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Simone de Beauvoir

Dossier mis à jour en mai 2009

D 14 janvier 2007     A par A.G. - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Simone de Beauvoir en 1952
Photo : Elliott Erwitt

MP3 restaurés le 4 novembre 2013.

A l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur du Deuxième sexe

« (Re)lisez beauvoir »

par Philippe Sollers

Beauvoir avait la même précipitation de parole que Sartre. Mais sa voix tranchait sur son apparence physique. Sa beauté était démentie par une voix haut perchée, désagréable, butée, didactique. Elle semblait vouloir nier sa belle image par une parole désaccordée et non mélodique. Une amie féministe me suggère qu’elle avait ainsi une voix de protection contre ce que disait son corps. C’est très vrai. Corps harmonieux, voix froide. Proposition et distance. Angoisse ? Sévérité jouée ? Volonté de maîtrise ? Un peu de tout ça. Il faut donc lire Beauvoir pour vraiment l’entendre. Et là, c’est le plus souvent un enchantement, surtout dans ses lettres. Contrairement à ses Mémoires, où le passé simple ralentit l’action, elle est là, intensément présente, précise, sensuelle, drôle. Je prends le pari : loin de toutes les récupérations militantes ou universitaires, elle restera comme une grande épistolière que révélera, un jour, une anthologie. Ses lettres sont le plus souvent des chefs-d’oeuvre. Des lettres d’amour. Comment appelle-t-elle Sartre ? « Tout cher petit », « petit bien-aimé », « petit pur », « cher petit absolu ». Et puis : « Vous seriez donc un bien grand philosophe, petite bonne tête ? » Et puis : « Je suis toute effondrée de tendresse pour vous. » Et à Algren : « Quand je pense que je vais vous voir, vous toucher, la tête me tourne, mon coeur éclate... » Simone de Beauvoir ? Une femme à découvrir.

Le Nouvel Observateur du 3 janvier 2008.

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Colloque Beauvoir : discours d’ouverture de Julia Kristeva

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Une vie, une oeuvre (24-01-08)
Avec Sylvie Le Bon de Beauvoir, sa fille adoptive.
Danièle Sallenave. Auteur du livre biographique Castor de guerre (Gallimard).
Béatrice Didier. Professeur émérite rue d’Ulm.
Julia Kristeva. Écrivain, psychanalyste.
Michel Contat.
et les voix de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre.

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Portrait de Simone de Beauvoir (1-02-08)
avec Danièle Sallenave et Huguette Bouchardeau.

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Beauvoir philosophe (2-02-08)
Avec Julia Kristeva et Huguette Bouchardeau.

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Lire : Redécouvrir l’oeuvre de Simone de Beauvoir

Je veux tout de la vie, un film de Pascal Fautrier et Pierre Seguin (2008).

Avec une courte apparition de Sollers au début de la video ci-dessous.


Beauvoir et le "deuxième sexe" par borddeleau

Bernard Frank, Beauvoir dans L’Infini 91 (article inaccessible)

Simone la scandaleuse dans le Nouvel Observateur du 3 janvier

Le deuxième sexe en héritage dans le Monde diplomatique

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Beauvoir avant Beauvoir

par Philippe Sollers

A la fin des années 1930, Simone de Beauvoir se voyait refuser une fiction où elle décrivait déjà l’éternelle domination des femmes. Elle sera finalement publiée en 1979 avec la réticence de l’auteure, jugeant que son livre manquait de chaleur et de relief. Dix ans plus tard, elle publiait « le Deuxième Sexe ».
Ce premier roman « Anne, ou quand prime le spirituel » vient d’être réédité.

