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Yannick Haenel sur les chemins de Bataille et de Leiris

Les rencontres de Chaminadour N°17 (15 - 18 septembre 2022)

D 25 juillet 2022     A par Albert Gauvin - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



LES RENCONTRES DE CHAMINADOUR N°17

Yannick Haenel sur les grands chemins de Michel Leiris et Georges Bataille

15 - 18 septembre 2022. Guéret, Creuse.

PRÉSENTATION

À une époque de servilité politique, où le capitalisme contrôle tous les aspects de la vie, où la guerre dévore nos misérables discours, il est urgent de se demander si nous sommes encore capables de penser et si nous avons toujours le désir de nous révolter.
Faisons appel à Georges Bataille (1897-1962) et Michel Leiris (1901-1990). Ce sont deux écrivains transgressifs : leur pensée ne se subordonne qu’à leur propre liberté ; ils nous disent que le monde est inacceptable, mais qu’en faire l’expérience nous ouvre à l’irréductible.
Avec eux, la littérature ne se restreint ni au roman ni à l’expression de l’intime : elle s’étend à tous les domaines de la pensée. Leiris et Bataille explorent l’anthropologie, subvertissent l’économie, déshabillent le sacré, inquiètent l’érotisme, électrisent la politique : en s’exposant à l’inacceptable, leur écriture révèle ce que la philosophie laisse en blanc.
Loin de l’hommage académique, ces journées s’interrogent sur ce que Leiris et Bataille continuent à nous apporter : quel usage faisons- nous d’une telle liberté ?
Interrogeons à la fois cette liberté inconditionnelle dont nous avons besoin et la violence qu’elle libère. Quand Bataille cherche à « lier la liberté la plus choquante au développement nécessaire de la pensée », sommes­ nous capables de l’assumer ou avons-nous des limites ?

YANNICK HAENEL

Intervenants :

Yannick Haenel, Thierry Bourguignon, Thierry Clermont. Arno Bertina, Patrick Boucheron, Anne-Lise Broyer, Jean-Marie Chevrier, Alice Diop, Mathias Enard, Antoine Gallimard, Mathilde Girard, Stéphane Habib, Bertrand Hirsch, Denis Hollier, Francesca Isidori, Pascal Josse, Élodie Karaki, Maylis de Kerangal, Mathieu Larnaudie, Monika Marczuk, Francis Marmande, François Marthouret, Stéphane Massonnet, Pierre Michon, Grégory Mouloudji, Irène Morgadhino, Yaël Pachet, Muriel Pic, Yann Potin, Sylvain Prudhomme, Jean-Pierre Salgas, Lydie Salvayre, Tiphaine Samoyault, Bertrand Schefer, Georges Sebbag, John-Jefferson Selve.

Comité littéraire :

Yannick Haenel, Jean-Marie Chevrier, Pierre Michon, Hugues Bachelot.

S’informer et s’inscrire : https://www.chaminadour.com/2022-haenel-leiris-bataille

PROGRAMME

JEUDI 15

THÉÂTRE LA GUÉRÉTOISE DE SPECTACLE

PROLOGUE

14h / CONFÉRENCE INAUGURALE
Yannick Haenel
Pourquoi je vais sur les chemins de Bataille et de Leiris

14h45 / CONFÉRENCE
Thierry Clermont
Jouhandeau, Leiris : une amitié particulière.

15h30 / CONFÉRENCE
Georges Sebbag
Documents et les revues entre les deux guerres.
En avril 1929, la revue Documents fait irruption dans le champ des revues. Documents, qui se désigne comme l’Encyclopédie du XXe siècle, se rêve aussi revue de music-hall. Animée par Georges Bataille, Michel Leiris et Carl Einstein, cette revue est le véritable tremplin de leur vie d’écrivain.

16h15 / TABLE-RONDE
John-Jefferson Selve, Mathieu Larnaudie, Yaël Pachet
Modérateur : Yannick Haenel
La littérature s’écrit à travers les revues. En miroir de celles qu’ont fondé Bataille et Leiris, discussion autour des revues d’aujourd’hui.
John Jefferson Selve a fondé Edwarda et Possession Immédiate, toutes deux, croisant photographie et littérature, héritières de Bataille. Yannick Haenel a fondé Ligne de risque, une revue qui, faisant coïncider littérature et pensée, a cherché à poursuivre l’histoire des avant-gardes. Yaël Pachet collabore au collectif d’En attendant Nadeau, journal critique en ligne, indépendant et gratuit.

