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 Autour d’un des premiers autoportraits d’Antonin Artaud aux enchères

D 17 février 2018     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ce 16 février 2018 est proposé aux enchères Drouot l’un des tout premiers autoportaits d’Antonin Artaud au fusain sur papier (circa 1920), ainsi que divers dessins et correspondances, en provenance de la famille de l’artiste. Ce fonds avait été présenté aux enchères à Compiègne en janvier 2017. Les pièces présentées ici n’avaient pas atteint les montants escomptés et sont à nouveau mises aux enchères avec des estimations révisées à la baisse.

ARTAUD Antonin. AUTOPORTRAIT, DESSIN ORIGINAL AU FUSAIN. (Circa 1920).


Antonin Artaud, autoportrait, (vers 1920).
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L’UN DES TOUS PREMIERS AUTOPORTRAITS D’ARTAUD AU FUSAIN SUR PAPIER. ’ÉLÉGANCE DE LA POSE

Circa 1920. 16,4 x 10,6 cm..

Estimation : 40 000 - 50 000 €

Expositions :
Musée Cantini de Marseille 1995.
MOMA à New York 3 octobre 1996 - 7 janvier 1997.
Musée Mumok à Wien, 2002.
Bibliothèque Nationale de France 2006/2007
La Casa Encendida à Madrid 2009.

Portrait du Docteur Toulouse


DESSIN ORIGINAL AU CRAYON D’ANTONIN ARTAUD, CONTRECOLLÉ SUR PAPIER REPRÉSENTANT LE DOCTEUR EDOUARD TOULOUSE.

Circa 1920. 21 x 13,7 cm

Estimation : 20 000 -30 000 €

Sur les conseils du Dr Dardel, Antoine Roi Artaud, père d’Antonin entre en relation avec le psychiatre Edouard Toulouse, Directeur de l’asile de Villejuif.
Le Dr Toulouse accueille chez lui à Villejuif Artaud âgé de 23ans, et il « comprit, en voyant Artaud qu’il avait devant lui un être tout à fait exceptionnel, de cette race qui donne des Baudelaire, des Nerval ou des Nietzsche » (Jeanne Toulouse).
Jeanne et le Dr Toulouse continuèrent à favoriser les débuts littéraires et théâtraux d’Artaud bien après qu’il eut quitté l’asile de Villejuif.

Expositions :
Musée Cantini à Marseille,1995.
Bibliothèque Nationale de France 2006/2007.
La Casa Encendida à Madrid, 2009.

 

Portrait de Jeanne Toulouse

 


Antonin Artaud, Portrait de Jeanne Toulouse (circa, 1920).
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DESSIN ORIGINAL AU CRAYON D’ANTONIN ARTAUD AU CRAYON SUR PAPIER, CONTRECOLLÉ SUR UNE FEUILLE DE PAPIER REPRÉSENTANT MADAME TOULOUSE ASSISE.

Circa 1920. 20,4 x 13,6 cm

Estimation : 15 000 - 20 000 €

Expositions :
Bibliothèque Nationale de France, 2006/2007.
La Casa Encendida à Madrid, 2009, page 20.

Lettre autographe à son frère Fernand (1943)


ARTAUD Antonin. LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À FERNAND ARTAUD.
Rodez, 11 octobre 1943, 4 pages in-12

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Estimation1 500 - 2 000 €

Rare lettre autographe à l’encre adressée à son frère Fernand aux bons soins de Marie-Ange Malaussena.


… « Si je ne vous ai pas écrit ce n’est pas faute de penser à vous et vous le savez. Je me reproche d’ailleurs cette apparente négligence car je ne voudrais pour rien au monde que vous croyez que mon silence est un signe d’indifférence de ma part. Non je vous ai toujours aimé profondément, au contraire mais je n’ai peut être pas très bien su vous le manifester comme il aurait fallu ou pas encore pu. Je sais que vous avez beaucoup souffert et que vous souffrez encore beaucoup et je ne suis malheureusement pas en mesure de vous venir en aide ici bas »…

 

Dix-sept lettres à sa mère (1943-1945)


ARTAUD Antonin. DIX-SEPT LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES À SA CHÈRE MAMAN. 1943-1945. 
ZOOM... : Cliquez l’image.
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Estimation 20 000-30 000 €

(1) LETTRE AUTOGRAPHE À SA TRÈS CHÈRE MAMAN. Rodez, 17 septembre 1943 ; 4 pages in-8 à l’encre.

