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Philippe Sollers n’est pas un écrivain du XIXe siècle...

D 21 janvier 2007     A par D. Brouttelande - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


A propos de « Misère du Nietzschéisme de gauche » d’Aymeric Monville.

Voilà un petit livre de 100 pages d’un auteur de 30 ans né à Colombes, intéressé par la philosophie et décidé à nous tracer l’histoire du nietzschéisme français à travers ses différents enrôlements. Le dernier recyclage en date n’aurait pour autre but que « détruire au sein de la gauche le matérialisme des Lumières et in fine l’ensemble de la philosophie issue du marxisme et du mouvement ouvrier. » Bon, pourquoi pas...

A la lecture de ce livre, au moins deux observations, pourtant, nous sont venues à l’esprit, limitées à ses entrée et sortie.

Il est regrettable en effet que dans sa généalogie, ne soit pas évoqué le rôle de Daniel Halévy, dès avant 1914, dans la connaissance de l’ ?uvre de Nietzsche... Si la taille de l’ouvrage peut expliquer l’omission, le nombre de notes un peu moins...

A l’inverse, il nous plaît de constater à quel point Philippe Sollers, pourtant si « insignifiant », continue d’attirer son lot régulier de critiques. Ces dernières adoptent ici un tour comique quand sous couvert d’une connaissance approfondie de l’auteur et de ses romans, elles trahissent en fait en matière romanesque (car notre philosophe semble vouloir nous montrer ses compétences sur cet autre objet d’étude) une conception du genre étonnante en ce début du XXIe siècle... Misérable(s) ?

« ... Mais dans le royaume des lettres il fallait quelqu’un qui revêtît la pourpre cardinalice. Un arbitre des élégances, influent dans les coulisses, préoccupé de stratégie, conscient des enjeux et suffisamment lâche pour se croire machiavélique. Le « hasard » veut qu’au moment où j’écris ce livre, Philippe Sollers publie un roman entièrement consacré à son dialogue avec Nietzsche, doublé d’un « Evangile de Nietzsche » en forme de retour aux sources.

Philippe Sollers a fait passer dans les m ?urs trois dogmes du nietzschéisme de gauche :

Premièrement, ce que j’appellerais l’idéologie de l’écrivain unique. On en trouve déjà les prémices chez Borges. Il s’agit de considérer que la littérature est une sorte de franc-maçonnerie transhistorique, les écrivains poursuivant à travers le temps un dialogue entre initiés : posture aristocratique dirigée avant tout contre la littérature engagée et un certain mouvement de démocratisation de la littérature à travers le grand roman réaliste du XIX siècle.

Deuxièmement, la confusion volontaire des références. Le XVIIIe siècle de Sollers est celui que revendique expressément Nietzsche dans Humain trop Humain, sous le patronage de Voltaire. A cette différence près que là où Nietzsche défend explicitement l’aristocratie décimée par la Révolution, et célèbre la douceur de vivre de l’Ancien Régime, Philippe Sollers en sa duplicité, joue sur les deux tableaux, prétend défendre à la fois « les Lumières » et l’aristocratie ; la Révolution française et la contre-révolution. En 1789 comme en 1968, la Révolution est trendy, à condition qu’elle ne triomphe pas : elle scierait alors la branche sur laquelle elle est assise... Brouillant les cartes à dessein, il s’achète à peu de frais une bonne conscience de « gauche » et ramène dans ses bagages Joseph de Maistre, Céline et Heidegger, promus grands lucides qui ont tout vu, tandis que Rousseau est précurseur du stalinisme !

Troisièmement, ce que Tom Wolfe appelle plaisamment la « ploutographie » : description exclusive et laudative de la pseudo-aristocratie bourgeoise. Les romans de Sollers ont lieu dans un périmètre de quelques kilomètres, entre le boulevard de Port-Royal et la rue de Babylone ; parfois, le narrateur risque une excursion à l’île de Ré, à Venise ; il lui arrive même de pousser jusqu’au boulevard Saint Marcel. Mais jamais il ne va au-delà de sa classe. Bouquet de citations (d’ailleurs bien choisies) butiné par des personnages improbables, le livre sollersien est une régression fondamentale de ce genre, par nature, universaliste, qu’est le roman... »

Misère du « Nietzschéisme de gauche » De Georges Bataille à Michel Onfray, Aymeric Monville, p83-85 Editions Aden, 2007

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