CINÉMA LE SÉNÉCHAL

21h / FILM
Présentation de Yannick Haenel

La reine de Némi, 2017, 30 mn, réalisation Yannick Haenel
C’est un film qui, en rejouant aujourd’hui une scène mythique entre Diane et Actéon, redéplie, au bord du lac de Némi, près de Rome, l’histoire du roi du bois, à la suite de Georges Bataille et de Pierre Michon.

«  C’est une tentative pour combler, à travers l’amour, la distance entre les humains et les dieux  : un poème filmique dont l’objet vise à aimer une déesse et à en être aimé. Un homme est obsédé par une scène de la mythologie  : celle où le chasseur Actéon surprend la déesse Diane nue au bain. Cette obsession l’enferme dans les livres et dans la répétition érotique. On le suit de sa bibliothèque à sa chambre à coucher, où sa femme rejoue pour lui cette scène. Puis ce home movie mythologique se change en initiation lorsqu’un voyage en Italie, au bord du lac de Némi, près de Rome, ouvre cet obsédé à la splendeur du monde et lui permet de toucher la vérité.
J’aimerais qu’à travers cette expérience, on s’ouvre avec le film à la dimension spirituelle qui habite les actes sexuels, le désir, le plaisir. C’est le secret d’une très vieille histoire, c’est le grand sujet  : cueillir le rameau d’or, lever le voile d’Isis. J’aimerais que les "regardeurs" aient des oreilles, et qu’ils entendent qu’une parole parle au cœur de toute étreinte. Cette parole, si on l’atteint  —  si on la réveille  — c’est la poésie. L’histoire de Diane et Actéon a lieu ici, chaque jour, pour qui sait voir et aimer. Ce qui s’ouvre entre un homme et une femme renvoie à une mémoire antique de la jouissance  : à ce qui se joue à chaque instant entre la vie et la mort.  »

Yannick Haenel

21h30 / LECTURE
Grégory Mouloudji
Le Trésorier-payeur de Yannick Haenel

VENDREDI 16

THÉÂTRE LA GUÉRÉTOISE DE SPECTACLE

LA POLITIQUE

9h30 / TABLE-RONDE
Yannick Haenel, Francis Marmande, Denis Hollier
Modération : Francesca Isidori
Politique de Leiris et Bataille.

10h30 / CONFÉRENCE
Lydie Salvayre
À propos de La Part maudite .
Sur l’économie, la dépense.

11h15 / DÉBAT
Lydie Salvayre, Yannick Haenel
Modération : Élodie Karaki
À propos du roman de Yannick Haenel Le Trésorier-payeur (publication chez Gallimard en septembre 2022), qui est lié à Georges Bataille : c’est en un sens une biographie imaginaire de Bataille en banquier anarchiste d’une succursale de la Banque de France. Une lecture romanesque déviante de La Part maudite .

14h / DIALOGIE ET LECTURES
Alice Diop, Sylvain Prudhomme
Leiris à Gondar : "un seul souvenir agréable, celui d’Emawayish ? Qu’éprouve au juste Leiris pour Emawayish" ? Quelles ambiguïtés traversent le regard qu’il pose sur elle ? Que racontent ces ambivalences de l’impossible rencontre entre deux continents, et d’un rapport qui peut-être perdure aujourd’hui ?

14h45 / CONFÉRENCE
Arno Bertina
Le colon et ses contradictions (à propos de L’Afrique fantôme pdf )

15h30 / TABLE-RONDE
Yannick Haenel, Patrick Boucheron, Tiphaine Samoyault
Modération : Élodie Karaki
Littérature, histoire, anthropologie : ouverture des horizons contemporains. À quoi nous font penser Leiris et Bataille aujourd’hui ? À quoi nous ouvre leur pensée ? À quoi pensons-nous avec eux ou loin d’eux ?

16h30 / CONFÉRENCE
Stéphane Habib
Bataille : le Fascisme comme structure.