… « Je crois que j’ai dû vous faire souvent de la peine au cours de l’année écoulée, mais je vous écris aujourd’hui pour vous soulager et vous délivrer le cœur à mon sujet et pour que vous sachiez que l’amour profond, absolu et véritable que j’ai eu pour vous ne s’est pas départi une minute »…
La fin de la lettre a été égarée et ne figure pas dans les œuvres complètes, reprenant page 91, 92, 93 la lettre publiée ici.

(2) LETTRE AUTOGRAPHE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez, 25 novembre 1943 ; 2 pages in-4 à l’encre.

… « Je vous ai écrit il y à quelques temps mais je vous écrirai plus souvent puisque mes lettres vous font plaisir et j’espère surtout que
Dieu nous donnera d’être tous réunis bientôt. Mais il faut que cette guerre se termine enfinn bientôt »…
La lettre est signée Nanaqui (Antonin Artaud).
Publiée dans les œuvres complètes, tome X page 141, 142.

(3) L ETTRE AUTOGRAPHE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez 13 décembre 1943 ; 4 pages in-4 à l’encre.

… « Et maintenant je vais te faire une prière que tu comprendras : Je ne veux plus que tu continues à m’envoyer quoi que ce soit, parce que quand on a été aussi malade que tu viens de l’être, on a besoin de reprendre des force et il devient dangereux de se priver. Quant à moi, j’aurai honte de recevoir quelque chose de quelqu’un qui n’a pas ce qu’il lui faut, et à qui il manque le principal pour se soutenir lui-même. Ce sentiment de honte devient pour moi une douleur affreuse quand je pense que la personne qui se prive ainsi pour moi et qui retranche sur son nécessaire pour m’envoyer une douceur est ma mère »…

Artaud dans cette lettre fait allusion à une précédente missive adressée par lui le 5 du même mois. Cette lettre retenue par l’administration de l’asile n’a pas été transmise à sa mère. Elle sera vendue dans les années soixante à un collectionneur.
Publiée dans les œuvres complètes, tome X pages 149 à 152.

(4) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA TRÈS CHÈRE MAMAN. Rodez 20 décembre1943 ; 1 page in-4 à l’encre.
Lettre autographe remplie de culpabilité adressée à Euphrasie Artaud et signée Nanaqui Antonin Artaud.
Publiée dans les œuvres complètes, tome X page 153, 154.
Exposée à la Bibliothèque Nationale de France en 2006/2007.

(5) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA TRÈS CHÈRE MAMAN. Rodez 27 décembre 1943 ; 2 pages in-4 à l’encre.
Lettre en partie relative au docteur Ferdière et signée Nanaqui Antonin Artaud.

… « Je sens à tout l’instant une étrange fraternité d’esprit entre Dr Ferdière et moi et si tu l’entendais parler il me semble que bien souvent tu aurais l’impression de m’entendre parler moi »…

Publiée dans les œuvres complètes, tome X page 155, 156.

(6) L ETTRE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez 31 décembre 1943 ; 2 pages in-4 à l’encre.
La lettre est signée à Nanaqui Antonin Artaud.

… « Je communie trois fois par semaine et la pensée de Jésus Christ ne quitte pas mon cœur, mais à voir l’horreur dont le monde est plein, j’ai l’impression que le mal est entrain de faire un effort dans les fonds mêmes de l’infini, là où règne le Saint-Esprit de Dieu et qu’il faut le prier beaucoup pour lui éviter cette souffrance car la seule chose dont Dieu est souffert c’est du Mal que les hommes faisaient »…

Publiée dans les œuvres complètes page 161 à 163.