Etonnante aventure que celle de ce petit livre, sans doute l’un des plus réussis de Simone de Beauvoir. Nous sommes en 1937-1938, elle a 30 ans, elle écrit ce roman en détournant un titre de Maritain, « Primauté du spirituel », elle veut régler ses comptes avec son milieu catholique, son enfance coincée, ses premières expériences de professeur en province. Son manuscrit est refusé par Gallimard et Grasset, elle s’incline, puis y revient en 1979, le publie sans aucun écho avec un nouveau titre, « Quand prime le spirituel ». Le voici à nouveau en édition de poche. Cette fois il s’appelle « Anne, ou quand prime le spirituel », et là, on s’étonne : c’est précis, dur, très intelligent, pas du tout inférieur à « La Nausée », décapage du mensonge presque généralisé de l’époque, hypocrisies, puritanisme, fausse religion, petits enfers familiaux et sociaux, continuation ahurissante du xixe siècle, crimes innocents doucereux, horreur des relations mère-fille, niaiserie physique, portraits profonds de la mauvaise foi à l’oeuvre dans un pays, la France, qui nous semble soudain très lointain, à moins que ce ne soit toujours le même, dissimulé, en douce. Le plus étrange, bien que Beauvoir ne parle jamais de lui, est, dans le style même, l’influence de Mauriac. Elle l’a lu, aucun doute, et on peut se demander si l’animosité de Sartre à l’égard de l’auteur du « Noeud de vipères » ne vient pas de là.

Un des drames de la vie de Beauvoir est la mort de son amie Zaza, étouffée par la famille. Elle s’appelle Anne dans ce roman, mais ce n’est pas le seul personnage, loin de là, il y en a bien d’autres, femmes, jeunes filles, hommes refoulés nigauds, anarchistes nocturnes désespérés (remarquable évocation de la figure de Denis, nihiliste à la dérive). L’essentiel, bien entendu, est l’idéalisme à toute épreuve qui anime aussi bien les dévots que les pseudo-affranchis. Ecoutons Beauvoir : « Les tabous sexuels survivaient, au point que je prétendais pouvoir devenir morphinomane ou alcoolique, mais que je ne songeais même pas au libertinage. » Image de la dévote : « Elle apercevait des visions merveilleuses ; son coeur fondait et elle offrait en sanglotant le sacrifice de sa vie à un jeune Dieu blond. Elle l’avait vu une fois, au cinéma ; le soir, dans son lit, elle lui faisait ses confidences, et elle s’endormait blottie contre le coeur de Jésus : elle rêvait d’essuyer avec ses longs cheveux de doux pieds nus. »

Il n’y a pas que la dévote qui veut faire des vers tout en se mêlant de la question « sociale », il y a aussi la jeune employée du corps professoral qui voit tout esthétiquement, déteste la vie provinciale (« Ces dames s’abordaient en se demandant des nouvelles de leurs maladies intimes »), décrit crûment la vie du lycée où elle enseigne (rien n’a changé depuis Flaubert), se veut esprit dégagé et libre, mais s’indigne si une de ses élèves tombe enceinte et envisage de se faire avorter. Là, on est dans la souillure, la « boue ».
Toujours l’idéalisme : « N’avez-vous aucun sens moral ? C’est monstrueux !  » Allez, au mariage forcé, c’est-à-dire au couvent dans l’ombre. Le lycée est ridicule, mais l’institution Saint-Ange, confessionnelle, ne l’est pas moins. Une élève s’échappe, va à la Bibliothèque nationale où elle côtoie « les érudits, les étudiants, les maniaques, les épaves décentes qui sont les habitués ordinaires ». Son dentiste, ensuite, essaie de la draguer : il s’intéresse à la philosophie hindoue, il est théosophe, bref, on n’est tranquille nulle part, l’atmosphère de folie augmente. Elle culmine chez une mère pudibonde qui interdit à sa fille de recevoir des lettres d’un ami, et lui dit froidement : « Crois bien que si je n’avais pensé qu’à mon plaisir tu ne serais pas de ce monde. » De quoi mourir, et en effet la fille mourra. Sacrée mère investie par Dieu : « Je sais ce qu’est un homme ; ils parlent d’idéal, mais ils sont pleins d’ignobles désirs. »

Dans tout ce carnaval sinistre à faux Dieu et à liberté conventionnelle, ce que Beauvoir saisit à merveille, ce sont les rapports de domination, d’intimidation, les luttes pour le pouvoir. Les filles doivent être chastes, penser à se marier et à engendrer, point final. La révolte est sanctionnée, et toute fugue dans la vraie vie semble déboucher (sauf à la fin) sur une autodestruction programmée. La fugueuse, dans un bar de Montparnasse où elle tente (toujours l’idéalisme) de se faire passer pour prostituée : « Je les regardais, je pensais à des nuits blanches, des départs, des rencontres, des attentes, je ne pouvais former aucune image claire, mais cette évocation confuse me bouleversait. » Evidemment, Dieu s’éclipse (« les arbres, le ciel, l’herbe, personne ne leur ordonnait d’exister »).