BIBLIOTHÈQUE MULTI-MÉDIA DU GRAND GUÉRET

18h / EXPOSITION
Anne-Lise Broyer
Journal de l’œil (les globes oculaires).
L’artiste reviendra sur l’histoire de cette lecture en image de Georges Bataille, série à part dans sa pratique de photographe.

THÉÂTRE LA GUÉRÉTOISE DE SPECTACLE

21h / TABLE-RONDE
Antoine Gallimard, Denis Hollier, Yannick Haenel, Francis Marmande
Modération : Élodie Karaki
Leiris et Jouhandeau, deux auteurs gallimardiens.

21h45 / LECTURE
Pierre Michon, François Mathouret
Le mort de Georges Bataille.

SAMEDI 17

THÉÂTRE LA GUÉRÉTOISE DE SPECTACLE

L’ART

9h / CONFÉRENCE
Bertrand Schefer
Manet comme lien secret entre Bataille et Leiris.

Georges Bataille dans la grotte de Lascaux Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

9h45 / DÉBAT
Maylis de Kerangal, Yann Potin
La bataille de Lascaux.
À propos du livre de Daniel Fabre, Bataille à Lascaux, comment l’art préhistorique apparut aux enfants.

10h30 / CONFÉRENCE
Marie-Laure Bernadac
Picasso, Leiris.

11h15 / CONFÉRENCE
Stéphane Massonnet
À partir de deux portraits de Giacometti.


Giacometti, Leiris, 1961.
Zoom : cliquez sur l’image.

11h45 / DIALOGUE
Pierre Michon, Yannick Haenel.
Modération : Francesca Isidori
Bataille, Leiris et nous : la passion de la peinture.

THÉÂTRE LA GUÉRÉTOISE DE SPECTACLE

LE SACRÉ, L’ÉROTISME

14h / CONFÉRENCE
Jean Pierre Salgas
1928 : La volonté de savoir des surréalistes.
1928, année des Recherches sur la sexualité dans le numéro 11 de La Révolution surréaliste et aussi celle de Nadja, de Histoire de l’œil, du Con d’Irène. C’est tout cet ensemble qui sera analysé à la lumière du premier tome de l’Histoire de la sexualité de Michel Foucault.

14h45 / CONFÉRENCE
Bertrand Hirsch
Michel Leiris et les cultes de possession en Éthiopie.

15h30 / CONFÉRENCE
Mathias Enard
Ordre de Bataille
Sur Gilles de Rais. La jouissance, la mort et le mal.

16h30 / CONFÉRENCE
Mathilde Girard
Adrien Borel, le psychanalyste de Leiris et Bataille.

16h50 / TABLE-RONDE
Mathilde Girard, Monika Marczuk, Yannick Haenel
L’érotisme, Laure.

21h / CONFÉRENCE
Muriel Pic
La jouissance politique des amants (dialogue des morts).

21h45 / LECTURE COLLECTIVE
Scènes d’amour de Bataille et Leiris

DIMANCHE 18

LA FÊTE

LA

FÊTE

DU

BŒUF

GRAS

10h30 / La fête du bœuf gras, défilé d’un bœuf enguirlandé et de tous les participants aux Rencontres. Avec Biche, bovin de race limousine, élevage Pascal Josse. Musique Thierry Bourguignon & compagnie. MAISON JOUHANDEAU

14h30 / LECTURE COLLECTIVE
Irène Morgadhino, Jean-Marie Chevrier, Grégory Mouloudji
Chaminadour de Marcel Jouhandeau.

Responsable : Hugues Bachelot
url de référence : https://www.chaminadour.com
adresse Guéret, Creuse, France

BATAILLE/LEIRIS : PORTRAITS CROISÉS

VOIR SUR PILEFACE :

GEORGES BATAILLE, notamment : Hommage à Georges Bataille et Il y a 50 ans le colloque de Cerisy : « Artaud/Bataille »
MICHEL LEIRIS, notamment : Portraits de Michel Leiris et De Bataille l’impossible à l’impossible Documents

Bataille/Leiris : portraits croisés

Pierre Vilar.

L’élégance. Le corps.
Dédicace de L’érotisme à Leiris.
Dédicace de la 2ème édition de L’âge d’homme à Bataille.
L’amitié réelle — André Masson.

