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Chronique da la langue de chez nous : aujourd’hui le mot « woke »

D 8 décembre 2021     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Il y a peu, nous avions consacré un billet au pronom personnel, non genré, « iel » apparu dans le Robert,
aujourd’hui, dans la « chronique de la langue de chez nous », c’est le mot « woke » qui retient notre attention, mot qui s’est répandu dans les commentaires politiques, sans que son sens soit toujours d’une clarté aveuglante et universelle, même pour les esprits les plus éveillés de notre territoire.

Ainsi en va de la langue de chez nous, comme pour la marée, elle charrie avec elle des objets venus d’ailleurs. Pas que des intrus, beaucoup, dans le passé, ont obtenu le droit d’asile et se sont bien intégrés.

Aujourd’hui, Courrier International, qui par vocation est un bon observatoire de ces mouvements migratoires lui consacre sa Une avec ce titre « Comment “WOKE ” est devenu un GROS MOT ». Ce terme désigne à l’origine une prise de conscience de l’injustice sociale et du racisme. Il cristallise aujourd’hui la colère des conservateurs.

Nous vous proposons un double décryptage : celui de Courrier International et celui du Monde. :

1. Le décryptage de Courrier International

Dans ce numéro, Courrier international décrypte la façon dont le terme “woke” a été détourné de son sens dans le débat politique, aux États-Unis et en Europe, notamment en France. Désigne-t-il encore une prise de conscience de l’injustice sociale et du racisme ? Ou est-il une caricature des idées et politiques “inclusives” d’une partie de la gauche, comme le dénoncent ses détracteurs conservateurs, qui s’en servent comme d’une insulte ? Etat du débat dans la presseétrangère.

Qui a peur du grand méchant woke ? De quoi ce mot est-il encore le nom ? Ou plutôt était-il le nom ? À force d’entendre à la moindre occasion les conservateurs américains – mais aussi désormais une partie de la classe politique française, jusqu’au gouvernement – crier au ‘wokisme’, on finit par s’y perdre. C’est pour tenter d’yvoir un peu plus clair en ces temps de polarisation extrême que nous avons choisi de monter ce dossier avec des points de vue contradictoires et, nous l’espérons, suffisamment éclairants. Histoire aussi de dépassionner le débat, si tant est qu’il y ait encore undébat.

“Si le débat sur le courant woke est si stupide, c’est d’abord parce que personne n’est d’accord sur le sens de ce mot”, écrit Simon Kuper dans l’article du Financial Times qui clôt ce dossier. Le journaliste britannique, habitué de nos colonnes, y défendune approche nuancée du sujet, “une troisième voie”, comme il l’écrit. Une façon de voir les choses assez rare en ce moment, du moins dans sonexpression.

Dans le Washington Post, Eugene Robinson s’agace au contraire de la façon dont le mot “woke” a évolué pour n’être désormais, selon lui, qu’une coquille vide dont personne ne se revendiqueraitplus :

Comme tant d’autres néologismes qui se diffusent dans la société, ‘woke’ est né dans la communauté africaine-américaine. […] Bien qu’il dérive du mot ‘awake’ [littéralement “éveillé”], sa définition a toujours été un peu floue. Être ‘woke’ signifiait au départ avoir conscience de l’injustice sociale et du racisme.”

Mais voilà, selon le chroniqueur progressiste, aujourd’hui, ce sont les politiques de droite qui s’en servent pour diaboliser les démocrates et les progressistes en général et empoisonner le débat sur l’histoire coloniale, les inégalités sociales ou les questions degenre.

La droite est loin d’être la seule responsable de ce dévoiement, avance David Brooks dans The New York Times : à terme, c’est cette gauche, qui stipule que “la société est un champ de bataille entre oppresseurs et opprimés et que l’identité d’une personne est principalement le reflet de l’identité d’un groupe”, qui en fera les frais. Pour ce chroniqueur conservateur, le Parti démocrate est surtout devenu le parti de l’élite, notamment dans la culture. Et cela ne va pas sansrésistance.

