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Guerres secrètes (II)

Dionysos / Présentation par Ph. Sollers

D 9 septembre 2007     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici la transcription de la partie 2 : "Dionysos" de la présentation audio de Guerres secrètes par Philippe Sollers. L’ouvrage est à paraître en octobre aux éditions Carnets Nord. On peut se reporter aux deux précédents articles :
Guerres secrètes (I) - présentation du livre
Guerres secrètes (I-suite) - partie 1 : L’Odyssée
Guerres secrètes (III) - partie 3 : La pensée chinoise & Contre un pape


Guerres secrètes, présentation partie 2

Partie 2 : DIONYSOS (5’40)

Transcription de la présentation audio

Le deuxième détour dans ces Guerres secrètes,
eh bien, c’est l’histoire d’un dieu grec très particulier, qui clôt l’assemblée des dieux,
qui vient en dernier, et qui est un peu partout présent, évidemment, dans la Grèce antique,
mais qui apparaît avec une force particulière,
dans cette pièce admirable qu’on peut relire sans arrêt sans s’en lasser,
qui est Les Bacchantes d’Euripide.
Dans Les Bacchantes d’Euripide, dont j’essaie de donner un commentaire précis
ce dieu apparaît dans sa ville natale : Thèbes,
et il est comme vous vous en souvenez, j’espère,
issu de Zeus lui-même, dieu, son père, et d’une mortelle qui s’appelle Sémélé.
C’est donc un dieu étrange qui a les deux natures, en quelque sorte,
sa mère a été foudroyée par Zeus
parce qu’elle lui a demandé de se montrer dans tout son éclat. Etc, etc.
Il faut analyser de façon précise cette naissance étrange
puisque l’embryon de six mois qui va être consumé avec sa mère foudroyée par Zeus
est recueilli par Zeus, qui n’est pas du tout Jupiter, mais Zeus
et caché pendant 3 mois encore dans sa cuisse,
sa cuisse étant ce que vous pouvez imaginer de plus réaliste
- et nous avons le droit aujourd’hui d’être plus réalistes que les grecs l’étaient.
Et, par conséquent, vous avez deux enfants qui sont jaillis presque,
rejaillis directement de Zeus :
Athéna qui sort vous vous en souvenez de sa tête
et Dionysos de sa cuisse.
Eh bien moi ça m’intéresse
ces naissances bizarroïdes
ces naissances secrètes
dans la guerre secrète
Qui se mène dans les aventures entre hommes et femmes
de la reproduction de l’espèce dite humaine.
C’est d’autant plus important- à mon avis - à analyser de près
que nous sommes, comme par hasard, dans une époque ou la fabrication des corps
pourra se passer désormais de tout contact entre hommes et femmes
pour être colonisés par la Technique et sa Souveraineté
ce qui est une perspective extrêmement importante et inquiétante
dont je crois être le seul romancier à parler dans tous mes romans (sic)

Avec Ulysse nous avons le héros qui mène seul sa guerre secrète.
Avec Dionysos nous avons le dernier dieu
que personne ne veut reconnaitre dans sa ville natale
et qui va déclencher notamment chez les femmes,
les Bacchantes, les Ménades,
une folie très particulière qui va faire que le roi de la cité
va être massacré par sa propre mère
qui est elle-même une bacchante que Dionysos a mise en mouvement.
Vous voyez que contrairement à la tragédie que nous révérons à travers Freud , à juste titre, qui est ?dipe, là, nous sommes dans quelque chose de beaucoup plus virulent puisqu’il s’agit non pas d’un parricide qui entraine un inceste qui va se terminer tragiquement,
nous sommes au contraire dans l’exemplification terrible d’une mère rendue folle par un dieu
qui va massacrer son propre fils.
Je crois vraiment que, là, on touche à la fin de la Tragédie grecque.
Avec des révélations énormes
qui consistent à se demander
ce qu’est ce dieu Dionysos.
Alors, évidemment vous savez, je suppose, que Dionysos a beaucoup beaucoup impressionné ...électrisé, ce très grand penseur qu’est Frédéric Nietzsche.
Et vous voyez que là - de même que je suis parti de Rimbaud -
je touche au ressurgissement, éclatant mais vite enfoui, de ce dieu grec Dionysos, chez Nietzsche
qui l’oppose - c’est la fin du discours - finalement prophétique aussi -de Nietzsche, qui l’oppose à l’autre dieu le Crucifié.
Ce qui nous met en mesure de nous demander où en est ce qu’on a appelé le christianisme ?

—oOo—

Dans les parties suivantes, Philippe Sollers y répondra en évoquant Joseph de Maistre, le pape... Un long chapitre sera aussi consacré à la Chine avec Sun Tzu ou Les 36 stratagèmes

—oOo—

Guerres secrètes, éditions Carnet Nord


Guerres secrètes (I) - présentation du livre
Guerres secrètes (I-suite) - partie 1 : L’Odyssée
Guerres secrètes (III) - partie 3 : La pensée chinoise & Contre un pape



Les mosaïques de « la maison de Dionysos » à Paphos

Ainsi nommée, eu égard à la figure dominante de Dionysos sur les mosaïques exceptionnelles de cette grande villa couvrant une superficie d’environ 2000 m2 dont plus de 550 m2 de mosaïques au sol, mises à jour en 1962. Située à Paphos sur l’île de Chypre.

