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Claire Bretécher s’en est allée, c’est nous qui sommes frustrés

Chroniqueuse des moeurs de son milieu et de son époque

D 12 février 2020     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Portrait de Claire BRETECHER chez elle en janvier 1997 à Paris
Alain BENAINOUS via Getty Images

Adieu aux frustrés adieu Aggripine, adieu aux gnolguis, adieu à Claire Bretécher qui s’en est allée de l’autre côté du miroir de ses dessins, à 79 ans.

Sa galerie de personnages lui permettait de s’attaquer à des sujets de société qu’elle aura très souvent identifiés bien avant la plupart de ses contemporains. Au point qu’en 1976, Roland Barthes dira qu’elle est la “sociologue de l’année”. Elle pratiquait aussi avec talent la peinture, produisant une série de portraits saisissants de ses proches et d’autoportraits sans concession.

« Mes personnages se moquent beaucoup de mes propres travers. »

Avec son humour féroce et son coup de crayon assassin, Claire Bretécher, a épinglé les tics et les modes d’une époque à travers des personnages souvent ridicules, ces "frustrés" qui ont fait d’elle la première vedette féminine de la BD.

Quadragénaires bavards, femmes larguées, adolescentes insupportables... La dessinatrice a souvent pioché ses cibles dans son entourage. Cette "gauche caviar" des années Mitterrand, ces snobs, intellos bidons et leurs ados geignards qu’elle côtoyait.

Claire Bretécher, c’est d’abord un don d’observation exceptionnel : "Je passe mon temps à regarder les gens. Leur tronche, leur allure". Une façon unique de repérer leurs travers et leurs manies et de les mettre en boîte. Avec un sens de la dérision que cette solitaire, qui a toujours fui les interviews télévisées, s’applique d’abord à elle-même. [1]

Au total, Claire Bretécher a publié une trentaine d’albums dans lesquels elle ne s’embarrasse pas des convenances. « Je parle toujours plus ou moins de moi-même, a-t-elle confié, et mes personnages se moquent beaucoup de mes propres travers. »

Avec le personnage d’Agrippine, apparu en 1988, elle s’attaquait au « jeunisme » de l’époque :« Quoi qu’ils fassent, même si c’était des conneries, leurs parents les trouvaient géniaux ». Jusqu’en 2009, l’héroïne apparaîtra en tout dans huit albums décortiquant les mœurs et le jargon des ados, dignes rejetons de leurs « frustrés » de parents.

« Aussi dérangeante qu’attachante »

« A son style graphique unique répondait un langage Bretécher (ou l’inverse). Son sens du dialogue, son inventivité et son art du raccourci étaient époustouflants », salue l’éditeur. Et d’ajouter : « Personnalité aussi dérangeante qu’attachante, Claire Bretécher a tracé un chemin unique dans la bande dessinée. Son humour et sa liberté d’esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà. »


Dessin extrait des « Petits Travers ». - Claire Bretécher - Editions Dargaud

Claire Bretécher a été primée à trois reprises au Festival d’Angoulême. Elle a reçu le prix du scénariste français en 1975, le grand prix spécial du 10e anniversaire en 1982 et l’Alph-Art humour pour Agrippine et l’ancêtre en 1999. [2]


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“Le physique qu’on a n’a aucune importance, l’important c’est la façon dont on se ressent. Moi je me suis toujours ressentie comme quelqu’un de moche, de immontrable, de insortable. Ça m’a empoisonné l’existence jusqu’à 25 ou 26 ans”, lançait-elle dans une interview télévisée en 1975, avant de dénoncer “toutes ces saloperies de journaux” et leurs injonctions à la beauté. [3]

Claire Bretécher, philosophie de l’humour BD, intelligence du dessin

Un naturel déconcertant permettait à Claire Bretécher, lorsqu’elle élaborait ses bandes dessinées, de croquer l’absurdité du quotidien sans adjuvant idéologique ; chez elle, la nature humaine est restituée dans sa concrétion dérisoire et comique. L’effet sur le lecteur est immédiat ; il s’agit d’un humour elliptique, sans surcharge intellectuelle pour le biaiser.


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Le plus curieux, c’est au fond Claire Bretécher elle-même : dans les années 70, il s’agit d’une très jolie jeune femme blonde, désabusée, son visage anguleux exhale quelque chose de très triste et d’abîmé, comme un songe noir qui cacherait une fragilité béante. Les dessins de Claire Bretécher sont souvent tombés juste parce que la main qui les réalisait se foutait bien de la vérité du jour, du risque de se tromper, de tomber dans l’incohérence.

La philosophe Monique Castillo a dit un jour :

« C’est par là que commence la liberté : c’est reconnaître qu’on ne savait pas. Et c’est ça penser par soi-même, c’est avoir le courage de dire : « Mais… mais ce que je pense, mais c’est… mais c’est tout faux ! Il faudrait peut-être que je commence à me renseigner ! » (Conférence, Observatoire Midi-Pyrénées, 20 novembre 2012)

Crédit : montdeslettres.fr/

Le mot de son éditeur Dargaud


Portrait de Claire BRETECHER chez elle en janvier 1997 à Paris
© Dargaud / Rita Scaglia

C’est avec une profonde tristesse que les éditions Dargaud annoncent le décès de Claire Bretécher, le 11 février 2020, à l’âge de 79 ans. Claire Bretécher s’est très vite lancée dans la bande dessinée, « pour échapper à l’ennui », disait-elle. Parmi les pionniers de ce genre littéraire, elle va imposer un style, un ton, un regard décalé d’une originalité totale.

Observatrice détachée (vraiment très détachée) de son époque, elle en croque les travers avec une immense autodérision. Des Gnangnan à Cellulite, des Frustrés à Agrippine, de Spirou à L’Écho des savanes, de Pilote au Nouvel Observateur, elle crée une galerie de personnages lui permettant de s’attaquer à des sujets de société qu’elle aura, très souvent, identifiés bien avant la plupart de ses contemporains. Au point qu’en 1976, Roland Barthes dira qu’elle est la « sociologue de l’année ».
Elle pratique aussi avec talent la peinture, produisant une série de portraits saisissants de ses proches et d’autoportraits sans concession.
A son style graphique unique répondait un langage Bretécher (ou l’inverse). Son sens du dialogue, son inventivité et son art du raccourci étaient époustouflants.
Personnalité aussi dérangeante qu’attachante, Claire Bretécher a tracé un chemin unique dans la bande dessinée. Son humour et sa liberté d’esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà.

Crédit : www.dargaud.com

Juste un bouquet de quelques fleurs éparses, glanées au hasard de mes lectures du jour, en hommage à sa mémoire.
V.K.

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