(7) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE NANAQUI Antonin Artaud À Euphrasie Artaud, (Rodez) 26 janvier 1944 ; 2 pages in-4 à l’encre.

… « Comme le Dr Ferdière me l’a dit je n’ai jamais eu de maladie mentale mais j’ai été surtout malade des sévices que j’ai enduré depuis Dublin en septembre 1937. Voilà ma véritable histoire. N’oublie pas le scapulaire et sache que je prie Dieu tous les jours pour toi car ton amour pour moi est allé au fond de mon cœur » …

Publié dans les œuvres complètes tome X page 181 à 183.

(8) LETTRE SIGNÉE NANAQUI Antonin ARTAUD À SA BIEN CHÈRE MAMAN. (Rodez) le 22 juin 1944 ; 3 pages in-8 à l’encre.

… « Il serait juste surtout que la vie nous devienne à tous plus favorable : car voilà trop d’années qu’elle nous est devenue à tous impossible et Dieu ne peut pas aimer cela. Moi je suis hors du monde depuis 7 ans, depuis 1937 et je ne vois pas le moment que ça s’arrange mais la terre entière souffre »…

Exposée et reproduite à la Bibliothèque Nationale de France en 2006-2007.
Publiée dans les œuvres complètes, tome X pages 240, 241.

(9) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez 25 juin 1944 ; 2 pages in-8 à l’encre sur papier quadrillé.
Lettre très affectueuse adressée à Euphrasie Artaud, signée Nanaqui Antonin Artaud dans laquelle il espère que la liberté sui sera rendue.


… « la justice sera revenue alors la liberté ne sera rendue mais le monde est tellement malade avec sa guerre et ses restrictions qu’il ne pense guère à être juste et cet adieu aille pour voir par un miracle total »…

Publiée dans la tour de feu, numéro 112.
Publiée dans les œuvres complètes, Gallimard Tome X page 242, 243.

(10) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez, 4 juillet 1944. 3 pages in-4 à l’encre.
Lettre signée Nanaqui Antonin Artaud.

… « Tu sais qu’on a été très injuste avec moi et ton témoignage peut réparer cette injustice. Il s’agit de fournir au Dr Ferdière la preuve que je suis pas un malade ni un persécuté de croire que les gens ont été injustes et méchants avec moi »…

Publiée dans les œuvres complète tome X page 246, 247.

(11) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez 20 juillet 1944 ; 4 pages in-4 à l’encre.
Lettre signée Nanaqui Antonin Artaud.

… « Moi aussi, je ne compte plus que sur Dieu et sur un miracle du ciel pour amener un peu de justice dans les choses car il n’y en a plus du tout. Et si par hasard les allemands s’en allaient, tu peux être certaine que le régime que les anglais nous ont fait préparer n’en serait que beaucoup plus dur…
Et avec les anglais ce sont les russes qui nous imposeraient certaines conditions financières qui ferait de tous les français les serfs de l’univers »…

Publiée dans les œuvres complètes, tome X, page 248 à 251. .

(12) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA CHÈRE MAMAN. Rodez le 5 août 1944 ; 2 pages in-4 à l’encre.
La lettre est signée Nanaqui Antonin Artaud.

… « La charité et la pitié ne sont plus de ce monde et l’amour non plus. Et pourtant tout était basé sur l’Amour mais les hommes n’ont jamais vu ce que c’était. J’étais un homme qui voulait être aimé avec mon cœur et pour lui et toutes les femmes m’ont tourné le dos parce qu’elles ne comprennent que l’amour sensuel et dès qu’on essaie de leur donner de l’âme elles n’en veulent pas et vous prennent pour un niais et un idiot »…

Publiée dans les œuvres complètes tome X page 252 à 254.

(13) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA CHÈRE MAMAN. Rodez, 25 août 1944 ; 2 pages in-4 à l’encre.

