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Ils ont dit

Jérôme-Alexandre Nielsberg

J.-A. Nielsberg est philosophe, critique littéraire à l’Humanité et directeur de la revue "Contrepoints"

D 15 avril 2005     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



« Remarquable lecteur, virtuose de la citation, maestro de l’ellipse et du sous-entendu, Philippe Sollers a du talent. C’est indéniable. C’est rare. C’est précieux. Bien !
Il a des ennemis aussi et ça c’est utile. Car Sollers est un guérillero, un infatigable guérillero. Sa guerre : la guerre du goût. Rappelez-vous, premier coup de main : L’écriture et l’expérience des limites, on est dans les années soixante-dix. Ce sont les premières bombes, les premières embuscades, les premières offensives. Les armes et la technique ne sont pas encore bien au point. Peu importe. Il va les améliorer, les peaufiner, et puis se choisir des alliés. Deuxième assaut, 1983, Théorie des exceptions. Cette fois, Sollers est préparé. Il a enrôlé une grande partie des troupes que nous lui connaissons encore aujourd’hui, désigné quelques généraux, dressé des cartes. Ses chevaux sont sûrs. Il ne les quittera plus. A l’issue de cette bataille, les rangs adverses ont déjà subi des pertes importantes mais l’ennemi est légion ; il faut réitérer : 1991, 1993. 1994 : ça n’est plus du tout le maquis des débuts. Sollers, à la tête de cohortes importantes, a infiltré l’appareil d’information de ses adversaires, il va y livrer combat, incessamment, sans s’épuiser jamais, tout à la fois fougueux et tacticien redoutable. Le Monstre est puissant encore, alors pas d’essoufflement, c’est une question de rythme [...]


C’est à la fin des années 90 qu’imperceptiblement les vents commencent à tourner. [...]
Aujourd’hui, en 2001, cela fait vingt ans ou presque que cette guérilla se poursuit. Beaucoup d’assauts ont porté mais les généraux de Sollers, peu à peu, se sont fatigués. Les amis et les alliés envisagent la retraite. Les chevaux ne veulent plus avancer. Et Sollers, vieil Alexandre, vieux Fidel, s’entête. Un peu comme s’il avait perdu de vue l’éventualité d’une issue, comme si cette guerre n’avait plus pour enjeu qu’elle même. Il se livre encore et avec courage aux hordes du tourisme journalistique, multipliant les entretiens et mimant devant eux ses grands combats d’antan : Tel Quel, l’épopée maoïste, la grande bataille de Femmes.


Aujourd’hui, en cette année 2001, je suis triste. Parce qu’il y a quelque chose de triste à voir ceux dont on a admiré la force et l’intelligence, rattrapés par ce qu’ils dénonçaient. J’ai connu Sollers quand j’avais dix-huit ans. J’ai rencontré, grâce à lui, nombre d’auteurs auxquels je suis resté attaché. En sa compagnie, j’ai compris que la littérature pouvait se vivre, qu’il ne s’agissait pas d’un héritage, d’un patrimoine mais d’un espace, d’un espace de liberté, d’une liberté infinie. Je l’ai suivi partout : en Chine, à New-York, à Venise, chez Casanova, Dante, Joyce. Mais son dernier apport, peut-être, sera de m’avoir fait comprendre que “ce qui se limite à la dénonciation conjuratoire risque de rester encore soumis à la logique dénoncée”.
En le lisant, ces deux dernières semaines, j’ai pensé à ces amis de famille auxquels on ne veut plus rendre visite, ceux que l’on aime bien encore mais dont on sait d’avance ce qu’ils vont nous dire.
Jérôme-Alexandre NIELSBERG, juillet 2001, à l’occasion de la parution Eloge de l’Infini. »
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