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Joyce, de Tel Quel à L’Infini (IV)

... et au-delà.

D 19 avril 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook




L’Infini 49-50 (printemps 1995) : numéro conçu par Philippe Forest à l’occasion de la publication de son Histoire de Tel Quel. Il réunit d’anciens textes publiés dans Tel Quel et divers témoignages d’écrivains ayant participé à cette histoire.

- En couverture : la reproduction du numéro 83 de Tel Quel (printemps 1980) consacré à Joyce et qui comportait le dossier " Obscénité et théologie " (lire article). Photo de Joyce.

- Un éditorial de Philippe Sollers :
" On a beaucoup parlé de Tel Quel, en long, en large, à tort, à travers. Qui, pourtant, aura finalement pensé du bien de cette aventure, en dehors de ceux qui l’auront dirigée de l’intérieur jusqu’à sa dissolution en son temps ? Personne. Et c’est heureux. Une aussi sombre réputation, toutes opinions confondues, ne peut être intrinsèquement mauvaise. Il doit y a voir un truc, une perversité, une imposture, une diablerie, une Terreur. A chacun ses imprécations. Ces vipères lubriques, ces hyènes dactylographes, ces fascistes, ces nazis, ces staliniens, ces sadiens, n’ont-ils pas soulevé la réprobation unanime du marché de l’imaginaire et de ses salariés dits « littéraires » ? Ne sont-ils pas devenus un fléau pour l’Université, non seulement française mais étrangère. Ces faux intellectuels, après avoir séduit et perturbé les professeurs, ne les ont-ils pas abandonnés à l’ennui de leurs vies ? Ces pseudo-révolutionnaires n’ont-ils pas contribué, avec une sinistre ténacité, à désespérer le prolétariat, les avant-gardes, les anarchistes, les socialistes, les femmes en lutte, les hétérosexuels, les homosexuels, les humanistes, les onanistes, les moralistes, les évêques progressistes, les curés carriéristes, les sociologues, les philosophes, les romanciers, les psychanalystes, les racistes, les antiracistes, les poètes, les mères, les artistes, les révoltés, les drogués, les fous, les militants et les dirigeants, les pères, les fils, les filles, les familles, les journalistes écrits ou télévisés, les marginaux illuminés, les officiels exhibés ? Mais non, vous savez bien qu’il s’agissait simplement de conservateurs masqués, d’habiles réactionnaires, alliés objectifs et inespérés des institutions les plus répressives. Quoi, vous dites que Le Figaro les insulte encore ? Attention, c’est un piège, ils ont dû s’arranger entre eux.

Et ainsi de suite.

Quelle histoire. Il était temps de se mettre un peu à la raconter. C’est ce qu’a fait Philippe Forest dans un livre qui se prolonge ici grâce à lui.

Inégalités flagrantes ? Erreurs ? Qui emploiera mieux sa jeunesse saura le dire.

Qu’est-ce que la littérature ? Ceci : je constate, avec froideur, qu’il ne reste plus que quelques gouttes de sang dans les artères de nos époques techniques. Depuis les pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d’un point de repère, de X, Y ou Z, les douleurs invraisemblables que ce siècle s’est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l’ont rendu abruti. Larves absorbantes dans leurs engourdissement insupportable !

Le tournant s’étend, cependant : vingt mille ans dans les grottes, un vieux pape là-bas, des Chinois toujours là.

Allez, la musique. Joyce ! Ce n’est pas une fin, poursuivons la saga. "

- En ouverture : la re-publication du texte de Philippe Sollers - Arguments - présentation de la traduction de trois extraits du dernier chapitre de Finnegans Wake et cette traduction elle-même, déjà publiée vingt deux ans auparavant dans le numéro de Tel Quel de l’été 1973 (n°54) (lire article).

Et depuis...

- 1998 : Sollers, l’isolé absolu. Film réalisé avec André S. Labarthe (lire entretien). Joyce est là. Sollers le montre en photo, quasi-aveugle, la tête entre ses mains.

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Photo du film d’André S. Labarthe



- L’Infini n°70 (été 2000) : reprise d’un texte de 1991 de Jean-Louis Houdebine : Joyce-Nora, décembre 1909 qui analyse les lettres de Joyce à Nora, sa femme (Voir article ).

- L’Infini n°72 (hiver 2000) : Joyce, l’année de la zone libre de Jean-Pierre Barou, un article sur le séjour de Joyce à Saint Gérand-le-Puy dans l’Allier. Venu pour quelques jours durant le premier hiver de la guerre en 1939, James Joyce y vécut une année entière. Le 16 décembre, il quitte le village et va prendre le train pour la Suisse avec sa femme Nora et ses fils Giorgio et Stephen. Il a 59 ans. Il lui reste un mois à vivre.
Un demi-siècle après, les gens se souviennent.

- L’Infini 91 (été 2005).

Pas moins de douze textes ou entretiens de Sollers dont deux sur Joyce : Joyce, de nouveau et Molly Bloom, une des incarnations de James Joyce (entretien avec Patrick Amine pour la Revue des deux mondes).
Jean-Louis Houdebine : Acheminement d’une parole. Sur un souvenir de jeunesse de James Joyce.

