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« Guerres secrètes » (I-suite)

Introduction et Odyssée

D 22 août 2007     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


TRANSCRIPTION PILEFACE DE LA
PRESENTATION ORALE DU LIVRE PAR PHILIPPE SOLLERS (partie 1)

Partie 1 : INTRODUCTION et ODYSSEE

Pourquoi « Guerres secrètes » ?
Et comment aborder la question du secret de la guerre ?
[...Bien entendu, il ya des affrontements constants
dans lesquels le secret militaire est une composante essentielle.]

...Nous assistons à un monde où,
après deux guerres mondiales,
on pourrait dire qu’il n’y a plus ni paix ni guerre,
mais une guerre constante.
Cette guerre constante s’est manifestée dans les dernières années
par des déclarations officielles, terrorisantes
ou appelant à la croisade sur le plan religieux.
Qui aurait pu se douter, il y a encore vingt ans,
que Dieu se mêlerait, de nouveau, au fracas des armes
et surtout de nouvelles techniques explosives
dont nous avons le témoignage absolument quotidien.

Par conséquent « Guerres Secrètes », ca veut dire
que quelque chose n’est pas encore bien saisi, analysé, dans cette guerre là,
qui n’est pas une guerre de religion à proprement parler,
qui n’est pas, non plus un choc de civilisation comme on s’emploie à le dire,
mais qui met en évidence une nervure de l’histoire Occidentale, bien sûr,
mais qu’il faut appeler, maintenant, mondiale.
Nous sommes partis des formulations très étranges de Rimbaud à la fin d’Une Saison en Enfer. Rimbaud écrit :

«  Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes
Mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul »

J’OSE DIRE que par rapport à ces phrases, tracées en 1873, nous sommes toujours dans l’ignorance de leur sens.
Occidentalement parlant nous en sommes arrivés, vraiment,
à une rumination ......loufoque sur cette question.

Donc, nous sommes obligés de faire un long détour
devant la dévastation qui est la nôtre aujourd’hui
pour comprendre ce que Rimbaud veut dire,
ce qu’il annonce,
ce qu’il prophétise même, on peut dire.
Un long détour puisque nous sommes de plus en plus privés de la source grecque,
en même temps d’’ailleurs que de la source latine.
Et si cette source disparaît, nous allons entrer, évidemment,
dans un nouvel obscurantisme dont tout nous dit qu’il est là :
dévastation de la mémoire, illettrisme, analphabétisme, évacuation de l’Histoire
qui doit entraîner une servilité générale par rapport aux maîtres
(vous pouvez le mettre au singulier ou au pluriel )
qui viennent d’arriver et qui ne sont que des usurpateurs
de la grande longueur d’onde de l’Histoire.

(Alors là c’est énorme ! Fabrice Lucchini vous le dirait - [1])

—oOo—

L’ODYSSEE

_ Ce détour par des guerres secrètes qui, d’ailleurs,
sont à la fois célèbres mais très oubliés,
Je vais d’abord le faire ce détour, en me référant au grand texte fondateur L’Odyssée
...On aurait pu prendre l’Iliade.
Mais l’Odyssée m’a paru plus intéressante à revisiter dans la mesure où,
c’est vraiment la guerre secrète d’UN homme, d’un mortel qui,
par la ruse - Ulysse aux mille tours -
mais aussi par un courage, une ténacité, une endurance particulière,
se tire de tous les pièges qui lui sont tendus,
notamment féminins
- les femmes, dans l’Odyssée jouent un rôle considérable.


Et Ulysse n’a qu’une seule obsession, vous vous en souvenez sûrement,
c’est de rentrer chez lui, de reconquérir ses biens qui sont accaparés par les prétendants,
avec sa femme qui l’attend, qui va être obligée de choisir un nouveau mari
car il est censé être mort. Etcetera, etcetera.

