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Yannick Haenel : Contre le RN

Charlie Hebdo

D 3 juillet 2024     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Contre le RN

Mis en ligne le 3 juillet 2024
Paru dans l’édition 1667 du 3 juillet

«  Et ça te ferait quoi, d’être à la porte des morts  ?  » : c’est une phrase que j’ai entendue il y a quelques semaines au Théâtre de l’Odéon, le lendemain de la dissolution de l’Assemblée. C’était dans Les Paravents, de Jean Genet, mis en scène par Arthur Nauzyciel. La phrase est prononcée trois fois de suite à l’attention d’une femme qui cherche une tombe  ; et depuis, cette phrase se répète tous les jours dans ma tête : «  Et ça te ferait quoi, d’être à la porte des morts  ?  »

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Il me semble justement qu’on y est : je perçois toujours les situations politiques comme des événements métaphysiques. Ai-je raison, ai-je tort  ? Peu importe : je crois que sous la terrible comédie de la vie quotidienne, celle où l’on souffre, où l’on consomme, où l’on pérore, où l’on vote, se déploie une autre réalité, plus terrible encore, car entièrement disposée dans l’esprit (et ce qui est vraiment terrible vient toujours du spirituel). Bref, nous sommes aux portes de la mort, l’abîme s’ouvre, et nos yeux voient.

Quoi  ? L’infamie française, celle que Jean Genet avait dévoilée, celle dont le Marquis de Sade riait, celle qu’Antonin Artaud annonçait, et dont Pierre Guyotat a fait l’expérience sacrificielle pendant la guerre d’Algérie.

Une suffocation orchestrée

Est-ce trop tard  ? En un sens, il est toujours trop tard, mais vous qui lisez ces lignes, vous avez voté (ou pas) au premier tour des législatives, j’ai voté aussi, le second tour est encore devant nous, donc en toute logique il n’est pas trop tard.

Ce vote a-t-il un sens  ? J’ai envie de dire : pour une fois oui. Valider aux présidentielles les intérêts de mafieux aux ordres des oligarchies m’apparaît insoutenable, et absurde. Mais empêcher dimanche prochain que l’abjection raciste du Rassemblement national ne rafle la mise symbolique sera un acte.

La suffocation dont nous sommes l’objet depuis plusieurs semaines, orchestrée servilement (perversement) par les médias qui jouissent d’être redevenus des contrôleurs, fait partie du programme : la société nous veut tétanisés. Qu’elle soit aux mains du Marché et se pique de morale ne l’empêche pas de juger le RN convenable (ne l’a-t-elle pas, déjà, intégré  ?).

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Les médias de Bolloré ont gagné car ils ont acclimaté l’idée fallacieuse que le RN ne serait pas d’extrême droite tandis que la coalition de gauche serait, quant à elle, un parti extrémiste. Au fond, ils pensent tous ça : ils ont moins peur du RN (car il roule pour les riches) que de l’utopie d’une gauche qui augmenterait les salaires, taxerait les superprofits, baisserait les loyers, autrement dit renverserait la structure de prédation capitaliste que Macron n’aura fait que renforcer et que le RN, valet du Marché global, aggravera.

Ce que j’attends de la politique ne se satisferait d’aucune politique constituée, mais je vote à gauche toute, car celle-ci espère autre chose que le Marché.

Yannick Haenel


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1 Messages

  • Pierre Stalvès | 4 juillet 2024 - 18:55 1

    Cher Yannick Haenel,

    Merci pour ce manifeste rassérénant.
    Il nous rappelle les plus belles heures de la gauche du passé.
    Il a en plus le mérite de la clarté : "Je vote à gauche toute, car celle-ci espère autre chose que le Marché." J’adore le "toute" qui témoigne d’une belle soif d’absolu reversée au compte de la gauche en tant que signifiant PUR : une belle autoroute, nationalisée, gratuite, s’offre à nos pneus, glorieux et emballés. D’ailleurs, quelle succès elle a, la gauche-toute ! Et à quelles manigances et mensonges elle n’a plus à se livrer depuis tant d’années ! Que de réussites, ça va continuer ! Tous ces grands ensembles de l’Utopie à venir !

    Vous avez, je le suppose, la chance (que je vous envie) d’évoluer parmi les avalanches électorales d’une circonscription où le candidat de la gauche-toute ne s’est pas retiré au profit de la mouvance "des mafieux au service de l’oligarchie", parce que, sauf votre respect, ils en sont à plus de 200 b(l)agues de fiançailles échangées avant le deuxième round. L’idylle capite à l’envers, mais semble naturelle à tout le monde, ce qui est normal : il ne fait aucun doute que c’est pour le Marché que ces alliances se nouent, sous le regard ému des capitalistes "gentils", ceux qu’on n’entend plus car ils sont le bruit de fond permanent de la société.

    Ce ne sont là, j’en conviens, que misérables colifichets d’appareils qui nuisent à notre approche quintessenciée et métaphysique de la politique, que je privilégie aussi, au milieu de cette réalité étouffante. J’ai un voisin, très remonté soit dit en passant, qui caresse l’espoir futile et vain que chacun balaye devant sa porte, fût-elle celle des morts, et aille s’interroger, malgré les 10.000 peaux de banane sociales qu’il a su éviter, sur la nouvelle peau de mouton qu’il a éventuellement enfilé. Mais là, ce ne sont qu’harangues tout de ressentiment et de haine, et il n’aura pas la mienne, ce voisin remonté sur ses grands chevaux, là...

    Reprenons, il y a trois blocs.
    Face aux Bons (si bons) et aux Truands (si truands), vous dénoncez la Brute (oui, la Brute de pomme), the "villain", chez Shakespeare, alias le Scélérat. L’ensemble dans une logique de western qui témoigne d’une faculté à dialectiser avec finesse toutes ces millions de voix sorties des fesses compromettantes de l’Empire Bolloré : ces gens ne votent qu’en fonction de médias, pas en fonction d’une existence personnelle qu’ils auraient - c’est clair comme de l’eau de roche.
    La vraie vie, la connaissent ceux qui dénoncent les médias qui abreuvent le peuple de mensonges qu’il ne perçoit pas. Ce sont les non-pauvres éclairés qui voient ainsi comment les riches mentent aux pauvres. Le diagnostic évident de cette Brute, prénatal, ontologique, et téléologique, pour la nuit des temps, et pour la nuit des temps qui la suivra, n’est contesté que par des esprits en retard, bercés nuitamment, diurnement, ad nauseam, par l’ "abjection raciste".

    C’est là qu’on voit que vous ne vous satisfaites d’aucune politique constituée, car incontestablement, vos certitudes politiques, diaprées et bigarrées comme l’envers d’une phrase de Nabokov dans Ada, témoignent d’une justesse de vue spontanée qui n’appelle jamais l’atermoiement...

    Décidément, avec la société du spectacle, c’est souvent celui qui le dit qui y est. Là-dessus, tout le monde ment à la chaîne sans le savoir, moi aussi, toi aussi, lui aussi, elle aussi, on cherche...

    ...Et pourtant... s’il y a bien un domaine, et peut-être un moment juste, à propos, dans notre pays, où il faudrait faire preuve de gentillesse et d’humilité, c’est-à-dire au fond de doute méthodique, sans d’ailleurs pour autant renoncer une seconde à ses options personnelles, mais pour nourrir la parole politique, la revitaliser de l’intérieur, c’est bien celui où nous nous trouvons.

    Ce serait signifiant.