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Journal du mois - février 2007

D 28 février 2007     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Tournis Intellectuels Petite planete Cochon André Breton


Tournis

Elle monte ou elle descend ? Elle décroche ou elle se reprend ? Elle dévisse ou elle se hisse ? Ségo, ces temps-ci, nous donne un peu le tournis, pas elle spécialement, non, mais bien la manière dont l’information la traite. Sondages ou pas, chiffrages ou pas, je m’en tiens, moi, à ses moments d’émotion, quand elle dit « ardente obligation », « chevillée au corps », « j’en fais le serment ». Cette ardeur, ce corps, ces serments me parlent. Qu’elle soit en rouge ou en blanc (le blanc est plus performant), elle se met à incarner, elle convoque du sacré, elle est maman, elle a des enfants, nous sommes tous des enfants, elle appelle, elle veille, elle guérit, elle se penche, elle gronde, elle console. Qui a peur de maman ? Beaucoup de monde, mais pas moi. Je devine à quel point le rôle est épuisant, fastidieux, désespérant, monotone. Etre une femme est déjà très compliqué, mais être une jolie femme politique, et une maman qui veut devenir présidente de la République française, c’est un comble. Que de soucis, que de fatigue, derrière ce sourire éternel ! Comme elle doit être rompue, tard, le soir, dans son bain, la pauvre Ségo ! Et il faut recommencer le lendemain, les débats, les télés, les participants plus ou moins chiants, les réunions inutiles, le désordre, le poids des éléphants à porter, [ou à tirer, note pileface]

les jalousies de coulisses, les prétentions montantes, bref le bordel du pouvoir. Mettre un peu d’ordre juste dans tout ça, et jusque dans la société ? Faire enfin tenir tranquilles les enfants à table ? Ils parlent tous en même temps, on ne s’entend plus, et ce sera encore pire demain, à l’Élysée, si Dieu la conduit jusque-là, même s’il n’existe pas.

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A la recherche du centre perdu, tome 3 : Le Centre retrouvé

« Tiendra-t-elle ? », titre un magazine, laissant entendre par là qu’elle ne tiendra pas. Pour la beauté et le suspense du roman en cours, moi, j’ai envie qu’elle tienne. L’imprévu, c’est elle, la vraie révélation des passions, encore elle. Ça s’écrit tout seul, et c’est passionnant. Titre : La bienveillante. Si ça marche, ce sera un best-seller, surtout à l’étranger. Ségo ? Un grand produit d’exportation littéraire. ( Voir Ségolène Royal en Chine )



Intellectuels

C’est là qu’on voit à quel point les intellectuels séduits par Sarkozy sont peu écrivains. Ils veulent sourdement de l’ordre, ils ont peur des rebondissements de l’intrigue, de cette odeur de femme qui met les imaginations en émoi. Ils ne croient plus à leurs discours abstraits, les pauvres. Il y a longtemps qu’ils ont abandonné la philosophie pour la morale à tout bout de champ. Remarquez, Sarkozy n’est pas n’importe qui : il court, il court, il est passé par ici, il repassera par là, il est de plus en plus fluide, poisson, insecte tenace, beaucoup plus intéressant que ses partisans qui, rassemblés, font un peu croque-morts ou syndicat des pompes funèbres. C’est un fils de père, Sarko, et il est pressé de prendre la place du bon vieux Chirac qui, lui, désormais, rêve de Ségo. L’intellectuel se voit toujours conseiller du prince, c’est-à-dire homme du cardinal, alors que l’écrivain est fondamentalement du côté de la reine, c’est plus amusant, plus mousquetaire, plus gratuit, plus insolent. Alexandre Dumas vote Ségo, aucun doute. L’imagine-t-on se ranger derrière l’oncle Bayrou aux grandes oreilles, même si ce dernier est agrégé de lettres ? Avoir un faible pour le poussif Le Pen, devenu star médiatique, lequel veut rétablir la peine de mort et la guillotine ? Ce plébéien de choc n’a pas froid à l’ ?il en demandant qu’on réutilise la sinistre machine qui a tranché le cou délicat de Marie-Antoinette ! Quelle honte ! Quel dégoût ! Quoi qu’il en soit, si l’intellectuel, même sérieux, penche vers Sarko, c’est probablement à cause de l’absence de femmes présentables dans son équipe. Vous n’allez pas me dire qu’Alliot-Marie est réellement une femme. Il y en a bien une, dans l’ombre, mais là, le mystère du cardinal Sarko est total. Tous ces hommes sont vêtus de noir, et je préfère le bleu de Gascogne. Vive la reine, messieurs ! Ségo à Versailles ! Et sortons une bonne fois pour toutes des vieilleries françaises contradictoires, représentées par le choix cocasse de Roger Hanin, lourd Navarro : au premier tour Marie-George Buffet, au second Sarko. Tout un poème.