Droitisation d’une large partie du discours politique, polémique autour de l’introduction dans Le Robert du simple pronom “iel”si le débat sur le wokisme trouve un si large écho enFrance, expliquait récemment Politico, c’est qu’ici la résistance est une affaire menée depuis le sommet de l’État. “Bienvenue sur la nouvelle ligne de front de la guerre contre le mouvement woke”, pouvait-on lire dans l’édition européenne du site américain à propos du lancement du think tank « Le Laboratoire de la République » par Jean-Michel Blanquer. Comme si, ironise le site, pour se protéger d’un nouveau virus venu des États-Unis, la France était prédestinée à trouver un vaccin : à savoir, “l’héritage universaliste desLumières”

Le débat est sans doute plus complexe. Et le contexte électoral a certainement accentué les choses. Pour Politico, la détermination d’Emmanuel Macron s’expliquerait par le fait qu’il ne peut plus ignorer l’importance prise, à quelques mois de la présidentielle d’avril 2022, par Éric Zemmour, qui a fait des attaques contre le politiquement correct et les minorités en général un de ses fonds decommerce.

Éric Zemmour est désormais candidat, dans les conditions que l’on sait. Son premier meeting à Villepinte a donné le ton d’une campagne fondée sur l’intolérance et la haine. Il ne deviendra sans doute pas président, écrit un journaliste britannique sur le site Reaction. “Quand Zemmour perdra, en avril prochain, écrit-il, ce sera d’abord et avant tout à cause de sa position sur les femmes et le féminisme. De la même manière, il voit dans l’homosexualité une aberration mise en avant par les publicitaires du XXe siècle, désireux d’exploiter un nouveau marché. Il est opposé au mariage pour tous et raille les revendications destransgenres.” Mais il va profiter de la campagne “ pour réveiller les instincts les plus enfouis de l’Hexagone”.

Face à cette menace, il est temps plus que jamais de faire entendre les voix de tous ceux qui se battent contre lesdiscriminations.

Ainsi que le dit Simon Kuper, qui cite un professeur de sciencespolitiques :

Dans ce débat, il faut garder deux idées simples en tête, à savoir : la liberté d’expression est essentielle, mais il est tout aussi essentiel de comprendre que certaines personnes sont historiquement désavantagées en raison de leur identité. Ce n’est pas plus compliqué que ça.”


Claire Carrard


2. Le décryptage du Monde

Qu’est-ce que la pensée « woke » ? Quatre questions pour comprendre le terme et les débats qui l’entourent
Le terme, issu des problématiques de justice sociale et raciale aux Etats-Unis, est devenu une expression fourre-tout, utilisée pour dénigrer des idées progressistes.

Par Assma Maad
Publié le 23 septembre 2021

La secrétaire d’Etat à la jeunesse, Sarah El Haïry, critiquait, lundi 20 septembre, la pensée « woke » de la candidate à la primaire écologiste Sandrine Rousseau (Europe Ecologie-Les Verts), qui vise à « chercher la différence, la blessure pour aller opposer les gens », et qui est « l’opposé de l’histoire de France ».

Début septembre, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, candidate à l’élection présidentielle de 2022, déclarait qu’elle « ne [ferait] pas campagne sur le wokisme ».

Apparu aux Etats-Unis dans les sphères militantes noires pour dénoncer le racisme et les violences policières, le terme woke connaît depuis plusieurs années une ascension fulgurante dans les débats publics en France. Dévoyé de son sens originel, le mot est raillé aujourd’hui comme étant un instrument de « censure » du militantisme antiraciste et intersectionnel.

D’où vient le terme « woke » ?

Passé simple du verbe anglais to wake, qui signifie en français « se réveiller », le mot « woke » a pris un sens véritablement idéologique dans la langue vernaculaire afro-américaine pour désigner le fait d’être conscient des injustices subies par les minorités ethniques, sexuelles, religieuses, ou de toutes formes de discrimination, et mobilisé à leur sujet.