… « Je n’oublie pas non plus que j’ai passé 6 jours en prison à Dublin et je me demande pour quelle raison car je n’avais ni tué ni volé et que c’est simplement à cause de la Canne de Saint Patrick que tu as vue quand j’étais à Paris en juillet août 1937 et qu’on m’a accusé d’être un agitateur politique et qu’on m’a déporté en France… Aies confiance en Dieu nous nous reverrons bientôt. A toi de tout cœur. Antonin Artaud. »

Publiée dans les œuvres complètes tome X page 255 à 257.

(14) CARTE POSTALE INTERZONES AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez, 9 octobre 1944 ; à l’encre.
Carte postale signée Nanaqui Antonin Artaud dans laquelle il rassure sa mère sur son état de santé et espère la revoir bientôt.
Publiée dans les œuvres complètes tome X, page 258, 259.

(15) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À EUPHRASIE ARTAUD. Rodez, 28 octobre 1944 ; 1 page ½ in-4 à l’encre.

… « Ce monde n’est pas bon du tout et ses pensées sont très mauvaises et je crois qu’il est en train de céder à l’abîme de la perversité… Et la grâce de Dieu soit sur toi à cause de tout le bien que tu m’as fait pendant que je souffrais. A cause de ton cœur et de ta charité, à cause de ton indétachable pitié. Il n’est pas possible que nous ne finissions pas par nous rejoindre et que Dieu ne veuille pas notre éternelle réunion »…

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Publiée dans les œuvres complètes tome X, page 261, 262.

(16) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez 30 janvier 1945 ; 4 pages in-8 à l’encre.
Lettre signée Nanaqui Antonin Artaud dans laquelle Artaud essaie de rassurer sa Maman.

… « Tu es toi même trop rationnée à Paris pour m’envoyer des choses. Pense d’abord à toi. Figure toi aussi que mes amis de Paris ? : Jean Paulhan, Raymond Rouleau que tu connais, ne m’ont pas oublié du tout et qu’ils ont envoyé la semaine dernière Jean Paulhan 1500 F. et Raymond Rouleau 3000 F. pour moi au directeur de l’Asile. C’est pure amitié et générosité de leur part. Tu vois que Dieu ne m’oublie puisqu’il inspire les cœurs de tous mes amis »…

Publiée dans les œuvres complètes, tome XI pages 34 à 36.

(17) LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SA BIEN CHÈRE MAMAN. Rodez, 8 février 1945 ; 2 pages in-4 à l’encre.
Lettre autographe signée Nanaqui Antonin Artaud.

… « Je te renouvelle encore une fois de ne plus t’occuper ni de mes finances, ni de mon ravitaillement. Tu es trop malade et tu as trop besoin de soins et d’aliments pour te priver de quoi que ce soit. Ne m’envoie plus rien, je t’en supplie, cela me fait honte et tu as maintenant la preuve que le ciel y pourvoit et que je n’en ai plus besoin. De même pour Marie-Ange qui a deux enfants,
lesquels ont justement eux aussi besoin de manger »…


Publiée dans les œuvres complètes tome XI pages 41 à 42.
Exceptionnel ensemble.

 

Lettre à Monsieur le Procureur de la République (1937)


ARTAUD Antonin. LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À MONSIEUR LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE. Rouen, le 16 décembre 1937 ; 3 pages in-4 à l’encre.
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Lettre autographe d’une écriture volontairement différente de l’habituelle signée Antonéo Arlanapulos. A. Arland. Où il insiste dans son délire de persécution et sa volonté de quitter l’asile, démarche qui ne le quittera pas jusqu’à son arrivée dans la ville de Rodez…

« J’ai l’honneur de déposer devant vous contre la sureté générale française.

1° pour avoir été enlevé sur le Washington alors que je suis sujet grec.

2° pour avoir été maintenu pendant 17 jours dans une camisole de force.