Mais l’idéalisme à l’envers reste plus que jamais de l’idéalisme. Superbe passage : « J’admettais le viol, l’inceste, la luxure, l’ivrognerie : tout satyre pouvait être un Stavroguine, tout sadique, un Lautréamont, tout pédéraste, Rimbaud ; je regardais avec vénération les prostituées aux cheveux rouges ou mauves assises près de moi sur les tabourets du bar ; j’avais l’imagination si peu lubrique que même lorsque je les entendais se demander à haute voix pour quel prix elles accepteraient de sucer un client, je ne formais aucune représentation claire. » Arrive maintenant une riche lesbienne qui veut refaire l’éducation de la débutante : elle l’habille, la maquille, veut coucher avec elle, ce qui étonne fort la néophyte. De plus, la lesbienne (Marie-Ange) est elle aussi théosophe, spirite, nudiste à l’occasion, adepte des tables tournantes, et surtout organisatrice de réunions artistiques d’avant-garde. Rupture, mais rupture aussi avec Denis (avec qui la débutante ne couche pas), qui lui parle un moment d’aller à Saigon faire du trafic d’opium. Bref, on s’ennuie à mourir dans l’ordre bourgeois, mais on s’ennuie à se décomposer dans la dérive : « Des couples me frôlaient en dansant ; j’éprouvais pour eux une pitié déchirante ; je ne savais pas distinguer un fox-trot d’un tango, tout ce que je voyais, c’était une vraie agitation par où des hommes s’efforçaient d’échapper à l’affreux ennui de vivre ; je les plaignais et pourtant je pensais qu’ils avaient raison contre moi ; j’aurais dû imiter ces femmes offertes sans défense au hasard, tout entières plongées dans l’instant : elles ne savaient pas même avec qui elles coucheraient ce soir, elles ne cherchaient pas à savoir ; elles dansaient, elles buvaient, les unes gagneraient des fortunes, d’autres deviendraient des espèces d’épaves, comme cette vieillarde à cheveux roux assise à côté de moi et qui se soûlait chaque soir. »

Soudain, à travers les rues, la révélation de la liberté surgit. On sort des simulacres et des allégories, les choses sont de nouveau là « nues, vivantes, inépuisables ». Les autres personnages « mourront sans avoir rien connu de réel, et je ne veux pas leur ressembler ».

On l’a compris : cette expérimentatrice obstinée va, un jour ou l’autre, écrire « Le Deuxième Sexe ». Après quoi viendront d’autres idéalisations, mais c’était fatal.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur 13/07/2006.

Née à Paris en 1908, Simone de Beauvoir obtient l’agrégation de philosophie en 1929. Elle rencontre Jean-Paul Sartre, qui la surnomme le Castor. Elle devient sa maîtresse et publie son premier roman en 1943. Pour « les Mandarins », elle a reçu le prix Goncourt en 1954. Elle meurt en 1986.

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Voir en ligne : Simone de Beauvoir


« Anne, ou quand prime le spirituel  », par Simone de Beauvoir, avant-propos de Danièle Sallenave, Gallimard, Folio, 368 p.