L’Odyssée, c’est la guerre secrète que mène un individu contre tout le monde,
aidé qu’il est malgré tout par une déesse qui est Athéna.
Et, cette guerre secrète,
avec ce secours secret, multiforme ,
d’une déesse à l’égard d’ un mortel m’a paru d’une très grande actualité
ou d’une beauté telle,
qu’elle est à mon avis complètement oubliée.

J’insiste sur le fait que les grecs nous permettent de considérer
qu’il y a des dieux dont nous n’avons plus du tout la perception ni même la sensation intime,
mais qu’il y a aussi des déesses,
ce qui à mon avis manque à ce que Nietzsche,
dans une formule célèbre appelait le monotonothéisme,
le monothéisme, en effet, comme monotonie et comme répétition de plus en plus mortifère
de ce qu’il a lui même oublié qu’il était.
Alors nous pourrions faire, en effet, là, un passage par la Bible, bien entendu,
qui reste l’autre grand texte occidental,
mais je crois que la mémoire grecque est tellement en danger
qu’il est urgent de relire l’Odyssée.
Ce que je fais, de façon, j’espère, à la fois novatrice et effervescente.

Guerres secrètes (I) - présentation du livre
Guerres secrètes (II) - partie 2 : Dionysos
Guerres secrètes (III) - partie 3 : La pensée chinoise & Contre un pape


—oOo—




A PROPOS DE « CERCLE »

de Yannick Haenel, dont la parution a été évoquée dans une brève pileface ici, on peut noter que le thème d’Ulysse est aussi présent dans le livre de Haenel, l’Ulysse d’Homère aussi bien que celui de Joyce.
Coïncidence ? Influences mutuelles de proximité de pensée et éditoriale ?
Cercle est publié dans la collection de L’Infini de Philippe Sollers.

<img src="http://www.pileface.com/sollers/IMG/jpg/cov_haenel_cercle_80.jpg" hspace="12" >

A rapprocher de ce que dit de Cercle, Hubert Artus, journaliste et chroniqueur littéraire sur le site Rue 89 et autres médias :

« Pour traiter du réel (toujours là), certains choisissent de l’habiter en fantôme, et de promener leur âme autour de leur sujet. Pour mieux le circonscrire. Une façon de travailler en déserteur que semble approuver Yannick Haenel. "Cercle" (Gallimard) est l’histoire d’un type qui, subitement, décide de ne plus jamais aller à son travail. Il (et nous) entre dans une vision poétique de l’errance moderne, du sexe, du voyage. De l’odyssée comme forme de résistance moderne. La sensualité et la modernité du projet de Haenel est la dimension profondément enivrante de son roman : jouant sur les changements de rythme, sur le vertige de son personnage, sur la distance entre désespoir et humour, il trouve l’équilibre entre épique et expérimental ».


[1note pileface

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2 Messages

  • M-G. M. | 28 mars 2008 - 04:31 1

    "Par conséquent « Guerres Secrètes », ca veut dire
    que quelque chose n’est pas encore bien saisi, analysé, dans cette guerre là,
    qui n’est pas une guerre de religion à proprement parler,
    qui n’est pas, non plus un choc de civilisation comme on s’emploie à le dire,
    mais qui met en évidence une nervure de l’histoire Occidentale, bien sûr,
    mais qu’il faut appeler, maintenant, mondiale."

    Cette petite phrase est un dessin qui met au diapason de ce qui fera peut-être l’objet de ces questions-là en nous-mêmes... Je trouve cependant dommage que l’esprit de ces guerres semble parfois en accorder à l’unique AGENT (argent ?) du secret, quand il pourrait à l’évidence conduire au secret du coeur, de cette intimité qui n’est ni politique ni stratégique, conduisant alors au service.


  • A.G. | 22 décembre 2007 - 22:46 2

    On peut écouter Monteverdi en lisant toute la 1ere partie de Guerres secrètes.
    Par exemple dans cette très belle version du "  Retour d’Ulysse dans sa patrie " dirigée par William Christie.
    Le retour d’Ulysse dans sa patrie