3° la police française s’acharne à truquer mon identité… Je dépose donc une autre plainte contre une certaine Madame Artaud qui ose se faire passer pour ma mère alors que je suis orphelin de père et de mère depuis l’âge de 7 ans. Cette Madame Artaud en qui je ne peux voir qu’une vieille indicatrice de police joue le jeu depuis quelques jours d’envoyer à un certain M. Artaud des lettres et des colis. Un de ces colis a été reconnu avarié ici même et je pense qu’il s’agit d’un colis de gateaux empoisonnés. Je dépose donc une plainte en empoisonnement contre cette même Madame Artaud et je demande une enquête sur son compte. Elle ne doit pas en être à son coup d’essai ! »

Cette lettre a été retenue par l’administration et les passages soulignés en rouge ont vraisemblablement été apportés par un médecin. Mention sur la première page : « Dossier Artaud ». Publiée dans Antonin Artaud, Lettres 1937-1943, page 45.

Cette lettre est extraite du catalogue de la vente de Compiègne, 2017 et constitue une des lettres délirantes d’Antonin Artaud. D’autres sont ordurières vis-à-vis du personnel de l’asile psychiatrique. Ainsi :

ARTAUD Antonin. LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE AU DOCTEUR CHANES. Ville Evrard 8 juin 1939 ; 2 pages in-8 à l’encre sur papier quadrillé, enveloppe conservée adressée au docteur Fouks. …
« Vous êtes un enculé, un dégonflé et un lâche. Vous êtes un lâche définitif. Vous n’êtes qu’un mannequin entre les mains du Prince de Ligne qui vous passe toutes ses idées, lesquelles ne font que doubler les miennes dans le mal. Vous êtes un con. Et je vous baffe la gueule… Chanes tu es carencé »…

Lettre non transmise au docteur Chanes, retenue par le docteur Fouks. Publiée dans Les lettres 1937-1943, page 234,235/

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Le mythique autoportrait d’Artaud de 1946 de la collection Florence LOEB avait été vendu 2,1 millions ’euros en 2012

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Antonin Artaud (1896 - 1948)

AUTOPORTRAIT
signé Antonin Artaud et daté 17 décembre 1946 (en bas à droite)
mine de plomb sur papier
59,6 x 45,3 cm

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Retour sur cette vente

Par Valérie Sasportas 
Le Figaro, 05/04/2012

Le collectionneur d’art contemporain Marcel Brient a acheté le dessin 2, 1 millions d’ euros, jeudi 4 février 2012 chez Sotheby’s à Paris.

Le célèbre Autoportrait d’Antonin Artaud a été âprement disputé jeudi après-midi chez Sotheby’s par cinq enchérisseurs jusqu’à un million d’euros, avant d’être finalement emporté à 2 136 750 euros, au téléphone, par Marcel Brient. L’oeuvre était estimée entre 500 000 à 700 000 €. Elle s’est envolée lors de la vente de la collection Florence Loeb.

« Cet autoportrait est l’ultime de ce que la France avait de génie absolu »

Le collectionneur breton, à la tête d’une des plus importantes collections d’art contemporain en France, a acheté ce dessin du poète, mu par le souvenir de son mentor, Louis Clayeux. « J’ai été l’ami d’un grand monsieur qui était directeur de la galerie Maeght (de 1948 à 1965, Ndlr) », nous a confié juste après la vente Marcel Brient, en parlant au présent du galeriste pourtant disparu il y a une dizaine d’années. « Il s’est réfugié dans la poésie, poursuit Brient. Il a deux grands cahiers d’Antonin Artaud à Rodez, avec des onomatopées poétiques, assourdissantes, extraordinaires. Pour moi cet autoportrait est l’ultime de ce que la France avait de génie absolu, avec un autre que Clayeux possède déjà ». Cet autre portrait est celui de Rimbaud dessiné par sa sœur sur son lit de mort à Marseille. « Quand vous voyez les yeux de Rimbaud, vous songez à ceux d’Antonin Artaud », poursuit Marcel Brient.