Avant d’arriver en France, le terme s’est répandu outre-Atlantique dans le contexte historique de la lutte pour les droits des Noirs. « Cette expression argotique a cheminé dans le monde africain-américain à partir des années 1960 »,expliquait au Monde en février l’historien Pap Ndiaye. Ce spécialiste de l’histoire sociale des Etats-Unis rappelait que la grande figure du mouvement des droits civiques américains, Martin Luther King avait exhorté les jeunes Américains à« rester éveillés »et à« être une génération engagée », lors d’un discours à l’université Oberlin, dans l’Ohio, en juin 1965. […]

Comment le mot est-il entré dans l’usage moderne ?

C’est à la faveur du mouvement Black Lives Matter que le terme prend une tout autre envergure. Les émeutes de Ferguson (Missouri) en 2014, après le meurtre de Michael Brown, jeune noir de 18ans tué par la police, ont provoqué une grande vague de protestation contre les violences policières. Le mouvement fait émerger une nouvelle génération de militants antiracistes, plus présents sur les réseaux sociaux, qui dénoncent le racisme systémique et appellent les citoyens à être « éveillés » contre l’oppression subie par la population noire aux Etats-Unis. Und ocumentaire sorti en 2016, Stay Woke : The Black Lives Matter Movement, ancre durablement le terme dans ce mouvement.

Le mot woke s’est par la suite répandu à travers le monde, et au sein d’autres sphères militantes pour dénoncer toutes formes d’injustices subies par les minorités, qu’elles soient sexuelles, ethniques ou religieuses.

On l’a vu notamment apparaître sur de nombreuses pancartes lors de la « marche des femmes » en janvier 2017, un rassemblement politique organisé aux Etats-Unis après l’élection de Donald Trump. Il s’agissait alors de dénoncer le sexisme et la misogynie du nouveau président américain.

Que défendent les personnes qui se disent « woke » ?

Au début des années 2010, ce concept a permis aux minorités de s’unir autour d’une perception et d’une expérience partagées des discriminations. Une personne se définissant comme « éveillée » est consciente des inégalités sociales, par opposition aux personnes « endormies » face à l’oppression qui pèse sur les femmes, les personnes lesbiennes, gay, bi et trans, les populations d’origines étrangères, etc.

Indépendamment de la façon dont les attitudes individuelles ont pu changer, les personnes « woke » estiment que les sociétés à travers le monde demeurent inéquitables et parfois destructrices pour certaines minorités. Elles reconnaissent que l’on peut être traité différemment selon son milieu social, sa couleur de peau, sa religion, son handicap, son sexe ou son genre. Ainsi, s’attaquer aux inégalités structurelles rendra le monde plus sûr et meilleur, selon elles.

Si le terme est historiquement lié à la lutte contre le racisme envers les Afro-Américains, les individus qui se revendiquent aujourd’hui « woke » embrassent plusieurs grandes causes :


la lutte antiraciste et contre les violences policières (le mouvement Black Lives Matter encore très actif)
le réchauffement climatique (les fortes mobilisations lors desmarches pour le climat)
les combats pour l’égalité femmes-hommes (#metoo).« Il est question de changement de mode de vie, de manière d’habiter, de se déplacer, de cohabiter sur la Terre avec ses habitants non humains. Les assignations de genre et les identités sexuelles sont profondément remises en question », résumait Pap Ndiaye.

Que disent leurs détracteurs ?

Les détracteurs du « woke » en France, que l’on retrouve à droite –la députée (Les Républicains) des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer dénonçait en septembre un « totalitarisme woke »–, à l’extrême droite (le président de Debout la France, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan évoquait en juin « les dérives de l’idéologie “woke” »), mais aussi à gauche –parmi les partisans de la « laïcité offensive »–, s’inquiètent de la montée d’une intolérance à l’égard d’opinions opposées, et d’un muselage de la liberté d’expression.

Dénonçant les statues d’esclavagistes déboulonnées, les conférences universitaires annulées, les responsables démis de leurs fonctions… ils s’inquiètent des dérives, telle que la « cancel culture » (la culture de l’annulation), qui viserait à ostraciser de l’espace public toute personnalité dont un propos, ou une action, est considéré comme « offensant » à l’égard des minorités.

