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Anna Karina, Vivre sa vie, Jean-Luc Godard

Souviens-toi

D 15 décembre 2019     A par Albert Gauvin - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Anna Karina est décédée ce samedi 14 décembre 2019. La voici dans ce qui est pour moi, avec Pierrot le fou, le plus beau des sept films (et demi) qu’elle tourna avec Jean-Luc Godard : Vivre sa vie (1962). Tout le reste est littérature.

Tableau 12. Le Portrait ovale (1h10’42") : c’est Jean-Luc Godard qui lit hors champ le texte d’Edgar Poe (traduit par Baudelaire). On l’entend dire à Nana/Anna : « C’est notre histoire, l’histoire d’un peintre qui fait le portrait de sa femme. »

Le bon plaisir - Anna Karina

France Culture, 31 janvier 1998.

Par Florence Marguier - Avec Eduardo Manet, Françoise Verny, Anna Karina, Dennis Berry, Jean-Bernard Pouy, Daniel Dobbels et Patrick Modiano - Réalisation Danielle Fontanarosa.

(les vingt premières années)

(Vivre sa vie, Le portrait ovale, Pierrot le fou)

(Justine, Cukor, et la suite)

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Anna Karina en 1998.

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Serge Gainsbourg et Anna Karina en 1968.

Anna Karina, souviens-toi

Un film de Dennis Berry (2017)

Actrice emblématique de la Nouvelle Vague, Anna Karina est attachée au grand renouveau du cinéma des années soixante. Dennis Berry, compagnon d’Anna Karina, revient sur l’histoire de sa vie, ses souvenirs avec Jean-Luc Godard et les grands réalisateurs qu’elle a connus, sa rencontre mémorable avec Serge Gainsbourg comme aussi, plus récemment, sa carrière de chanteuse. Le film inscrit son portrait dans l’histoire de l’époque, mais il est également une lettre d’amour adressée à celle qui partage sa vie depuis plus de vingt ans. Ce portrait révèle également des facettes moins connues de son talent : ses rôles au théâtre (La Religieuse, Après la répétition), le film, ressorti récemment, qu’elle a réalisé (Vivre ensemble), ses romans, et sa carrière de chanteuse, qui prit un nouveau tour dans les années 2000 avec la complicité de Philippe Katerine.


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Anna Karina en 1962.
Tout fout l’camp. Jean Douchet est mort le vendredi 22 novembre 2019, à l’âge de 90 ans. Voilà comment le critique a fait aimer le cinéma à des milliers de cinéphiles (j’en étais, dès 1967, l’année de ma première rencontre avec Jean Douchet).

Jean Douchet analyse « Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard

« Jean Douchet analyse Vivre sa vie de Jean-Luc Godard au cinéma Devosge de Dijon » est un épisode des Carnets filmés de Gérard Courant. Cette partie a été tournée le 15 novembre 2011 à Dijon à l’occasion de la carte blanche que la Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet avait offert à Courant et qui était organisée en parallèle à la rétrospective de ses films (à Dijon) et à l’intégrale "Cinématon" (à Chalon-sur-Saône).

Le critique de cinéma et cinéaste Jean Douchet, qui a prêté son nom à la Cinémathèque de Bourgogne fondée par Nicholas Petiot, analyse Vivre sa vie, le chef d’œuvre que Jean-Luc Godard a réalisé en 1962 avec la magique Anna Karina.
Comme de coutume, Jean Douchet intervient après la projection du film. Dans un premier temps, il présente et analyse l’œuvre puis, dans un second temps, il donne la parole au public et répond aux questions des spectateurs.

LA DERNIÈRE SÉANCE

Inutile de présenter la teneur du film de Gérard Courant puisque tout est contenu dans le titre de ce nouvel épisode des Carnets filmés, entreprise prométhéenne qui ravira aussi bien les cinéphiles des temps futurs que les sociologues et anthropologues qui pourront puiser dans ces archives cinématographiques comme dans une mine d’or.

A l’occasion de la rétrospective qui lui a été consacrée à Dijon, Gérard Courant s’est vu offrir une « carte blanche » par la Cinémathèque de Bourgogne et a invité Jean Douchet à venir analyser le film de Jean-Luc Godard Vivre sa vie (un des plus beaux du cinéaste, pourtant peu avare en chefs-d’œuvre).

Quiconque a eu la chance d’écouter Jean Douchet parler d’un film sait à quel point la parole du critique est précieuse et qu’il n’est pas inutile de la fixer sur pellicule (ou sur une bande vidéo comme ici). Douchet est un équilibriste qui avance sans filet : il n’a visiblement aucunement préparé son intervention mais il parvient pourtant à analyser en profondeur l’œuvre de Godard, une idée en faisant jaillir une autre, et les (rares) interventions des spectateurs lui permettant de rebondir, de digresser, de faire progresser une pensée jamais figée et toujours passionnante.