 
Crédit : www.lefigaro.fr › 

 

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Notes Sotebys sur le grand autoportrait de 1946

« Il faut regarder ce dessin encore une fois après l’avoir vu déjà une fois.
Je crois qu’il reste alors non dans l’espace mais dans le temps, à ce point de l’espace du temps où un souffle de derrière le cœur tient l’existence et la suspend [...] »
Antonin Artaud, 1946
« Le visage humain est une force vide, un champ de mort.
La vieille revendication révolutionnaire d’une forme qui n’a jamais correspondu à son corps, qui partait pour être autre chose que le corps.
C’est ainsi qu’il est absurde de reprocher d’être académique à un peintre qui à l’heure qu’il est s’obstine encore à reproduire les traits du visage humain tels qu’ils sont ; car tels qu’ils sont ils n’ont pas encore trouvé la forme qu’ils indiquent et désignent ; et font plus que d’esquisser, mais du matin au soir, et au milieu de dix mille rêves, pilonnent comme dans le creuset d’une palpitation passionnelle jamais lassée [...] »
Antonin Artaud, ’Le Visage humain’, Texte de la plaquette de l’exposition Portraits et dessins par Antonin Artaud, Galerie Pierre, juillet 1947

 

En mai 1946, un petit groupe de fidèles réussit à faire sortir de l’asile de Rodez Antonin Artaud, interné d’office depuis plus de neuf ans à la suite d’un incident encore inexpliqué. Il avait survécu, entre autres, à 58 séries d’électrochocs sans anesthésie. Revenu à Paris, installé à Ivry-sur-Seine, Artaud va déployer jusqu’à sa mort en mars 1948 une extraordinaire activité créatrice, graphique et poétique. Il écrira certains de ses plus beaux textes, entre autres Artaud le Momô, Van Gogh le suicidé de la société ou Ci-Gît. Et consacrera au dessin et plus particulièrement au portrait la même énergie prométhéenne du génie foudroyé qui fut aussi poète, homme de théâtre et acteur. L’œuvre graphique d’Artaud, que Pierre Loeb sut le premier promouvoir en proposant à l’artiste d’exposer ses dessins à la Galerie Pierre (juillet 1947), ne fut que tardivement révélé au grand public : en France d’abord, au Centre Georges Pompidou en 1987 puis au musée Cantini en 1995, et aux Etats-Unis lors de l’exposition Antonin Artaud. Work on Paper au Museum of Modern Art en 1996. Mais la réputation du mythique autoportrait d’Artaud daté du 17 décembre 1946, acquis par Pierre Loeb puis transmis à sa fille Florence, avait précédé l’ampleur de la reconnaissance critique internationale accordée à la fin du XXe siècle aux dessins d’Antonin Artaud. Cet autoportrait n’est pas seulement le dessin d’Artaud le plus célèbre, le plus reproduit, le plus exposé. Il transcende toute l’œuvre et la trajectoire d’un artiste aussi fulgurant que radical et s’impose comme l’un des autoportraits les plus puissants du XXe siècle, aussi hanté, possédé, tranchant, saisissant, aussi vivant que ceux d’Edvard Munch, d’Egon Schiele ou de Lucian Freud. L’expression inoubliable et bouleversante d’un visage, d’une conscience, d’une âme « assassinée dans ce monde et qui ne renaîtra pas dans l’autre » (Artaud).

 

C’est au cours des derniers mois de son internement à Rodez, à partir de l’année 1945, qu’Artaud réalise ses premiers « grands dessins », sur des feuillets de 65 x 50 cm, le plus souvent au crayon et craies de couleur. Le 10 janvier 1945, il écrit à Jean Paulhan : « Je me suis mis à faire de grands dessins en couleurs. J’en ai envoyé deux à Jean Dubuffet qui m’avait demandé de les faire photographier et j’en ai achevé plusieurs autres. Ce sont des dessins écrits, avec des phrases qui s’encartent dans les formes afin de les précipiter. Je crois de ce côté être parvenu à quel chose de spécial, comme dans les livres et au théâtre. »

Mais lorsqu’il revient à Paris, « après neuf années d’internement qui sont autant d’années d’indicibles épreuves, de souffrance, d’isolement, d’incompréhension, d’ébranlements physiques et psychiques liés aux divers traitements psychiatriques infligés, Antonin Artaud, hormis les dessins qu’il réalise sur des cahiers en même temps que ses écrits, fait presque exclusivement des portraits. Il représente les amis qui l’entourent et ceux qu’il va rencontrer pendant les dernières années de sa vie. Il semble à ce moment-là que le visage humain devienne le centre à travers lequel va passer de façon démiurgique toute son énergie pour déchiffrer et révéler ce que l’être a imprimé de douleurs, de carcans, de destinée terrible touchant l’insondable profondeur de notre accès au monde » (Nicolas Cendo in Antonin Artaud, Œuvres sur papier (catalogue d’exposition), Musée Cantini, Marseille, 17 juin-17 septembre 1995, p. 161). 

