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Quel est pour vous l’événement le plus important de 2017 ?

La Chine de Xi Jinping. Les nouvelles routes de la Soie

D 8 janvier 2018     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Paris (GMT+1)

Pékin (GMT+8)

La question était posée à Roselyne Bachelot le 28 décembre 2017 sur le plateau de « C à vous » sur France 5.

Alors que nos analystes politiques surfant le plus souvent sur la vague de l’actualité du temps court - une vague chassant l’autre - sont submergés par l’écume éphémère, au détriment du temps long, auquel s’ajoute un effet déformant de l’espace-monde autour de notre nombril franco-français, Roselyne Bachelot choisit le XIXe Congrès du Parti Communiste Chinois (18-25 octobre 2017) comme événement le plus important de 2017.
_ Il est parfois des émissions de divertissement qui disent plus et mieux que de longues analyses d’experts politique en titre. C’est vrai que Roselyne Bachelot, avant de se convertir en chroniqueuse médiatique, a baigné dans la politique tant par sa propre action publique que celle de son père, parlementaire avant elle, et pour qui elle dépouillait la presse tous les matins. Sa bonne humeur et son franc parler aidant, nous restituons en ouverture de cet article le fichier audio de son intervention, quelques mots qui nous semblent bon d’écouter.

La visite officielle d’Emmanuel Macron en Chine en ce début 2018 prend acte du sacre de Xi-Jinping lors de ce congrès, de ses ambitions planétaires, avec l’objectif affiché de devenir la première puissance mondiale à l’horizon 2050, et en politique pragmatique, Emmanuel Macron vise à associer la France au nouveau rêve planétaire chinois. Ce rêve inclut le domaine écologique, biais par lequel notre président va tenter d’initier des projets communs, mais le rêve chinois va bien au-delà avec son projet de « Nouvelles Routes de la Soie » sur lequel nous reviendrons, projet qui vise rien moins qu’à mettre la Chine au centre du monde, à la renaissance de l’Empire du Milieu.

Quel est pour vous l’événement le plus important de 2017 ?

R. B. : « J’ai choisi le XIXe Congrès du Parti Communiste Chinois parce que
on se regarde terriblement le nombril,
on met en exergue des événements qui sont microscopiques, la phrase de machin, la phrase de truc... alors qu’il se passe des événements considérables sur la planète, on est dans une planète-monde et ce XIXème Congrès du Parti Communiste voit le triomphe de Xi Jinping.

C’est un événement considérable qui va influencer, qui va influer la vie quotidienne des Français, finalement leur travail, le chômage, beaucoup plus que les ordonnances de Monsieur Macron.
C‘est quelqu’un qui dit clairement - qui inscrit son pays dans la vision de 2050 -, qui dit et qui s’en donne les moyens, à la fois des moyens économiques et des moyens antidémocratiques - de faire de son pays, avec 1milliard 300 millions d’habitants [1], la première puissance du monde, qui dit clairement qu’il pillera les intelligences et la substance de nos démocraties. Et il le dit avec un sourire plein de gentillesse, après d’ailleurs, avoir éliminé à peu près tous ses opposants.

Cet homme, ce XIXème congrès nous dit des choses terriblement importantes et je suis surprise
qu’il n’y ait pas dans les journaux, systématiquement, quelle que soit leur nature, un éditorial, un article qui nous parle tous les jours de la Chine.

Il n’y a rien de plus important que de parler de la Chine

 

 

Le XIXe Congrès du Parti Communiste Chinois

Revenons sur cet événement. Cela semble déjà loin mais pourtant c’était hier du 18 au 24 octobre 2017, le grand rendez-vous de la vie politique du pays dans le Palais du Peuple, place Tiananmen, en plein cœur de la capitale.
 
Organisé tous les cinq ans, c’est un congrès politique qui n’a rien de comparable avec ceux que l’on peut observer dans les autres pays du monde. Quand le Parti communiste chinois (PCC) se rassemble, c’est pour réfléchir à la destinée des quelque 1,4 milliard d’habitants du pays le plus peuplé de la planète.

 Décryptage de cet événement politique majeur et de ses enjeux.

 
4 choses à savoir sur le régime de Xi Jinping

1. Un congrès pour la gouvernance du pays

Le XIXe congrès du Parti communiste chinois a rassemblé environ 2 300 délégués. Ils sont chargés de désigner le comité central (205 membres), sorte de parlement du Parti, qui, lui, consacre en son sein le noyau dirigeant : les 25 membres du bureau politique, dont le secrétaire général – Xi Jinping depuis le précédent congrès en 2012.

En pratique, le pouvoir est entre les mains des sept membres permanents du Bureau politique. Comme dans tous les systèmes de type soviétique, le Parti prime l’État : ainsi, Xi Jinping tient son pouvoir de ses fonctions de secrétaire général du PCC, auxquelles il a accédé en 2012, avant celles de président de la République populaire (il a été élu par le parlement en 2013). 

 

2. Un tour de vis sécuritaire depuis 2012

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, la Chine a assisté à une réduction des libertés, destinée à garantir la sacro-sainte stabilité du régime. Ainsi, le contrôle du réseau internet, déjà très strict, a été encore accentué à travers une loi sur la cybersécurité en 2017 qui impose de nouvelles limites à la liberté d’expression et oblige les entreprises à stocker les données de leurs utilisateurs en Chine.

Sur le plan de la justice, plus de 200 militants des droits de l’homme et avocats de personnalités ’sensibles’ pour le régime ont été interpellées en 2015. La majorité d’entre eux a été relâché mais certains ont été condamnés à des peines allant jusqu’à sept ans de prison.

La même année, une loi sur la sécurité nationale a été adoptée. Les organisations de défense des droits de l’homme estiment qu’elle offre à la police des pouvoirs discrétionnaires concernant la société civile. Enfin, les religions, principalement l’islam et le bouddhisme, sont très encadrées et strictement surveillées.

3– Xi Jinping, un président qui veut s’installer durablement

Pour le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong, le dirigeant ’cherche à se poutiniser’ en restant au pouvoir indéfiniment. Depuis sa prise de fonction, Xi Jinping a placé des fidèles aux postes-clés, aidé par une campagne anti-corruption qui a sanctionné plus de 1,3 million de cadres. S’il n’est pas revenu sur le passage à ’l’économie de marché socialiste’, son pouvoir s’est accompagné d’un retour de l’idéologie marxiste et d’une répression tous azimuts (voir ci-dessus).

’Cela ne plaît pas à tout le monde en Chine’, ajoute Jean-Pierre Cabestan. ’Il y a des gens qui sont contre l’idée qu’il reste plus de 10 ans’, dit-il, notant que ’le retour à la maoïsation suscite la perplexité dans le pays’. 

