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Dossier Houellebecq : l’art de la consolation

Extraits, Entretiens, Houellebecq & Sollers, et +...

D 26 octobre 2018     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un essai de l’universitaire Agathe Novak-Lechevalier dévoile Michel Houellebecq sous un jour nouveau. Un titre : "l’art de la consolation" inattendu pour qualifier l’oeuvre de Houellebecq !

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On pourrait craindre le pire : un essai académique, dans le mauvais sens du terme, précieux, condescendant et n’intéressant que les membres de la caste, ceux qui instinctivement se protègent en fuyant les écrivains à succès, le talent ne pouvant aller qu’aux écrivains maudits aux tirages marginaux.
Non rien de tel, avec Agathe Novak Lechevalier, un essai empathique éblouissant, clair et facile à lire. Son érudition littéraire et sa connaissance intime de tous les dits et écrits de Michel Houellebecq - elle avait dirigé, en 2017 le Cahier de l’Herne consacré à l’écrivain et poète - mis au service d’une thèse dont elle a fait le titre de son essai. Nous nous embarquons avec elle dans une enquête passionnante pour la démontrer, bien servie par son érudition universitaire qui nous fera redécouvrir au passage, la consolation chez les Stoïciens, puis chez les chrétiens, avant de nous décrypter la spécificité de l’art de la consolation chez Houelllebecq.

Marie-Laure Delorme, dans un entretien pour le JDD avec Agathe Novak-Lechevalier éclaire magnifiquement les propos de l’auteure.

Nous partagerons aussi l’écho qu’en donne Libération.

Enfin, nous terminerons ce petit dossier par des extraits audios que France Culture avaient consacrés au Cahier de l’Herne Houellebecq en 2017.

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« IL FAUT PRENDRE HOUELLEBECQ AU SERIEUX »

par Agathe Novak-Lechevalier

Entretien conduit pat Marie-Laure Delorme pour Le Journal du Dimanche du 21 octobre 2018.


Michel Houellebecq, dans sa maison de famille en 2015 pendant le tournage du documentaire avec lggy Pop adapté de son livre « Rester vivant ». PHILIPPE MATlAS/ OPALE / LEEMAGE JDD, 21/10/18
ZOOM : cliquer l’image
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Dans un essai passionnant et limpide, l’universitaire montre qu’on ne peut réduire Michel Houellebecq à un écrivain déprimé à la tête d’une œuvre déprimante. L’auteur de Plateforme, dont on attend un nouveau roman à la rentrée, est avant tout un poète. La beauté est un affront à la douleur. Agathe Novak-Lechevalier donne à voir un Michel Houellebecq sensible et sentimental. Une œuvre ancrée dans la réalité, Son désintérêt pour la politique, son rejet de l’idéologie libérale, son constat du passage d’une « économie de marché » à une « société de marché », sa lecture ultra contemporaine de Pascal, son peu de foi en la psychanalyse. « Impitoyable école d’égoïsme, la psychanalyse s’attaque avec le plus grand cynisme à de braves filles un peu paumées pour les transformer en d’ignobles pétasses, d’un égocentrisme délirant, qui ne peuvent plus susciter qu’un légitime dégoût.  » (Extension du domaine de la lutte.) La connaissance et la consolation du monde passent définitivement par la poésie. Seule la littérature, chez Michel Houellebecq, ouvre un possible.

L’œuvre de Michel Houellebecq rend-elle compte du monde ?

Oui, il s’inscrit à cet égard directement dans la tradition du roman réaliste ; et ce n’est pas un hasard s’il invoque si souvent Balzac comme modèle. Comme lui, il cherche à mettre à nu les mécanismes et les ressorts de la société contemporaine ; comme lui, il sait remarquablement capter l’esprit d’une époque. C’est un des aspects de la consolation qu’il met en place : toute une génération s’est reconnue dans le « déphasage » si caractéristique des personnages houellebecquiens, dans cette façon de se sentir radicalement étranger au mouvement du monde. Mais j’explique dans mon livre que classer Houellebecq uniquement dans la catégorie des romanciers réalistes serait réducteur : il voit et il va plus loin - toute son œuvre cherche les moyens de dépasser la consternation que sus : cite la confrontation au réel.

Que vous inspire la devise du narrateur de Plateforme :

Il faut prendre Houellebecq au sérieux »

« Tout peut arriver dans la vié, et surtout rien » ?

C’est une sorte de condensé de l’art redoutable avec lequel Houellebecq sait dynamiter les formules toutes faites. Comme souvent, Houellebecq se montre ici terriblement drôle. Drôle, parce que l’effet de chute surprend et fait immanquablement rire ; terrible parce que immédiatement après, c’est la vérité désolante du constat qui frappe. L’idéologie libérale tente sans cesse de nous persuader que « tout est possible », que le monde appartient aux audacieux, à ceux qui se lèvent tôt, qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail. La réalité, évidemment, est tout autre. Cette phrase, à elle seule, me semble fournir une réponse cinglante à tous ceux qui prétendent que Houellebecq n’a « pas de style » : elle manifeste au contraire une véritable force de frappe, et une singulière capacité à révéler le caractère artificiel et mensonger des lieux communs qui envahissent la langue et paralysent nos esprits.

À quel degré faut-il lire Michel Houellebecq  ?

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Agathe Novak-Lechevalier est Maître de Conférence à l’Université de Paris X Nanterre.
Ses domaines de recherches sont :
Le roman le théâtre et les spectacles au 19ème siècle et leurs influences au 20ème et 21ème siècles.
Elle est spécialiste de Balzac et de Stendhal et plus récemment de Michel Houellebecq : avec le Cahier de l’Herne qu’elle a dirigé et consacré à l’auteur de Soumission.
ainsi qu’avec cet essai : « Houellebecq, l’art de la consolation. »

Au premier, comme il faut lire toutes · les grandes œuvres, toutes celles qui ont quelque chose à nous dire. Il faut arrêter de penser que lire au premier degré signifie lire bêtement, et symétriquement que la lecture au second degré est la meilleure garantie de l’intelligence. Tout mon travail vise à montrer que lire au premier degré ne dispense jamais d’être attentif aux effets d’ironie, à l’humour, à l’implicite, à toute la complexité qui fait la richesse du texte littéraire ; mais qu’il importe avant tout de prendre l’œuvre de Houellebecq au sérieux, plutôt que de présupposer qu’elle ne serait qu’une vaste farce. Il a toujours considéré la littérature comme le moyen d’un dialogue qui s’instaure entre deux êtres à travers l’espace de la page. Le second degré perpétuel propre à notre époque hantée par la dérision rend de plus en plus difficile cette communication ; je montre que, loin de participer à ce phénomène, il le déplore.et y résiste ; et que le lire implique de lui accorder une certaine confiance - celle qui est nécessaire pour être à l’écoute du texte et de tout ce qu’il fait résonner.

Est-il un écrivain islamophobe ?

Non, aucun de ses romans ne professe la peur ou la haine de l’islam. Soumission, qui est une fiction et non un essai, a été à tort interprété de cette manière. Quant à Plateforme, plusieurs personnages y critiquent en effet l’islam ; mais les livres de Houellebecq attaquent toutes les religions : dans La Possibilité d’une île, Daniel parle des catholiques comme des « morpions du con de Marie ». À ma connaissance, personne n’a jamais pour autant accusé Houellebecq de « christianophobie » ...

Quelle place occupe la politique dans l’œuvre de Michel Houellebecq ?

Une place dérisoire, dans tous les sens du terme, Je pense que Houellebecq n’a jamais, ni dans ses livres ni dans sa vie, considéré la politique comme un sujet d’importance. Tous ses personnages principaux ressemblent sur ce point plus ou moins à François qui dans Soumission se dit « aussi politisé qu’une serviette de toilette ». Il ne s’agit cependant pas là d’une abstention généralisée. Ce que j’essaie de montrer, c’est que ce qui intéresse Houellebecq se situe bien en amont : ce sont les mouvements de fond que suscite l’affrontement de différents types de vision du monde dans une société donnée - ce dont l’actualité politique ne constitue finalement que l’écume, aussi visible qu’éphémère.

« Je suis comme un enfant qui n’a plus droit aux larmes,
Conduis-moi au pays où vivent les
braves gens
Conduis-moi dans la nuit, entoure-moi d’un charme,
Je voudrais rencontrer des êtres différents »

Michel Houellebecq, poème tiré de « La Poursuite du bonheur » (Flammarion)

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Pourquoi la formule de Pascal « misère de l’homme sans Dieu  » définit-elle le travail de Michel Houellebecq ?

Pascal a été le premier grand choc philosophique de Houellebecq. Il décrit de façon très émouvante dans Ennemis publics la manière dont, alors qu’il était un adolescent « plutôt équilibré », la lecture des Pensées a soudain ouvert sous ses pieds un « gouffre » et l’a fait basculer dans la fameuse « terreur de l’espace infini et vide, dans lequel on chute à jamais ».

. La lecture de-Pascal a ouvert sous ses pieds un "gouffre" » ·

La religion constituait la plus puissante des consolations à cette angoisse métaphysique. Je crois que toute l’œuvre de Houellebecq surgit de ce constat terrible que nous sommes aujourd’hui privés de ce secours, alors même que, comme le dit l’un des poèmes de lui que je préfère, « nous ne pouvons plus vivre loin de l’éternité ». Houellebecq rend compte de cette désespérance propre à notre modernité. Le titre de mon livre, Houellebecq, l’art de la consolation, pourrait à cet égard paraître paradoxal, mais je pense que réinventer la consolation est l’une des tâches fondamentales que son œuvre se fixe.

La poésie est-elle, chez lui, le dernier recours à la misère du monde ?