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4 Messages

  • A.G. | 2 mars 2008 - 22:35 1

    L’édito du dernier artpress

    D’un cul vrai et de quelques vrais faux-culs

    Quel foin dans la presse pour la vue d’un cul ! Que de protestations indignées ! « L’insulte faite à Marie », titre Libération (oh, pardon pour le lapsus : « à Beauvoir », devais-je écrire, le cul n’étant pas celui de la Vierge, mais rien de plus que celui d’une femme, d’un écrivain, Simone de Beauvoir, dont le Nouvel Observateur a commis l’infamie de publier la photo en « une ». « Scandale, mercantilisme, grossièreté, lâcheté, bêtise, machisme, obscénité, perversion, prostitution ... », on a tout entendu. Les chiennes de garde ont foncé à la curée. Même l’intransigeant Daniel Schneidermann dans Libération a vu rouge : figurez-vous qu’on a traficoté le document en estompant le rouleau de papier-cul et en sortant du cadre la cuvette des W.C.! Pure pratique stalinienne, non ? De quoi s’agit-il en vérité ? D’une photo pornographique ? évidemment non. Simone de Beauvoir faisait tout simplement sa toilette, nue, dans une salle de bain d’un appartement de Chicago. La porte étant ouverte, le photographe Art Shay, ami de son amant américain, la voit « se pomponner devant le lavabo » et prend un cliché. S’indigne-t-elle ?? Fonce-t-elle vers l’ignoble paparazzi pour l’obliger à détruire la photo ? Nenni. Elle se contente de lui lancer en souriant : « Vilain garçon ». Objections des belles âmes : avec ce choix de couverture, le Nouvel Obs a voulu vendre du papier. Serait-il donc le seul hebdo à avoir une telle mercantile préoccupation ? Seconde objection de la ligue des vertueux : Simone de Beauvoir n’était pas là pour autoriser la publication de la photo, il y a atteinte à la vie privée. Incontestable. Mais quand la même Simone, dans ses Mémoires, dans ses lettres rendues publiques, racontait de long en large ses amours et celles de Sartre avec leurs très jeunes maîtresses, ou elle avec son amant américain, cela sans leur aval, voire à leur corps défendant, pas d’atteinte à la vie privée ? Et toutes les biographies, des vivants ou des grands morts, et en l’occurrence celle, excellente, de Danièle Sallenave, Castor de guerre, pas des atteintes à la vie privée ? Faut-il, dès lors, penser que l’indignation morale viendrait du fait qu’on peut tout raconter avec des mots, mais que s’agissant d’une image... ? Ce serait là la preuve que le toujours très puritain parti iconoclaste qui a sévi au cours des siècles est aujourd’hui plus puissant que jamais. Un dernier mot à l’attention des admirateurs et admiratrices de Simone de Beauvoir qui s’épuisent à nous convaincre que leur héroïne n’était pas cette intellectuelle froide, insensible, raisonneuse, mais une femme, une vraie femme, une belle femme, avec un corps, un vrai corps de chair, sensuel, sexy..., eh bien, de quoi se plaignent-ils ?, est-ce qu’avec cette photo on n’en apprend pas mille fois plus sur ce corps qu’avec tous les besogneux discours ?

    Jacques Henric


  • A.G. | 13 janvier 2008 - 13:04 3

    Le rapprochement fait ci-dessous entre l’article de Sollers et la photo de Simone de Beauvoir nue (à Chicago en 1952) qui a fait la "couverture" (si je puis dire) du Nouvel Obs. ne manque pas d’humour. L’article de Sollers se termine ainsi : " Simone de Beauvoir ? Une femme à découvrir. "
    Qu’on ne se méprenne pas : ce sont les livres, une vie, que Sollers nous invite à découvrir, à lire ou à relire.

    Le Monde du 13 janvier, cependant, nous en dit un peu plus sur "la découverte" que les lecteurs du N.O. ont pu voir un peu surpris (plus que Beauvoir au moment où la photo a été prise ?). Dans la rubrique La fabrique de l’info, on lit ceci :

    " L’homme qui a vu Simone de Beauvoir nue "

    C’est une photographie étonnante, qui a fait couler beaucoup d’encre depuis qu’elle a été publiée, le 3 janvier, en couverture du Nouvel Observateur. A l’occasion du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le magazine a choisi une image de l’écrivaine nue, de dos, en train de se coiffer. Une photo peu connue, esthétique certes, mais aussi très vendeuse. A mille lieues de la vision austère de l’écrivaine cachée sous son éternel turban que René Maheu, candidat comme elle à l’agrégation en 1929, avait surnommé "Castor".

    Certaines féministes n’ont pas apprécié de voir l’auteure du Deuxième Sexe réduite à une pin-up montrant ses fesses. Choisir la cause des femmes, association créée par Simone de Beauvoir, a dénoncé le "côté clairement racoleur" du magazine. De nombreux lecteurs ont envoyé des lettres salées à l’hebdomadaire, tandis que, sur les blogs, le débat fait rage.