 


Sud Ouest, CRÉDIT PHOTO : WANG ZHAO / AFP

4– « Une nouvelle ère » pour la Chine

Dans son discours devant les délégués, pendant plus de trois heures ce mercredi, Xi Jinping a promis « une nouvelle ère » du socialisme à la chinoise, dont il a brossé le tableau jusqu’en 2050. Le président chinois n’a laissé aucun espoir de libéralisation du régime. « Chacun d’entre nous doit en faire davantage pour défendre l’autorité du parti et le système socialiste chinois et s’opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper », a-t-il martelé.

En direction du reste du monde, Xi Jinping a assuré que son pays allait ’s’ouvrir encore davantage’ et promis un traitement ’équitable’ aux entreprises étrangères. ’L’ouverture amène le progrès, la fermeture nous ramène en arrière. La Chine ne va pas fermer ses portes, mais s’ouvrir davantage’, a-t-il assuré.

Il s’est aussi dit décidé à poursuivre la modernisation militaire afin de ’faire de l’armée populaire une armée de premier ordre’ à l’horizon 2050. Il a enfin lancé une mise en garde au frère ennemi taïwanais, tenté par une séparation définitive avec la Chine, l’avertissant que Pékin ’a les moyens de vaincre les tentatives séparatistes en faveur de l’indépendance taïwanaise’.

www.sudouest.fr

 Xi Jinping « nouvel empereur » de Chine

François BOUGON, chef adjoint du service international au Monde, correspondant à Pékin de 2005 à 2010, auteur de ’Dans la tête de Xi Jinping’, est interviewé par Axel de Tarlé le 19 octobre 2017 sur le plateau de l’émission « C à dire » (France 5)

 


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 Clôture du XIXe Congrès du Parti Communiste chinois : Xi Jin Ping, l’empereur rouge

vue par l’éditorialiste Vincent Hervouet, sur Europe matin, le mercredi 25 octobre 2017.

 La presse a beaucoup glosé sur le fait que la pensée de Xi Jinping était maintenant partie intégrante de la Charte du PCC (les « Tables de la Loi » du parti) mais peu rappelé ce qui figure explicitement, pourtant dans les actes du congrès, la réaffirmation de la mise en œuvre du colossal projet des « nouvelles routes de la soie ».
 

 

 « Nouvelles routes de la soie » : les ambitions planétaires de Xi Jinping

Ce projet pharaonique a été lancé par le président chinois, à peine arrivé au pouvoir en 2013, internationalisé avec le forum de Pékin de mai 2017 visant à le consolider, forum qui a réuni les représentants de 65 pays concernés, lesquels représentent rien moins que 60 % de la population mondiale et environ le tiers du PIB mondial. pour plus de 1.000 milliards de dollars d’investissements Les « nouvelles routes de la soie » ont l’ambition de cimenter les relations commerciales de la Chine avec l’Europe et l’Afrique, redonnant vie à l’antique route de la soie qui acheminait à dos de chameau des produits de l’empire du Milieu vers l’Europe et vice versa, à travers l’Asie centrale. Connu en Chine sous le nom de « Initiative de la ceinture et de la route » (Belt and Road Initiative, BRI) ou encore nommée « One Belt One Road » (OBOR), le projet vise à construire des liens terrestres ferroviaire, routiers mais aussi maritimes vers l’Afrique et l’Europe. Le projet inclut également des investissements non liés directement aux transports, dans de vastes « corridors » de développement économique  : centrales électriques, oléoducs, télécommunications (fibre optique, liaisons satellites), zones industrielles, équipements touristiques, etc.
Il a été réaffirmé dans les actes du XIXème congrès.

 


Détail d’une carte nautique catalane représentant l’Asie du XIIIe siècle. Majorque, 1375, Bibliothèque nationale de France, Paris. JOSSE / LEEMAGE
 

Lors de son discours d’ouverture du premier sommet des « nouvelles routes de la soie » en mai 2017, Xi Jinping a largement invoqué l’histoire chinoise millénaire et « l’esprit de la Route de la soie », inspiré par la « paix » et la « coopération ».

« Pour l’historien chinois Zhao Suisheng, de l’université de Denver, cette vision du numéro un chinois s’appuie sur le mythe d’une Chine impériale garante de l’harmonie et de la stabilité régionale par opposition à l’usage de la force par les puissances européennes pour établir des colonies. » [2]

 

Que veut la Chine  ?

1. Assurer ses approvisionnements  : sa consommation d’hydrocarbures a triplé depuis 2000. Une bonne part vient du Moyen-Orient en passant par le détroit de Malacca. Pour être moins dépendante des routes maritimes, la Chine veut importer davantage de pétrole de Russie, notamment. Au Kazakhstan, un quart de la production est déjà assuré par des compagnies chinoises.

En même temps, la Chine multiplie les investissements en Afrique, source de matières premières. La Chine y a financé à 90 % la ligne ferroviaire Nairobi-Mombasa et espère en construire une vers le Sud-Soudan riche en pétrole. Elle a construit une base militaire à Djibouti, sur une voie maritime stratégique.

2. Écouler ses surplus  : les chantiers de la BRI doivent absorber une partie des surcapacités chinoises en acier ou en ciment, ouvrir des marchés à ses fabricants de trains à grande vitesse, de centrales électriques, etc., et faciliter l’exportation de ses biens de consommation. Il s’agit aussi de développer les régions de l’intérieur de la Chine, en retard par rapport aux provinces côtières.

Qui sont les pays partenaires du projet chinois  ?

Lors du forum de mai 2017, face à plus d’une centaine de délégations venues du monde entier, le président chinois a voulu apparaître une nouvelle fois comme le grand défenseur du libre-échange et de la mondialisation, au moment où l’Amérique de Donald Trump semble vouloir engager un tournant protectionniste. Les dirigeants de 29 pays sont présents à Pékin pour l’événement, dont Vladimir Poutine (Russie) et Recep Tayyip Erdogan (Turquie). Mais ce forum ne semble pas avoir séduit beaucoup de dirigeants occidentaux. La France est représentée par l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

La version 2017 consiste en une série d’investissements dans des projets ferroviaires, autoroutiers, portuaires ou énergétiques, avec à la clé la création de parcs industriels ou de zones franches en Asie, en Europe centrale et au Moyen-Orient. La Banque de développement de Chine à elle seule a prévu de débloquer plus de 800 milliards d’euros d’investissements sur 900 projets. Le géant asiatique cherche ainsi à sécuriser son approvisionnement en matières premières ainsi que l’acheminement de ses produits vers ses principaux marchés, particulièrement l’Europe.