Oui, c’est l’idée que je défends en tout cas. Houellebecq a commencé sa carrière comme poète ; tous ses romans, dans leur dénouement notamment, tendent vers la poésie : celle-ci est à la fois l’alpha et l’oméga de son travail. Elle est la seule à pouvoir remédier à la perte du sens qui caractérise notre monde sans transcendance, car en permettant aux mots de retrouver leur « vibration originelle », elle ouvre un nouvel horizon, elle nous rend attentifs et réceptifs à tout ce que notre monde contemporain a progressivement rendu indicible : la beauté, la compassion, l’amour." Ce faisant, elle nous offre la seule fragile consolation qui nous soit aujourd’hui accessible.•

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MICHEL HOUELLEBECQ LE GRAND CONSOLATEUR

Un autre écho dans Libération du 10 octobre 2018.

Par Emmanuelle LOYER, _ Professeure des universités à Sciences-Po Paris.


Michel Houellebecq en octobre 2017. Photo Boris Roessler. DPA. Photononstop
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Dans un essai empathique, Agathe Novak-Lechevalier décrypte les raisons du succès public de l’auteur, dont les écrits forment un refuge réconfortant face auxangoisses contemporaines.
Michel Houellebecq en octobre 2017.Photo Boris Roessler. DPA. Photononstop

Peut-être fallait-il être une spécialiste de littérature du XIXe siècle pour comprendre que le sens d’une œuvre littéraire ne se réduit jamais aux intentions proclamées de son auteur ? Prenez Balzac, en avant-propos(1842) dela Comédie humaine :« J’écris à la lumière de deux vérités éternelles, la Religion, la Monarchie, deux nécessités que les événements contemporains proclament, et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays. »Ce qui n’empêcha pas Marx et Engels de découvrir dans ce légitimisme autoproclamé les prodromes de la lutte des classes, ainsi que des générations de lecteurs de gauche après eux… Prenez Houellebecq, volontiers provocateur, aquaboniste assumé et classé « néo-réac » : Agathe Novak-Lechevalier, balzacienne devenue houellebecquienne malgré elle, décrypte un univers littéraire plombé par la dépression, comprenant le« péché du désespoir »mais puissamment habité par l’élan sentimental, la préoccupation métaphysique : un romantique consterné mais aussi concerné.

Le regard éloigné d’Agathe Novak-Lechevalier oxygène ainsi la vision de Michel Houellebecq et son apport aux lettres contemporaines en un essai empathique, documenté et constamment juste. Elle y fait la part de la surexposition médiatique dans la réputation sulfureuse de l’auteur, qui entérine un cycle long de « sacre de l’écrivain » en France, où les poètes sont interrogés comme les prophètes de l’avenir qu’ils ne peuvent plus dire - même si Houellebecq, par deux fois, semble anticiper l’apocalypse à venir, en 2001 lorsque son romanPlateformedécrit un attentat terroriste qui se déroulera, presque identique, à Bali un an plus tard ; en 2015, la publication deSoumissioncorrespond au jour près aux attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier. Faux prophète doublé d’un écrivain à succès : ces deux procès récurrents défient autant le magistère spirituel de l’auteur que les lois d’airain de la sociologie qui confisque à l’écrivain à succès le bénéfice d’une consécration par les pairs. Et pourtant, s’il n’est ni un mage ni même un bon écrivain, avec son style plat et ses mauvaises manières, pourquoi est-il lu ?

Broyage. L’essai d’Agathe Novak-Lechevalier nous donne une réponse aussi étonnante que convaincante : Houellebecq restitue à ses nombreux lecteurs un monde qui est le leur, mais légèrement déplacé, rendu lisible, intelligible ; non plus le chaos qu’ils ont sous les yeux, mais un tableau avec des lignes de force, des axes dynamiques - une forme. On s’y reconnaît. On comprend la « machine » sociale. C’est ici qu’intervient la notion, récemment réhabilitée et retravaillée (notamment par Michaël Foessel) de « consolation ». La consolation est une diversion, mais sans oubli et sans réconciliation. Si la littérature de Houellebecq est consolante, c’est qu’elle poursuit une très sincère quête de connaissance : « Rendre compte du monde » - aussi désolant soit-il.

Houellebecq emboîte ainsi le pas aux physiologies sociales de Balzac, en les étendant aux nouveaux « types » contemporains.Extension du domaine de la lutte(1994), le premier livre qui introduit Houellebecq auprès du grand public, fait entendre la langue managériale grinçante du néocapitalisme et sa « culture d’entreprise ». Dans ce roman, il est question de la théorie de Schumpeter de la « destruction créatrice », traduction oxymorique d’un des fondements du capitalisme : le brassage et le broyage des hommes et des objets, son besoin de constante nouveauté pour vendre de nouveaux biens ; les innovations et les transformations incessantes. Ce que le roman de Houellebecq fait sentir, c’est la peur engendrée par ce climat de changement perpétuel ; et plus que la peur, une véritable terreur qui empêche de vivre et de respirer. Ainsi, la fiction retourne la valeur positive donnée, dans notre société, au risque, à la nouveauté, à l’innovation pour en révéler la nature anxiogène et mortifère. L’écriture houellebecquienne n’est pas qu’une cartographie du présent. Elle se fait aussi, à la manière de l’ethnologie d’urgence, conservatoire des us et coutumes, des vénérables objets de l’âge industriel - machine à coudre, pince, appareil photographique - ou de ceux, plus récents, à qui l’artiste Jed Martin (dans la Carte et le Territoire) voue un culte particulier. Par exemple, les chaussures Paraboot Marche, le combiné portable-imprimante Canon Libre, la parka Camel Legend - objets à la beauté inaltérable et pourtant sacrifiés par l’obsolescence programmée.

Tyrannie. Face à cette accélération des rythmes sociaux et du cycle de la marchandise, caractéristique de notre modernité depuis deux siècles, la littérature, selon Houellebecq, fut et reste un ralentisseur des temps. C’est là une de ses principales fonctions, une de ses vertus. Ecrivains et lecteurs partagent cet îlot de décélération face à la tyrannie du présent. Sans doute faudrait-il, pour confirmer cette intuition, pouvoir lire et étudier les lettres (les mails ?) envoyés par ses nombreux lecteurs à Michel Houellebecq. Ce serait une source majeure pour l’histoire de la fonction littéraire dont rêvait Roland Barthes.

A quoi sert la littérature ? A quoi sert celle de Michel Houellebecq ? A nous consoler de ce que nous avons perdu, répond Agathe Novak-Lechevalier, non pour le récupérer mais pour nous sentir, nous lecteurs, en phase avec « l’aquaplaning existentiel » de nombreux personnages de son œuvre, en perte fréquente d’adhérence avec la vie présente. Cette « inconvenance » à l’égard du présent, c’est ce que Georgio Agamben appelle être contemporain. Michel Houellebecq est notre contemporain non pasmalgrémaisen raison deson étrangeté au monde. Etrangement familière, inquiétante, son œuvre ménage parfois des moments de suspension du temps et des côtés comiques affirmés qui congédient la souffrance. C’est presque le bonheur…

Emmanuelle LOYERProfesseure des universités à Sciences-Po Paris.

Agathe Novack-LechevalierHouellebecq, l’art de la consolation Stock, 306 pp, 20 €.

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EXTRAITS DE L’ESSAI

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sur amazon.fr

Houellebecq, l’art de la consolation
Agathe Novak-Lechevalier
Parution : 10/10/2018
Collection : Essais - Documents

« On colle volontiers à Michel Houellebecq l’étiquette d’écrivain cynique et dépressif. Il me semble pourtant assez improbable que les gens se précipitent pour acheter une littérature purement “déprimiste”. Le succès en librairie prouve plutôt que ses lecteurs, contre les polémiques et les anathèmes convenus, sentent d’instinct que ses livres proposent autre chose.
Lire Houellebecq, c’est faire l’épreuve d’une résistance au monde contemporain, c’est percevoir ce lien qui par le rire et l’empathie défie l’“effacement progressif des relations humaines” ; c’est surtout comprendre pourquoi la poésie peut seule triompher de la désolation qui est notre lot commun. Contre la souffrance, une seule consolation possible : la littérature. »
A. N.-L.

Le mot de l’éditeur :

Un essai brillant qui permet de découvrir sous un jour nouveau l’oeuvre du plus grand écrivain français contemporain.

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En guise d’introduction  [1]

Sans doute faut-il souvent emprunter des chemins bien détournés pour en arriver à la naissance d’un livre. Rien, dans mon parcours universitaire, ne me prédestinait à devenir spécialiste de l’œuvre de Michel Houellebecq. L’université française impose aux chercheurs en littérature une classification assez rigide en fonction du siècle sur lequel portent leurs travaux : ayant écrit une thèse sur les romans de Stendhal et Balzac, j’étais ce qu’on appelle une « dix-neuviémiste » ; et il n’était guère question, du moins si j’entendais suivre la ligne droite d’une carrière universitaire, que j’aille voir ailleurs. C’est pourtant étrangement ce qui m’a conduite à rencontrer Michel Houellebecq.

À l’automne 2010, alors que je participais à la création d’une revue intitulée Le Magasin du XIXe siècle , je lui ai proposé de réaliser un entretien qui porterait sur ses relations avec la littérature de cette époque. Depuis longtemps déjà, je lisais et j’aimais sa poésie et ses romans ; depuis longtemps je pressentais qu’explorer ce lien avec le XIXe siècle n’était pas hors de propos. Mais Michel Houellebecq venait à peine d’obtenir le prix Goncourt pour La Carte et le Territoire, et c’était mon premier entretien, pour une revue qui allait sortir son premier numéro : autant dire que mes probabilités de réussite me semblaient avoisiner dangereusement le zéro. Michel Houellebecq m’a répondu, cependant : pour refuser, très courtoisement. Il reconnaissait que « le XIXesiècle vivait dans son œuvre beaucoup plus que le XXe », mais il ne pouvait, me disait-il, éclaircir lui-même le processus par lequel ces livres influençaient ses écrits. J’ai argumenté : il n’était pas question de lui demander de se livrer à une analyse de son œuvre ; simplement de discuter avec lui des auteurs qu’il aimait. Nouvelle réponse : en ce cas, c’était d’accord. J’ai donc eu cette chance assez miraculeuse de rencontrer Michel Houellebecq hors cadre : pour un entretien dépourvu d’enjeu (la revue était trop peu connue pour qu’il y en ait un), mais portant sur un objet –la littérature du XIXe siècle– aussi inhabituel qu’inépuisable, et qui nous passionnait l’un et l’autre. Nous avons discuté cinq heures. Je ne m’attendais pas, à l’époque, à des réponses aussi précises, aussi profondes et aussi réfléchies.