- novembre 2006 : Réédition du livre de Gisèle Freund Trois jours avec Joyce (1982).
Avant-propos de Philippe Sollers :

" Il est là.
C’est lui.
C’est lui le fabuleux, l’enchanteur, le complicateur, le troubleur : l’homme aux mille tours dans la ruse. Il est vers la fin du parcours. Longue navigation. Longue et lente fatigue pour imposer sa musique de mots dans l’histoire des mots. C’est le moment de prendre au vol les photos finales. "

" Pas de hasards, pas d’erreurs.
Et, bien entendu, la photographe s’appelle Freund.
C’est-à-dire, comme on commence seulement à le remarquer : Joyce = Freud (en allemand). La joie. Quand même. A un n près, ici, qui ajoute à l’amitié. "

" Celui Qui s’engendra Lui-même, médian à l’Esprit-Saint, et Soi-même s’envoya Soi-même, Racheteur, entre Soi-même et les autres, Qui, maltraité par ses ennemis, dépouillé de ses vêtements et flagellé, fut cloué comme chauve-souris sur porte de grange, souffrit la faim et l’arbre de la croix, Qui se laissa ensevelir, se releva, dévasta les enfers, s’installa au ciel où Il est assis depuis dix-neuf cent ans à la droite de Son Propre Soi-même, mais reviendra au dernier jour pour passer sentence sur les vivants et les morts alors que tous les vivants seront déjà morts. " Ulysse, cité par Sollers.

- avril 2007 : On réédite les videos réalisées en 1983 par Jean-Paul Fargier : Sollers au pied du Mur, Sollers au Paradis.
Hasard ? La même année 1983, Fargier fait également L’échelle de Joyce (installation-performance de 55 min.)
L’année suivante, en 1984, il réalise Joyce Digital. " Une lecture de "Finnegans wake", le dernier livre de Joyce, par Jacques Mercanton, Jean-Louis Houdebine, Philippe Sollers, Serge Daney, Jean-Christophe Bouvet, Nam June Paik et Merce Cunningham ".

- avril 2007 : Marcelin Pleynet publie La Fortune, la Chance. Chroniques romanesques de l’année 2000 [1]. On y lit :

" Paris, 29 mars.

[...] LE GÉNIE DU LIEU
Conférence de Sollers à la BNF... Joyce à Paris... Sollers remarque d’abord que Finnegans Wake est, en dernière page, daté : Paris, 1922-1939 [2]. Lieu et dates suivis de la signature : James Joyce. Ville, date et signature, souligne Sollers, font partie intégrante du livre. Paris, signé et daté.

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James Joyce et Sylvia Beach à Paris (1924)

De cette façon, Joyce déclare, aussi explicitement que possible, que Finnegans Wake a été écrit à Paris. Et, c’est comme en conséquence que Sollers dresse alors la liste des adresses de Joyce à Paris... Une façon d’établir les lieux que Joyce a habités et qui l’ont habité, qui, en visions et sensations, participent d’une réalité qui ne peut pas ne pas être créatrice, et oeuvrer, en lumières, sons, et mouvement musicaux, à la partition du livre.
Sollers aurait pu ajouter qu’il y a une autre dette de Joyce, vis-à-vis de Paris : la possibilité de publier Ulysse, qui ne pouvait alors certainement pas être édité ailleurs qu’en France. On sait que la première édition en anglais du roman de Joyce fut refusée ça et là, et que seul un imprimeur français accepta de s’en charger...
[...] Peu avant la conférence, [le petit-fils de Joyce] a remis à Sollers la photocopie d’un billet de banque irlandais à l’effigie de Joyce... Ce qui m’a rappelé que, le 24 mars dernier, lors d’une émission de télévision, Bernard Pivot ayant demandé à Dominique Rolin quel écrivain ou homme politique elle aimerait voir sur un billet de banque, Dominique Rolin avait nommé Joyce. "

Pleynet aurait pu aussi ajouter que l’émission de Bernard Pivot réunissait, ce 24 mars 2000, pour la première fois sur un plateau de télévision, Philippe Sollers et Dominique Rolin. Sollers venait d’écrire Passion fixe, Dominique Rolin Le journal amoureux dont le personnage principal est Jim.
Pivot (à Dominique Rolin) : " L’homme que vous aimez depuis quarante, c’est Jim... Et Jim est à côté de vous, c’est Philippe Sollers. "
Dominique Rolin raconte aussi dans Plaisirs que c’est Sollers lui-même qui lui a suggéré le nom de Jim en hommage à Joyce...

Le roman continue...
Joyce, Ulysse, Jim, Sollers. Finnegan. Négation de la fin. Wake [3] !



" Voilà. Place au jugement dernier des images. "

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Nouvelle édition, 2006

[3Wake : veiller, être éveillé ; se réveiller ; s’éveiller - Eveiller, réveiller ; ranimer.
Veille, veillée (auprès des morts)

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