Quelles sont les réserves sur ces « nouvelles routes de la soie »  ?

De nombreux spécialistes disent douter de la capacité du régime communiste à jouer le rôle du défenseur du système commercial multilatéral. « Nous espérons que la Chine appliquera chez elle ce qu’elle prêche sur la scène internationale », déclarait l’ambassadeur de l’Union européenne à Pékin, Hans Dietmar Schweisgut, évoquant les entraves au commerce dont se plaignent les entrepreneurs étrangers dans ce pays.

Les trains de marchandises qui relient désormais la Chine à une trentaine de villes européennes sont nettement plus remplis dans le sens Chine-Europe, souligne la sinologue June Teufel Dreyer, de l’université de Miami. Pour les pays qui acceptent les investissements, met-elle en garde, « ce qui pourrait apparaître positif pourrait en fait les lier à une toile d’araignée centrée sur la Chine », avec des prêts chinois difficiles à rembourser [3].

D’après Dorian Malovic, La Croix,

 
La France et l’Allemagne prudentes

Dans les pays de l’Europe centrale et orientale, c’est l’enthousiasme qui prime face aux investissements chinois. ’Certains considèrent l’éveil de la Chine et de l’Asie comme une menace, nous y voyons une opportunité énorme’, a déclaré le Premier ministre souverainiste hongrois Viktor Orban lors d’un sommet qui a réuni fin novembre à Budapest la Chine et 16 pays d’Europe centrale, orientale et balkanique, membres ou non de l’UE.
A cette occasion, Pékin a annoncé l’octroi de près de 3 milliards d’euros pour des projets, comme la construction d’une ligne de chemin de fer entre Belgrade et Budapest.

En Europe occidentale en revanche, certaines capitales, notamment dans les pays du nord, ne cachent pas leur inquiétude. Les nouvelles routes de la soie, ’une formule sexy pour cacher une ambition de domination mondiale ?’, s’interroge un diplomate occidental de haut rang [4]

Crédit : Nouvel Observateur

Des projets d’infrastructure qui s’articulent autour de six bassins économiques

« One Road, One Belt ’ est organisé jusqu’à présent autour de six grands bassins économiques :

1. L’axe Chine, Russie et Mongolie, comporte essentiellement des routes ferroviaires pour acheminer les marchandises vers l’Europe et inversement.

2. Chine-Asie centrale et occidentale : c’est l’autre grand axe qui relie l’Est à l’Ouest.

3. Chine-Asie du Sud-Est : l’aménagement de la sous-région du Mékong fait l’objet d’une âpre concurrence entre la Chine et le Japon. Dans le cas des routes de la soie, cette partie doit permettre à Pékin d’avoir un accès direct à Singapour.

4. L’Eurasia Bridge : l’autoroute est-ouest par excellence

5. Le corridor économique au Pakistan : un projet chiffré pour l’instant à 46 milliards de dollars qui doit permettre à la Chine d’avoir, depuis le Xinjiang, un accès au golfe du Bengale par le port de Gwadar. Un chantier titanesque.

  China turning Pakistan’s Gwadar into World’s largest strategic giant port : VOA ( Plus ICI )

6. Chine-Inde-Bangladesh-Myanmar : un pipeline doit partir de la côte occidentale de la Birmanie et remonter jusqu’à Kunming.

M. G, Les Echos

 

Les anciennes routes de la soie au coeur de l’Histoire


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Signalons l’essai Peter Frankopan sur Les (anciennes) routes de la soie qui relit l’Histoire non pas à partir de la vision traditionnelle occidentale , mais à travers la vision chinoise à partir des routes de la soie.

Ceci nous aidera à mieux comprendre le mental chinois et en particulier celui de Xi Jinping.

Peter Frankopan. renverse notre récit traditionnel de l’Histoire qui gravite autour de la Grèce antique, de Rome, de l’irrésistible ascension de l’Europe, et qui mérite, selon lui, une relecture urgente et approfondie. Notre gallicanisme nous a fait voir le monde graviter autour de nous et autour de l’Europe, mais si nous abandonnons ce tropisme pour regarder l’histoire du monde à partir de l’Asie et de la Chine, le son de cloche n’est plus seulement celui de Rome et de l’Occident chrétien. 

Et Xi Jinping a si bien compris que l’Histoire se faisait par les voies de communication, les flux d’échanges entre empires qu’il a réaffirmé solennellement son grand projet d’expansion vers le Monde : les nouvelles routes de la soie du XXIème siècle.

 Biographie de l’auteur

Frankopan Peter : Né en 1971, Peter Frankopan est historien et professeur au Worcester College d’Oxford. Il dirige le Centre de recherches byzantines de l’Université d’Oxford. Il enseigne également aux universités de Yale, Harvard, Princeton et Cambridge. Il est l’auteur d’une nouvelle traduction de l’’Alexiade’ d’Anna Comnène (2009) et d’une ’Histoire de la Première croisade’ (2012), unanimement saluée.

 

 


La visite d’Emmanuel Macon

 
Les enjeux

 


Emmanuel Macron et Xi Jinping à Hambourg, au sommet du G20, le 8 juillet 2017 (Jacques Witt/SIPA)

Réchauffement climatique, signature de contrats, déséquilibre commercial, ’nouvelles routes de la Soie’ : les deux pays ont de nombreux points à aborder.

Le réchauffement climatique parmi les dossiers phares

Pékin s’est réjoui qu’Emmanuel Macron ait choisi la Chine pour son premier déplacement en Asie. ’Nous espérons que la visite aidera à renforcer la confiance politique mutuelle et la communication stratégique entre les deux parties’, a déclaré mardi le ministère chinois des Affaires étrangères.

Le but du voyage est autant économique que diplomatique. L’un des dossiers phare devrait être la lutte contre le réchauffement climatique où la Chine, premier pollueur mondial mais aussi premier investisseur dans les énergies propres, joue un rôle clé depuis la décision américaine de quitter l’accord de Paris, explique l’Elysée, qui souhaite un coleadership mondial avec la Chine dans ce dossier.

Rééquilibrage commercial souhaité

Sur le plan économique, Emmanuel Macron devrait plaider pour un rééquilibrage des relations commerciales. C’est avec la Chine, 2e fournisseur et 8e client, que la France enregistre son plus important déficit commercial, soit 30 milliards d’euros.

Paris pourrait conclure des ventes d’Airbus et de moteurs Safran, d’une usine de retraitement des déchets radioactifs ou encore de maisons de retraite. La France espère aussi un accès plus ouvert pour ses exportations agricoles ou ses réseaux bancaires.