À la suite de cet entretien [2], dont je suis sortie aussi stupéfaite qu’euphorique, j’ai continué à explorer l’œuvre, écrit des articles, participé à des colloques. Tenté la périlleuse aventure d’étudier Houellebecq à l’université. C’est alors qu’ont sans doute germé les premières idées qui sont au centre de ce livre : dans la prise de conscience progressive que mon interprétation de l’œuvre de Houellebecq, et même mes plus fondamentales impressions de lecture, se situaient étrangement aux antipodes de l’analyse qu’en faisaient la plupart des critiques et des autres universitaires en France. Je précise « en France », car l’œuvre de Michel Houellebecq est paradoxalement beaucoup plus unanimement saluée à l’étranger que dans son propre pays ; et je dis bien « la plupart » des universitaires et des critiques, car il existait déjà un réseau houellebec qui en, peu nombreux mais actif, qui avait donné lieu à plusieurs colloques en Écosse, aux Pays-Bas, avant que n’ait lieu en 2012, à l’initiative de Bruno Viard, le premier colloque portant sur l’œuvre de Houellebecq en France [3]. Houellebecq avait aussi, bien sûr, des soutiens critiques déjà nombreux dans la presse et dans les médias. Et puis venait de paraître l’essai d’Aurélien Bellanger, qui voyait lui aussi en Houellebecq un « écrivain romantique », et dont j’avais trouvé magnifique cette formule :

Houellebecq, qui souscrit à la ruine de tous les idéalismes et assume l’entière validité des discours qui les ont détruits, est d’abord un auteur désespéré. Mais nous ne pouvons faire confiance qu’à un auteur désespéré […] et ne pouvons attendre de lui qu’une seule chose : qu’il parvienne miraculeusement à désespérer de son désespoir [4].

Reste que, s’il fallait en croire les interprétations dominantes de l’œuvre houellebecquienne, tout en elle aurait dû me froisser : littéraire, j’aurais dû être découragée par son « absence de style » ; femme, j’aurais dû être révulsée par sa foncière « misogynie » ; intellectuelle par profession, qui plus est orientée à gauche, j’aurais dû m’irriter de ses tendances « néo-réac » ; enseignante, j’aurais dû, comme Nancy Huston, réprouver ce « professeur de désespoir » [5] ; et s’il fallait se fier à ce qu’en dit Christine Angot[ [Dans cet article au titre pour le moins paradoxal : « C’est pas le moment de chroniquer Houellebecq », Le Monde des livres du 14 janvier 2015.]], j’aurais même dû, comme être humain, m’indigner de son anti-humanisme et du mépris fondamental dans lequel, selon elle, il tiendrait son lecteur. Je ne ressentais rien de tout cela. Il y avait assurément de quoi concevoir une inquiétude légitime : étais-je particulièrement naïve ? voire foncièrement masochiste ? Ayant, après réflexion, réfuté l’une comme l’autre de ces deux possibilités, j’ai fini par me dire qu’il y avait autre chose.

[…]

Il y avait dans l’œuvre de Michel Houellebecq quelque chose qui outrepassait le projet réaliste ; quelque chose qui, certes, « rendait compte du monde », selon l’expression de Jed Martin, mais qui en transcendait la laideur, la désolation et la médiocrité ; quelque chose qui, au fil de la lecture, me sembler excéder le fameux « déprimisme » ambiant. C’était ce qu’il fallait cerner, et définir. Je me suis tournée vers les poésies ; j’ai retravaillé les sources philosophiques –et je ne me souviens plus exactement quand ni comment j’ai compris que le mot que je cherchais était celui de consolation. Que ce mot, paradoxalement, était celui qui pour moi rendait le plus parfaitement compte de la spécificité de l’œuvre de Houellebecq : ni un thème, ni un procédé esthétique, mais une action qui vise le lecteur, qui entend le toucher au plus profond, qui l’amène à être soudain attentif non plus tant à ce qui est dit qu’à ce qui reste en suspens, invisible et indicible –mais que les mots, en creux, font surgir.

Cette intuition n’allait pas cependant sans réticences et inquiétudes : parler de consolation à propos de Houellebecq, n’était-ce pas prendre le risque d’affadir son œuvre, d’affaiblir sa portée corrosive, dérangeante, provocatrice ? J’ai repris tous les éléments de la tradition disparue, philosophique et littéraire, de la consolation. Et j’ai compris à quel point la vision édulcorée et mièvre que nous en avons aujourd’hui était trompeuse. D’abord parce qu’il n’est aucune consolation possible sans prise en compte de la dévastation que suscite la désolation ; ensuite parce que le besoin de consolation, qui n’a rien à voir avec la recherche du divertissement et encore moins avec l’exigence de guérison, relève au contraire d’une forme d’intransigeance, d’exigence de sens qui constitue un acte de résistance au monde. À cet égard, la lecture de l’essai de Michaël Fœssel, Le Temps de la consolation, qui rappelle qu’« une consolation véritable ne commence pas par consoler », et qui définit le besoin de consolation comme un « instrument critique » [6] a été décisive. J’ai commencé à travailler en sachant cette fois où j’allais.

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Aparté : Houellebecq à l’université ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Houellebecq n’est pas facilement accueilli dans l’université française, où beaucoup de chercheurs évitent, pour toutes les raisons vues précédemment, de se « commettre » avec ses textes. Ceux qui s’y risquent sont souvent, et c’est sans doute significatif, dix-neuviémistes de formation –habitués donc à étudier des œuvres d’auteurs qui, si l’on se fiait à leurs déclarations politiques, paraîtraient aujourd’hui infréquentables. C’est mon cas, mais cela a été aussi celui du seul professeur de littérature spécialiste de Houellebecq, Bruno Viard, qui a été véritablement pionnier dans le domaine des études houellebecquiennes ; ainsi que, par exemple, celui dePierre Jourde, écrivain mais aussi spécialiste de Huysmans, et auteur de l’un des textes les plus nuancés sur Houellebecq [7]. Cette réticence toute française apparaît souvent comme une frilosité incompréhensible à l’étranger, où l’on n’a jamais hésité longtemps à étudier Houellebecq(les premiers colloques sur Houellebecq ont été organisés en Grande-Bretagne, puis aux Pays-Bas ; ledernier en date a eu lieu en Suisse) –quitte parfois à l’étudier avant tout comme le représentant de ce « déprimisme » qui apparaît si spécifiquement français.

Il y a deux manières, actuellement, chez les universitaires français, de refuser d’étudier Houellebecq. Le premier type de refus, sans doute le plus courant, est d’ordre idéologique ; le second tient à la trop grande exposition médiatique de Houellebecq qu’il faudrait boycotter pour mieux mettre en lumière d’autres auteurs ne bénéficiant pas autant que lui de l’intérêt des médias. L’un et l’autre de ces motifs sont explicitement ou implicitement liés au succès de librairie de Michel Houellebecq : encore intéressant au moment de la sortie d’Extension , Houellebecq devient généralement beaucoup moins recommandable à partir du triomphe des Particules élémentaires (on retrouve ici l’idée tenace selon laquelle la qualité littéraire d’un livre est inversement proportionnelle à son succès commercial) ; et Plateforme , considéré comme un roman raté, sonne le glas. Je voudrais que l’on me permette de revenir un instant sur ces deux manières de mettre Houellebecq en quarantaine.

Le refus idéologique me semble à la fois intempestif, ennuyeux et dangereux. Intempestif parce qu’il est nécessaire de faire la différence par exemple entre des auteurs comme Renaud Camus ou Richard Millet, et Michel Houellebecq, qui n’a jamais fait son fonds de commerce de discours racistes ou xénophobes. Ennuyeux, parce que pour ma part je me refuse à ne lire que des livres qui seraient préalablement étiquetés comme compatibles avec mes idées politiques. Dangereux, enfin, parce que défendre cette position revient à oblitérer la frontière entre discours politique et fiction, alors qu’il est absolument vital de la faire valoir de nos jours ; comme il est indispensable de rappeler que la littérature n’est pas justiciable d’une lecture purement idéologique –et que ces lectures idéologiques relèvent à chaque fois d’une interprétation. C’est pourquoi s’en tenir à l’assimilation couramment pratiquée dans l’espace public, des médias jusqu’aux plus hautes instances de l’État, entre Michel Houellebecq, ses livres, et une rance idéologie d’extrême droite, c’est démissionner des fonctions qui sont les nôtres, c’est nous soumettre, d’une certaine manière –c’est en tout cas, par exemple, autoriser le FN à placer sans vergogne une œuvre de fiction, Soumission , dans la liste de ses conseils de lecture militante.

Quant à l’autre type de refus, qui initialement relève d’une salvatrice vigilance, il n’est pourtant pas moins sujet à caution. Car il revient aussi à détourner pudiquement nos yeux d’universitaires de tout succès commercial –donc à réduire par principe nos objets d’études. Certes, il est bon que l’université fonctionne comme un contre-pouvoir par rapport à la sphère médiatique ; certes, il faut qu’elle garde la possibilité d’orienter le regard vers d’autres auteurs que ceux qui sont régulièrement mis à l’honneur dans les pages des journaux, et de les faire découvrir par un plus large public. Cependant il est nécessaire aussi que les études universitaires en littérature contemporaine ne se coupent pas de ce qui est effectivement lu aujourd’hui ; et qu’elles ne passent pas à côté d’un écrivain qui a l’étrange pouvoir de remettre au goût du jour des classiques (À rebours se vend à nouveau depuis la parution de Soumission , qui a aussi déclenché la préparation d’une édition de Huysmans en Pléiade…), et surtout l’immense avantage de placer la littérature au centre de la sphère publique, de faire querelle, de nécessiter interprétation, de poser des questions théoriques complexes et parfois inédites. Renoncer à cela, c’est priver la littérature de sa force subversive, c’estrenoncer à réfléchir à ce qu’elle implique, aux problèmes qu’elle nous pose, aux solutions qu’elle peut (ou pas) nous apporter.