Si la plupart de ces portraits a rejoint les collections publiques grâce au legs Paule Thévenin en 1993, quatre sont aujourd’hui conservés dans la collection Florence Loeb, ce qui la distingue très certainement comme le plus important ensemble de dessins d’Artaud en mains privées. Ces quatre dessins, en plus de Figures (lot 49), figuraient tous au catalogue de la première exposition de dessins d’Antonin Artaud, organisée par Pierre Loeb en 1947.

Selon Jacques Prevel, l’autoportrait du 17 décembre répondait aux clichés du reportage photographique de Denise Colomb, sœur de Pierre Loeb, sur Artaud (voir p. 55). Celui-ci avait jugé ces images de lui-même trop théâtrales. Artaud choisit alors l’angle le plus frontal pour se montrer tel qu’en lui-même : jamais une face n’aura été autant de face, saisie dans sa plus grande vulnérabilité, dans toute la gloire de son effroyable pauvreté. Artaud imprime à sa propre tête une violence qui n’a d’égale que celle infligée par son existence. Mais avec une douceur du trait inédite, par laquelle la mine de graphite habituellement sauvage des dessins d’Artaud atteint ici son plus haut degré de suavité.

 

« Dans l’extraordinaire Autoportrait du 17 décembre 1946, le regard est exacerbé par un déplacement curviligne à partir de l’intervalle des deux yeux, laissant la face se fondre en un suspens de lignes de fuite, pareille à une surface sur laquelle n’aurait prise que la profondeur sous-jacente. Les courbes inverses des traits marquant la chevelure tout autour du visage accentuent l’intériorité de celui-ci jusqu’à la tension extrême des yeux, dont on ne sait si l’espace qu’ils scrutent se situe au dehors ou en-dedans. Le cou à peine esquissé laisse néanmoins bien visible la place du larynx d’où émerge la pomme d’Adam, sources et réceptacle des vibrations de la voix et du cri. C’est que pour Antonin Artaud le visage est cet espace de lucidité absolue où, comme sur une scène de théâtre, se joue, s’exacerbe le drame combien cruel d’une impossibilité qui demeure notre lot, celle de se retrouver retranchés, de se situer en ce vide qui nous sépare de la réalité, tandis que chargés de chair et de mort, nous ne parvenons pas vraiment à naître » (Nicolas Cendo, Ibid., p 161).

 

Dans la représentation des traits du visage, Artaud cherche à saisir le sens d’un destin individuel, l’histoire qui le façonne, le temps qui le ruine. Or, le visage humain n’a pas encore trouvé sa véritable forme et le peintre véritable doit lui trouver ce qui lui manque, sa face. C’est ainsi que le visage parti à la conquête de lui-même, pourra enfin commencer « à dire ce qu’il est et ce qu’il sait » : ici, c’est avec la bouche restée close, comme fondue par l’épreuve des électrochocs, qu’Artaud le Momô commence à raconter sa véritable histoire.

 

« Depuis mille et mille ans que le visage humain parle et respire
on a encore l’impression qu’il n’a pas encore commencé à dire ce qu’il est et ce qu’il sait ;
Et je ne connais pas un peintre dans l’histoire de l’art, d’Holbein à Ingres, qui, ce visage d’homme, soit parvenu à le faire parler. Les portraits d’Holbein ou d’Ingres sont des murs épais, qui n’expliquent rien de l’antique architecture mortelle qui s’arc-boute sous les arcs de voûte des paupières, ou s’encastre dans le tunnel cylindrique des deux cavités murales des oreilles ». (Antonin Artaud, Le Visage humain)

