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Journal du joueur II

Journal intime

in "L’infini" n°23, automne 1988

D 3 novembre 2006     A par andoar - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Premier texte d’une série parue sous le titre " Journal du joueur II " dans le numéro 23 de L’Infini, en automne 1988

J’ai toujours recherché, dans la langue, la manière dont le son se change en image, -d’où il vient, pourquoi, comment, et jusqu’où.
L’écriture, pour moi, est la proie de la parole qui n’est pas une ombre mais un sillage lumineux vocal sans cesse à reprendre et à vérifier. Fargier, en somme, m’a donné les moyens concrets de cette expérience, on se comprend, à partir du script de Paradis, mais l’intention démonstrative a toujours été la même, à Jérusalem, dans le dialogue avec Godard, en passant par Picasso, ou en jouant Diderot.
L’image, donc, sort du son et y rentre : je rêve que mon corps lui-même est un moment de ma voix, je veux faire sentir le roman de ce moment. Audio ergo video. Audio-video cogitando, ergo sum.
J’aime que Venise et Jérusalem soient au centre de ces films qui sont aussi un journal intime. Les meilleurs souvenirs sont celui du mont des Oliviers (travelling à travers les tombes vides) ; l’agenouillement rapide dans une église de Venise, non loin de la calle del Paradiso (un doigt sur les lèvres) ; le baiser aux fraises, à Paris, sur les terrasses du Palais-Royal, avec Sophie Volland et sa soeur enfin en situation (à ma connaissance, il s’agit d’un seul plan animé d’un écrivain en train d’embrasser comme il faut une femme).
Analystes futurs, au travail ! pourquoi ont-ils fait ça, Fargier et Sollers ? Combien d’allusions ? Que veut dire Fargier en se servant de Sollers, pour quelles raisons logiques ? Et moi, comment me suis-je arrangé de cette encombrante poupée qu’est Sollers ? Marionnette utile ! Polichinelle taoïste ! Il m’énerve, il s’efface, il revient, il s’hypnotise de loin, il est emprunté, speedé, ridicule, pas si ridicule, il cherche ses mots, il en trouve la plupart, il est parlé se parlant, c’est drôle. N’oublions pas que, dans sa jeunesse, Sollers a joué dans la troupe de Lacan au théâtre Viennois, c’était le début d’une nouvelle diction de la pensée, on retrouve ces commencements dans les mouvements lents, alors que l’innovation caractéristique se produit dans les mouvements rapides et ultra-rapides, syllabes et danse. La question est bien celle de l’ultravoix. Et Fargier s’accorde le droit (ô combien post-télévisuel) de l’ultra-violet et de l’infrarouge dans les divisions d’écran, les balayages, les incrustations. On voit ce qu’on voit. Il faudra que j’écrive un jour, pour chacun de ces enregistrements, quels étaient les enjeux réels, les coulisses, la querelle ou l’inspiration locale, les désirs de révélations. C’était, en tout cas, cette prise-là, et pas une autre. Date, climat et passions. Oui, oui, ces vidéos sont des classiques, elles sont bien consumées, rideau.



« Je vous souhaite beaucoup de plaisir, des petits déjeuners bien gais le matin, des lectures douces, des promenades agréables, des causeries tête à tête et bien tendres. »
Diderot, à Sophie Volland


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