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La rencontre de Houellebecq avec Schopenhauer  [8]

« Le monde est une souffrance déployée » : telle est, on l’a vu, la première ligne de Rester vivant. C’est le constat fondamental à partir duquel s’élabore toute l’œuvre de Michel Houellebecq ; et l’on y reconnaît l’influence directe de Schopenhauer, qui pose d’emblée, dans Le Monde comme volonté et comme représentation , que « la souffrance est le fond de toute vie [9] ».

« Je veux penser à toi, Arthur Schopenhauer »

Houellebecq a décrit, dans En présence de Schopenhauer, sa rencontre, à vingt-six ou vingt-sept ans, avec le philosophe allemand :

À l’époque je connaissais déjà Baudelaire, Dostoïevski, Lautréamont, Verlaine, presque tous les romantiques ; beaucoup de science-fiction, aussi. J’avais lu la Bible, les Pensées de Pascal, Demain les chiens, La Montagne magique. J’écrivais des poèmes ; j’avais déjà l’impression de relire, plutôt que de lire vraiment ; je pensais au moins avoir achevé un cycle, dans ma découverte de la littérature.

Et puis, en quelques minutes, tout a basculé [10].

Révélation décisive : immédiatement Arthur Schopenhauer devient un ami, un frère, et Le Monde comme volonté et comme représentation « le livre le plus important du monde ». Cette lecture, dit Houellebecq, « a tout changé » [11]. Et quand il commence à publier, en 1991, on retrouve Schopenhauer partout : dans la première phrase de Rester vivant , mais aussi dans le sous-titre très schopenhauerien de l’essai sur Lovecraft, Contre le monde, contre la vie ; ou encore dans cette étonnante déclaration de l’un des poèmes de La Poursuite du bonheur :


Je veux penser à toi, Arthur Schopenhauer,

Je t’aime et je te vois dans le reflet des vitres,

Le monde est sans issue et je suis un vieux pitre.

Il fait froid. Il fait très froid. Adieu la Terre [12].

Si le poète reconnaît en Schopenhauer un alter ego, c’est justement que toute la philosophie de celui-ci rend compte de la fatalité de la souffrance humaine. On sait que pour Schopenhauer le monde est entièrement mû par un « vouloir-vivre » aveugle, absurde mais insatiable. C’est pourquoi, dès lors que « la base de tout vouloir est le besoin, le manque, donc la douleur », l’homme se voit condamné à une peine qui ne connaît « pas de mesure, pas de terme ». Ce supplice n’est pas le fruit de circonstances accidentelles et extérieures : c’est « en vertu même de son essence » que l’homme le subit [13]. Croire que l’humanité soit, d’une quelconque manière, destinée au bonheur relève donc d’une dérisoire et fallacieuse illusion.

Le pessimisme schopenhauerien trouve indéniablement une chambre d’écho dans l’œuvre houellebecquienne, où la souffrance constitue toujours une donnée brute, immédiate, inséparable de la notion même d’existence. Dans La Poursuite du bonheur, le poème « Naissance aquatique d’un homme » décrit « l’horreur de la naissance » : le nourrisson y est cet « objet fripé qui sort / Qui était protégé il y a quelques instants encore / Qui vient brutalement de tomber en direction de l’humain / de manière irrémédiable ». Et, conclut le poète, « nous pleurons, nous aussi, cette chute » [14]. Dans La Possibilité d’une île , Daniel explique son refus de devenir père par l’« authentique horreur » qu’il ressent face au « calvaire ininterrompu qu’est l’existence des hommes » :

Si le nourrisson humain, seul de tout le règne animal, manifeste immédiatement sa présence au monde par des hurlements incessants, c’est bien entendu qu’il souffre, et qu’il souffre de manière intolérable [15].

Faut-il mettre en cause une « sensibilité nerveuse anormale » ? Un « défaut de construction quelconque » ? Peu importe, car le résultat, selon Daniel1, reste exactement le même : « À tout observateur impartial […] il apparaît que l’individu humain ne peut pas être heureux, qu’il n’est en aucune manière conçu pour le bonheur » 14 . Schopenhauer, quand tu nous tiens…

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L’intuition poétique

| [16]. Étrange formulation, prudemment modalisée, et qui reste profondément énigmatique : quel rôle spécifique peut donc jouer la poésie face à la naissance du monstre ? Quelle puissance peut-elle faire valoir, elle dont Houellebecq a déclaré à plusieurs reprises que, s’il fallait s’en tenir à l’écho qu’elle trouvait aujourd’hui dans le public et à la place qu’elle occupait dans les rayons des librairies, on pouvait conclure qu’elle était moribonde ?

« Je distingue une image / Mouvante »

Dans Rester vivant déjà, Houellebecq affirmait qu’il existe une « identité de buts entre la philosophie et la poésie », identité de buts qui lui apparaissait comme « la source de la secrète complicité qui les lie » :

Celle-ci ne se manifeste pas essentiellement par l’écriture de poèmes philosophiques ; la poésie doit découvrir la réalité par ses propres voies, purement intuitives, sans passer par le filtre d’une reconstruction intellectuelle du monde. Encore moins par la philosophie exprimée sous forme poétique, qui n’est le plus souvent qu’une misérable duperie. Mais c’est toujours chez les poètes qu’une philosophie neuve trouvera ses lecteurs les plus sérieux, les plus attentifs et féconds. De même, seuls certains philosophes seront capables de discerner, de mettre au jour et d’utiliser les vérités cachées dans la poésie. C’est dans la poésie, presque autant que dans la contemplation directe –et beaucoup plus que dans les philosophies antérieures– qu’ils trouveront matière à de nouvelles représentations du monde [17].

La poésie suscite une forme de révélation qui reste totalement hors de portée de l’activité rationnelle. Sur ce dernier point, Houellebecq est formel, et il y revient régulièrement. L’année même de la parution de Rester vivant, il a publié et préfacé une anthologie des poèmes de Remy de Gourmont, dans laquelle il fait de Gourmont l’illustration exemplaire qu’« il n’y a pas de poète intelligent », ou plus exactement que la poésie « garde toujours une longueur d’avance » et que dans la pratique poétique l’intelligence « ne vient qu’en second lieu », qu’elle « reste au second plan ». Or, si l’intelligence, dit-il, « peut mentir », « la poésie, elle, ne ment jamais, car elle est au plus près de l’instant, elle est intuition pure de l’instant ; chaque poème est un coup de sonde vers le noyau central, inconnaissable des choses » [18] .

Houellebecq a commencé par être poète, et il n’a jamais cessé de publier des poèmes. Mieux : il l’a dit lui-même à plusieurs reprises, il a toujours essayé d’intégrer la poésie au roman. Mon hypothèse, dans ce dernier chapitre, repose entièrement sur l’idée que la poésie est toujours restée au cœur de l’œuvre de Houellebecq, qu’elle en est à la fois l’âme et la visée. Et que si elle occupe cette place, c’est parce que, en proposant une nouvelle forme de représentation du monde, elle constitue le seul recours possible à la désolation : qu’elle offre, en somme, l’ultime consolation –la seule qui reste à notre disposition.

Notes

Dans les références, H1 et H2 renvoient respectivement aux deux volumes des œuvres complètes déjà parus chez Flammarion dans la collection « Milleunepages » :

H1 : Houellebecq. 1991-2000, Flammarion, « Milleunepages », 2016.

H2 : Houellebecq. 2001-2010, Flammarion, « Milleunepages », 2017.

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ENTRETIENS RADIO

La compagnie des auteurs (France Culture)
par Matthieu Garrigou-Lagrange
a consacré une semaine à Michel Houellebecq à l’occasion de la publication du cahier de l’Herne (2017) qui lui était consacré sous la direction de Agathe Novak-Lechevalier.

DU LUNDI AU JEUDI DE 15H À 16H

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Michel Houellebecq(1/4) : La constellation Houellebecq


06/02/2017, 59 MIN

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Michel Houellebecq en août 1999 lors du festival "La route du rock"
Crédits :EMMANUEL PAIN / AFP

Michel Houellebecq commence sa carrière littéraire en écrivant de la poésie. Également romancier, qualifié de sociologue, il oscille et écrit tout à la fois sur le monde et contre lui. De ses débuts poétiques au roman, nous entamons la traversée de son œuvre avec Agathe Novak-Lechevalier.

Agathe Novak-Lechevalier, maître de conférences à l’université Paris-X Nanterre, spécialiste de l’œuvre de Michel Houellebecq, a préfacé Non réconcilié : Anthologie personnelle 1991-2013 (Poésie/Gallimard). Elle nous parle du poète et du romancier Michel Houellebecq.

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BIBLIOGRAPHIE


Poésie / Gallimard, 2014

L’Herne, 2017

Flammarion, 2010

INTERVENANTS

· Agathe Novak-Lechevalier, Maître de conférences en littérature à l’Université Paris X Nanterre

· Alexis Brocas, Romancier et critique au Magazine littéraire

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Michel Houellebecq (2/4) : Le triomphe de la solitude


07/02/2017, 58 MIN

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Michel Houellebecq en juin 2008 à Varsovie.
Crédits :MARIUSZ KUBIK / Wiki

Lauréat du Goncourt en 2010 après trois échecs, phénomène éditorial, « nouveau réactionnaire »… Michel Houellebecq collectionne les étiquettes. Nous continuons notre série avec Raphaël Sorin, son éditeur qui le qualifia de « trou noir dans la littérature française », et Jacques Henric.

Raphaël Sorin, éditeur de Michel Houellebecq, actuellement éditeur aux éditions Ring, nous parle de sa rencontre avec l’œuvre et l’auteur de La carte et le territoire.