Des accords devraient aussi être conclus dans les domaines du patrimoine, avec le projet d’un Centre Pompidou provisoire à Shanghai, dans l’intelligence artificielle et les villes durables.

Sur le plan stratégique, Emmanuel Macron espère en particulier obtenir l’appui de Pékin à la force militaire du G5 Sahel, après avoir obtenu celui de Washington.

Demande de réciprocité sur l’ouverture des marchés

Le sujet le plus délicat devrait être la volonté de l’UE de renforcer le contrôle des investissements stratégiques par les groupes non européens.
’L’intention de la France n’est pas de barrer la route à la Chine’, a assuré jeudi le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. ’Mais il convient d’établir un partenariat fondé sur la réciprocité en matière d’ouverture des marchés. [...] Nos interlocuteurs chinois préfèrent le mot ’gagnant-gagnant’. Pourquoi pas, à condition que ce ne soit pas le même qui soit deux fois gagnant’, a-t-il averti.

Pékin attend de son côté que la France clarifie la position de l’Europe sur son monumental programme des nouvelles routes de la Soie

Crédit :  L’Obs (avec AFP)

 
Macron attaque sa visite en Chine par un pélerinage aux routes de la Soie

AFP, 08/01/2018

 


© POOL/AFP / Andy Wong  

Emmanuel Macron a attaqué lundi sa première visite d’Etat en Chine par un pèlerinage aux sources des antiques routes de la Soie, lieu symbolique pour évoquer une alliance entre Paris et Pékin en matière commerciale et climatique.

Le président français est arrivé en début de journée à Xian, ancienne capitale de l’empire chinois qui fut le point de départ de la route de la Soie, ancienne voie commerciale remise au goût du jour par le président chinois Xi Jinping.

 


Emmanuel Macron prononce un discours au palais Daminggong, à Xian, en Chine, le 8 janvier 2018 © LUDOVIC MARIN AFP

Ce dernier, qui devait accueillir son homologue français dans la soirée à Pékin, a lancé en 2013 un projet colossal de construction de routes, ports, voies ferrées et parcs industriels entre la Chine et l’Europe et même au-delà. Cette initiative doit couvrir 65 pays, pour des investissements de plus de 1.000 milliards de dollars.


Emmanuel et Brigitte Macron visitent la pagode de la Grande pagode de l’oie sauvage, à Xian, en Chine, le 8 janvier 2017 © ludovic MARIN POOL/AFP
« Ma volonté est que la France et l’Europe (...) soient au rendez-vous offert par la Chine », a assuré Emmanuel Macron dans un long discours cadre sur les relations franco-chinoises, alors que la France était jusqu’ici restée prudente face à un projet qu’une partie des Européens juge dangereusement expansionniste de la part de la deuxième puissance économique mondiale.

Dans un entretien accordé au site chinois China.org, M. Macron a même assuré que Paris était prêt à jouer « un rôle moteur » dans la concertation euro-chinoise sur ce projet.

 Seul bémol, que mettent habituellement les Européens soucieux d’éviter un simple déversement des excédents productifs chinois sur l’Asie centrale, M. Macron a appelé à travailler sur ce projet ’dans le cadre d’un partenariat équilibré où les règles de financement correspondent à nos standards et à ce que nous recherchons ensemble’.

’Ces routes sont en partage et elles ne peuvent être univoques’, a-t-il averti dans son discours.

Dîner à quatre

Face à la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le réchauffement, M. Macron a annoncé qu’il proposerait à Xi Jinping de ’relancer la bataille climatique’.

Sans la décision de la Chine d’y demeurer, ’l’accord de Paris n’aurait pas survécu’ à la décision américaine, a-t-il souligné, tout en notant que la Chine reste le premier pays émetteur de gaz à effet de serre.

’Nos destins sont liés’, a-t-il lancé. ’L’avenir a besoin de la France, de l’Europe et de la Chine. Nous sommes la mémoire du monde. Il nous appartient de décider d’en être l’avenir’, a assuré le président français.

Emmanuel Macron doit séjourner jusqu’à mercredi dans la capitale chinoise. Accompagné de son épouse Brigitte, il devait s’entretenir lundi soir avec Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan, avant un dîner privé à quatre.

Mardi, point fort du voyage, il sera reçu de manière beaucoup plus formelle. Au programme, une visite de la Cité interdite, une rencontre avec le président de l’Assemblée nationale populaire et le Premier ministre, une cérémonie d’accueil, la signature d’accords et de contrats, une déclaration conjointe puis un dîner d’Etat au Palais du peuple.

Ce premier voyage en Asie marque une nouvelle étape pour sa diplomatie, concentrée jusqu’ici sur l’Europe et l’Afrique. Emmanuel Macron veut faire de Xi Jinping son allié dans plusieurs domaines : environnement, anti-terrorisme, appui à la force du G5 Sahel et au développement des énergies renouvelables en Afrique.


Échanges commerciaux France-Chine © Adrien Lac AFP

Paris et Pékin ont cependant des points de friction. La France, qui souffre d’un déficit commercial de 30 milliards d’euros avec la Chine, veut ’rééquilibrer’ la relation et prône une réciprocité dans l’ouverture des marchés entre l’UE et la Chine. Elle pousse aussi pour que l’UE contrôle davantage les investissements, notamment chinois, dans les secteurs stratégiques.

M. Macron est accompagné par une délégation de plus de 50 chefs d’entreprise.

© 2018 AFP et Le Point


[1en fait, près de 1milliard 400 millions, aujourd’hui.

[2Le Monde, 04/08/2017

[3ou comment transformer, à terme, un emprunteur en vassal (note pileface)

[4Le point d’interrogation est quelque peu superflu. Version chinoise du cheval de Troie. C’est ainsi que la Chine a racheté le Port du Pirée, précurseur et aujourd’hui intégré dans « les nouvelles routes de la soie. », et que la Chine, plus récemment, s’était portée acquéreur de l’aéroport de Toulouse, avant que des politiques s’en émeuvent et bloquent le projet. (note pileface V.K.)

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4 Messages

  • Viktor Kirtov | 9 février 2018 - 09:44 1

    par Keith Johnson
    Slate.fr 08.02.2018

    Les opérateurs portuaires publics chinois sont au cœur d’une stratégie agressive adoptée par Pékin. La compagnie chinoise Cosco vient de concrétiser le rachat du terminal de Zeebruges, deuxième plus grand port de Belgique, établissant une première tête de pont dans le nord-ouest de l’Europe

    Le port du Pirée, en Grèce, désormais propriété de l’ultra-puissante entreprise chinoise Cosco. | Louisa Gouliamaki / AFP

    La grande initiative de politique étrangère chinoise, « Une ceinture, une route » (« One Belt, One Road »), qui se monte à plusieurs billions de dollars, est souvent tournée en ridicule et vue comme un concept flou ayant donné peu de résultats à ce jour.

