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Marcel Proust, prix Goncourt 1919 - Autour du Centenaire

Galerie Gallimard

D 29 novembre 2019     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Marcel Proust reçoit en décembre 1919 le prix Goncourt pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Cette décision fait date : une nouvelle ère littéraire s’ouvre avec la publication et la consécration d’un roman sans égal, où se joue notre rapport au temps, à notre conscience propre, à l’être aimé et à l’art.

EXPOSITION DU CENTENAIRE

"Marcel Proust, prix Goncourt 1919 "

La Galerie Gallimard a célèbré le centenaire de l’attribution du Prix Goncourt à Marcel Proust en proposant une exposition réunissant des pièces exceptionnelles : correspondance de Marcel Proust avec les jurés du prix Goncourt et avec son éditeur, épreuves corrigées, éditions originales, coupures de presse d’époque, ainsi que deux dessins de Paul Morand représentant l’auteur d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs exposés pour la première fois. Cette exposition est terminée, mais vous pouvez retrouver dans cet article les coupures de journaux de l’époque, les deux dessins de Paul Morand ...et le contrat de Gaston Gallimard à Marccel Proust. Des collectors en somme.

Exposition réalisée avec le concours de la Maison de Tante-Léonie (Illiers-Combray), du prix Goncourt (Nancy), de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

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Jacques Emile Blanche - Portrait de Marcel Proust
(21 ans)- 1892
- Musée d’Orsay RMN

PLUS sur le Musée d’Orsay

La presse en parle

· « La galerie Gallimard revient sur cet événement, qui fit grand bruit, en évoquant les circonstances de ce prix à la lumière d’une soixantaine de documents exceptionnels. [...] À ne pas manquer. » Télérama Sortir , 18-24 septembre 2019.

· « Lettres, manuscrits originaux, épreuves d’imprimerie, dessins, photographies... esquissent le contexte de la publication controversée de l’une des œuvres littéraires les plus importantes du XXesiècle. » Marie Akar, Arts et métiers du livre , septembre-octobre 2019.

· « Il y a toujours quelque chose de magique, d’émouvant, de très affectif à revisiter l’univers de Proust. [...] Tenez-vous au milieu de la galerie et vous aurez l’impression d’être dans le laboratoire de son écriture. » Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles , 18 septembre 2019.

· « Mais le clou de ces hommages [à Marcel Proust] réside dans deux modestes dessins exposés à la Galerie Gallimard. Ces inédits viennent de la main de Paul Morand, disciple à l’adulation ambiguë pour "le maître du temps". [...] Une soixantaine de documents parfois rarissimes complète la présentation, dont un carnet de notes, "Moi Prix Goncourt". Pour l’anecdote, l’écrivain, abonné à l’Argus, suivait la presse avec attention, jusqu’à conserver les articles, négatifs pour la plupart, sur son œuvre. Sans doute savait-il que le temps vengerait sa mémoire. » Cécile Lecoultre, 24 Heures , 11 septembre 2019.

·

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Lettre des jurés Goncourt à Marcel Proust, (10 déc. 1919) -
Manuscrit autographe. Coll. part.

« Saviez-vous que le prix Goncourt décerné à Marcel Proust en 1919 avait fait scandale dans le Paris intellectuel de l’époque ? La galerie Gallimard revient sur cet événement méconnu le temps d’une exposition intimiste à voir jusqu’en octobre. [...] De quoi ravir les férus de Proust et autres passionnés de grandes et petites histoires de la littérature. » Manon Garrigues, Vogue , 11 septembre 2019.

Les jurés Goncourt annoncent l’attribution du prix au lauréat par cette lettre rédigée aussitôt le vote conclu. Elle est écrite par le président du jury, Gustave Geffroy, et signée par les membres présents : J.-H. Rosny aîné et jeune, Léon Daudet, Élémir Bourges, Henry Céard (qui ont voté pour Proust), Léon Hennique et Jean Ajalbert (qui ont donné leur voix aux Croix de bois de Roland Dorgelès). « Moi je trouve ça très chouette », avait-il laconiquement déclaré Gustave Geffroy à propos d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs lors du fameux dîner du 10 décembre 1919, avant de passer au vote. L’attribution du Goncourt à Marcel Proust, suscita un tollé dans la presse, où l’âge du lauréat, son écriture analytique, son milieu ainsi que le tort causé à l’ancien combattant Dorgelès lui ont été reprochés.