 

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 Artaud et Van Gogh

Seul Van Gogh, aux yeux d’Artaud, a su « faire parler » le visage, surtout le sien. C’est en compagnie de Pierre Loeb et Florence Loeb qu’Artaud visitera la grande exposition Van Gogh au musée de l’Orangerie en janvier 1947, un mois après la date de notre autoportrait. Le choc produit sur Artaud par sa découverte des peintures du « suicidé de la société » aura valeur d’un tremblement de terre, lui inspira certaines de ses pages les plus célèbres, ainsi qu’un vibrant hommage dans le texte, « Le Visage Humain » qu’il donna pour la plaquette de son exposition à la Galerie Pierre, en juillet 1947 :

« Le seul Van Gogh a su tirer d’une tête humaine un portrait qui soit la fusée explosive du battement d’un cœur éclaté,
Le sien.
La tête de Van Gogh au chapeau mou rend nulles et non avenues toutes les tentatives de peintures abstraites qui pourront être faites depuis lui, jusqu’à la fin des éternités (...) 
C’est pourquoi, dans les portraits que j’ai dessinés, 
j’ai évité avant tout d’oublier le nez, la bouche, les oreilles ou les cheveux, mais j’ai cherché à faire dire au visage qui me parlait,
le secret
d’une vieille histoire qui a passé comme morte dans les têtes d’Ingres et d’Holbein (...) ». (Antonin Artaud, Ibid.)

 

Van Gogh est bien le peintre qui, dans son autoportrait, a su signifier son mal et l’analyser, figure exemplaire d’un philosophe qui n’existe pas encore :

« l’œil de van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je me vois me disséquer moi-même du fond de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens en ce moment vivre en lui, mais celui d’un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie (...)
Je suis comme ce pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes et il ferait beau voir qu’une médecine quelconque vienne me reprocher de me fatiguer. » (Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société)

 

L’exercice de l’autoportrait coutait physiquement beaucoup à Artaud. Le docteur Jean Dequeker, l’interne qui le soigna à Rodez, décrira ainsi l’état dans lequel Artaud avait achevé son premier grand autoportrait, daté du 11 mai 1946 :

« Il travaillait avec rage, cassait crayons sur crayons, souffrait les affres internes de son propre exorcisme. Au milieu des cris et des poèmes les plus enfiévrés qui soient sortis de sa rate de supplicié, il frappait et incantait un peuple de larves rebelles, lorsque tout à coup, saisissant la réalité, son visage apparut. 
C’était l’horrible lucidité de la création d’Artaud par lui-même. L’horrible masque de tous les horizons asservis (...) Et quand le visage fut devenu identité symbolique de son visage, et quand sa noire matière fut étalée devant lui comme une fascination, se réalisa le destin tragique de l’acteur dont il est dit dans Le Théâtre et son double qu’une fois lancé dans sa fureur, il lui faut infiniment plus de vertu pour s’empêcher de commettre un crime qu’il ne faut de courage à l’assassin pour exécuter le sien. De la rage créatrice avec laquelle il a fait sauter tous les verrous de la réalité et tous les loquets du surréel, je l’ai vu crever aveuglément les yeux de son image. 
Car c’était ça pour lui être visionnaire : regarder avec le noir des yeux la réalité de l’autre côté des choses. » (Revue La Tour de feu, n° 63-64, décembre 1959).

L’autoportrait suivant, celui de décembre 1946, a bien changé la donne. Artaud a désormais traversé le miroir : c’est lui qui regarde avec l’autre côté des yeux la réalité de notre côté des choses. 

Son visage n’a jamais brûlé d’une telle force insurrectionnelle mais il touche enfin à l’équilibre miraculeux des paysages de Van Gogh, cette alliance de force barbare et d’infinie délicatesse qui écartèle ses toiles et fait vivre ses paysages « tourbillants et pacifiques, convulsés et pacifiés ».

 

Crédit : http://www.sothebys.com/fr/auctions/ecatalogue/lot.48.html/2012/collection-florence-loeb-sources-et-affinits

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