    Mais dans les ports importants, de Singapour à la mer du Nord, des entreprises d’État chinoises ont décidé de mettre en œuvre ce plan en procédant à une série d’acquisitions agressives qui redessinent la carte des échanges commerciaux et du pouvoir politique à l’échelle mondiale.

    La Chine contrôle désormais près d’un dixième des capacités portuaires européennes

    Dernièrement, deux géants chinois aux poches bien remplies, Cosco Shipping Ports et China Merchants Port Holdings, ont cédé à la fièvre acheteuse, s’arrachant les aérogares de fret dans l’océan Indien, la mer Méditerranée et sur la côte atlantique. Le mois dernier encore, Cosco a concrétisé le rachat du terminal de Zeebruges, deuxième plus grand port de Belgique, établissant une première tête de pont dans le nord-ouest de l’Europe.

    Cette transaction fait suite à une multitude d’autres acquisitions en Espagne, en Italie et en Grèce ces deux dernières années. Les entreprises publiques chinoises, qui autrefois restaient proches de leur marché national, contrôlent désormais près d’un dixième des capacités portuaires européennes.

    Ces achats de ports sont l’expression la plus tangible de l’ambitieux projet de Pékin de relier la Chine à l’Europe par la mer, la route, les chemins de fer et les pipelines.

    Les ports constituent la base du volet maritime de l’initiative des nouvelles routes de la soie, qui serpentent de la mer de Chine méridionale à l’autre rive de l’océan Indien, traversent le canal de Suez et rejoignent le ventre mou de l’Europe.

    Renforcer son influence

    Pour la Chine, qui cherche toujours à oublier ce qu’elle considère comme un siècle d’humiliation de la part des pays occidentaux, couronné par l’ouverture forcée des ports chinois par des canonnières européennes, prendre le contrôle du commerce moderne constitue un moyen satisfaisant de revenir à la normale.

    « Il semblerait que l’objectif premier de la Chine soit de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’étranger et de renforcer son influence dans le monde », explique Paul van der Putten, expert de la Chine à l’Institut néerlandais des relations internationales.
    « L’ampleur des investissements dans les projets d’infrastructure clés réalisés dans le cadre de l’initiative “La ceinture et la route” va permettre à la Chine d’augmenter son influence politique dans ces pays. Ça ne fait aucun doute », affirme Turloch Mooney, responsable des ports mondiaux pour IHS Markit.

    Des groupes tentaculaires et soutenus par l’État

    L’industrie portuaire et maritime était autrefois dominée par des géants tels qu’A.P. Moller-MaersketHutchinson Ports, les autres compagnies n’étant que du menu fretin. Jusqu’à la naissance, en 2016, de Cosco, véritable requin né de lafusionde China Ocean Shipping et China Shipping Company. Ce groupe tentaculaire est composé de la compagnie maritime du même nom, de l’opérateur portuaire et d’autres entreprises de transport maritime.

    Et ce n’est pas tout : l’année dernière, le groupe a dépensé plus de six milliards de dollars dans l’acquisition d’un plus petit concurrent, Orient Overseas International, dans une optique de consolidation de l’activité. Cosco contrôle désormais l’une des plus grosses compagnies maritimes au monde (et la plus grosse hors d’Europe) et l’un des opérateurs portuaires les plus actifs.

    Inquiétudes européennes

    La vitesse à laquelle la Chine se développe dans des secteurs clés de l’économie européenne, tels que les ports, l’industrie énergétique et la haute technologie, met les nerfs des dirigeants européens à rude épreuve.

    À l’automne dernier, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a notamment alerté surles achats d’actifs tels que les ports par des entreprises étrangères, sans pour autant nommer expressément la Chine.La Commission travaille actuellement sur de nouveaux outils pour examiner les investissements étrangers dans les secteurs sensibles.

    Lors de sa visite en Chine le mois dernier, le président français Emmanuel Macron est allé plus loin en évoquant l’acquisition par Pékin d’infrastructures européennes majeures et en appelant à présenter un front européen uni.

    « La Chine ne peut pas respecter un continent où une partie des États membres se donne toutes portes ouvertes » ,

    a-t-ildéclaré d’après l’agence Reuters.

    […]

    Crédit : http://www.slate.fr/story/157396/chine-ports-europe

    Nota : « une partie des États membres se donne toutes portes ouvertes  » , là, est bien le problème, pas plus que les Européens n’ont respecté la Chine quand elle était faible -au temps de la guerre de l’opium - toutes ces conquêtes se font sous nos yeux, sans la moindre contrainte, sans coup de canon, avec l’assentiment des gouvernements et d’une Europe désunie, impuissante, qui regarde la caravane avancer inexorablement. Ici, les bateaux ont remplacé les panzers.


  • Viktor Kirtov | 11 janvier 2018 - 19:30 2

    Patrick de Saint-Paul (Le Figaro du 08/01/2018) parle d’ « un invraisemblable jeu de Go diplomatique ». Nous lui avons emprunté notre titre alors que son éditorial est intitulé « Face au dragon chinois ». Nous avons préféré, quant à nous, la partie de Go diplomatique pour qualifier les positions d’Emmanuel Macron, face à l’Initiative des nouvelles routes de la soie de XI Jinping.

    Le jeu de Go n’est-il pas d’origine chinoise comme le projet planétaire des nouvelles routes de la soie proposé au monde, par XI Jinping, le nouvel empereur de Chine ? Il en a défini les règles. E. Macron n’est pas homme à esquiver le combat, il l’a dit (voir l’extrait de son discours de Xi’ian que nous avons publié.) mais a pris soin de préciser sa propre interprétation de la règle du jeu. Notre président est jeune mais pas naïf et sans culture historico-économique : même quand le jeu est proposé par l’Occident, ce fut le cas pour l’admission de la Chine au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001, la Chine nous a roulés dans la farine.

    Cette admission au sein de l’OMC fut un formidable tremplin à l’origine de l’incroyable ascension de la Chine, devenue pendant ce temps la deuxième économie du Monde, avec l’ambition affichée de devenir la première économie du Monde à l’horizon 2050. C’est pourquoi Macron se doit d’entrer dans le jeu, comme il l’a fait.
    Mais sans oublier que même avec des règles édictées par l’Occident, la Chine les a détournées à son avantage, n’offrant pas un accès équitable aux marchés chinois pour nos entreprises, trichant effrontément et ne respectant pas les règles associées de libre marché, manipulant sa monnaie sans vergogne etc. Une période de transition était inévitable mais pas pour durer aussi longtemps. Encore aujourd’hui, cette transition n’est pas terminée et cette énorme tricherie est aussi, en partie, à l’origine du déclin de l’Europe.