Petite planète

C’est une astronaute de la Nasa américaine, elle est très belle, et elle s’appelle Lisa Nowak. L’été dernier, elle a passé douze jours en mission à bord de la station spatiale internationale. C’est une excellente professionnelle de l’espace, sang-froid, réflexes, calculs immédiats, une sorte de surfemme, donc, comme seule la science peut la souhaiter dans les siècles des siècles. L’ennui, c’est qu’elle a voulu enlever et tuer la femme qui avait une liaison avec l’homme dont elle était amoureuse, le pilote d’un autre vol de la navette Discovery. Voilà un roman d’aujourd’hui, le meilleur. À quoi pense une femme jalouse en tournant autour de la planète ? À sa rivale, et à la technique nécessaire pour l’éliminer. C’est ainsi que Lisa a eu la présence d’esprit de porter des couches pour faire 1.500 kilomètres en voiture sans avoir à perdre de temps en arrêt pipi. On a même retrouvé la liste méticuleuse de ce qu’elle ne devait pas oublier : imperméable, perruque, maquillage, sac poubelle, couteau. Elle avait aussi un pistolet à air comprimé chargé, et un plan des environs du domicile de la jeune femme à abattre. Arrêtée avant d’avoir pu agir, elle a déclaré, dans un style purement américain, qu’elle avait, avec son pilote, « un lien qui était plus qu’une relation de travail et moins qu’une relation romantique ». S’il s’était agi d’une « relation romantique », où en serions-nous ? Commentaire du directeur du Johnson Space Center à propos de ses astronautes : « Comme tout le monde, ils sont humains. » Il paraît pourtant que le Centre va revoir les modalités d’évaluation psychologique des candidats planétaires. Je suis curieux d’en connaître les résultats.



Cochon

La Chine entre ce mois-ci dans l’année du Cochon, et pas n’importe lequel, le « cochon d’or », très favorable, paraît-il, à une fécondité record. Les Chinois ont l’air très contents que des millions d’enfants s ?épanouissent. Mais voilà : la télévision d’État a été priée de s’abstenir de toute représentation du cochon dans ses publicités, pour ne pas choquer les 20 millions de musulmans qui vivent en République populaire. Des internautes ont beau faire remarquer que l’année du Cochon est fêtée en Chine depuis des siècles, bien avant que l’islam s’y développe, c’est comme ça. Nous avons eu les caricatures de Mahomet et le procès ubuesque contre Charlie- Hebdo, les Chinois, eux, sont priés de faire cochon bas. Que voulez-vous, Allah est Allah.



André Breton

Je vous ai déjà recommandé de lire l’excellente biographie de Marcel Duchamp par Judith Housez [1]. Et en voici une autre, bien documentée, de Bernard Marcadé [2] . Vive Duchamp, nom de Dieu, qui a osé faire écrire sur sa tombe : « D’ailleurs ce sont toujours les autres qui meurent. » Après son incinération, on a retrouvé dans l’urne ses clés qui n’avaient pas fondu. On les a laissées là, c’est juste. Un conseil de Duchamp aux vrais artistes en tous genres ? « Prenez le maquis, ne laissez croire à personne que vous êtes en train de travailler. » Et puis, cet émouvant hommage à Breton, en 1966 : « Je n’ai pas connu d’homme qui ait une plus grande capacité d’amour, un plus grand pouvoir d’aimer la grandeur de la vie. On ne comprend rien à ses haines si on ne sait pas qu’il s’agissait pour lui de protéger la qualité même de son amour de la vie, du merveilleux de la vie. Breton aimait comme un c ?ur bat. Il était l’amant de l’amour dans un monde qui croit à la prostitution. C’est là son signe. »
J’ouvre le premier Manifeste du surréalisme, et je lis : «  Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore. Je le crois propre à entretenir, indéfiniment, le vieux fanatisme humain. Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime. Parmi tant de disgrâces dont nous héritons, il faut bien reconnaître que la plus grande liberté d’esprit nous est laissée. À nous de ne pas en mésuser gravement. »

Philippe Sollers
Le Journal du mois
Le Journal du Dimanche du 25 février 2007.

illustrations libres et soulignement gras de pileface

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Marcel Duchamp, Feuille de vigne femelle, 1950
Tate Gallery, Londres

Duchamp produit en 1950, en pleine période de préparation de Etant donné, une sculpture en plâtre galvanisé, qu’il intitule : Feuille de vigne femelle. Moulée à partir d’un sexe féminin réel, la sculpture sera photographiée pour la couverture de Le surréalisme, même 1 d’André Breton, en 1956. Cet objet est l’empreinte d’une aine féminine, un moule qui s’applique sur les pudenda féminins comme ces feuilles de vigne jadis appliquées sur les sexes d’Apollon.

Crédit : http://www.interact.com.pt/

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Marcel Duchamp à propos du "ready-made"

Entretien avec l’artiste Marcel Duchamp (1887-1968), fait en janvier 1967, portant uniquement sur les "ready-made" inventés à New York. L’interview est faite à Paris à la galerie Givaudan. Le ready made est né d’un ensemble de conclusions : de nombreux éléments d’un tableau sont achetés tout faits, la toile, les pinceaux... en poussant le raisonnement jusqu’au bout on arrive au "ready made". Lui, l’artiste ne fait que signer. De toutes les façons une oeuvre d’art est toujours un choix de l’artiste. Le ready made doit être indifférent à son auteur, ce n’est pas un choix esthétique. On doit se débarrasser de cette idée du beau et du laid.

