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Le Prix Philippe Sollers pour Feux sacrés de Cécile Guilbert
et Les Lois et les Nombres de Romain Graziani

D 27 novembre 2025     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ce sont deux livres que nous avions présentés dès leur sortie. Le site Actualitté a révélé le choix du jury présidé par Philippe Forest dès le 26 novembre...

Prix Philippe Sollers : qui sont les lauréats de cette première édition ?
Le jeudi 27 novembre 2025 à 18h, le Café Beaubourg accueille la première édition du Prix Philippe Sollers, une distinction littéraire créée pour rendre hommage à l’auteur de Paradis ou de Femmes et prolonger ce qu’il appelait lui-même « la guerre du goût  ». La remise publique aux lauréats aura lieu à 18h30, au 43 rue Saint-Merri, Paris 4ᵉ.

Le jury du Prix Philippe Sollers est présidé par l’écrivain Philippe Forest et réunit des personnalités qui ont connu, admiré ou étudié l’œuvre de Sollers. Pour cette première édition, il rassemble Christian de Portzamparc, Amélie de Bourbon Parme, Patricia Boyer de Latour, Georgi K. Galabov, Jacques Henric, Nicolas Idier, Catherine Millet, Emmanuel Moses, Marcelin Pleynet et Sophie Zhang.

En hommage à celui qui donne son nom au prix, les organisateurs rappellent que Philippe Sollers n’a jamais cessé de mener cette « guerre du goût », qui se livre « sur plusieurs fronts à la fois et sous des formes apparemment différentes ». Ils citent l’ouverture de Discours parfait, où l’auteur reprenait Hölderlin :

Plus nous sommes attaqués par le néant qui, tel un abîme, de toutes parts menace de nous engloutir,
ou bien aussi par ce multiple quelque chose qu’est la société des hommes et son activité qui, sans forme,
sans âme et sans amour, nous persécute et nous distrait, et plus la résistance doit être passionnée,
véhémente et farouche de notre part. N’est-ce pas ?

Deux ouvrages sous le signe des Sagesses d’Orient

Pour marquer cette première édition, le jury a choisi de récompenser deux ouvrages, un récit et un essai, en écho à l’œuvre du fondateur de L’Infini, qui ne séparait jamais la fiction de la réflexion, la poésie de la pensée.

Ce geste s’inscrit dans l’idée défendue par Philippe Sollers dans Théorie des Exceptions, où il associait « le geste de la création » à « cet espace mouvant et contradictoire  » où, «  le temps vraiment retrouvé », «  l’ancien et le moderne se confirment, s’éclairent, se multiplient l’un par l’autre  ».

Le premier livre primé, Feux sacrés (Grasset), entraîne le lecteur vers l’Inde des sages. Le second, Les Lois et les Nombres, dont le titre reprend ceux de deux romans de Sollers, porte sur la Chine des philosophes.

Leurs auteurs, Cécile Guilbert et Romain Graziani, avaient autrefois publié leurs premiers livres dans la collection L’Infini, la première sur Saint-Simon et Debord, le second sur Tchouang-Tseu. Le jury souligne que leurs nouvelles œuvres participent pleinement à cette « guerre du goût » que Sollers appelait à poursuivre sous l’égide de Rimbaud et de Lautréamont.

À 20 ans, Cécile Guilbert se réclame de Nietzsche, Baudelaire et Lautréamont, refusant toute idée de spiritualité hindoue. Trente-cinq ans plus tard, c’est pourtant dans l’appartement d’un maître yogi qu’elle réapprend à respirer pour survivre à un choc traumatique. Feux sacrés raconte cette métamorphose, à travers un récit initiatique intime où se mêlent ironie, lucidité et ardeur.

Pour accéder à cette Vita Nova, elle affronte le scandale de plusieurs morts : un cousin suicidé, une grand-mère agonisante, un oncle rencontré une dernière fois dans un ashram du Kerala, puis son petit frère retrouvé dans des circonstances dramatiques. L’amour avec Nicolas, la sagesse indienne, les bûchers de Bénarès et les livres l’aident à renaître. L’ouvrage fait briller sa constellation personnelle : l’amour, les morts, l’Inde et la littérature.

Cécile Guilbert, autrice d’essais, récits et romans publiés chez Gallimard et Grasset, a reçu le prix Médicis de l’essai pour Warhol Spirit et le prix de la critique de l’Académie française pour Roue libre.

Dans Les Lois et les Nombres, Romain Graziani montre que la culture politique chinoise, souvent réduite à l’héritage confucéen, fut en réalité pionnière dans la création de méthodes impersonnelles pour organiser le cosmos, l’empire et la vie quotidienne. S’appuyant sur les découvertes archéologiques récentes, il propose de repenser l’histoire de l’État chinois en rappelant que « lois » et « nombres » ne recouvrent pas les mêmes réalités qu’en Europe.

Mobilisant des sources allant des mathématiques à la divination, du taoïsme aux arts de la guerre, il analyse le processus de dépersonnalisation de l’autorité issu de l’expérience légiste et ses effets durables sur la société chinoise. Le livre éclaire la formation d’un paradigme fondé sur la quantification, qui transforme la perception du temps, de l’espace, du travail et de la souveraineté, jusqu’aux technologies contemporaines de surveillance.

Sinologue et philosophe, professeur à l’ENS de Lyon, Romain Graziani est spécialiste du taoïsme ancien et de l’histoire intellectuelle de la Chine, auteur d’essais marquants et traducteur de textes chinois.

Un clin d’œil à l’art de vivre selon Sollers

Le Prix Philippe Sollers bénéficie d’une dotation exceptionnelle en grands crus de Bordeaux issus de Château Cheval Blanc et Château d’Yquem, un choix qui rend hommage au goût de Sollers pour «  le vin, la fête et la beauté partagée ».

Cette dotation est rendue possible grâce au soutien de Pierre Lurton, président des deux propriétés. Le cocktail qui suivra la remise du prix sera offert par le Café Beaubourg, accompagné des vins du Château Marjosse et du Château Quinault l’Enclos, fournis eux aussi par Pierre Lurton.

Le Café Beaubourg, institution emblématique du Paris artistique et littéraire, constitue un cadre symbolique pour cette première édition. Conçu en 1987 par Christian de Portzamparc , à la demande de Gilbert Costes, il est orné de pages du roman Paradis de Sollers et établit un dialogue entre architecture, art et littérature.

Grâce à la présence de Christian de Portzamparc au sein du jury, et au soutien de Gilbert et Thierry Costes, le lieu accueille l’événement dans un esprit « d’ouverture, d’élégance et de joie » que les organisateurs associent à la personnalité même de Philippe Sollers.

Hocine Bouhadjera, actualitte.com


Christian de Porzamparc, Emmanuel Moses, Philippe Forest,
Patricia Boyer de Latour au Café Beaubourg le 18 novembre 2025.

Prix Philippe Sollers. ZOOM : cliquer sur l’image.

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