    La métaphore du Jeu de Go nous semble d’autant plus appropriée que ses règles peuvent s’appliquer à l’initiative des nouvelles routes de la soie. Rappelons les brièvement : Le go est un jeu de plateau. Il oppose deux adversaires qui placent à tour de rôle des pierres, respectivement noires et blanches, sur les intersections d’un tablier quadrillé appelé goban. Le but est de contrôler le plan de jeu en y construisant des « territoires ». Les pierres encerclées deviennent des « prisonniers », le gagnant étant le joueur ayant totalisé le plus de territoires et de prisonniers.

    Si vous n’y voyez aucune analogie avec l’initiative des nouvelles routes de la soie, je ne voterais pas pour vous afin de défendre nos intérêts. Mais en conclusion de ce voyage officiel en Chine d’Emmanuel Macron, nous vous livrons deux analyses, sans doute plus autorisées que la nôtre, afin de juger des enjeux et de l’action chinoise de notre président.

    « Face au dragon chinois »

    L’éditorial de Patrick Saint-Paul

    Le Figaro, 08/01/2018

    Le chemin d’Emmanuel « Makelong » est encore long pour dompter le dragon chinois. Mais le chef de l’État l’a bien compris, même si la partie n’est pas sans risque : un invraisemblable jeu de go diplomatique vient de lui offrir une chance inespérée pour avancer ses pions dans cet empire à la gloire retrouvée.

    Derrière les murs rouges de leur nouvelle Cité interdite, les dirigeants chinois se frottent les mains de l’irrationnel retrait américain en Asie opéré par Donald Trump, En Allemagne, partenaire privilégié de Pékin en Europe, Angela Merkel paraît moins souveraine. La voie s’est dégagée pour Emmanuel Macron.

    A Xi’an, le président français a habilement joué la fibre de l’histoire millénaire chinoise, appelant se ses vœux des « outes de la soie » ouvertes dans les deux sens. La Chine a prévu d’investir l’équivalent de sept fois le plan Marshall dans ce projet économique phare pour étendre son influence sur le monde. A Pékin, il tentera de persuader Xi Jinping de rééquilibrer les échanges en ouvrant le marché chinois aux entreprises françaises, qui pourront accompagner la Chine dans la montée en gamme de son économie.

    Déjouer les pièges du contre-modèle offert par Pékin

    Attention, Emmanuel Macron devra déjouer un piège, lui qui pointe régulièrement les dangers posés par les régimes autoritaires aux démocraties libérales. Face au tout puissant Xi, il pourra rappeler que la libre circulation des idées, vecteur essentiel d’innovation, a aussi contribué à la gloire de l’antique Chang’an. Cependant, la susceptibilité est grande sur ces questions dans l’Empire rouge. A Macron, de trouver le juste ton.

    Il ne faut pas s’y tromper : le danger posé par un désengagement du monde à ce sujet est réel. Pour Xi, ces nouvelles routes sont un outil de domination. Obsédé par la survie du Parti communiste, il y voit un moyen de faire avancer le contre-modèle qu’il oppose aux démocraties occidentales. En Europe, les investissements chinois se concentrent sur les pays les plus fragiles, ceux qui pourraient un jour devenir dépendants économiquement de la seconde puissance économique, là où la tentation d’une dérive autoritaire plane déjà.

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    Emmanuel Macron et son homologue chinois Xi Jinping (©MARK SCHIEFELBEIN - POOL AFP)

    Emmanuel Macron affiche clairement l’objectif de s’imposer comme un leader sur la scène internationale. À ceci près que nous sommes face à une ambiguïté : quand il proclame que Europe is back, on reste quand même sceptique. Bien sûr, son voyage en Chine a été une réussite de communication, et en matière de politique étrangère, la communication est essentielle. La puissance est une prophétie auto-réalisatrice : il faut se comporter comme un puissant pour être regardé comme un puissant.
    Les précédents quinquennats nous avaient habitué à un tel renoncement à toute forme d’existence sur la scène internationale que la différence est vertigineuse. Grâce à François Hollande, les Chinois considéraient la France comme un pays en déclin, méprisable car ayant volontairement abandonné ce qui faisait sa force, et tout juste bon à leur vendre du luxe et des vins. Emmanuel Macron, lui, arrive à un moment où Angela Merkel est privée de toute voix et ne peut plus apparaître comme la présidente de fait d’une Europe soumise à ses desiderata. Très bien, mais les circonstances suffiront-elles sur le long terme ?
    Quelles sont les marges de manœuvre de Macron ? En Chine, il parle économie. Très bien ! Plaider pour l’équilibre des relations, c’est très gentil, mais on doute que ça limite les appétits chinois ! Et quand il réunit ensuite le "Med 7" (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre et Malte), il peut là aussi apparaître en leader de l’Europe, mais de quelle Europe ? Dans les précédentes réunions de ce petit club, on se proposait de promouvoir les politiques de relance et d’approfondir l’Union après le Brexit. Là, on a parlé frontières extérieures, sécurité, croissance… Bref, on s’est fait plaisir, Emmanuel Macron a été une fois de plus présenté comme un gagneur, celui à qui tout sourit et qui agit, mais quant à savoir sur quoi ça peut déboucher...
    À l’échelle du monde comme à l’échelle de l’Europe, rééquilibrer les rapports de force, ça prendra du temps. Macron chef de l’Europe ? Oui, quand il aura imposé à l’Allemagne la fin du dumping fiscal et social et un véritable protectionnisme européen pour répondre au libre-échange totalement déséquilibré des Chinois…

    Natacha Polony
    Crédit : https://www.sudradio.fr/editorialistes/polony


  • Viktor Kirtov | 11 janvier 2018 - 06:02 3

    X’ian le 8 janvier 2017. C’est à la fin de son discours d’une heure 15, qu’Emmanuel Macron a abordé le sujet de l’« Initiative des nouvelles routes de la soie » chère à XI Jinping. Notons qu’Emmanuel Macron, dans son discours, se place en porte-parole de la France, mais aussi de l’Europe…

    […] Je veux que vous compreniez une chose aujourd’hui : la France est là, qui se transforme en profondeur et veut être ce pays de dialogue et de construction d’un partenariat nouveau pour le vingt-et-unième siècle avec la Chine. Avec elle, c’est l’Europe qui est de retour et qui veut, par la construction de sa propre puissance, construire cette coopération équilibrée avec la Chine dans le siècle qui s’ouvre.