Les premiers "ready made" remontent à 1913, c’est "la roue de bicyclette". La première chose qui l’a intéressée c’est le mouvement, puis il a compris que le mouvement n’était pas nécessaire. En 1914, est venu le "porte bouteille", puis en 1915-16, il a cessé d’en faire depuis très longtemps. Il commente " l’effet rétinien" qu’il utilise à propos des tableaux. Il n’aime pas beaucoup l’art abstrait à cause de "l’effet rétinien". Un ready made ne doit pas être regardé, on prend notion par les yeux qu’il existe, on ne le contemple pas. Il suffit de prendre note. La notion de contradiction n’a pas été assez exploitée. Les ready made ne sont qu’en huit exemplaires. A la simple reproduction d’un ready made, il manque la troisième dimension. Il s’explique par l’oeuvre "Pharmacie". Ce n’est pas l’effet rétinien qui compte pour le ready made, il peut exister seulement par la mémoire. L’oeuvre n’est plus rétinienne. Les phrases des ready made sont des couleurs verbales, elles ne sont ni descriptives, ni explicatives. Les ready made avaient été oubliés, on ne les retrouve que maintenant. Il ne fait rien, attend la mort, les questions d’art ne l’intéressent plus ("Archives du XXème siècle", 21.1.1967).
eibung

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Marcel Duchamp : La peinture, même
Entretien avec Jean Clair, Paul B. Franklin et Cécile Debray.


Marcel Duchamp par MELMOTH

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Bernard Marcadé
Marcel Duchamp
Flammarion-23 février 2007

Depuis sa mort en 1968, l’oeuvre et l’influence de Marcel Duchamp qu’André Breton qualifiait d’"homme le plus intelligent du siècle", n’ont cessé de s’imposer dans le paysage de l’art contemporain. Du futurisme au cubisme, de Dada au surréalisme, l’art de Duchamp accompagne les grandes aventures esthétiques du XXe siècle. Mais c’est surtout à partir des années 60 que son oeuvre s’impose comme une source incontestable pour les jeunes générations. On a beaucoup écrit sur Marcel Duchamp, on a beaucoup glosé sur ses oeuvres, on s’est très peu intéressé à sa vie.
Henri-Pierre Roché a écrit que "la plus belle oeuvre de M. D. [était] l’emploi de son temps". Cette biographie développe cette hypothèse, avec la forte conviction que l’examen circonstancié de la vie de Marcel Duchamp fournit un accès privilégié à son oeuvre. Au travers de cette vie faite d’une multitude de rencontres, de secrets et de rebondissements, nous assistons à l’élaboration d’un véritable art de vivre. Le mythe, initié par Breton, d’un Duchamp abandonnant la partie de l’art "pour une partie d’échecs interminable" est là pour corroborer l’aura d’un artiste dont la vie et les oeuvres restent toutes entières dédiées au paradoxe et à l’élégance.
- Présentation de l’éditeur -

Judith Housez
Marcel Duchamp
Grasset-2007

Que sait-on, au juste, du très étrange Marcel Duchamp ? Et quels furent la vie et le projet de cet homme dont l’ombre facétieuse plane sur toute l’histoire de l’art contemporain ? De l’« Anartiste » qui inventa le « ready-made », qui signa une pissotière en 1917, ou qui ajouta moustache et barbiche à la Joconde, André Breton affirmait qu’il était « l’homme le plus intelligent du vingtième siècle ». Phare du surréalisme, correspondant du dadaïsme à New York, Duchamp exerça également son influence décisive sur Picabia et Man Ray. Ajoutons, enfin, que des artistes aussi différents que Jasper Johns, Robert Rauschenberg, John Cage ou surtout Andy Warhol, le tinrent pour leur maître absolu...

Pourtant, l’oeuvre de Marcel Duchamp demeure énigmatique. Plus cérébrale que virtuelle, située « au-delà » du goût ou de la délectation esthétique, propice par nature au scandale et au malentendu, elle demeure la manifestation la plus radicale d’un esprit en liberté. Et, entre la France et l’Amérique, la liberté de Marcel Duchamp tissa des liens dont l’entrelacs restait, à ce jour, inexploré.

Avec cette première biographie d’envergure - la première publiée en français - le mythe Duchamp est enfin disséqué avec minutie. Et sa biographe défriche allègrement l’existence romanesque, « nietzschéenne » et libertine d’un homme, né en 1887, qui connut sa gloire américaine à l’âge de 28 ans, et qui inventa rien de moins que notre modernité. Stratégies, hasards, ruses, anecdotes, rencontres, succès, provocations - voici la vraie vie de l’« Anartiste ». Et le fascinant destin de celui qui est devenu, contre vents et marées, la figure tutélaire de l’art contemporain.
- Quatrième de couverture -


[1Grasset, 2007

[2Flammarion, 2007

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