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Rais de lumière entre les arbres de Cézanne

Extraits de « Eloge de l’Infini »

D 22 août 2007     A par valérie bergmann - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Je pense avant de commencer à être celui qui pense : « Je suis. »
Sinon, moi serait un autre, et Je suis précisément, non pas moi mais cet autre.
[Rimbaud :] « Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute... »
.
Eloge de l’Infini, Folio, p. 19.

Le cogito s’est mis à battre la chamade depuis les origines de l’homme. Humblement, le mien vous livre quelques extraits de « Eloge de l’Infini » qui m’ont touchée. « Absolu » dis moi qui tu es ? Le mien s’appelle « absolitude »... Mais l’art serait-t-il plus fort que la plus absolue des solitudes : la mort ?
"Mais oui", incontestablement, il est le prolongement de la vie, le prolongement de la main en mouvement, cherchant avec précision à dessiner sa propre destinée. Un Salut avant le Néant ?


« Si Claudel écrit par exemple : « Le paradis est autour de nous à cette heure même avec toutes ses forêts attentives comme un grand orchestre invisiblement qui adore et qui supplie » (ce qui est déjà une manière de traduire Rimbaud, comme le feront Breton, Aragon et tant d’autres), nous y sommes un peu et pas du tout, car les "forêts attentives" n’adorent pas, ne supplient pas, elles ont autre chose à faire.[...]
Quoi ? Rien. Mais pas rien justement, et de cela Cézanne est décidé à nous convaincre. En réalité, tous les arbres sont des Cézanne, on devrait les appeler ainsi ; les pins, surtout ? Oui, mais aussi les autres. Leur façon d’éclairer l’espace où, la plupart du temps, nous n’entrons pas, que nous n’éprouvons pas. »

Eloge de l’infini, Folio page 21.

Si la situation géographique fut aussi nécessaire à l’inventivité de Cézanne, je serais donc "bénie" de vivre en ce lieu de la Sainte-Victoire, si chère à mon coeur. C’est là où je vis.

« Très peu d’individus voient, c’est plus qu’étrange, mais c’est ainsi. Il ne faut donc pas s’étonner si le moindre spectacle a, sur la majorité, tant d’effets... »
Eloge de l’infini, Folio page 22.

Ne serait-il pas temps de prendre le temps de voir et de se contenter de ce que la nature nous offre, côté pile, côté face, sur la tranche, en diagonale, rais obliques de lumière entre les arbres de Cézanne...?

« Ou encore tout simplement :


[Baudelaire :] Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair. »
Folio page 288.

Philippe Sollers »
Eloge de l’infini,




Promenades New Yorkaises - extrait
par Florence Charpigny

[...] Le Met a ses stars, ostensiblement mises en scène. Tout le monde les admire : on est là pour ça. La Montagne Sainte-Victoire en fait partie. J’aime bien la montagne des environs d’Aix, si souvent retrouvée au détour de l’autoroute que je ne me souviens même plus de mon premier regard - pas si impressionnante que ça, au fond, la gardienne tutélaire d’une Provence mythifiée -, j’aime plus encore les multiples Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, jamais semblables et si ressemblantes, jamais simples ni sereines, toujours tendues vers autre chose que je n’ai jamais su définir. Alors, par fidélité à ce sentiment d’attirance un peu flou peut-être, par curiosité aussi, j’ai arpenté le Museum pour venir à la rencontre de Cézanne.

Tellement connue, si souvent explorée, cette Sainte-Victoire du Met est l’une des premières toiles d’après le retour de Cézanne en Provence. La montagne est saisie depuis la lisière d’une pinède. Quasiment modeste, elle surgit entre deux pins, un peu à gauche, mordant le ciel, au tout arrière-plan. Apparaissant au loin, comme elle parait proche pourtant, au-delà de la magistrale horizontale du viaduc du chemin de fer, plus éloignée encore de la tranchée oblique de la route, puissante à tel point qu’on ne voit qu’elle... Et si on ne la voyait si bien que parce que justement on sait que c’est cela qu’il faut regarder ? Et si on ne la regardait si attentivement que parce que le trouble produit par l’infinie fascination qu’elle a exercée sur Cézanne lui est indissociablement liée ?
Florence Charpigny

Crédit : plumart.com/

—oOo—

La série des Montagne Sainte-Victoire

44 huiles et 43 aquarelles témoignent de l’attachement de Cézanne à la Sainte-Victoire...

La série des Montagne Sainte-Victoire comme les Nymphéas de Claude Monet, les natures mortes cubistes (celle de Picasso, de Braque ou de Juan Gris) conduisent à méditer sur cette fascination du regard obsédé par un thème que le travail pictural fait disparaître par l’effet d’exercices formels de plus en plus déréalisants. C’est que le travail sériel contient le destin temporel de la vision : l’ ?il ne s’arrête pas arbitrairement sur un simple prétexte, il choisit l’objet sur lequel il va s’acharner, car la série a pour but de dénaturer et, à chaque moment de l’histoire, c’est une nouvelle idéologie de la nature à laquelle le peintre s’affronte.

Cézanne, dans la première série qu’il consacre, entre 1882 et 1887, à la montagne Sainte-Victoire , qui reste aujourd’hui comme son sujet de prédilection, en est arrivé à un style imprégné de classicisme. La construction formelle du motif est désormais déterminante, comme dans La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, où les branches de l’arbre, au premier plan, accompagnent sur toute la longueur du tableau la courbure de la montagne, avec une intention évidemment décorative, teintée de japonisme. La touche, compacte et resserrée, disposée en vibrantes diagonales parallèles, acquiert une certaine autonomie par rapport aux objets représentés. Le coloris, plus éclatant et plus tranché, s’affranchit lui aussi du strict rendu réaliste : l’effet proprement plastique semble désormais primer. C’est au même moment qu’apparaissent, dans les natures mortes, les distorsions de l’espace qui ne peuvent, comme on le pensait à l’époque, relever, à ce stade du développement stylistique cézannien, de simples maladresses. Incomprises en leur temps, elles sont ensuite devenues comme l’un des traits caractéristiques de son génie, génie d’un peintre annonciateur ou initiateur du cubisme.

Ce côté prophétique semble bien loin, en tout cas, des préoccupations de l’artiste qui, dans les quinze dernières années de sa vie, rassemble tout son travail antérieur, en particulier dans la seconde série des Montagne Sainte-Victoire, Cézanne, qui disait, dans ces dernières années, progresser chaque jour un peu plus, écrivait pourtant en 1906 à son fils : “Enfin je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la nature, mais que, chez moi, la réalisation de mes sensations est toujours très pénible. Je ne puis arriver à l’intensité qui se développe à mes sens, je n’ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature.”

Crédit : art-deco.france/

Illustrations et notes : pileface.


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