    Au Nouvel Observateur, le directeur adjoint de la rédaction, Michel Labro, ne comprend pas cette virulence : "Cette image illustre bien notre dossier qui montre le côté subversif, non conformiste, du personnage. Cela n’a rien de gratuit. Si on voulait faire du racolage, on ne ferait pas un dossier sur Simone de Beauvoir !" Sauf que le magazine a alimenté la critique, en retouchant l’image de façon à atténuer les bourrelets. "Il ne faut pas exagérer, on n’a pas fait un lifting ! On a un peu atténué les contrastes qui faisaient bizarre au niveau de ses jambes", se défend M. Labro. Dans les pages intérieures, la même photo n’a pas subi le même traitement.

    Au sein même du magazine qui publia en 1971 le "Manifeste des 343 salopes", pétition féministe rédigée par Simone de Beauvoir, les débats auraient été vifs. Les "anciens", tels Jean Daniel ou Serge Lafaurie, auraient manifesté leurs doutes voire leur opposition à la publication de cette image ; les jeunes auraient jugé cette photographie plutôt inoffensive.

    Exposée en avril à Paris
    Mais d’où vient donc l’objet du délit ? Il suffit de demander à son auteur, l’Américain Art Shay, 85 ans, qui s’en souvient comme si c’était hier. "La photo n’a pas été volée", insiste-t-il. Photojournaliste, Art Shay est un proche de Nelson Algren, l’amant américain de Simone de Beauvoir. Shay rencontre l’écrivaine pendant l’été 1952 alors qu’elle habite chez Algren à Chicago. "Nelson vivait dans un quartier malfamé de Chicago, dans un appartement sans salle de bains. Il m’a chargé de trouver un endroit où Simone pourrait se laver", précise M. Shay. Le lendemain, celui-ci accompagne la Française chez une amie qui lui prête un appartement avec baignoire. Ils sont seuls et Nelson Algren l’a prévenu : "Fais attention à toi, elle aime les hommes jeunes !" Alors qu’elle se lave, la porte reste ouverte. Quand elle se recoiffe, chaussée de ses mules, Art Shay sort son Leica. "Elle m’a entendu déclencher, s’est retournée et m’a dit en riant : "Vilain garçon !" Elle n’était pas fâchée. Elle avait, comme Nelson, des moeurs très libres."

    Art Shay prendra une quinzaine de photos du couple. Mais celle de la salle de bains ne sera pas publiée ni même imprimée avant cinquante ans. "Je n’ai jamais oublié cette photo. Mais je croyais avoir perdu les négatifs. Quand je les ai retrouvés, Simone était morte, je ne pouvais pas lui demander son autorisation. Je suis sûr qu’elle me l’aurait donnée mais j’ai préféré laisser passer du temps", précise Art Shay. La photographie a été publiée pour la première fois dans son livre Album for an Age, en 2000. Elle sera exposée à Paris, en avril, à la galerie Albert Loeb, au côté d’autres images de Simone de Beauvoir, plus pudiques. "

    Claire Guillot

    La photo est intéressante. Son auteur nous le dit : "Elle n’a pas été volée." "Elle m’a entendu déclencher, s’est retournée et m’a dit en riant : "Vilain garçon !" Elle n’était pas fâchée.". Le miroir dans lequel Beauvoir (fâchée ? pas fâchée ?) pourrait aussi nous voir - la regardant - nous renvoie à nous-mêmes. "Vilains garçons" ?

    Le photographe Art Shay et son épouse, Florence à New York en 1962


  • V.K. | 11 janvier 2008 - 12:40 4

    Extrait de l’article "Simone de Beauvoir la scandaleuse"

    LE NOUVEL OBSERVATEUR N°2252 DU 3 AU 9 JANVIER 2008



    Photo Art Shay/Courtesy Stephen Daiter Gallery

    "Naughty boy ! (vilain garçon)." Quand elle entend le déclic de l’appareil photo, Simone de bEAUVOIR NE SE RETOURNE PAS. Elle vient de prendre son bain - un luxe dans le Chicago des années 1950 - chez un copain de son amant Nelson Algren. Art Shay, photographe, était dans l’appartement. Par la porte entrouverte, il voie cette femme nue, à la taille si fine, cambrée sur ses mules, occupée à nouer son chignon. Il sait qu’elle l’a vu dans le miroir. Il déclenche. Elle rit. (Scène racontée dans "Tête à tête". de Hazel Rowley, Grasset, 2007.)