    Nous devons mettre fin à ces années passées qui ont parfois été des années de doute, de balbutiements et, ce faisant, parfois de craintes réciproques. Cette transformation pour moi doit nous conduire aussi à repenser la grammaire de la relation bilatérale. Il y a parfois eu de la défiance, il faut bien le dire, une interrogation légitime portée par la Chine et, parfois, de la peur du côté européen à l’égard des intérêts chinois, de la puissance chinoise. Je veux donc qu’ensemble nous puissions construire les règles d’une relation équilibrée, où chacun aura à gagner et dont nous devons, d’abord politiquement, définir le cadre avec les secteurs sur lesquels nous voulons coopérer ensemble et ouvrir, de part et d’autre, les accès et les marchés et les parts de nos économies où nous ne souhaitons pas le faire.

    C’est par un dialogue honnête, loyal, lisible que nous pourrons ainsi avancer. Je souhaite que ce soit cette méthode qui soit aujourd’hui adoptée pour la relation bilatérale. En préparant ce voyage, beaucoup m’ont expliqué que le mot de réciprocité n’était pas traduisible en chinois. D’autres m’ont dit : c’est qu’en fait, le mot de réciprocité ne doit pas être traduit en chinois parce qu’il est un irritant comme disent les diplomates ; il peut contrarier. Alors vous voyez, j’ai trouvé la longue périphrase pour ne pas parler de réciprocité et pour, au fond, dire : quand on construit une relation d’amitié, c’est une coopération équilibrée que l’on cherche.

    C’est une confiance qui se définit à tâtons. C’est le fait de dire qu’on décide de faire un pas puis l’autre et qu’on le décide ensemble, de manière assumée, transparente et équilibrée, et qu’il n’y a d’amitié qui ne dure si elle ne suit cette marche. Donc, c’est ainsi que nous allons faire pas à pas, avec détermination, mais parce que je suis profondément persuadé que c’est cette voie qui nous permettra d’avancer. C’est dans ce même esprit que je souhaite aussi que nous puissions avancer sur ces routes de la soie. En effet, ce « one belt, one road », c’est la perspective que la Chine s’est donnée et qu’elle a proposée au monde.

    Quand une proposition est sur la table, il n’est pas dans mes habitudes de ne pas en discuter. J’en comprends les opportunités pour la Chine sur le plan économique par la recherche de nouveaux débouchés internationaux ; sur le plan politique pour désenclaver certaines régions touchées par le sous-développement ; sur le plan diplomatique pour stabiliser par les échanges des zones fragiles où se trouvent des Etats en difficulté, des régions en développement ; sur le plan culturel puisqu’il s’agit aussi d’exercer un leadership avec la force des idées neuves.

    Je pense également que l’initiative des nouvelles routes de la soie peut rejoindre nos intérêts, ceux de la France et de l’Europe, si nous nous donnons vraiment les moyens d’y travailler ensemble. Après tout, les routes de la soie n’ont jamais été purement chinoises si je suis pleinement honnête. Lorsqu’on parle des routes de la soie maritimes, elles étaient d’abord portugaises. Sur terre, elles passaient par l’Asie centrale, l’Iran, l’Irak, Tyr et Antioche et, ce faisant, étaient sino-européennes. Le génie des premières routes de la soie a d’ailleurs été de réinventer bien souvent des routes européennes pour en faire des routes chinoises.

    Je ne suis pas en train là de dire que le secret défi que je suis en train de conduire serait de vouloir transformer ces nouvelles routes de la soie chinoises en routes européennes. Je suis en train simplement de dire que de manière consubstantielle, ces routes sont toujours en partage. Et si ce sont des routes, elles ne peuvent être univoques. Il doit y avoir des allers et des retours. Il y a des femmes et des hommes qui restent d’un côté et de l’autre de la route et tout au long de la route. Ce sont ces histoires qui font nos diasporas, nos vies croisées en partage.

    Je suis ainsi prêt à travailler aux objectifs affichés. Les programmes d’infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, maritimes, technologiques le long des routes de la soie peuvent apporter des éléments de réponse au déficit d’infrastructures, notamment en Asie, et créer des perspectives dans des secteurs tels que le transport, la gestion de l’eau et des déchets, la ville durable, l’économie verte. La mise en commun de ressources financières, publiques et privées, autour de projets transfrontaliers peut renforcer la connectivité entre l’Europe et l’Asie et, au-delà, jusqu’au Moyen-Orient et en Afrique, permettre de mieux intégrer, structurer, décloisonner par le commerce la croissance.

    Elle fera en même temps bien davantage et la ville de Xi’an en est l’exemple vivant. Ces premières routes de la soie ont ici apporté le bouddhisme et l’islam et le christianisme. Immanquablement, ces nouvelles routes de la soie conduiront à des échanges culturels, éducatifs et à des transformations profondes de tous les pays qu’elles traversent. Il s’agit enfin de se donner une nouvelle perspective à un moment où les grands récits partagés font cruellement défaut au monde. Je dois le dire, c’est l’un des grands mérites de ces routes de la soie proposées par le président XI Jinping.

    C’est que ces routes de la soie réactivent un imaginaire de civilisation, d’échanges féconds, de richesses partagées et elles montrent à tous ceux qui pensaient que nous étions dans un monde fatigué, post-moderne, où les grandes histoires étaient interdites que ceux qui décident de vivre des grandes histoires peuvent faire rêver les autres. Je crois profondément dans les grandes histoires. Il appartient maintenant à la France, et avec elle à l’Europe, d’apporter sa part d’imaginaire à cette proposition et d’y travailler dans les mois et les années qui viennent.

    Mais ces routes de la soie ne pourront pleinement être une réussite que si elles parviennent à créer ces coopérations équilibrées, ces richesses partagées, à donner envie de lancer des projets, à s’extirper des passions mauvaises, de la radicalité, du fanatisme, du repli pour se projeter vers un avenir meilleur. Bien sûr, je n’ignore rien des rapports de force qui existent dans toute initiative internationale structurante d’où qu’elle vienne. Et donc, je pense que pour avancer ensemble vers ces objectifs que nous partageons, nous devons aussi nous donner les bonnes règles. Travailler en commun avec cet esprit de coopération équilibrée et avoir cette volonté de cohérence.