La rencontre Leiris/Picasso, L’âge d’homme.

Francis Marmande, Denis Hollier.

YANNICK HAENEL, notamment : Le corps de Georges Bataille et Le Trésorier-payeur

Portfolio

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5 Messages

  • Albert Gauvin | 20 septembre 2022 - 23:52 1

    Mise en page – En 4 volets-spécial Journées de Chaminadour 2022.
    Sur la page facebook des Rencontres : "À écouter en marchant, en conduisant, quelques podcasts vivement mis en ondes par notre partenaire Radio Vassivière sont déjà disponibles à l’écoute" : ECOUTER ICI.


  • Albert Gauvin | 20 septembre 2022 - 14:00 2

    Les rencontres de Chaminadour ont eu lieu du 15 au 18 septembre à Guéret sous la houlette de Hugues Bachelot et de Yannick Haenel. Les différentes interventions ont été filmées. Vous pouvez les suivre sur la page facebook des Rencontres. La formidable conférence inaugurale d’Haenel est à écouter ici (de 19’45 à 1h14’45). Il n’est pas impossible que vous puissiez la lire et la méditer prochainement.


    Yannick Haenel et Francis Marmande.
    Photo A.G., 15 septembre 2022. ZOOM : cliquer sur l’image.

    Antoine Gallimard.
    Photo A.G., 16 septembre 2022. ZOOM : cliquer sur l’image.

    Anne-Lise Broyer (exposition à la bibliothèque multimédia).
    Photo A.G., 16 septembre 2022. ZOOM : cliquer sur l’image.

    A propos de la photo de droite découverte à l’occasion d’une autre exposition, Haenel écrit dans Le Trésorier-Payeur (Gallimard, p. 24-26) :

    Je revins à Béthune six mois plus tard afin de préparer l’exposition. Les travaux dans la banque étaient terminés, il y avait maintenant de larges pièces vides, très lumineuses, où le régisseur de l’exposition fixait les cimaises. Je parcourus les étages du nouveau centre d’art en compagnie de la photographe Anne-Lise Broyer, dont le travail se focalisait sur les lieux de Georges Bataille — plus précisément sur ces foyers d’incandescence où, pour un écrivain, la vie et l’œuvre se confondent au point de fonder une géographie qui ne se trouve sur aucune carte, et brûle l’idée même de frontière. Elle me montra des échantillons de ces photographies sur son téléphone ; celle d’un hibou provoqua en moi un appel de fiction semblable à celui qu’avait allumé Philippe Massardier en parlant du tunnel. Dès l’instant où, penché sur le téléphone d’Anne-Lise, je découvris cette image, un univers se déplia. Je m’en souviens encore, une lumière d’automne étincelante traversait le couloir du deuxième étage de LaBanque : le hibou et le tunnel se mirent à scintiller ensemble dans ma tête.
    Cette photographie en noir et blanc, dont un tirage surplombe aujourd’hui le petit bureau sur lequel j’écris ce livre, donne à voir, en une légère plongée, un hibou dressé sur un perchoir, dont le plumage immaculé, semblable au manteau d’hermine d’un roi, suscita en moi une idée de souveraineté.
    Anne-Lise Broyer me corrigea aussitôt : ce n’était pas un hibou mais une chouette, plus précisément une dame blanche. Si cette précision devint vite une blague entre nous, et que nous ne cessions de répéter à tout bout de champ un hibou, ou plutôt une chouette, plus précisément une dame blanche, c’est justement grâce à cette phrase que j’eus la révélation d’un certain visage qui va jouer un rôle éminent dans ce récit.
    J’interrogeai Anne-Lise sur l’instant qui avait rendu possible une image dont la clarté nous ouvrait aussi violemment à l’énigme ; car il me semblait qu’à travers la blancheur si désirable de cet oiseau, présence et disparition coïncidaient parfaitement : sa blancheur en témoignait, et plus encore cet adorable duvet qui appelle les caresses.
    Elle avait pris cette photographie lors d’un séjour à l’abbaye de Piedra, non loin de Saragosse, tandis qu’elle sillonnait l’Espagne à la recherche de traces que Georges Bataille y avait laissées ; et dans le parc de cette abbaye, qui se déploie au bord d’une ligne de falaises où déferlent des cascades, elle avait assisté à une démonstration de vols de rapaces, et photographié l’un d’eux : ce hibou, cette chouette, cette dame blanche.
    J’insiste sur cette photographie car, au-delà de Georges Bataille, elle lançait son présage vers ma recherche à moi. Nous cherchons tous un objet qui s’absente ; peut-être même nous inventons-nous grâce à lui un désir : le voici en tout cas qui appelle des romans entiers, et nous les vivons jusqu’à ce que le feu s’éteigne. Un monde composé de foudre et d’aurore ne raconte que la soif qui le rend possible : à regarder cette chouette, j’entrai en ébullition. Je me souvins que Georges Bataille appelait la philosophie le « principe du hibou ». Son ironie faisait bien sûr référence à la chouette de Minerve dont parle Hegel, qui ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit : qu’une chouette, qui plus est une chouette en retard, décidât de l’histoire de la pensée, cela faisait sans doute rire Bataille, cela nous fit rire aussi.
    Je dis alors à Anne-Lise que personne n’était plus que cette chouette, et qu’en même temps elle s’absentait devant nous, à l’image de certaines femmes. Car oui, dans cet ovale de lumière blanche, c’est un visage de femme que j’aperçus — et avec lui l’éclat, les détails, les inflexions d’une vie entière.

