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L’Etoile de Raymond Roussel

D 11 juillet 2007     A par D. Brouttelande - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


<img src="http://www.pileface.com/sollers/IMG/jpg/Medaillon_de_R._Roussel_ayant_appartenu_a_Flammarion_Bataille_et_Dora_Maar.jpg" hspace="12" >

Médaillon

Parmi les pièces de la collection de Pierre Leroy vendues chez Sotheby’s le 27 juin dernier, figurait un « objet » bien singulier ayant appartenu à Raymond Roussel.

De quoi s’agit-il au juste ? Un coffret, en forme d’étoile, vitré, cadenassé, avec une étiquette sur laquelle on lit : « Etoile provenant d’un déjeuner que j’ai fait le dimanche 29 juillet 1923 à l’observatoire de Juvisy chez Camille Flammarion qui présidait. Raymond Roussel »


Raymond Roussel chez Camille Flammarion, le grand scientifique, astronome et spirite...? Oui, Raymond Roussel « flammarionâtre » déjeune chez le « génial Camille Flammarion »... Et à cette occasion, Roussel se livre au curieux geste de conserver un biscuit... en forme d’étoile.

Dans sa biographie de Raymond Roussel, François Caradec rappelle l’indication suivante rapportée par Georges Bataille : « L’objet vendu après la mort de Roussel fut trouvé par chance au marché aux puces. Il ne m’a pas appartenu, mais il resta plusieurs mois dans mon tiroir, et je ne puis pas en parler sans trouble. L’obscure intention de Roussel apparaît bien liée au caractère comestible de l’étoile : il a visiblement voulu s’approprier l’étoile mangeable avec plus de conséquence et de réalité qu’en l’absorbant. L’étrange objet signifiait pour moi que Roussel avait accompli à sa façon le rêve qu’il avait dû former de manger une étoile du ciel » (« Les mangeurs d’étoiles » André Masson, Rouen, 1940) [1] .

Du fétichisme à la collection, ou d’un biscuit de Juvisy à l’étoile « d’Afri(c)que »... adjugée 26 000 Euros.

L’astronomie passionne Raymond Roussel... L’Etoile au Front... La poussière de Soleils... Camille Flammarion ne pouvait que susciter chez lui curiosité et vénération. D’ailleurs, Camille Flammarion, visité à Juvisy, dans son observatoire et dans son parc, n’est pas sans rappeler le Martial Canterel de Locus Solus , le savant et maître qui fait visiter sa propriété à quelques amis et leur révèle de stupéfiantes trouvailles. Au terme du livre, « ...Canterel, annonçant que tous les secrets de son parc nous étaient maintenant connus, reprit le chemin de la villa, où bientôt un gai dîner nous réunit tous ». C’est près de dix ans plus tard, en 1923 que Roussel, lui, ira déjeuner...

Dans ce parc, au cours de leur promenade, les visiteurs de Locus Solus ont été invités à découvrir notamment un immense récipient d’eau d’abord apparu à leurs yeux comme une sorte de diamant géant et même comme un monstrueux joyau...

A propos, que nous dit Philippe Sollers de Raymond Roussel ? Peu de choses semble-t-il, même si Roussel ne lui a pas échappé.

Sous toute réserve, nous ne trouvons pas en effet d’intervention notable sur Roussel, à l’exception d’un texte intitulé Logicus Solus , datant de 1963, repris dans Logiques en 1968, s’inscrivant d’ailleurs dans le prolongement du Raymond Roussel de Michel Foucault paru la même année, auquel il se réfère [2].

A la fin de ce texte, Philippe Sollers ne manque pas de se livrer à un petit jeu... « Chez lui, le langage était tout et, plus encore, cette logique entière et combinatoire dont l’action n’a pas fini de nous émerveiller. « On a fait beaucoup de jeux de mots sur Locus Solus, écrivait Roussel... Il y en a un qui manque et qui, il me semble, méritait d’être fait, c’est Logicus Solus. » Mais pourquoi pas, aussi bien, Sollus (de totus : entier, intact) ? Locus Logicus Solus ; Locus Logicus Sollus. [3] ». Comme si Philippe Sollers interpellé dans Locus Solus par son nom d’état civil et sa variation jouait à son tour à écrire son autre nom dans le titre du livre de Roussel...

Aussi, pourquoi ne pas penser que Philippe Sollers, lorsqu’il a écrit en 1961 Le Parc , s’est souvenu de sa lecture de Locus Solus en ce qu’il s’agit d’abord d’une promenade dans un... parc ? Un indice pourrait bien nous amener à retenir cette hypothèse, situé au début du livre de Roussel : « Ce jeudi de commençant d’avril, mon savant ami le maître Martial Canterel m’avait convié, avec quelques autres de ses intimes, à visiter l’immense parc environnant sa belle villa de Montmorency. » Précisions de temps et de lieu retenues par Roussel pour appuyer son jeu de noms entre celui de Jean-Jacques Rousseau et le sien [4]... Rappelons-nous alors que l’auteur de l’épigraphe de Le Parc de Philippe Sollers n’est autre justement que Jean-Jacques Rousseau...

Sur Camille Flammarion.


[1Raymond Roussel, François Caradec, Fayard 1997, note 1 p 262

[2Raymond Roussel, Michel Foucault, Gallimard, 1963

[3Logiques, Philippe Sollers, Editions du Seuil, Collection Tel Quel, 1968, p 131-132

[4C’est le 9 avril 1756 que Jean-Jacques Rousseau s’installe à l’Ermitage chez Madame d’Epinay à l’orée de la forêt de Montmorency

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