Autre crainte souvent relayée : l’importation d’un débat sur la race made in USA au sein d’une société française portée par l’universalisme républicain. Les opposants à ce terme estiment que certaines idées populaires au sein de la gauche radicale américaine, telles que l’organisation de réunions non mixtes, l’intersectionnalité, les débats sur les questions de genre, viendraient saper l’idéal républicain français et menacer la cohésion du pays.

Ces idées « wokistes » inquiètent jusqu’au sommet de l’Etat. Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, a dénoncé des théories en sciences sociales importées des Etats-Unis, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, considère « que ces mouvements sont une profonde vague déstabilisatrice pour la civilisation. Ils remettent en cause l’humanisme, issu lui-même de longs siècles de maturation de notre société ».

Il a d’ailleurs annoncé, en août, le lancement d’un « laboratoire républicain » contre la « cancel cultureet l’idéologie woke ». Et ce alors même que des sociologues ont qualifié cette menace d’exagérée.

Selon un sondage récent de l’IFOP, la « pensée woke » demeurait peu connue chez les Français : seuls 14% des répondants avaient déjà entendu ce terme et 6% savaient de quoi il s’agissait.

Assma Maad

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 9 décembre 2021 - 22:47 1

    Michel Foucault n’était pas « woke »

    par Bernard-Henri Lévy, 15 mars 2021

    A propos du détournement d’héritage à la fois indigne et risible de l’assignation identitaire issue de la « cancel culture » et des mouvements « woke ».


    Michel Foucault en 1977.
    ©Getty/Françoise Viard. ZOOM : cliquer sur l’image.

    Le plus ahurissant dans ces histoires de « cancel culture », de pensée « woke », de racisme « systémique » et de renvoi de chacun à son identité de « genre », de « minorité opprimée » ou de « race », c’est qu’on ose s’y réclamer des philosophies progressistes, libératrices ou déconstructionnistes de la seconde partie du XXe siècle.

    Or il y a là une absurdité prodigieuse.

    Un détournement d’héritage à la fois indigne et risible.

    Et une nouvelle illustration de l’inculture crasse de ces sous-pensées en train de faire tant de ravages sur les campus américains et, désormais, français.

    Trois exemples.

    Adorno, dont les Minima Moralia furent une machine de guerre contre ce qu’il appelait « l’insatiable principe d’identité ».

    L’identité, disait-il, c’est la réduction à l’espèce ou au genre.

    C’est, avec sa façon de ranger et classer les humains, une machine d’assujettissement.

    Et il faut, pour le bien des humains concrets, se libérer de cette fascination morbide pour l’identique – et, sur ses ruines, sur son cadavre nettoyé et, si possible, volatilisé, réhabiliter une pratique du non-identique, du multiple, du pluriel, de la dissemblance.

    Cela était vrai pour les œuvres, qu’Adorno voulait défaillantes, lacunaires, semées de vide, suspendues.

    Mais cela était vrai pour moi, pour vous, pour les sujets souffrants ou pour les victimes de violences, à qui c’est faire injure que de les enfermer, aujourd’hui, dans des safe spaces interdits aux Blancs quand on est noir ou aux Noirs quand on est blanc.

    C’est simple, concluait Adorno : pas de politique antifasciste, antitotalitaire ou simplement émancipatrice qui puisse se fonder sur cette réduction à l’identité.

    Un deuxième exemple : Sartre.

    On connaît ses réticences envers l’idée d’une subjectivité substantielle et pleine, siège d’un caractère aux traits récurrents et stables, réserve de foi en soi et d’intériorité.

    Et on sait qu’un sujet, pour lui, se définissait par la somme de ses projets et par l’addition des hauts faits et humbles gestes qu’il accomplit et qu’indexe son nom propre.

    L’identité, pour l’auteur de La Nausée mais aussi des grands textes politiques de l’après-guerre, était, dans le meilleur des cas, un lieu vide, un être de raison, un courant d’air, un flux et, dans le pire, un principe de raréfaction et d’arasement des singularités.