Un grand nombre de représentations de processions dionysiaques ont survécu jusqu ?à nous depuis l’Antiquité. Beaucoup d’entre elles illustrent le retour triomphal de Dionysos après une expédition militaire aux Indes, d’où il aurait ramené les esclaves indiens et les panthères que l’on peut voir sur une des mosaïques. Le dieu trône sur un char à deux roues et occupe le centre de la composition. Il est ceint d’une couronne de feuilles de lauriers et tient une thyrse, longue lance entourée de pampre de lierre et terminée par une pomme de pin, un des plus importants attributs du dieu et de ses fidèles. Derrière lui, un jeune satyre à queue, traîne une outre dans la main gauche dont il vient sans doute de vider le contenu dans le grand cratère qu’il maintient, non sans effort, de sa main gauche. Il lève la jambe gauche pour soutenir de son genou le lourd récipient et mieux saisir l’anse. Défaut de représentation, la jambe gauche paraît, à tort, prendre appui sur le char, ce qui ne peut être le cas, les lions et le char sont en mouvement.

Le dieu du vin lui-même, Dionysos assis sur un tabouret, tient de ses deux mains une grappe de raisin qu’il semble offrir à la nymphe Akmé, assise en face de lui, qui boit du vin à une coupe. Les deux personnages sont couronnés de feuilles de vigne et de grappes de raisin. Akmé n’est pas une figure très connue de la mythologie grecque et il n’aurait pas été possible de la reconnaître si son nom n’avait pas été explicitement écrit au-dessus d’elle, après celui de Dionysos. Son nom en grec a le sens de « perfection », « maturité », souvent dans le sens de l’âge, et sa présence dans cette scène peut fort bien être symbolique. S’il en est ainsi, elle représenterait l’état auquel on accède par un usage convenable et modéré du vin. Icarios [1] qui prolonge la mosaïque sur la droite et dont on voit seulement la main semble, en effet, la montrer en exemple. A l’autre bout de la mosaïque, non visibles sur le détail présenté ici, sont représentés deux bergers ivres. Ils symboliseraient, quant à eux, les maux auxquels mène l’usage immodéré du vin. Cette interprétation n’est certes que pure conjoncture, mais elle donnerait tout son sens à cette mosaïque placée à l’entrée de la salle des banquets et que les convives doivent franchir à leur arrivée.

Crédit : W.A. Daszewski, D. Michaelides, Guide des Mosaïques de Paphos, Fondation culturelle de la Banque de Chypre, 1989


[1Icarios roi d’Athènes selon certains auteurs anciens, simple jardinier athénien selon d’autres - et, en fait, l’Icarios représenté sur cette mosaïque qui a davantage l’air d’un jardinier que d’un roi semble plutôt se rattacher à cette seconde tradition. Toujours est-il qu’ Icarios offrit l’hospitalité à Dionysos lors de sa visite à Athènes, et en retour le dieu lui apprit comment cultiver la vigne et en tirer le vin, introduisant ainsi la viticulture parmi les hommes.

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4 Messages

  • A.G. | 10 septembre 2007 - 17:52 1

    Sur le tableau du Titien on voit Bacchus séduit par Ariane sauter de son char. Il est suivi par des bacchantes et des satyres qui semblent danser en marchant au rythme orgiaque des cymbales. La bacchante qui suit le dieu semble, avec son drapé bleu outre-mer, l’exacte symétrie d’Ariane.
    Les couleurs et les sons s’opposent et se répondent.
    Sur le fond bleu de la mer mêlée à la terre et au ciel, la vérité de Bacchus-Dionysos, elle, est violette.
    En haut, à gauche, huit étoiles disposées en ellipse sont visibles au-dessus de la jeune femme : le dieu a lancé sa couronne dans les cieux pour en faire une constellation.

    " [...] sumptam de fronte coronam
    Inmisit caelo : tenues uolat illa per auras.
    "

    " La couronne d’Ariane,
    de son front par le dieu détachée, est lancée vers le ciel. "

    Ovide, Les métamorphoses , Livre VIII, vers 178-179.

    Voir en ligne : Diverses figures de Dionysos-Bacchus


  • V.K. | 10 septembre 2007 - 12:26 2

    Merci D. pour vos bonnes pioches qui permettent de prolonger l’article de vos belles et pertinentes références :


    Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,
    Il m’amuse d’élire avec le seul génie
    Une ruine, par mille écumes bénie
    Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.

    [...]


    Voir sur le site de la National Gallery, le tableau en grand format avec effet de loupe :

    Le dieu, représenté au c ?ur d’un cortège de satyres et de bacchantes, fait ici la rencontre d’Ariane abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos. Il la recueillit et l’épousa. Le tableau est inspiré des textes d’Ovide Les Métamorphoses. Présence aussi des panthères ramenées de son expédition militaire aux Indes et associées au Triomphe de Dionysos.

    Voir la notice de la National Gallery :

    Sur La Guerre du Goût lirela critique de Thierry Guinhut pour La République des Lettres, du 1er décembre 1994

    en cache pileface

    {La Guerre du Goût} sur



  • D. | 10 septembre 2007 - 00:01 3

    "Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos..."


  • D. | 9 septembre 2007 - 23:59 4

    Notons au passage que la couverture de l’édition Folio de la Guerre du goût reproduit le détail central d’un tableau très bleu de Titien, la rencontre d’Ariane et de Bacchus - ou plutôt de Dyonisos. Ce jeune homme couronné de vigne, saisi dans un étrange mouvement (vient-il de lancer un javelot ?) : c’est le dieu.

    Et ajoutons le très beau tableau du Tintoret, célébrant le mariage des mêmes Dyonisos et Ariane (bénis par Vénus-Aphrodite), au Palais des Doges, à Venise.