    Anne-Lise Broyer (exposition).
    Photo A.G., 16 septembre 2022. ZOOM : cliquer sur l’image.


  • Albert Gauvin | 1er septembre 2022 - 14:40 3

    RENCONTRES DE CHAMINADOUR. L’écrivain secret Pierre Michon, membre du comité littéraire, et son complice de toujours Hugues Bachelot, coordinateur du festival, reviennent sur la genèse de la manifestation creusoise, du 15 au 18 septembre, et sur le choix de Georges Bataille. L’auteur cultissime de Vies minuscules nous parle aussi d’écriture, de tocades et d’éditeurs qui ont compté.
    Propos recueillis par Henry Clemens


    pierre michon et hugues bachelot chaminadour.
    ZOOM : cliquer sur l’image.

    Comment sont nées ces rencontres de Chaminadour ?

    Pierre Michon : Hugues en avait l’idée bien avant que nous nous rencontrions. Il m’avait écrit un certain nombre d’e-mails auxquels je n’avais pas répondu (rire). Il voulait à l’époque une préface pour un livre de Marcel Jouhandeau édité en Quarto chez Gallimard.

    Hugues Bachelot : C’est là que l’idée nous a travaillés d’une rencontre autour de la seule figure de Jouhandeau. Jouhandeau, fascisme et homosexualité, c’était un titre un peu provocateur ! Les Guérétois n’ont pas boudé cette première édition, c’est pourquoi nous avons continué en 2007 avec Pierre Michon. Une édition qui a réuni les frères Rolin, Pierre Bergounioux, Mathieu Riboulet, Alain Nadaud…

    P.M. : Après nous avons fait Gracq. À l’époque, j’étais très actif dans le comité éditorial.

    H.B. : Aujourd’hui, tu te vantes de faire semblant d’aller à Chaminadour, mais je n’en crois pas un mot. Bataille et Leiris ont été choisis par nous deux.

    Pourquoi deux auteurs ?

    H.B. : Yannick Haenel proposait Georges Bataille. D’ailleurs son dernier livre, Le Trésorier-payeur, est écrit dans un esprit très bataillien. Depuis quelque temps, j’avais en tête Michel Leiris, parce que cela nous ramenait à sa relation avec Jouhandeau. Leiris lui fut présenté par Max Jacob qui fréquentait les Surréalistes de la rue Blomet. Jouhandeau venait de publier Prudence Hautechaume et ils étaient très enthousiastes, surtout Crevel et Soupault, même Breton. La correspondance Leiris-Jouhandeau vient d’être publiée chez Gallimard, belle occasion !

    P.M. : J’ai souvent pensé à Bataille pour Chaminadour, mais il n’avait pas assez de réputation pour attirer les foules. Bataille fait partie de mon panthéon au même titre qu’Artaud. Leiris et Bataille sont des écrivains mais aussi des sociologues, des anthropologues, des ethnologues, des poètes… Ils croisent les disciplines.