    Et le refus d’être identique, la révolte contre cet idem qui est le cœur de l’identité, la conviction que l’on n’est libre et, comme il le disait à la fin de sa vie, apte à se révolter qu’à proportion de sa capacité à tourner le dos à l’illusion d’une identité communautaire ou subjective, étaient, pour lui, des commandements sacrés.

    L’identité, fût-elle brandie par une minorité opprimée, se résumait toujours, à la fin, à des papiers du même nom. Et la philosophie de l’identité, fût-elle prolétarienne ou célébrée par des damnés au sens de Frantz Fanon, se réduisait à une idéologie d’agents de l’état civil et de flics.

    Et puis, quand je vois, aux États-Unis et en Europe encore, ces « camps d’été décoloniaux », ces espaces de militantisme « non mixtes » où l’on se retrouve entre soi, ou ces manifestations antiracistes où les « racisés » s’assurent que nul ne représentera la « blanchité », je ne peux pas ne pas penser à celui dont ces gens se réclament le plus : Michel Foucault.

    Car, pour le coup, quelle ignorance !

    Si Foucault avait, sur le sujet, une conviction, c’est que l’identité était non seulement un mensonge, mais une prison.

    Et s’il avait, comme auteur mais aussi comme militant, une certitude, c’est qu’on ne peut s’emmurer dans une identité qu’au risque de forclore en soi les opérations de subjectivité les plus vivantes et de raréfier les pratiques d’insoumission les plus fécondes.

    Qu’est-ce qu’un écrivain, demandait-il, sinon quelqu’un qui s’échine à n’avoir plus de visage, plus de nom, ou alors oui, un visage, mais, comme dans le final des Mots et les Choses, aveugle, incertain, aux traits peu à peu effacés ?

    Et pourquoi écrit-on, poursuivait-il au début de L’Archéologie du savoir, sinon pour devenir, au terme de ce qui s’écrit, différent de celui que l’on était avant – et pour empêcher, donc, que l’on me demande qui je suis ou que l’on m’ordonne de rester le même ?

    La loi, ici aussi, valait pour tout un chacun.

    Je ne suis pas un, disait-il, fidèle à Nietzsche, je suis plusieurs.

    Ma vérité, insistait-il, n’est pas dans l’ego, fût-il transcendantal, qui occupe la philosophie jusqu’à Husserl, mais dans cette multiplicité, cette volière, cette pluralité de non-ego, qui m’habitent et sont autant de « points de contact », ou de « possibilités stratégiques », dans ma relation désaccordée au monde.

    Une conscience ? Des pratiques subjectives.

    Être soi ? Être un autre ! chaque fois et incessamment un autre ! un rendez-vous d’âmes sans nombre, une légion en guerre contre elle-même !

    Et Foucault savait très bien, comme Lacan, qu’il n’y a pas loin de la question « qui tu es ? » à la question « qui tuer ? ».

    Je me souviens de sa surprise quand il voyait des activistes gays, en Californie, tomber dans le piège tendu par une société qui commençait de leur demander de se déclarer, de se dénoncer, de s’identifier.

    Et j’imagine son beau rire philosophique et nietzschéen s’il avait vu tous ces nouveaux militants calfeutrés dans leur identité ethnique, féminine, handicapée ou genrée.

    La pensée « woke » est une ruse de la raison biopolitique.

    Et l’assignation à résidence identitaire est une autre façon de ficher, de contrôler et de soumettre les humains.

    Mais, pour entendre cela, encore faudrait-il lire.

    La règle du jeu


  • Viktor Kirtov | 9 décembre 2021 - 17:40 2

    Éditorialistes, intellectuels, enseignants, artistes... Aux États-Unis et en Europe, des voix s’élèvent contre les prêcheurs du wokisme, ou éveillisme, ce « nouveau racisme » qui sape la société.
    Les principaux réfractaires au wokisme sont aujourd’hui des intellectuels et écrivains afro-américains.

    La chronique de Pascal Bruckner ICI (pdf)


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2021 langue woke