Marcel Proust au Ritz par Paul Morand, 1916-1917 Encre, lavis et crayons de couleur.
© Succession Paul Morand / Photo BnF.
ZOOM : cliquer l’image

« C’est rudement plus fort que Flaubert. » Cette déclaration de Paul Morand à propos de Du côté de chez Swann a permis au jeune attaché d’ambassade de rencontrer Marcel Proust, probablement à la fin de l’été 1915. Tous deux tissent des liens d’une amitié sincère, bien que ponctuée de malentendus. En 1917, Paul Morand présente à Marcel Proust son amie et future épouse la princesse Hélène Soutzo, dont l’auteur de Swann devient l’un des familiers. C’est dans l’appartement de cette dernière au Ritz que Morand s’est représenté sur ce dessin qui orne sa correspondance avec Hélène ; on le voit en pleine conversation mondaine avec Laure de Chevigné (l’un des modèles de la duchesse de Guermantes, née Laure de Sade) et, fait rarissime dans une représentation d’époque, avec Marcel Proust – dont il évoque ici, avec amusement, un fragment des Jeunes filles en fleurs (la promenade en voiture en compagnie de Mme de Villeparisis autour de Balbec), qu’il a pu découvrir en prépublication dans La NRF de juin 1914.

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« Placard » pour l’impression d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Joint à l’édition de luxe de 1920. Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.

Le présent placard, sur lequel figure la mention « Cahier violet n° 9 », est intégralement composé de fragments manuscrits de la deuxième partie du roman. Le narrateur évoque ici le souvenir des jeunes filles aperçues sur le front de mer à Rivebelle dont celui, plus précis, d’une « jeune blonde à l’air triste » (Albertine). Cette évocation intervient au réveil du narrateur : le sommeil est un thème récurrent de l’œuvre, à propos duquel on notera, dans le coin inférieur droit du premier fragment la mention de l’auteur : « En principe répartir entre les différents sommeils du livre les images, chacun ayant celles qui sont cohérentes entre elles. » Cette planche, ainsi que la planche portant le numéro 16, ont été insérées dans l’exemplaire n° X de l’édition de luxe desJeunes Fillesde 1920 vendue par souscription.

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Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Éditions de la NRF, du 28 février 1920
Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet

Exemplaire n° X de l’édition de luxe sur papier bible du chef-d’œuvre de Marcel Proust, vendue par souscription et imprimée en feuilles. Cette édition présente de nombreuses variantes par rapport à l’édition originale parue deux ans plus tôt. Marcel Proust s’est personnellement investi dans la conception de cette édition en proposant d’y joindre les placards d’épreuves corrigées de son texte. Le portrait de l’auteur, peint en 1892 par Jacques-Émile Blanche, est reproduit en frontispice de l’ouvrage. Malgré son ancienneté (le sujet n’a alors que vingt ans), il est l’un des rares portraits publiés dans la presse au moment de l’attribution du prix Goncourt. De fait il n’existe pas de photographies de l’écrivain contemporaines de l’écriture d’À la recherche du temps perdu, à l’exception des célèbres clichés pris sur la terrasse du Jeu de Paume en 1921, et très peu de portraits dessinés, dont celui de Paul Morand.

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« Saint-Loup » – Chaise/escabeau, par Anthony Guerrée, 2018
Édition : COLLECTION PARTICULIÈRE
Designer : Anthony Guerrée
Épicéa massif sablé et brossé - Fabrication française
Dimensions : 72 x 52 x h. 80 cm
Renseignements : contact@collection-particuliere.fr

« Et quand Saint-Loup, ayant à passer derrière ses amis, grimpa sur le rebord du dossier et s’y avança en équilibre, des applaudissements discrets éclatèrent dans le fond de la salle. Enfin arrivé à ma hauteur, il arrêta net son élan avec la précision d’un chef devant la tribune d’un souverain, et s’inclinant, me tendit avec un air de courtoisie et de soumission le manteau de vigogne, qu’aussitôt après, s’étant assis à côté de moi, sans que j’eusse eu un mouvement à faire, il arrangea, en châle léger et chaud, sur mes épaules. »

La Galerie Gallimard accueille, dans le cadre de l’exposition, le travail du designer de mobilier Anthony Guerrée, qui a été happé par la beauté intemporelle d’À la recherche du temps perdu et sa galerie de personnages hauts en couleurs. Chacun de ces êtres de papier propose sa propre façon d’être au monde, de se comporter en société et entretient un rapport singulier aux arts décoratifs et à l’ameublement. Grâce à son design, la chaise peut-elle figer ne serait-ce que quelques traits d’un personnage de fiction pour devenir une allégorie, une incarnation ? Peut-on donner chair en « donnant chaise » ? En proposant une posture physique, une assise véhicule aussi une posture sociale. La ligne, le confort, les proportions d’une chaise n’induisent pas seulement une façon de s’asseoir, mais aussi un faisceau d’attitudes et de scenarii possibles. C’est avec ces convictions qu’Anthony Guerrée interroge le rapport entre les arts appliqués et la littérature en dédiant une chaise à chacun de ses personnages proustiens favoris.

