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De Kooning : Women

D 28 juillet 2007     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


" Si on décide qu’il est impossible de faire telle chose, on doit le prouver en la faisant. "



Willem De Kooning, le beau livre de Sally Yard [1] est paru en mai 2007 (Ed. Hazan). De magnifiques reproductions, des Ecrits du peintre et deux entretiens : A propos de Pollock (1967) et Entretien avec Harold Rosenberg (1972).

En quatrième de couverture :
« Je me peins hors du tableau (I paint myself out of the picture). Quand j’en suis là, soit je le jette, soit je le garde. Je suis toujours quelque part dans le tableau. Dans l’espace que j’utilise, je suis toujours présent, on pourrait dire que j’y circule ; puis il y a un moment où je perds de vue ce que je voulais faire, alors je suis dehors. Si le tableau se tient, je le garde, sinon je le jette. En réalité, c’est une question qui ne m’intéresse pas tellement. »

Willem De Kooning



De Kooning a dessiné et peint beaucoup de Femmes (Women), notamment à partir des années 40.
Sally Yard écrit : « Les premières des Women sont assises convenablement, comme dans les portraits réalisés par Ingres au XIXe siècle. Progressivement, les figures deviennent plus tourmentées, aiguillonnées par les femmes prédatrices de Picasso peintes en 1929 », elles laissent place « à des femmes fougueuses, telles Woman I (1950-52). » « En robe d’été ou en maillot de bain, debout ou assises, les Women de cette époque sont captivantes, obsédantes. » Les femmes « ont pris les commandes, elles font face au spectateur, une à une, seul à seul. »
« Avec son regard fou et son visage exalté, la Woman I surgit d’un champ de coups de pinceaux qui se sont élargis et ont proliféré, et qui ne font presque aucune différence entre la figure et ce qui l’entoure. »
Le travail dura deux ans : « De Kooning peignait femme après femme, pour finir par atteindre une impasse infranchissable, un blocage. Il mettait alors son tableau hors de sa vue. Une visite de l’historien Meyer Schapiro sauva probablement cette oeuvre, et permit en tout cas de conclure qu’elle devait rester dans l’état où elle était. De Kooning passa alors aux Walkyries qui constituent la série des Women numérotées de II à VI. »

Sollers ne pouvait manquer de s’intéresser à ces Women. Dans une note de son essai De Kooning, vite (Ed. de la Différence, 1988, repris dans La guerre du goût, Gallimard, 1995), il écrit :
« C’est grâce à Xavier Fourcade et à Tom Hess que j’ai pu rendre visite à De Kooning en juillet 1977 [2]. [...] Je pense que Robert Rosenblum a été prudent de dire (en 1983) que nous "commençons à peine" à mesurer les effets de Picasso et de De Kooning ("Picasso et De Kooning semblent renaître"). Le titre de mon roman Femmes est évidemment une référence directe à De Kooning, même si la couverture en livre de poche (Folio) est, exprès, un détail des Demoiselles d’Avignon. [3] »

La série des six Women de De Kooning, réalisée en 1952-1953, semble sortir d’un de ces détails et l’exacerber.
« Les Demoiselles vinrent. Et leurs suivantes. Et Molly Bloom. Et Lolita. Et De Kooning : " Je suis plus romancier que poète. [4] " La difficulté, c’est qu’il faut tout raconter à la fois, tout un roman visible en même temps, pour le contenu rapide comme l’éclair. " Le contenu du tableau, c’est un éclair, une rencontre éclair, comme une illumination [5] , c’est très, très ténu (tiny). »
« D’autant plus que ce contenu-là, le contenu du contenu, The femme, autrement dit — mais pas seulement — le contenant d’où provient le corps de l’artiste lui-même, son enveloppe, la matrice du mannequin, pouvait — et peut toujours — changer à chaque instant, s’effondrer, se recomposer dans la ruse de l’apparition. »
« On ne l’assoit pas sur ses genoux, l’Idole, c’est un surgissement frontal et en même temps zigzagué de partout, blasphème, horreur, farce. La Grande Mère n’en revient pas depuis le fond des tombeaux. Les Women ? " Elles sont hargneuses, féroces... mais surtout désopilantes. " Uppercut dans le violon d’Ingres. Coup de gong dans le matriciat. »
« Woman I, II, III, IV, V, VI... La dynastie n’a pas de raison de s’arrêter, le féminisme lui-même n’est qu’un épisode du grand feuilleton en cours [...] Elle seront de tous les pays, elles parleront toutes les langues, le babil de toutes les babelles sera retransmis vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la pavlovisation planétaire est décidée, simple réglage chimique... »
« Quant aux vamps, on sent qu’elles sont là pour le servir, maintenant, ce peintre, elles ont trahi leur Grande Prêtresse enfouie et brusquement réveillé et fixée au mur. Elles agissent pour le compte du navigateur audacieux (" arrête ton croiseur ! viens écouter nos voix ! ") qui peut les retourner contre vous, les sirènes. "
" La rumeur autour de De Kooning a toujours été insistante, l’atelier de cet anarchiste aurait été un château sadien... »

« De Kooning ne date jamais ses toiles, et, en même temps, impossible de s’y retrouver dans les tableaux sans les dater. Ce roman est un ensemble de poèmes qui composent un journal intime dont on ne peut déchiffrer l’énergie que comme un roman. Ce jour-là... Cet après-midi-là... Ce matin-là... [...] Etant donné ce qui s’était passé la nuit d’avant... Ou pendant la sieste... Ou dix ans auparavant... Etc... » (De Kooning, vite)

Ci-dessous, quelques Women, avec les dates...
Pour voir le diaporama il suffit de cliquer sur la première image [6]
Nota : Le site aujourd’hui le plus à jour est le site officiel de Willem de Kooning, ici

VOIR AUSSI : De Kooning, Women (2)


[1Sally Yard a enseigné l’histoire de l’art à l’université de Californie et l’université de San Diego. Elle a également écrit sur Francis Bacon.

[2De cette rencontre de 1977 naîtra Pour De Kooning publié dans Théorie des exceptions en 1986.

[3Deux détails : la partie gauche du tableau choisie "exprès" par Sollers pour la couverture de Femmes en folio ; à droite, la partie droite du tableau qui semble avoir plus particulièrement retenu l’attention de De Kooning.

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Picasso, Les demoiselles d’Avignon (1907). Détail.
Selon Sally Yard, De Kooning était particulièrement résolu à se confronter à ces deux demoiselles situées sur la droite du tableau : l’une est accroupie, l’autre regarde la scène de l’extérieur. Il en reprendra les figures dans plusieurs toiles des années 1947-48, notamment Pink Lady.

[4De Kooning, Entretien avec Harold Rosenberg, septembre 1972.

[5Je souligne

[6Crédits : artcyclopedia.

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