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Plongée dans l’univers d’André S. Labarthe, poète des lumières

Rétrospective des films d’André S. Labarthe

D 12 juin 2008     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Rétrospective des films d’André S. Labarthe. Festival Côté court de Pantin.

Ciné 104, 104, avenue Jean-Lolive, Pantin (Seine-Saint-Denis). Tél. : 01-48-46-95-08.
Jusqu’au 21 juin 08.
Sur Internet : www.cotecourt.org.
Plein tarif : 5 ? ; tarif réduit : 3,50 ?.

Son nom et sa silhouette d’homme frêle coiffé d’un chapeau mou sont associés à la collection de documentaires "Cinéastes de notre temps" dont il fut l’initiateur, en 1964, avec Janine Bazin (et qui, après avoir été interrompue en 1972, fut relancée sur Arte en 1989 sous le nouveau titre "Cinéma, de notre temps"). De lui, on sait aussi qu’il intégra la rédaction des Cahiers du cinéma, à l’époque où Jacques Rivette en était le rédacteur en chef, et qu’il y fit maintes fois figure d’éclaireur.

Libre-penseur avant d’être cinéphile, amateur éclairé d’art, de philosophie, d’érotisme, André S. Labarthe y apportait une vision singulière, échappant à toute culture de chapelle, qui lui permit, par exemple, d’être l’un des premiers à prendre la mesure de la révolution copernicienne qu’opérait L’Aventura de Michelangelo Antonioni.

André S. Labarthe était aussi cinéaste - ou du moins réalisateur, dans la mesure où la plupart de ses films furent réalisés pour la télévision. La rétrospective que lui offre aujourd’hui le festival Côté court de Pantin (Seine-Saint-Denis) est l’occasion de plonger dans l’univers foisonnant, jouissif, merveilleusement généreux, de ce grand poète de la marge qui, depuis l’ombre, a passé sa vie à traquer le secret de la lumière.

FILMER AU PLUS PRÈS

La filmographie d’André S. Labarthe se compose bien sûr des portraits de cinéastes qu’il a réalisés dans le cadre de la collection "Cinéastes de notre temps", et dont certains, comme le célèbre Le Dinosaure et le Bébé, dialogue en huit parties entre Fritz Lang et Jean-Luc Godard, sont montrés ici. Mais elle s’ouvre par ailleurs sur une palette infinie, majoritairement composée de moyens et de courts métrages dont les durées ne dépassent parfois pas 5 ou 7 minutes.

Et pourtant, quel voyage ! D’Antoni Tapies à Phèdre, d’Yves Afonso à Georges Bataille, de l’art océanien aux enfants des années 1980, de Philippe Sollers à Bernadette Lafont, du butô à une clinique psychiatrique, de la poste du Louvre aux jardins à la française, d’Antonin Artaud à Van Gogh, de Carolyn Carlson à un essai sur la censure gravitant autour d’une reproduction de L’Origine du monde de Courbet...

Et cela sans mentionner les multiples interviews de cinéastes dans lesquelles, pour l’émission "Cinéma Cinémas", André S. Labarthe faisait parler Martin Scorsese, Arthur Penn, Jerzy Skolimowski ou Claude Chabrol devant leur table de montage.

L’essentiel, bien sûr, ne tient pas aux sujets, mais à la manière dont l’auteur les envisage, filmant ses personnages au plus près et laissant par ailleurs son esprit s’égarer dans des chemins de traverse ouverts par ce qui se passe dans son cadre. Il redouble alors ponctuellement ses images de sa voix douce et rauque pour y distiller, dans une prose envoûtante, une réflexion mélancolique sur l’impossibilité de capturer par l’image l’essence de la création artistique.

UNE ENQUÊTE VERTIGINEUSE

André S. Labarthe ne se contente pas de montrer des artistes au travail. Il articule une pensée formidablement riche, en opérant toutes sortes de rapprochements - par la mise en scène, par le montage : des vers de Racine lus en off pendant une promenade dans les jardins de Marly-le-Roi (Yvelines) ; une femme nue assise dans un vieux bureau abandonné dans un film à la mémoire de Bruno Schultz ; un homme à la peau noire déambulant dans les pièces vides du Musée de l’homme ; des images de Venise filmées en super-8 dialoguant avec une chorégraphie de Carolyn Carlson...

Les films d’André S. Labarthe sont des essais, qui peuvent éventuellement prendre la forme de fictions. C’est le cas de L’Homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours (The Big O.), film noir au titre génial dans lequel Laszlo Szabo incarne un cinéaste hongrois francophone en visite à Los Angeles qui se retrouve embarqué malgré lui dans une enquête vertigineuse sur la mort d’Orson Welles.

Hanté par le spectre d’Alfred Hitchcock et par le poids de l’histoire du cinéma, mais relevé d’un humour sec, le film se perd dans une quête impossible de vérité sur le plus grand mystificateur qu’a connu le XXe siècle. S’il fallait en choisir un, c’est sans doute celui-ci qui offre de l’esprit d’André S. Labarthe la photographie la plus précise.

Isabelle Regnier

Article paru dans l’édition du 11.06.08.

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