    Les routes de la soie doivent répondre aux objectifs que nous nous assignons pour les biens communs. Ce doit être des routes de l’intelligence qui, dans chaque pays qu’elles traverseront, devront faire émerger une société civile, des talents, une capacité à innover dans les pays. Elles ne peuvent être les routes d’une nouvelle hégémonie qui viendraient en quelque sorte mettre en état de vassalité les pays qu’elles traversent. Elles doivent contribuer à l’intelligence du vingt-et-unième siècle.

    Ces routes de la soie doivent participer de cet esprit de justice, comme je l’évoquais, et donc être en quelque sorte des routes de la soie vertes. Aussi est-il indispensable que les investissements, le développement d’infrastructures, les choix qui sont faits tout au long de ces routes de la soie soient cohérents avec nos propres objectifs internationaux et ce que nous décidons dans nos propres pays.

    La transparence, l’interopérabilité, l’ouverture dans la passation des marchés publics, le respect des règles de concurrence, de propriété intellectuelle, le partage des risques sont des sujets que nous traitons ensemble dans le cadre du G20. Le respect de ces principes est bien sûr essentiel, tout simplement parce que ces principes permettent un partenariat mutuellement bénéfique, une soutenabilité financière accrue, et donc la réussite des projets engagés. Ils devront aussi nourrir cette philosophie nouvelle et ce sera au cœur du dialogue que nous aurons à conduire.

    Ce sera l’objet de mes échanges avec le président XI Jinping pour définir ensemble cet agenda de confiance que je veux que nous puissions mettre en œuvre. Je sais que certains voudraient encore dire : cet agenda de confiance doit participer d’un équilibre qui serait celui entre une puissance développée et un pays en développement. Mais la Chine n’est plus un pays en développement, c’est un pays en dépassement, largement. Et donc, il nous faut inventer là aussi les termes d’une relation nouvelle, et les routes de la soie sont l’expression même de cette nouvelle relation au monde de la Chine. Je souhaite que dans le dialogue qui est le nôtre, nous puissions en tirer toutes les conséquences.

    Je propose en méthode d’identifier très concrètement le cadre politique dans lequel nous pouvons construire ce partenariat, cette coopération et cette stratégie commune, le cadre de la relation à venir. Je suis convaincu très profondément que si l’Europe et la Chine savent ensemble se fixer ce cap, s’entendre sur ces principes et définir cette méthodologie, cette initiative pourra être une occasion de relancer de façon très pragmatique un multilatéralisme aujourd’hui en manque de réalisations concrètes.

    Je suis prêt à jouer un rôle moteur dans cette direction en veillant à ce que les pays européens avancent dans l’unité, parce que la Chine a besoin d’un interlocuteur solide pour échanger et construire sur son initiative. Je souhaite aussi que les routes de la soie à venir ne se limitent pas aux questions économiques mais soient éclairées en Europe par une compréhension approfondie de la Chine.

    Toutes les ressources doivent être utilisées à cette fin, depuis le monde de l’édition jusqu’au monde du théâtre et du cinéma ; depuis l’école de sinologie française, pionnière et reconnue, jusqu’au monde des arts. Ce sont bien les routes de l’échange qu’il nous faut ainsi construire. Vous l’avez compris, mesdames et messieurs, ma volonté dans ce cadre c’est bien que la France et l’Europe prennent toutes leurs responsabilités et soient au rendez-vous offert par la Chine.

    Il y a quelques semaines, je me suis rendu avec ma famille à la rencontre d’un petit panda né en France. Outre le plaisir des plus jeunes membres de ma famille – et, je l’avoue, le mien et celui de mon épouse qui en est la marraine - j’ai cherché auprès de lui quelques signes précurseurs de ma visite en Chine et je n’ai pas eu à chercher longtemps ce signe. Son nom seul a suffi à m’éclairer. Ce petit panda, en effet, s’appelle Yuang Meng, « l’accomplissement d’un rêve ». Nous vivons un temps où la France et la Chine peuvent se permettre de rêver ensemble.

    Nous sommes à un moment de l’année, je le sais, même si ce n’est pas encore le Nouvel An chinois, où il y a dans la définition que vous donnez de ce moment calendaire quelque chose qui est l’aube de nouvelles promesses. C’est cela ce que je voudrais pour la relation entre la Chine et la France et, je le dis avec beaucoup d’ambition, celle même de Yuang Meng, et avec beaucoup d’humilité. Parce que je sais qu’on ne décrète pas en un discours l’accomplissement d’un rêve. Parce que je sais qu’on ne dit pas, par une visite, la réussite d’un partenariat de confiance.

    Je sais que la confiance se gagne progressivement. Je sais aussi que le graphème sagesse en chinois, c’est aussi celui de l’écoute. Alors j’ai décidé d’adopter une méthode : c’est de dire les choses comme je les ai dites aujourd’hui, d’essayer de définir un cap comme nous allons le faire avec le président XI Jinping et en confiance, avec méthode, d’écouter, de proposer, d’avancer et de construire la confiance. De créer ensemble ce chemin de fidélité, de fiabilité réciproque. Pour cela, je reviendrai au moins une fois par an en Chine tout au long de mon mandat, parce que c’est la condition pour que notre relation entre dans une ère nouvelle, un changement politique profond et que nous puissions tirer toutes les conséquences de ces débuts de renouveau que furent l’élection présidentielle en France en mai dernier et le dix-neuvième Congrès en Chine qui a permis un changement profond.

    Nous avons besoin de cette amitié entre nos pays. Le monde en a besoin. Tout à l’heure, j’irai à la rencontre du président XI Jinping avec qui nous aurons de longs temps d’échange et de travail pour nouer notre relation de confiance et travailler à des projets communs. J’irai aussi à la rencontre de la Chine d’aujourd’hui, de ses innovateurs, de ses créateurs, de ses chercheurs, de ses artistes, de ses forces vives. Et ce que je ferai aujourd’hui, demain, je le ferai dans les mois et les années qui viennent, car je sais que nos destins sont liés.

    Au cœur de nos deux nations grandit l’élan qui fera du monde de demain un monde à la hauteur des défis de l’humanité. C’est cet élan que je veux partager avec vous, nouer avec vous, construire avec vous. Notre grand passé nous donne un goût insatiable de l’avenir et cet avenir nous attend. Il a besoin de la France, il a besoin de l’Europe, il a besoin de la Chine, respectée et écoutée. Nous sommes la mémoire du monde, il nous appartient de décider d’en être l’avenir. Je vous remercie.

    L’intégrale de la transcription du discours ICI

    La vidéo ICI


  • Jean-Michel Lou | 10 janvier 2018 - 15:18 4

    à propos de la nouvelle route de la soie, il vient de paraître un livre bien documenté sur le sujet :

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=58278&razSqlClone=1
    Amicalement,