Jacques Henric, critique, essayiste, romancier, auteur d’un article dans Les cahiers de l’Herne consacré à M. Houellebecq : "D’une solitiude à l’autre : Houellebecq vs. Bataille"

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BIBLIOGRAPHIE

Cahier Houellebecq, L’Herne, 2017

INTERVENANTS

· Raphaël Sorin, éditeur

· Jacques Henric, critique, essayiste, romancier

· Georges-Marc Habib, Libraire

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Michel Houellebecq (3/4) : Houellebecq, un maître de l’oxymore


08/02/2017, 59 MIN

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Michel Houellebecq en novembre 2014.
Crédits : MIGUEL MEDINA / AFP

Auteur polémique, contradictoire, Michel Houellebecq serait-il vraiment l’antimoderne qui ouvre le XXIème siècle ? Humour et pessimisme s’allient sous la plume d’un auteur inclassable qui invente sa propre cohérence. Troisième volet de notre série houellebcquienne en compagnie de Bruno Viard.

Bruno Viard, professeur à l’Université Aix-Marseille, auteur d’ouvrages sur l’œuvre de M. Houellebecq :La République insoumise : réponse à Michel Houellebecq (Mimesis, 2016), Dans les tiroirs de Michel Houellebecq, (PUF, 2013),Houellebecq au laser : la faute à mai 68(Ovadia, 2008).

BIBLIOGRAPHIE

L’unité de l’oeuvre de Michel Houellebecq : actes du colloque international organisé à l’Université d’Aix-Marseille du 4 au 6 mai 2012
Classiques Garnier, 2014

La République insoumise : réponse à Michel Houellebecq
De Bruno Viard
Mimesis, 2016

INTERVENANTS

· Bruno Viard, Professeur à l’Université de Provence

· Pierre Krause, Responsable éditorial de Babelio


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Michel Houellebecq (4/4) : Le poète qui marche dans la ville


09/02/2017, 58 MIN

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Michel Houellebecq en novembre 2013.
Crédits :PIERRE VERDY / AFP

Ecrivain angoissé, Michel Houellebecq est un romantique déçu. Son lyrisme ne sauve pas ses personnages, des hommes vaincus d’avance qui errent dans la ville. Ultime volet de notre semaine consacrée à Michel Houellebecq avec Thomas Clerc et Clémentin Rachet.

Thomas Clerc, docteur ès lettres et maître de conférences en littérature contemporaine à l’université Paris X - Nanterre, rédacteur d’un article dans le numéro des Cahiers de l’Herne consacré à Michel Houellebecq : “Restée vivante, la poésie antipoétique de Michel Houellebecq”, nous parle des rapports qu’entretient Michel Houellebecq avec le monde et la poésie.

Clémentin Rachet, architecte diplômé de l’École nationale supérieure d’Architecture Paris-Malaquais, auteur deTopologie : au milieu du monde de Michel Houellebecq (éditions B2, 2015), nous parlera de l’importance de l’auteur de La Carte et le territoire pour son travail d’architecte.

BIBLIOGRAPHIE

Cahier Houellebecq , L’Herne, 2017

Topologies : au milieu du monde de Michel Houellebecq
Clémentin Rachet
B2, 2015

INTERVENANTS

· Thomas Clerc, écrivain, essayiste et universitaire.

· Clémentin Rachet, Architecte diplômé d’Etat (ENSAPM)

· Bernard Genies, Journaliste

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HOUELLEBECQ ET SOLLERS

…Mots croisés de Houellebecq sur Sollers dans Les particules élémentaires (1998) et de Sollers sur Houellebecq dans Une vie divine (2006).

Souvenons-nous aussi que Sollers a accueilli Houellebecq au début de son parcours littéraire dans les colonnes de sa revue l’Infini :
- Dans le numéro 52, hiver 1995 avec un article intitulé « Propos dans un camping mystique »
que l’on retrouvera dans Les particules élémentaires sous l’enseigne « le lieu du changement », nouveau nom changé par l’éditeur lors de la deuxième édition suite à un procès du propriétaire du camping, un des hauts-lieux du roman. Il figurait et figure toujours sous son vrai nom dans cet article de 1995.

- Dans le numéro 59, Automne 1997, sur le thème de « La question pédophile ».

Notons, en outre que Philippe Sollers, parmi d’autres notamment Arrabal est venu témoigner en faveur de Houellebecq poursuivi en justice pour outrage à l’Islam. L’Infini N°81, 2002 en rendra compte, c’est ici.
Par ailleurs Houellebecq s’est exprimé sur Sollers dans le livre « Ennemis publics, de correspondance croisée avec Bernard Henri-Lévy

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Houellebecq sur Sollers

Dans les Particules élémentaires

Michel Houellebecq avec Philippe Sollers, le 12 novembre 1998
Michel Houellebecq avec Philippe Sollers, le 12 novembre 1998
A l’occasion de l’attribution du Prix Décembre pour "Les particules élémentaires".
(Photo : JACQUES DEMARTHON / AFP).
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La semaine suivante il se décida à montrer ses textes à un collègue – un enseignant en lettres d’une cinquantaine d’années, marxiste, très fin, qui avait la réputation d’être homosexuel. Fajardie fut agréablement surpris. « Une influence de Claudel… ou peut-être plutôt Péguy, le Péguy des vers libres… Mais justement c’est original, c’est une chose qu’on ne rencontre plus tellement. » Sur les démarches à effectuer, il n’avait aucun doute : «  L’Infini. C’est là que se fait la littérature d’aujourd’hui. Il faut envoyer vos textes à Sollers. » Un peu surpris Bruno se fit répéter le nom – s’aperçut qu’il confondait avec une marque de matelas, puis envoya ses textes. Trois semaines plus tard il téléphona chez Denoël ; à sa grande surprise Sollers lui répondit, proposa un rendez-vous. Il n’avait pas cours le mercredi, c’était facile de faire l’aller-retour dans la journée. Dans le train il tenta de se plonger dans Une curieuse solitude, renonça assez vite, réussit quand même à lire quelques pages de Femmes – surtout les passages de cul. Ils avaient rendez-vous dans un café de la rue de l’Université. L’éditeur arriva avec dix minutes de retard, brandissant le fume-cigarettes qui devait faire sa célébrité : « Vous êtes en province ? Mauvais, ça. Il faut venir à Paris, tout de suite. Vous avez du talent. » Il annonça à Bruno qu’il allait publier le texte sur Jean-Paul Il dans le prochain numéro de L’Infini. Bruno en demeura stupéfait ; il ignorait que Sollers était en pleine période « contre-réforme catholique », et multipliait les déclarations enthousiastes en faveur du pape. « Péguy, ça m’éclate ! fit l’éditeur avec élan. Et Sade ! Sade ! Lisez Sade, surtout !…
- Mon texte sur les familles…
- Oui, très bien aussi. Vous êtes réactionnaire, c’est bien. Tous les grands écrivains sont réactionnaires. Balzac, Flaubert, Baudelaire, Dostoïevski : que des réactionnaires. Mais il faut baiser, aussi, hein ? Il faut partouzer. C’est important. »

Sollers quitta Bruno au bout de cinq minutes, le laissant dans un état de légère ivresse narcissique. Il se calma peu à peu au cours du trajet de retour. Philippe Sollers semblait être un écrivain connu ; pourtant, la lecture de Femmes le montrait avec évidence, il ne réussissait à tringler que de vieilles putes appartenant aux milieux culturels ; les minettes, visiblement, préféraient les chanteurs. Dans ces conditions, à quoi bon publier des poèmes à la con dans une revue merdique ?

« Au moment de la parution, poursuivit Bruno, j’ai quand même acheté cinq numéros de L’Infini. Heureusement, ils n’avaient pas publié le texte sur Jean-Paul Il. Il soupira. C’était vraiment un mauvais texte… Il te reste du vin ? - Juste une bouteille. » Michel marcha jusqu’à la cuisine, ramena la sixième et dernière bouteille du pack de Vieux Papes ; il commençait à se sentir réellement fatigué.

Tout à coup, venant du fond de la salle, j’ai entendu voix de Ben : "T’as le principe de la mort dans ta tête ho, vieux !…" Il avait parlé fort mais ce n’était pas vraiment une insolence, son ton avait même quelque chose d’un peu admiratif. Je n’ai jamais tout à fait compris s’il s’adressait à Baudelaire ou à moi ; au fond, comme commentaire de texte, ce n’était pas si mal. Il n’empêche que je devais intervenir. J’ai simplement dit : "Sortez." Il n’a pas bougé. J’ai attendu trente secondes, je transpirais de trouille, j’ai vu le moment où je n’allais plus pouvoir parler ; mais j’ai quand même eu la force de répéter : "Sortez." Il s’est levé, a rassemblé très lentement ses affaires, il s’est avancé vers moi. Dans toute confrontation violente il y a comme un instant de grâce, une seconde magique où les pouvoirs suspendus s’équilibrent. Il s’est arrêté à ma hauteur, il me dépassait d’une bonne tête, j’ai bien cru qu’il allait me mettre un pain, mais finalement non, il s’est juste dirigé vers la porte. J’avais remporté ma victoire. Petite victoire : il est revenu en cours dès le lendemain. Il semblait avoir compris quelque chose, saisi un de mes regards, parce qu’il s’est mis à peloter sa petite copine pendant les cours. Il retroussait sa jupe, posait sa main le plus haut possible, très haut sur les cuisses ; puis il me regardait en souriant, très cool. Je désirais cette nana à un point atroce.
J’ai passé le week-end à rédiger un pamphlet raciste, dans un état d’érection quasi constante ; le lundi j’ai téléphoné à L’Infini. Cette fois, Sollers m’a reçu dans son bureau. Il était guilleret, malicieux, comme à la télé – mieux qu’à la télé, même. "Vous êtes authentiquement raciste, ça se sent, ça vous porte, c’est bien. Boum boum !" Il a fait un petit mouvement de main très gracieux, a sorti une page, il avait souligné un passage dans la marge : "Nous envions et nous admirons les nègres parce que nous souhaitons à leur exemple redevenir des animaux, des animaux dotés d’une grosse bite et d’un tout petit cerveau reptilien, annexe de leur bite." Il a secoué la feuille avec enjouement. "C’est corsé, enlevé, très talon rouge. Vous avez du talent. Des facilités parfois, j’ai moins aimé le sous-titre : On ne naît pas raciste, on le devient. Le détournement, le second degré, c’est toujours un peu… Hmm…"Son visage s’est rembruni, mais il a refait une pirouette avec son fume-cigarettes, il a souri de nouveau. Un vrai clown – gentil comme tout. "Pas trop d’influences, en plus, rien d’écrasant. Par exemple, vous n’êtes pas antisémite !" Il a sorti un autre passage : "Seuls les Juifs échappent au regret de ne pas être nègres, car ils ont choisi depuis longtemps la voie de l’intelligence, de la culpabilité et de la honte. Rien dans la culture occidentale ne peut égaler ni même approcher ce que les Juifs sont parvenus à faire à partir de la culpabilité et de la honte ; c’est pourquoi les nègres les haïssent tout particulièrement." L’air tout heureux il s’est renfoncé dans son siège, a croisé les mains derrière la tête ; j’ai cru un instant qu’il allait poser les pieds sur son bureau, mais finalement non. Il s’est repenché en avant, il ne tenait pas en place.

"Alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?

Je ne sais pas, vous pourriez publier mon texte.

Ouh là là ! il s’est esclaffé comme si j’avais fait une bonne farce. Une publication dans L’Infini ? Mais, petit bonhomme, vous ne vous rendez pas compte… Nous ne sommes plus au temps de Céline, vous savez. On n’écrit plus ce qu’on veut, aujourd’hui, sur certains sujets… un texte pareil pourrait me valoir réellement des ennuis. Vous croyez que je n’ai pas assez d’ennuis ? Parce que je suis chez Gallimard, vous croyez que je peux faire ce que je veux ? On me surveille, vous savez. On guette la faute. Non non, ça va être difficile. Qu’est-ce que vous avez d’autre ?" Il a paru réellement surpris que je n’aie pas apporté d’autre texte. Moi j’étais désolé de le décevoir, j’aurais bien aimé être son petit bonhomme, et qu’il m’emmène danser, qu’il m’offre des whiskies au Pont-Royal.

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En sortant, sur le trottoir, j’ai eu un moment de désespoir extrêmement vif. Des femmes passaient boulevard Saint-Germain, la fin d’après-midi était chaude et j’ai compris que je ne deviendrais jamais écrivain ; j’ai également compris que je m’en foutais. Mais alors quoi ? Le sexe me coûtait déjà la moitié de mon salaire, il était incompréhensible qu’Anne ne se soit encore rendu compte de rien. J’aurais pu adhérer au Front national, mais à quoi bon manger de la choucroute avec des cons ? De toute façon les femmes de droite n’existent pas, et elles baisent avec des parachutistes. Ce texte était une absurdité, je l’ai jeté dans la première poubelle venue.

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Dans la correspondance de Michel Houellebecq avec Bernard-Henri Lévy


Flammarion, Grasset 2008

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Michel Houellebecq. Le 8 février 2008

Cher Bernard-Henri,

Eh bien, je vous crois. Votre lettre m’ a d’abord causé une espèce de choc, mais j’ai décidé de vous croire - et j’y ai un certain mérite, parce qu’un ego aussi bien trempé que le vôtre relève pour moi du mystère, voire de l’anomalie.
[...] le troublant chapitre IV de Comédie suggère que votre secret réside peut-être dans une utilisation fine du moi social. Mon premier vrai contact avec ces réalités remonte à 1998, lorsque le répandu Jérôme Garcin, flanqué de son sinueux acolyte Fabrice Pliskin, ont souhaité m’inviter, avec Philippe Sollers, pour un débat dans les colonnes de leur publication. Je revois leur air dépité lorsqu’ils ont appris que nous avions déjeuné ensemble la veille. « Vous vous êtes vus avant ?... », et la mâchoire qui retombe. Eh ben oui, Ducon, c’est interdit ? Les deux compères souhaitaient bien entendu titiller l’homme au fume-cigarettes sur le « portrait au vitriol » que je traçais de lui dans Les Particules élémentaires.
Sauf que Philippe, à l’époque, était tout à fait disposé à me pardonner. D’abord, il faut bien le reconnaître, parce que j’étais en position de force. Ça c’est le mauvais côté de Philippe, son côté baromètre : il m’attaque quand je faiblis, me soutient quand je me renforce, plus précis à lui seul qu’un régiment de grenouilles.

Mais je lui avais, aussi, tendu une perche en indiquant (tout à fait sincèrement d’ailleurs) que je n’avais nullement eu l’intention de tracer un portrait du Philippe Sollers réel, parce que je ne connaissais pas le Philippe Sollers réel, mais du Philippe Sollers médiatique - que, par contre, je ne connaissais que trop bien (et c’est vrai qu’il a exagéré, parfois, ce cher Philippe, en termes d’omniprésence médiatique ; maintenant, j’ai l’impression que ça s’est arrangé à moins que ce ne soit juste parce que j’ai cessé de regarder la télé). Toujours est-il qu’il avait immédiatement percuté, à la seconde : le Philippe Sollers médiatique, ça lui parlait. Voilà un homme, en tout cas, qui avait parfaitement intégré la distinction entre moi profond et moi social.

Depuis, à plusieurs reprises, un doute inquiétant, vaguement métaphysique, m’a traversé : sous le Philippe Sollers social, existe-t-il encore un Philippe Sollers réel ? Je ne plaisante pas tout à fait ; Cioran note avec amusement que les aristocrates libertins du XVIIIe siècle mouraient en public, on s’y rendait en foule, comme au théâtre, dans l’espoir que l’agonisant puisse produire un ultime mot d’esprit - et aussi dans la crainte qu’il ne réclame, avec pleurs et gémissements, les Saintes Espèces. Mettre en scène sa propre mort, craindre éventuellement le bide ? on voit jusqu’où l’homme a pu aller, dans l’artifice.

Philippe Sollers n’en est pas là, parce que nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, et que la bourgeoisie bordelaise n’est pas tout à fait l’aristocratie d’Ancien Régime. N’empêche, Philippe Sollers à la télévision est quelque chose d’à peu près aussi imprévisible que Jean-Pierre Coffe ; mais c’est très probablement la seule manière intelligente de passer à la télévision : d’abord, se considérer comme un invité permanent ; ensuite, mettre au point un numéro correct, avec des gimmicks, et le reproduire à la demande. Et dissimuler soigneusement son moi profond, le rendre à peu près inaccessible (au risque, je me répète, de le perdre).
[…]

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Bernard-Henri Lévy. Le 16 février 2008

Presque une semaine, cher Michel, sans parvenir à vous répondre.

[…]
Vous parlez de Philippe Sollers avec qui, par parenthèse, je vous trouve bien injuste (de même, d’ailleurs, qu’avec Garcin qui a le mérite, rare par les temps qui courent, d’avoir la bonne distance pour parler, et des actrices, et de ses amis disparus). Je voudrais que vous sachiez que le seul désaccord sérieux que nous ayons eu, Sollers et moi, en trente ans d’une réelle amitié, c’est quand il dit (sans que je sois sûr, soit dit en passant, qu’il s’applique à lui-même le précepte) que les écrivains sont là pour raconter « comment ils vivent » : la formule même me pétrifie ; elle me plonge, quand il la prononce, dans des abîmes de perplexité ; et j’ai toujours envie de lui répondre que je crois, moi, exactement l’inverse - les écrivains ont tous les droits ; ils peuvent parler de tout ce qu’ils veulent ; mais pas de comment ils vivent ! pas, surtout pas, de leur inaliénable part de secret !

Et quant à la télévision et à la conduite que, selon vous, il convient d’y adopter, je suis d’accord avec vos recommandations ; j’approuve votre analyse sur la nécessité de mettre au point un « numéro » qui permette de « dissimuler son moi profond » et de le mettre à l’abri ; et je suis également d’accord sur le risque encouru, ce faisant, comme « l’homme qui a perdu son ombre », de perdre la trace dudit « moi profond », de le laisser sombrer corps et biens, de l’oublier.

[...]

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Sollers sur Houellebecq

Dans Une vie divine

Extrait d’une émission de Thierry Ardison qui accueillait Philippe Sollers à l’occasion de la publication de son live « Une vie divine » dédié à Nietzsche, en compagnie des invités du plateau Lio, Klarsfeld, Alévêque, Baffie.
Allusion au personnage de Daniel, calqué sur Houellebecq.

Sollers :

"Houellebecq est un écrivain important de notre époque parce qu’il décrit exactement la misère sexuelle de notre époque." Brèves tensions sur le plateau à propos de Houellebecq.

Sollers reprend : " y’a un romancier important d’aujourd’hui qui s’appelle Michel Houellebecq ; pas la peine de faire comme s’il n’existait pas.... et qui décrit de façon très précise et pertinente la misère sexuelle dans laquelle se trouve le monde contemporain ; si vous voulez faire semblant d’être en dehors de la misère sexuelle, il faut venir nous le prouver, avec vos résultats, l’écrire et le publier ; il faut que chacun parle de sa vie privée, il faut que chacun ose dire la façon dont il vit ; est-ce que ça va, est-ce que ça ne va pas ; est-ce que vous frimez, est-ce que vous inventez....... le monde où nous vivons, un monde où le faux bonheur rutile de partout et où les masses frustrées, résignées peuvent allumer des bagnoles en banlieue ou bien se déprimer chez eux en se branlant sur n’importe quoi sans jouir.

Puis, éloge sulfureux du baiser par Sollers. ("on aspire l’âme de l’autre"). " Une femme qui ne vous embrasse pas vraiment ne vous aime pas". Images d’archive INA.
Institut National de l’Audiovisuel

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Extrait de Une vie divine

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Michel Houellebecq jeune
Collage Frédéric Vignale

Sous le prénom de Daniel, Sollers brosse un portrait au vitriol de Michel Houellebecq dans "Une vie divine". Cryptage transparent : même finale du prénom, la secte de Raël favorable au clonage devient l’EVU (Eglise de la Vie Universelle), idées pour lesquelles Daniel-Michel a quelque sympathie.

