’l passo altri no serra.
PÉTR., son. LIX.

Bonsoir, ma chère amie, je t’aime et t’embrasse de tout mon coeur. Aie donc un peu plus de pitié de moi, je t’en conjure, car je t’assure que je suis plus malheureux que tu ne penses. Juge tout ce que je souffre, et l’état de mon âme a tout le sombre de mon imagination. J’embrasse même les gens qui me boudent, parce que je ne hais en eux que leurs torts.
Ce 17 février, au bout de deux ans d’affreuses chaînes. »

cité par Gilbert Lely dans Vie du marquis de Sade, Jean-Jacques Pauvert, 1982 (Mercure de France, 2004).

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Mlle de Rousset. Portrait de Lefèvre, lacéré et taché de sang par le marquis, avec des légendes injurieuses de sa main
Gilbert Lely. Vie du marquis de Sade

Sade, Lettre à Mlle de Rousset, 1782

Une superbe lettre du 17 avril 1782, commençait par ces mots :

« L’aigle, Mademoiselle [3], est quelquefois obligé de quitter la septième région de l’air pour venir s’abaisser sur la cime de l’Olympe, sur les antiques pins du Caucase, sur le froid mélèze du Jura, sur la croupe blanche du Taurus, et quelquefois même près des carrières de Montmartre. Nous savons par l’histoire (car l’histoire est une belle chose) que Caton, le grand Caton, cultivait son champ de ses mains, Cicéron alignait lui-même des arbres dans ses belles allées de Formies (je ne sais pas si on les lui coupait), Diogène couchait dans un tonneau, Abraham faisait des statues d’argile, l’illustre auteur de Télémaque faisait de petits vers pour Mme Guyon, Piron quittait quelquefois les sublimes pinceaux de la Métromanie pour boire du vin de champagne et faire l’Ode à Priape (peut-être connaissez-vous ce léger morceau de poésie, si fort à l’usage des demoiselles et si réeelement fait pour entrer dans tout plan d’éducation propre à former l’esprit et le coeur de celles qui se destinent au grand monde ?). N’avons nous pas vu le grand Voltaire bâtir à Notre-Seigneur une église, de la même main dont il écrivait en parlant de la Sainte Naissance de ce rédempteur [...]

Et de nos jours, Mademoiselle, de nos augustes jours, ne voyons-nous pas la célèbre présidente de Montreuil quitter Euclide [et Barême] pour venir huile et salade avec son cuisinier ? [...] » .

Lettres choisies du Marquis de Sade, J.J. Pauvert, 1963, puis chez UGE (lettre XI, pp. 101-102).

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3. Fin de cette partie (4’05)

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Voir en ligne : Les oeuvres du marquis de Sade en ligne


[1O.C., tome VI, p.76.

[2Cité dans Mystérieux Mozart, folio, p.63.

[3Formule qui fut reprise par Gilbert Lély comme titre d’un volume de manuscrits et lettres inédits publiés en 1949, rendant hommage à la fois au divin marquis et à la touchante personnalité de cette correspondante qui mourut jeune, à quarante ans, ayant veillé jusqu’au bout sur le domaine de La Coste, les papiers et la bibliothèque de son cher de Sade auquel elle avait écrit un jour en plaisantant " mouoré de te pas veïré ".

Sur Mlle de Rousset : SADE Donatien Alphonse François, marquis de (1740-1814). Lettre autographe à Melle de Rousset.

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