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Galerie Gallimard
30/32, rue de L’Université – 75328 Paris cedex 07
Tél. : 01.49.54.42.30
contact@galeriegallimard.com
Du mardi au samedi, de 13h à 19h, et sur rendez-vous
www.galeriegallimard.com

EN LIBRAIRIE


Proust, prix Goncourt,
par Thierry Laget

10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations : anciens combattants, pacifistes, réactionnaires, révolutionnaires, chacun se sent insulté par un livre qui, ressuscitant le temps perdu, semble dédaigner le temps présent. Pendant des semaines, Proust est vilipendé dans la presse, brocardé, injurié, menacé. Son tort ? Ne plus être jeune, être riche, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées.

Retraçant l’histoire du prix et les manœuvres en vue de son attribution à Proust, s’appuyant sur des documents inédits, dont il dévoile nombre d’extraits savoureux, Thierry Laget fait le récit d’un événement inouï – cette partie de chamboule-tout qui a déplacé le pôle magnétique de la littérature – et de l’émeute dont il a donné le signal.
Prix Céleste-Albaret 2019

« Le prix est proclamé lors de la dernière réunion de l’année. Entre les filets de barbue bonne femme et la poularde en gelée d’estragon, on procède à plusieurs tours de courtoisie, qui sont moins destinés à départager les candidats qu’à ne pas vexer ceux auxquels on a promis son vote, ou à leur faire un peu de réclame à bon compte. Chacun se prononce à main levée, et certains sont très attachés à ce mode de scrutin, tel Gustave Geffroy qui, avant le prix de 1913, met ses confrères en garde : "Il y aura aussi à éviter le scrutin secret qui sera peut-être proposé. Sur ce point, je suis intransigeant et ne renoncerai pas à notre tradition, déjà établie, du visage découvert." Mais que craint-il donc d’un jeu de masques ?
Sur la nappe, on repousse les verres de traminer et de clos-vougeot, le secrétaire du prix ouvre à la page du jour le registre où il consigne le résultat des délibérations. Après la glace Ermenonville, les mignardises et la corbeille de fruits, quand fument les tasses de café et que la couronne des cigares devient incandescente, on choisit le lauréat, on écrit son nom sur un papier, que l’on tend à un garçon qui l’apporte à la caissière qui le remet aux journalistes qui s’élancent aux trousses de l’élu, pour avoir son portrait et ses premières impressions, pour le précipiter tout nu, tout vif, dans la fournaise de la gloire. »

En savoir plus

VIDEO

Plongez dans les coulisses du Prix Goncourt 1919

et découvrez l’histoire de la relation entre Marcel Proust et la NRF. Une vidéo réalisée par www.scribeaccroupi.fr

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Paul Morand, Marcel Proust sur son lit de mort, 1922,
encre et lavis (© Succession Paul Morand / photo BnF)

« Vous ne connaissez rien au testament des Frères Goncourt. Moi, je le connais. La clause ne précise pas qu’ils ont laissé le prix à un jeune homme. Non, il s’agit d’un jeune talent. Ce qui est exactement le cas de M. Proust ; car, je vous le dis, c’est un écrivain qui devance son époque de plus de cent ans. »
Léon Daudet chez Drouant, 10 décembre 1919


Coupures de presse d’époque
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Le Contrat de Gaston Gallimard à Marcel Proust
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Crédit : Gallimard, Le Point

AUTOUR DES LIVRES

Rencontre avec Jean-Yves Tadié et Thierry Laget – Centenaire du prix Goncourt de Proust
décembre 10 @ 19 h 00 - 21 h 00

Le Petit Salon de Marcel au Swann.

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Feuilleter le livre sur amazon.fr


Jean Yves TADIE


MARCEL PROUST
Croquis d’une épopée

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Thierry LAGET


PROUST
Une émeute littéraire

edenlivres.fr

A l’occasion du centenaire du prix Goncourt décerné à Marcel Proust le 10 décembre 1919 pour son livre « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », deuxième tome du cycle romanesque « A la recherche du temps perdu »,

La Société des Hôtels Littéraires
Les Editions Gallimard
La Librairie Fontaine Haussmann

vous invitent à une rencontre au sommet entre
Jean-Yves Tadié, qui présentera son nouvel ouvrage « Marcel Proust. Croquis d’une épopée »

et Thierry Laget auteur de « Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire  », notre célèbre prix Céleste Albaret 2019.