Une fois à Paris, j’ai rendez-vous, en fin d’après-midi, au bar du Lutétia, avec mon vieil ami Daniel, cinéaste [19] désormais mondialement célèbre, comme le prouve son dernier grand entretien dans Destroy. Il a l’air à la fois en pleine forme et très déprimé, résultat probable des tranquillisants et des somnifères qu’il absorbe à haute dose. Il boit des alexandras, parle peu, savoure le triomphe de son dernier film, La Vie éternelle (accueil mitigé en Asie, gros succès, en revanche, à Berlin, Madrid, San Francisco et Toulouse). Il glisse, les larmes aux yeux, sur la mort de son chien adoré, Trott, le seul grand amour de sa vie. Daniel est le type même du nihiliste actif et professionnel d’aujourd’hui, pornographe et sentimental. Il reste obsédé par la baise, frémit à la vue de la moindre jeune salope locale, a peur de vieillir, poursuit un rêve d’immortalité génétique, et a même donné son ADN, pour être cloné, à l’Eglise de la Vie Universelle (l’EVU), laquelle est partie à l’assaut des comptes en banque des déprimés du monde entier, tentés par le suicide et la réincarnation corporelle. La vie humaine, on le sait, n’est qu’une vallée de larmes, et la science en a établi la vérité fatale. La chair, pour finir, est triste, les livres sont inutiles, on ne peut fuir nulle part dans un horizon bouché, l’argent permet de vérifier tout cela, et le cinéma, lui-même inutile, l’exprime. Où sont passés Dieu, l’espoir d’une vie éternelle, toute la salade de jadis ? Les religions sont balayées, vous qui entrez laissez toute espérance, faites-vous prélever pour plus tard, mais sans garantie absolue, car il se pourrait bien que le vieux Dieu demi-mort irascible, qui a déjà confondu les langues au moment de la Tour de Babel, reprenne du poil de la bête, et utilise un jour des terroristes pour foutre le bordel dans les laboratoires, mélanger et brouiller les codes sinistres tarés du futur.

Daniel souffre, et il lui sera donc beaucoup pardonné socialement (c’est-à-dire fémininement), « à la chrétienne », comme d’habitude. Nous n’allons pas recommencer notre ancienne polémique vaseuse pour savoir s’il faut préférer Schopenhauer (lui) ou Nietzsche (moi). De toute façon, la question est réglée : Schopenhauer a vaincu, Nietzsche est définitivement marginal. Il me demande quand même si je crois à la vie éternelle, et il sait que je vais lui répondre bof, que c’est là encore un fantasme humain, trop humain, que l’éternel retour est tout autre chose, qu’il vaudrait mieux parler d’éternité vécue. Il me jette un drôle de regard, à la fois plombé, apeuré, vide. Je ne suis même pas digne d’être un chien, pense-t-il comme un banal humaniste, non, je ne suis même pas digne d’être un chien, et il n’a pas tort. Allez, encore un alexandra pour lui, un whisky pour moi [20], et basta. On ne parle même pas de l’objet du rendez-vous pris par son agent : une petite évaluation philosophique de son oeuvre, par mes soins, mais sous pseudonyme, dans une revue confidentielle et radicale, douze lecteurs pointus, un record [21]. Il est vrai que la pige aurait été misérable. Il est vrai aussi que je n’en ai pas envie. J’ai été content de revoir Daniel, son courage et sa détestation provocatrice, glauque, drôle et fanatique du genre humain. Mais précisément : humain, trop humain...


Une vie divine, Plon, 2006, p. 348-350.

Je repense à Daniel, son cas est révélateur. Mauvaise enfance, corps peu désirable, intenses masturbations, premières relations féminines peu enthousiasmantes, découverte tardive de partenaires plus jeunes attirées par sa célébrité et son argent et, à ce moment-là, sentiment de vieillissement, satisfactions combattues par la jalousie et le manque - donc douleur. Dans ces histoires, il faut commencer très tôt, enfance vicieuse, action dualisée vers 13-14 ans avec des professionnelles de 30 ans [22] , connaissance approfondie de la chose (putes, partouzes, énamorations, illusions magiques et désillusions), bref être immunisé à 35-40 ans, blindé à 50, dégagé ensuite. On est sur la rive, on regarde les
bateaux appareiller [23], pavoiser, faire la fête, se mélanger,
pavoiser, se saborder, couler. Être fasciné par la jeunesse, vouloir la posséder, la poursuivre, est un fantasme de vieux qui a toujours été vieux. On peut mettre ici dans même sac pédophiles, homos, nymphomanes frigides,
séniles coureurs, c’est-à-dire un fonds de population
indéfiniment renouvelable, obsédé par la jenèse non vécue à temps. Un petit Bédouin affole les uns, la jeune salope en fleur terrasse les autres, le bétail s’agite et se vend, changements d’acteurs et d’actrices, disparition vers la Vallée de Larmes. Heureusement, j’ai mon chien, il comprend tout, il est innocent et fidèle, sa mort me bouleverse davantage que celle d’aucun être humain.


Une vie divine, Plon, 2006, p. 356-357

Michel Houellebecq et son chien à Dublin, en 2002 Michel Houellebecq et son chien à Dublin, en 2002
(Peter Marlow/Magnum Photos)
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Dans l’Année du Tigre

Dans L’année du Tigre (Journal de l’année 1998), Sollers relate un déjeuner avec Houellebecq, un mois avant la parution par Le Nouvel Observateur d’un face à face Houellebecq-Sollers pour recueillir les réactions de Sollers face au portrait qu’en trace Hoellebecq dans Les particules élémentaires et celles de Houellebecq par rapport à ce qu’il a écrit. Un déjeuner préparatoire ? [24]

Mercredi 9 septembre

Déjeuner avec Houellebecq. Type concave, faux doux, il sait ce qu’il dit. Lui aussi a tendance à penser par « générations », mais il a quand même l’air de douter du concept (génération/corruption). Curieux mélange de lucidité expérimentale et de connaissances dispersées. Il a conscience de cela, il faudra beaucoup lire (par exemple Melville, qu’il ne connaît pas). Point positif : ne fait pas semblant de savoir quand il ne sait pas.

Il a son livre dans son sac, le sort pour me souligner des passages ; a un petit carnet de notes ; me montre la photo d’une fille de 13 ans, sa belle-fille je crois, qu’il trouve éblouissante. La « beauté » de la jeunesse a l’air de le fasciner et de l’accabler. Il s’étonne qu’il n’en soit pas de même pour moi.

Me dit qu’il a recommencé à boire. Mange une douzaine d’huîtres et demande un graves blanc. Propose de partager l’addition. Mais non, voyons.

En somme, sympathique, sérieux. On n’a parlé que littérature. Bonne chance dans la durée de l’enfer social. [...]

L’Année du Tigre - Journal de l’année 1998, p195-196, Editions du Seuil

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Extrait d’un article de Thomas PITREL dans Vanity Fair ,

Publié en novembre 2013. Article très complet sur le parcours de Houellebecq titré « Mystère / Les absences de Michel Houellebecq » dans lequel on peut lire ces commentaires de Sollers :


« Si vous allez aux antipodes de Paris, vous savez où vous arrivez  : à Auckland. Eh bien, Houellebecq et moi sommes aux antipodes, c’est-à-dire que nous sommes le contraire l’un de l’autre sur tout. Il est Schopenhauer, je suis Nietzsche. »

Coincé dans une petite pièce entre son bureau et sa bibliothèque, au premier étage de l’immeuble de Gallimard, il commente avec bienveillance la réussite de son jumeau maléfique en manipulant son fameux porte-cigarette  :


« C’est un nihiliste. Son succès est simple à expliquer. Il est venu parler de son époque et de la misère sexuelle d’une façon tout à fait crue, précise. »

Et plus loin :


« Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est fait, c’est archivé, il va rentrer dans les classiques. »

Philippe Sollers

Sur sa mère :


Michel Houellebecq sur le tournage de La Possibilité d’une île
(T.C.D. / VISUAL Press Agency)
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La sortie du film, en septembre 2008, vire au cauchemar. Très vite, Houellebecq va disparaître à nouveau. Le producteur raconte  : « Michel a compris que nous allions dans le mur, alors il est retourné se planquer en Irlande. Tout simplement. Il ne m’a même pas passé un coup de fil.
– Vous n’avez pas pu le ramener  ?
– J’ai essayé, j’ai appelé son agent, Samuelson. Il m’a répondu  : “Oh bah, pfff...” »

À sa décharge, Houellebecq vient de vivre une épreuve personnelle  : la réapparition de sa mère, avec laquelle il est brouillé depuis quinze ans. Dans ses précédents livres, il n’était pas tendre avec elle, dessinant en creux un personnage de hippie irresponsable qui a abandonné ses enfants. Il avait même assuré aux Inrockuptibles qu’elle était morte – il expliquera plus tard qu’il le croyait sincèrement... Or voilà que l’invisible maman, Lucie Ceccaldi, publie une autobiographie, L’Innocente (Scali, 2008), dans laquelle elle consacre des lignes très désagréables à son fils. « C’était un livre d’une bêtise et d’une médiocrité insondables », juge Pierre Assouline, […] Sollers résume  :


« Elle l’aplatit, elle dit qu’il ne faisait pas son caca quand il était bébé. On n’a jamais entendu une mère parler comme ça de son fils. Tout cela atteint des degrés de violence que le lecteur perçoit dans les livres de Houellebecq – et que lui arrive à maîtriser au prix d’une souffrance considérable. »

Philippe Sollers

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L’article de Vanity Fair- en format pdf.

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Face à face Houellebecq Sollers (1998)

Retour en 1998. L’un publie, avec les « Particules élémentaires », le roman-événement de l’automne. L’autre, signe avec Casanova l’admirable, une profession de foi. Rencontre au sommet

Archives aimablement communiquées par E. Cothenet

Réponse aux « imbéciles »
source : Le Nouvel Observateur le 08/10/1998
auteur : Fabrice Pliskin, Jérôme Garcin
Découvrir l’entretien ICI

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DANS L’ACTUALITE DE MICHEL HOUELLEBECQ

L’écrivain français le plus star mais aussi le plus discret s’est marié le 22 septembre dernier. Michel Houellebecq a dit oui à Qianyun Lysis Li à la mairie du 13e arrondissement.


