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Daniel Cordier parle de Roland Barthes

Un coup de crayon unique

D 24 novembre 2020     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Daniel Cordier
Photo d’archives Progrès

Un coup de crayon unique

Par Daniel Cordier

Daniel Cordier a eu plusieurs vies : secrétaire de Jean Moulin dont il a partagé la vie clandestine pendant l’Occupation puis historien pour défendre sa mémoire et galeriste à succès après la guerre. Dans sa vie d’amateur d’art et de collectionneur, il a croisé celle de Roland Barthes. Il témoigne ici de son admiration pour l’œuvre de son ami et évoque un aspect moins connu de son travail, le penchant artistique.

Je suis incapable d’écrire sur Roland Barthes ou d’en parler. Il était plein d’humour et de souffrance : un mélange rare. Il avait beau­coup de charme et quand il écrivait, c’était remarquable. Il y a une contradiction entre le mot charme et le mot homme : lui avait plein de charme. Il y a des êtres que je suis curieux de revoir : Barthes en est un. J’aimais sa présence silencieuse, son très actif et joli silence. Je n’ai pas lu tous les livres de Barthes mais plusieurs m’ont enthousiasmé : Le Degré zéro de l’écriture, les Nouveaux Essais critiques, les Mythologies, S/Z et Sade, Fourier, Loyola (dans ce livre, c’est Sade qui m’intéressait). Et j’ai été passionné par son Roland Barthes par Roland Barthes. C’est un ouvrage très intime, si on aime ce livre on est son ami. J’ai essayé récemment de retrouver l’exemplaire qu’il m’avait joliment dédicacé, mais malheureusement sans succès. J’ai donné à l’École normale la plus grande partie de ma bibliothèque et il a dû partir avec.
Je me souviens de ma rencontre avec lui, en 1971 je crois. Le président Pompidou avait demandé à François Mathé, directeur du musée des Arts décoratifs, de préparer une grande exposition sur l’art contemporain. Mathé était venu souvent dans ma galerie de la rue de Miromesnil, à Paris. Il avait donc choisi quatre personnes pour l’aider, dont moi. Souvent on dînait à la maison avec mes co-commissaires et l’un d’eux m’a demandé de faire venir Barthes. À partir de ce moment-là nous nous sommes revus souvent. On déjeunait, on dînait, et en été je lui ai proposé de venir dans ma villa à Juan-les-Pins alors que je faisais le tour du monde. Il y était bien. La maison s’appelait Rapa Nui, en hommage à l’île de Pâques où j’ai été trois fois dans ma vie. En venant chez moi il a découvert Ber­nard Réquichot et son œuvre. Quand j’ai fait un livre sur ce peintre, Barthes a écrit le très beau texte « Réquichot et son corps ».


Souvenir de Juan-les-Pins, été 1974. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Dans Roland Barthes par Roland Barthes, il y a une photo de lui en train de travailler dans ma maison, il est sur une grande table ronde en marbre, c’est là qu’il a écrit ce livre. Je parlais beaucoup avec lui, de musique, de peinture, de Piero della Francesca ou de Cézanne. Je lui avais expliqué qu’il faut commencer par dessiner n’importe quoi sur une feuille et que ça peut devenir un dessin. Il m’a dit :« Vous croyez ? » Je lui ai répondu : « J’en suis sûr. » C’est ça les êtres qui existent. Le dessin de la couverture de Roland Barthes par Roland Barthes a été fait à Rapa Nui : c’est un de ses premiers dessins. Il y a quelque chose de très réussi dans cette œuvre, c’est très fort. Les dessins de Barthes ne ressemblent à rien, c’est quelque chose de singulier lié aux crayons de couleur. Évidemment, cela peut faire penser à l’école américaine, Mark Tobey ou Jackson Pollock, mais en fait cela ne ressemble à personne. Je parlerais d’écriture disloquée, et la trace qu’il laisse ? c’est la dis­persion des couleurs.

Le Monde hors-série n.26, Roland Barthes, l’inattendu, 21 Mai 2015.

Dans le même numéro hors-série du Monde, Sollers a publié L’antifascisme de Barthes.


Roland Barthes chez lui — RB chez Daniel Cordier.
Roland Barthes par Roland Barthes. ZOOM : cliquer sur l’image.

Dans La nuit rêvée... de Daniel Cordier (07/07/2013), ce dernier avait choisi de diffuser La leçon de Marcel Proust selon Roland Barthes, une émission de 1963.

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