Cet échange sera animé par Blanche Cerquiglini, responsable éditoriale des collections Folio classique et Folio théâtre aux Éditions Gallimard,

le mardi 10 décembre 2019 à 19h
à l’Hôtel Littéraire Le Swann
11-15 rue de Constantinople, Paris 8e
Cocktail – Signatures.

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PLUS : cliquer l’image


LES COULISSES DU GONCOURT 1919

Les frères Edmond et Jules de Goncourt s’étaient entendus pour que le capital produit par la vente posthume de leurs biens puisse servir au financement d’une société d’hommes de lettres, contre-académie ayant à décerner chaque année une récompense à un écrivain méritant. L’œuvre primée, est-il précisé dans le testament d’Edmond, mort en 1896, sera de préférence un roman, porteur de « tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme » et témoignant de la « jeunesse », de « l’originalité du talent » de son créateur. Ainsi naît en 1903 le « prix des Goncourt » et s’ouvre, avec son premier lauréat, John-Antoine Nau, le siècle des prix littéraires. Marcel Proust ne s’y montre pas indifférent, qui cherche, dès 1913, à y concourir pour Du côté de chez Swann. Cette première tentative est un échec ; aucune voix ne lui est accordée. Mais les démarches faites par ses amis Louis de Robert et Lucien Daudet – frère de Léon, membre du jury – auront préparé le terrain pour 1919, en particulier auprès de J.-H. Rosny aîné.

Une nouvelle campagne est lancée dès l’été 1919. Si le nom de l’écrivain n’est cité que très tardivement dans la presse comme un possible lauréat, il a l’assurance de solides soutiens, en les personnes de Lucien Daudet, J.-H. Rosny aîné, Élémir Bourges et Gustave Geffroy, président du jury. Mais l’âge de l’écrivain, et sa prétendue fortune, seront-ils des obstacles ? Saura-t-on trouver les arguments pour prendre l’avantage sur le sympathique et héroïque Roland Dorgelès et ses Croix de bois, roman naturaliste né de la guerre et donné comme favori ? À six voix contre quatre, Marcel Proust devient le 10 décembre 1919 le dix-septième lauréat du prix Goncourt. Le ralliement de Rosny le jeune, frère de l’aîné, au troisième tour de scrutin permet d’emporter la mise. C’est le premier prix Goncourt des jeunes Éditions de la NRF. Diminué par une crise d’asthme aiguë, Marcel Proust ouvre les portes de son appartement à ses amis Gaston Gallimard, Jacques Rivière et Léon Daudet, envoie quelques lettres de remerciements, mais refuse de recevoir journalistes et photographes.

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Les Croix de bois de Roland Dorgelès, « prix Goncourt,
4 voix sur 10 ». Archives Éditions Gallimard.

Dans les jours qui suivent, il doit faire face un déferlement d’échos de presse hostiles, sots à en devenir grossiers, sur le style et la longueur de son roman, sur son âge, sa moralité et son train de vie, sur son éditeur (« Gallimardtias !!! »)… et sur le camouflet que, par sa faute, a essuyé le héros de guerre Dorgelès – lequel reçoit deux jours plus tard le prix Femina Vie-Heureuse, à défaut du Goncourt… Proust, un usurpateur ? Léon Daudet prend la plume pour célébrer « un nouveau et puissant romancier » – et, par la même occasion, défendre son Académie, soupçonnée d’avoir fait une « mauvaise farce au lecteur » en récompensant un écrivain « snob », « chenu » et « laborieux ». Mais l’opinion découvre aussi, au milieu de cette agitation bien française, un homme singulier, retenu par un fil à la vie, et occupé jusqu’à l’épuisement, dans sa « tour d’ivoire » de la rue Hamelin, au seul achèvement de son œuvre.

« Pourquoi j’écris… mais pour qu’on parle de M. Dorgelès ! », s’amusera Marcel Proust, qui pourra se satisfaire toutefois des quelque 23 000 exemplaires de son roman tirés à la fin de l’année 1920. Il retournera, l’effervescence passée, à la seule occupation qui tienne : écrire son livre – seule voie vers l’immortalité. Le succès et le rayonnement posthume et international de son œuvre lui donneront raison.