Mais plus que le contenu, c’est également la forme de ce « carnet filmé » qui séduit. Contrairement à ce que l’on pourrait parfois penser, Gérard Courant ne se contente pas de filmer au petit bonheur la chance avec sa caméra vidéo comme un quelconque vidéaste amateur. Ses films sont travaillés et même les quelques « scories » qui peuvent subsister font partie de son projet.

Ici, il divise son écran en quatre : en haut à gauche, les images de Douchet parlant du film de Godard, en dessous, le Cinématon du critique réalisé en 1979, en haut à droite de l’écran, le mythique Cinématon de Godard et en bas à droite, la compression de Vivre sa vie. Ce dispositif, qui pourrait paraître un peu artificiel produit des effets étonnants.

Effets de rimes lorsque Douchet dans son lit se tourne vers le côté gauche de l’écran tandis que Godard regarde hors-champ vers la droite du cadre.

Effets de circulation puisque les quatre écrans semblent communiquer entre eux et tisser un ensemble de correspondances. C’est d’autant plus frappant lorsque Douchet explique les correspondances dans Vivre sa vie entre Godard, Karina, Dreyer et sa Jeanne d’Arc que Nana est en train de regarder. La cinéphilie, pour Douchet, est cet « art d’aimer » qui passe avant tout par la parole et la circulation entre les hommes et les œuvres. Ce que capte Courant à travers son dispositif, c’est ce lien « cinéphilique », ce passage de relais qu’effectue le critique entre l’œuvre de Godard et les spectateurs.

C’est après cette rencontre riche qu’on découvre alors un plan fort mélancolique. Courant filme les rares spectateurs de la salle sortir tandis qu’en surimpression, on retrouve le plan d’Anna Karina pleurant face au chef-d’œuvre de Dreyer. Cette salle presque vide marque justement la rupture de ce lien cinéphile aujourd’hui. D’un côté, les pratiques cinéphiles ont totalement éclaté (jamais on a autant écrit sur le cinéma et n’importe qui peut désormais donner son avis sur un film sur Internet : c’est la détestable « culture » AlloCiné) ; de l’autre, le cinéma en tant qu’art et objet de réflexion n’intéresse plus guère. On consomme du cinéma plutôt qu’on ne le vit : que ce soit sa version pop-corn et grosses machines hollywoodiennes ou sa version « culturelle » (on va voir le dernier film adoubé par Télérama ou Libération, ce qui explique le succès de ces films d’auteur « porteurs » qui peuvent être très biens — Almodovar, Kaurismäki — mais qui ne font plus l’objet d’un discours cinéphile. Ce sont des produits culturels qu’il faut avoir vus comme il faut absolument aller faire la queue dans les musées pour aller voir la dernière exposition à la mode).

D’une certaine manière, ce « carnet filmé » de Courant prend acte de la mort d’une certaine idée de la cinéphilie (les classiques n’intéressent plus) et de la rupture d’un lien que la parole de Douchet tente pourtant, vaille que vaille, de raccommoder...

(Docteur Orlof, Le Blog du Docteur orlof, 24 décembre 2011)
gerardcourant.com

VOIR AUSSI :
Vivre sa vie (les douze tableaux)
Jean-Luc rencontre Anna... (1987)

« Rares sont ceux, ici, qui ont ce qu’on peut appeler une vie… Une existence, oui… Ce n’est pas pareil… »

Philippe Sollers, Femmes (folio 1620, p. 18).

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 18 décembre 2019 - 14:21 1

    Anna Karina devait sortir de l’hôpital

    Dans un message relayé par le journaliste Jean-François Guyot sur Twitter, Dennis Berry écrit : "On a dû l’emmener d’urgence en réanimation suite à une complication post-opératoire. Là tout a basculé... Anna nous a quittés samedi, à 14h38. Après l’opération, elle devait sortir dès le lendemain. Le docteur se réjouissait de la rencontrer par hasard à mes côtés se promenant dans la cour de l’hôpital. Hélas, une rupture musculaire a obligé le professeur à la réopérer. Il était prévu qu’elle ait encore plein de belles années devant elle. Hélas, son corps n’a pas résisté. Cette mort n’est en aucun cas due à un cancer."


  • Albert Gauvin | 17 décembre 2019 - 01:17 2

    Après la disparition d’Anna Karina, pour laquelle il avait écrit et réalisé un album en 2000, et avant de monter sur la scène de la Cigale, le chanteur vendéen nous livre son premier témoignage sur son actrice fétiche. VOIR ICI.