    Pour Bataille, distinguez-vous le poète de l’écrivain ?

    P.M. : C’est un écrivain complet qui balayait tous les registres. Il a fait de la philosophie, de l’anthropologie, il a écrit sur les peintres. Il a toujours eu une notoriété réservée, comme le roi disait à Azincourt, aux happy few.

    Bataille a toujours eu une notoriété réservée, comme le roi disait à Azincourt, aux happy few.

    Comme Gracq qui avait déjà été mis à l’honneur de ces Rencontres ?

    P.M. : Gracq était plus populaire, c’était un professeur de lycée qui ne sentait pas le soufre comme Bataille ! Et puis Bataille était bibliothécaire, un peu en retrait. Il sortait de l’École nationale des chartes. Il apparaissait toujours impeccablement bien habillé mais c’était un type double, il a été séminariste par exemple, et alcoolique. Il a eu une drôle de vie. Son père avait la paralysie des grands syphilitiques. On raconte que lorsqu’il est mort dans sa paralysie, on a vu une mouche se poser sur son œil… Les gens se souviennent surtout de son exquise politesse non feinte. Il m’a toujours fasciné. Il faut lire L’Histoire de l’œil !

    Comment peut-on décrire ces Rencontres ?

    P.M. : C’est le premier festival littéraire creusois. J’ai beaucoup fréquenté de festivals mais je n’en ai jamais rencontré un comme celui-là. Ça tient beaucoup à la personnalité d’Hugues ! L’ambiance est à la fois extrêmement foutraque, excuse-moi Hugues, et extrêmement décontractée. Les gens les plus coincés finissent par se décoincer dans la maison d’Hugues, lorsqu’ils voient ce beau jardin, l’urbanité de cet homme qui tient ses coqs dans ses bras. Il y a quelque chose qui se passe. À Chaminadour, on s’embrasse beaucoup. Il n’y a pas cette compétition qui existe pourtant entre auteurs.

    La rivalité littéraire consiste en quoi ?

    P.M. : Elle s’atténue beaucoup avec l’âge… comme l’agressivité. En ce moment, je lis tout, je suis devenu très éclectique, je n’ai plus d’a priori littéraire. Les rivalités littéraires se donnent pour prétexte une conception différente de la littérature. Alors que nous avons tous la même conception. Aussi, quand ces a priori tombent…

    Entretenez-vous des correspondances avec des auteurs ?

    P.M. : Je suis très proche d’Echenoz, d’Olivier Rolin, d’Énard, de Bertina, de Maylis de Kerangal… Avec Gracq on s’écrivait un peu. Il y a aussi Sollers, mais c’est presque ma génération.

    H.B. : Arno Bertina dit qu’à Guéret, on a réussi à mettre en place le fameux Dialogue entre deux générations d’écrivains. Disons la bande à Michon et celle, plus jeune, d’Énard. Et ce dialogue existe peu en dehors de Chaminadour.

    “Vies minuscules est le seul livre que j’ai fini, intérieurement. Ce qui m’a fait un bien fou.”

    Si je devais présenter Pierre Michon ?

    P.M. : L’auteur de Vies minuscules.

    H.B. : C’est un peu succinct ! Par exemple, en ce moment je relis tes textes sur la peinture.

    P.M. : C’était une tocade, mais ça ne m’a pas complètement passé. J’ai toujours des livres sur la peinture, en ce moment, c’est Rembrandt, et j’ai redécouvert Ilya Répine. Ce peintre russe qui rappelle Manet, Caillebotte. La peinture m’a fait écrire deux ou trois bouquins qui sont en fait un seul et même livre dans lequel figurent Van Gogh, Goya, Watteau, Piero della Francesca et Claude le Lorrain, et même celui des grottes préhistoriques qui apparaît dans La Grande Beune pourrait figurer… Bien que ce bouquin ne soit pas un livre sur la peinture à proprement parler mais bien plutôt un livre érotique… Il faut lire ce livre. C’est un livre efficace sur le plan érotique.

    Les Onze est votre dernier livre ?