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1 Messages

  • Viktor Kirtov | 2 décembre 2019 - 10:28 1

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    Lettre des Jurés Goncourt à Marcel Proust
    Manuscrit autographe. Coll. part.
    Paris, 10 Décembre

    Monsieur et cher confrère

    Nous avons l’honneur et le
    plaisir de vous annoncer que
    vous avez été désigné aujourd’hui
    par le Prix Goncourt pour
    votre libre : A l’ombre des
    jeunes filles en fleurs

    Veuillez recevoir, Monsieur
    et cher confrère, l’expression
    de nos sentiments dévoués

    Suivent, les 8 signatures des membres présents :

    Gustave Geoffroy
    Élémir Bourges
    J H Rosny ainé
    Léon Hennique
    Léon Daudet
    Jean Mallard
    Henry Céard
    J H Rosny jeune

    Les jurés Goncourt annoncent l’attribution du prix au lauréat par cette lettre rédigée aussitôt le vote conclu. Elle est écrite par le président du jury, Gustave Geffroy, et signée par les membres présents : J.-H. Rosny aîné et jeune, Léon Daudet, Élémir Bourges, Henry Céard (qui ont voté pour Proust), Léon Hennique et Jean Ajalbert (qui ont donné leur voix aux Croix de bois de Roland Dorgelès).

    Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire


    Un livre de Thierry Laget

    Depuis 1915, les livres primés par le jury Goncourt ont tous la Grande Guerre pour sujet. 1919 devrait confirmer cette tendance. De nombreux romans ou récits de guerre viennent d’ailleurs de paraître. Parmi eux, Les Croix de boisde l’ancien combattant Roland Dorgelès, publié chez Albin Michel, pourrait bien décrocher la timbale. Verdict le 10 décembre. Le jour dit, c’est un apparent outsider qui est couronné. Il se nomme Marcel Proust et a publié en juin, à la NRF, le deuxième volume d’À la recherche du temps perdu : À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Un titre remarquablement peu martial, il faut bien l’avouer.

    Le petit monde des Lettres est fâché. Proust n’a pas fait la guerre. On le suppose riche, donc corrupteur. En outre, alors que le prix est censé aller à « l’originalité du talent » et « à la jeunesse », il a quarante-huit ans (les journaux écrivent « cinquante », « quarante et onze » ou même « soixante »). « Place aux vieux ! » titre L’Humanité. « M. Proust a le prix, M. Dorgelès l’originalité du talent et la jeunesse. On ne peut pas tout avoir », juge Lucien Descaves, qui a voté pour Les Croix de bois. Mais il y aura bien pire, ce sera un véritable déchaînement ou, comme le dit Thierry Laget, « une émeute littéraire ».

    1919 : le Goncourt de Proust, un affront aux Poilus ?

    Evocation sur France Culture dans l’émission de Mathilde Serrel

    En direct des grands chocs esthétiques de l’histoire des arts et de la culture, Mathilde Serrell est aujourd’hui en 1919, où Marcel Proust reçoit le prix Goncourt pour "A l’ombre des jeunes filles en fleur", 2e tome de la Recherche : une victoire largement contestée...

    Au restaurant Drouant, c’est l’émeute littéraire. On vient d’annoncer l’attribution du Goncourt à Marcel Proust, au nez et à la barbe du Poilu Roland Dorgelès, candidat « officiel » labellisé « Grande guerre ». Ce Proust, écrivain en robe de chambre loin des tranchées, raconte des histoires d’amour balnéaires dans une station imaginaire, tandis que Dorgelès, lui, revient sur son expérience de combattant et honore nos soldats.

    Comment A l’ombre des Jeunes filles en fleurs a-t-il pu terrasser Les Croix de bois ? La presse, à part certaine revues littéraires, a fait une campagne si véhémente contre Marcel Proust qu’on se croirait sur Twitter. Ce grand bourgeois dégénérescent trop vieux, trop riche, et trop lâche pour avoir mérité le Prix Goncourt, a même été qualifié de « dilettante qui regarde son visage dans un miroir et, avec une attention de jeune acnéen, fait claquer ses boutons pour voir ce qu’il y a dedans »…

    Avec Jean-Yves Tadié, agrégé de littérature, biographe, et sommité proustienne :

    Au XXIe siècle, Proust est devenu le grand écrivain français, peut-être plus encore que Montaigne et Molière, et l’équivalent de Victor-Hugo. Du point de vue moderne, ce que Proust incarne, c’est la relativité : la relativité des points de vue. Il y a le monde de Françoise, la bonne, le monde de Charlus, le grand aristocrate homosexuel, le monde du narrateur.