Michel Houellebecq et Lysis : Un mariage discret mais très star
ZOOM : cliquer l’image
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L’événement a été dévoilé par Carla Bruni sur son compte instagram

« Mille vœux de bonheur à Lysis et à Michel Houellebecq pour leur merveilleux mariage et merci de nous avoir laissés partager votre bonheur »
Carla Bruni

L’auteur nourrit pourtant une relation ambiguë avec l’amour, un sentiment qu’il vitupère, adore et poursuit tour à tour.


« L’amour rend faible, et le plus faible des deux est opprimé, torturé et finalement tué par l’autre, qui de son côté opprime, torture et tue sans penser à mal. »
C’est ce qu’écrit Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île.

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Michel Houellebecq contre Michel Houellebecq

Pour l’événement, Michel Houellebecq est apparu transfiguré, sapé comme un lord : veste queue de pie anthracite et chapeau melon au lieu de la traditionnelle parka miteuse. Chapeau avec une plume toutefois, comme une marque d’autodérision ? Lysis avait adopté une robe chinoise classique de soie rose, brodée de fleurs.
La cérémonie du mariage, le 21 septembre, s’est déroulée à la mairie du XIIIe arrondissement, cher à l’auteur. Habitué à un mode de vie simple et aux quartiers populaires, Michel Houellebecq a commis une entorse par amour. Les invités ont fait la noce au célèbre restaurant Lapérouse sur les quais de la Seine.
Un karaoké autour de la variété française a ensuite été orchestré par son ami Frédéric Beigbeder.

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Les invités

Parmi les invités, il fallait donc compter sur Carla Bruni. La chanteuse avait adapté l’un de ses textes pour son album Comme si de rien n’était, sorti en 2008. Jean-Louis Aubert qui, lui, a consacré tout un album aux poèmes de Michel - Les Parages du videen 2014 - était bien sûr de la noce. Michka Assayas, l’éditrice Teresa Cremisi et l’écrivain Emmanuel Carrère étaient aussi présents. Comme témoin, Michel Houellebecq avait choisi son ami Frédéric Beigbeder, lequel a animé un karaoké pour les invités après le dîner. Et David Pujadas, l’ancien patron du JT de France 2, aurait tout donné sur Que je t’aime de Johnny Hallyday...

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Qui est Madame Houellebecq ?

Madame Qianyum Lysis Houellebecq reste malgré tout un mystère. Tout juste sait-on que la jeune femme est originaire de Shanghaï. Et l’on devine une vingtaine d’années d’écart entre les heureux époux.
Hoellebecq a rencontré Lysis il y a quelques années, alors qu’elle était étudiante en lettres à la Sorbonne et écrivait un mémoire sur lui

En septembre 2016, on les avait vus côte à côte à la remise du prix Frank Schirrmacher qu’a reçu l’auteur à Berlin. Une distinction décernée par leFrankfurter Allgemeine Zeitung, journal libéral conservateur allemand. Ils auraient aussi été vus ensemble à l’inauguration en juillet 2017 de l’exposition Peace au Shirn Kunsthalle de Francfort - pour laquelle il présentait une série de photos et d’objets autour de son défunt chien, Clément.

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« Je suis trop macho »

Dans une interview décalée avec Karine Le Marchand, le romancier précise ce qu’est pour lui une femme idéale : « Une fille gentille, un peu maison. Un peu sexe aussi. » Il écarte la possibilité d’épouser une agricultrice : « Je suis trop macho. »

L’écrivain croit en l’amour mais pense qu’il est impossible. Il s’est déjà marié deux fois. De sa première union, dans les années 1980, il eut un fils, Étienne. Après un divorce douloureux, il s’est remarié avec l’éditrice Marie-Pierre Gauthier. « N’ayez pas peur du bonheur, il n’existe pas », écrit-il légèrement désabusé. Avec Lysis, on lui en souhaite quand même beaucoup.

Crédit : d’après www.purepeople.com, www.gala.fr, madame.lefigaro.fr


[1titre de pileface

[2Cet entretien a paru dans le numéro 1 de la revue Le Magasin du XIX e siècle , 2011, Lucie Éditions, p.7-21, sous le titre « Michel Houellebecq et la possibilité d’un XIXe siècle ». Il a été partiellement repris dans le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq, 2017.

[3Les actes de ce colloque ont été édités sous le titre L’Unité de l’œuvre de Michel Houellebecq , Bruno Viard et Sabine Van Wesemael (dir.), Classiques Garnier, 2013.

[4Aurélien Bellanger, Houellebecq, écrivain romantique , Léo Scheer, 2010, p.11.

[5Selon le titre de son ouvrage, Professeurs de désespoir , Actes sud, 2004.

[6Michaël Fœssel, Le Temps de la consolation , Points Essais, 2015, p.319 et p.12.

[7Pierre Jourde, « L’individu louche » dans La Littérature sans estomac , Pocket, 2003.

[8titre de pileface

[9Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation , livreIV, §56.

[10En présence de Schopenhauer, op. cit. , p.9-10.

[11Ibid. , p. 11.

[12« Un mélange d’humains monstrueux et sans nombre », La Poursuite du bonheur, H1, p.210.

[13Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, livre IV, §56.

[14« Naissance aquatique d’un homme », La Poursuite du bonheur, H1, p.523.

[15La Possibilité d’une île, H2, p.419.

[16…] Il y a donc une rédemption possible –et cette rédemption finale est d’ordre poétique. La poésie peut agir sur le monde : cette action n’est en rien garantie, mais il arrive qu’un poème trouve un écho chez son lecteur ; qu’il lui ouvre un horizon nouveau ; qu’il lui transmette des émotions, des sentiments, des valeurs qui semblaient avoir disparu. C’est pourquoi, dans un monde de désolation, l’ultime consolation tient peut-être à cet espoir incertain et fragile : celui que porte en elle la littérature, et en particulier la poésie.

On se souvient peut-être que, dans sa « Lettre à Lakis Proguidis », expliquant pourquoi il persiste à écrire de la poésie, Houellebecq décrit l’émergence, au cœur du monde contemporain, d’un « manque monstrueux et global », dont le poète lui semblait devoir porter le témoignage : « J’ai l’intuition que la poésie a un rôle à jouer », expliquait-il alors, « peut-être comme une sorte de précurseur chimique »[[ « Lettre à Lakis Proguidis », Interventions, H2, p. 965-966.

[17Rester vivant, H1, p.147.

[18« Renoncer à l’intelligence », dans Cahier Michel Houellebecq, L’Herne, op. cit. , p.55.

[19On se souvient que Houellebecq a changé d’éditeur, en partie pour mieux satisfaire son ambition de voir ses oeuvres portées au cinéma

[20Effectivement, c’est souvent un whisky que Sollers cite dans ce cas.

[21Trait d’autodérision relatif à la revue trimestrielle L’Infini de Philippe Sollers, qui si elle ne tire pas à douze exemplaires, tire modestement à environ 2000.

[22Paragraphe très autobiographique de Sollers, référence à E.S.M ou la Concha d’Une curieuse solitude, les rapports d’âge étant ceux cités ici. La belle exilée espagnole, anarchiste, qui entre au service de la famille Joyaux, devient


« la femme fondamentale, le souvenir sexuel principal (...). Elle lui indique, de façon extrêmement nette (...) que sa boussole insistante, directe, précise, discrète sera à jamais le sexe. Elle modèle une certaine image de la femme : généreuse et perverse, transmettrice magnifique d’expériences ; souvent étrangère, porteuse de dissemblance. »
Gérard de Cortanze
Philippe Sollers, ou la tentation du bonheur


La biographie qui va le plus à fond dans l’enfance de Sollers, la matrice du Sollers écrivain. Notons aussi que le goût de l’étrangère se manifeste aussi dans la femme qu’il choisit d’épouser, Julia Kristeva, de nationalité bulgare La Concha d’Une curieuse solitude qui deviendra la Maria de Studio :
« Plus bas, vers la Seine, c’est le royaume d’Ingrid. Et là-bas, vers Monceau, celui de Maria, revue à Paris bien des années après, en cachette. Comment font-ils pour avoir une vie dite normale, observable, fixe, découpée, avouée ? Pour dire « Ma femme et moi », par exemple ? Pour ne déclarer qu’une seule adresse, un seul amour, un seul vice, une seule tombe ? Pour se mépriser à ce point ? Contrôle, contrôle. Le tribunal moral nous a condamnés ? C’est dans l’ordre ».
Studio.

[23Allusion à Venise, cf. Dictionnaire amoureux de Venise, et Passion fixe

[24C’est une pratique que Sollers utilise aussi avec Kirk Douglas, préalablement à leur passage à Apostrophes (voir article)

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1 Messages

  • Albert Gauvin | 30 octobre 2018 - 14:11 1

    La lecture de Valeurs actuelles, le 25 octobre 2018, me rend inconsolable...


    VALEURS n° 4274. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

    Houellebecq recevant le prix Oswald Spengler : “L’Occident est dans un état de déclin très avancé”
    Dans un texte puissant qui convoque 30 Millions d’amis, Éric Zemmour et Auguste Comte, le plus important des écrivains contemporains dissèque le réel européen. Une leçon.
    Citation : "Quelqu’un comme Eric Zemmour, qui a réellement produit des essais historiques de grande ampleur, et bien des documents, le mériterait bien davantage [le prix Oswald Spengler]." (sic)


    VALEURS n° 4201. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

    Michel Onfray : “La civilisation occidentale va mourir”
    Les civilisations sont mortelles, c’est le constat de Michel Onfray. Celui qui dit « ne plus avoir peur de grand-chose » depuis son AVC, livre son analyse sur la fin de la civilisation occidentale. « La civilisation occidentale est mourante et va mourir », assène-t-il sur Russia Today.
    Citation : "Quand je mets en perspective le génie du bon sens paysan et les intellectuels parisiens ça tient pas longtemps la route." (sic)