    P.M. : Oui, vous vous rendez compte, c’était il y a douze ans ! J’ai des textes en cours. J’ai écrit Les Onze pour épater les historiens. Fais gaffe, les historiens ne laisseront rien passer, en fait pas un ne m’a volé dans les plumes. Il faut dire que c’était très documenté. J’ai consacré ce livre à une très courte période de l’histoire, elle est documentée au jour le jour.

    Pierre Michon, Les Onze

    Pierre Michon parle de son livre — publié aux éditions Verdier —

    avec Arnaud Laporte (5 mai 2009)

    avec Alain Veinstein (01-06-09)

    LIRE : Cécile Guilbert, "Les Onze", de Pierre Michon : l’origine de la Terreur .

    A.G., 13 juin 2009.

    [...]

    Vous verra-t-on à Chaminadour ?

    P.M. : Je viendrai faire une incursion !

    H.B. : Le samedi matin, Pierre dialoguera avec Yannick Haenel : Bataille, Leiris et nous, la passion de la peinture. Il faut donc venir aux prochaines Rencontres de Chaminadour, et lire le dernier d’Haenel, Le Trésorier-payeur, n’est-ce pas ?

    17es RENCONTRES DE CHAMINADOUR
    « Yannick Haenel sur les Grands Chemins de Michel Leiris et Georges Bataille »

    Du jeudi 15 au dimanche 18 septembre, Guéret (23). www.chaminadour.com
    Le texte complet sur JunkPage


  • Albert Gauvin | 29 août 2022 - 17:11 4

    Pour leur 17e édition, les Rencontres de Chaminadour rendront hommage à Bataille et Leiris. Avec Yannick Haenel en invité fil rouge et de nombreux écrivains réunis pour quatre jours d’échanges. Une nouvelle édition placée, comme les précédentes, sous le signe de l’amitié. (Séverine Perrier, La Montagne). LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 28 juillet 2022 - 19:09 5

    Au Banquet du Livre avec Yannick Haenel et Laura Vazquez.

    Les matins de France Culture, 28 juillet.

    Direction du sud et plus précisément de Lagrasse, où se déroulera la semaine prochaine Le Banquet du Livre, un festival littéraire à part. Deux de ses participants, Yannick Haenel et Laura Vazquez seront en studio pour nous en parler.

    Cet été, rendez-vous est pris à Lagrasse, dans le massif des Corbières, dans l’Aude, seront réunis à la même tablée, sur la place de ce village médiéval, auteurs et passionnés de littérature. Des auteurs et autrices à qui l’on propose de réfléchir à un thème, et de proposer conférence, lecture, discussion pour y répondre. Cette année, ils sont sommés de réfléchir à “Demain, la veille”, un thème qui questionne ce moment d’entre-deux, sur le seuil de l’événement qui doit se produire. La veille, c’est aussi cet état d’attention, de précaution qui laisse en suspend. Et les deux auteurs que l’on reçoit aujourd’hui cherchent le meilleur moyen de veiller sur la langue, la littérature, dans un moment où elle semble menacée…

    Pour Yannick Haenel, un événement comme le Banquet du Livre est un moment particulier pour la rencontre avec les lecteurs : "Publier des livres, c’est aller constamment, c’est s’adresser à quelqu’un et c’est aller à la rencontre des autres. A Lagrasse c’est comme si on continuait à écrire, on lit en public."

    Pour le thème de cette année, "Demain, la veille", les deux écrivains ont réfléchi à la façon dont on doit veiller sur la littérature. Laura Vazquez explique que les usages de la langue sur Internet notamment, sont novateurs : "Sur Internet, on trouve aussi beaucoup d’affirmations, on trouve beaucoup de rythme dans la langue. Il suffit de regarder une section commentaires, par exemple sous une vidéo, ou d’aller sur un forum, comme celui de Doctissimo par exemple. On trouve des tas de récits, parfois très personnels et des manières d’utiliser la langue qui sont pour moi rafraîchissantes."

    Le Banquet du Livre d’été se tiendra à Lagrasse du 5 au 12 août.

    En septembre, Yannick Haenel sera l’invité des Rencontres de Chaminadour à Guéret dans la Creuse. Il a choisi deux auteurs pour ces journées, Georges Bataille et Michel Leiris. Toute la programmation est à retrouver ci-dessus.