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Michel-Ange : divin dessinateur et designer

Exposition majeure au Metropolitan Museum de New York

D 6 janvier 2018     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Fumée blanche ou fumée noire ? Dans sa chronique mensuelle du Point, le 15/03/2013, Philippe Sollers avait le regard fixé sur la cheminée de la Chapelle Sixtine, celle-là même dont le célèbre plafond est l’œuvre de Michel Ange – aussi l’architecte du dôme de Saint Pierre de Rome - pour saluer l’élection du nouveau pape argentin François, en même temps que sa plume ironique notait :

« Ces cardinaux millénaires se cachent derrière un écran de fumée, et leur artiste surplombant, Michel-Ange, n’est même pas digne d’une exposition d’art contemporain. C’est trop, beaucoup trop, toutes ces vieilleries télévisées nous assomment[…]. »

Eh bien, Le Metropolitan Museum of Art de New York relève le défi et fait mentir Sollers en consacrant une exposition majeure à Michel Ange :

« Michel-Ange : divin dessinateur et designer »

C’est le titre de l’exposition qui se poursuit jusqu’au 12 février 2018 sous la direction de Carmen Bambach.
La commissaire, qui fait partie du département des dessins et gravures du musée, profite de l’événement pour dévoiler un dessin fraîchement attribué à Michel Ange. Elle a expliqué au New York Times comment elle avait conclu à l’illustre attribution et ceci fera l’objet d’une section de cet article.
Mais, bien sûr, le morceau de choix de cet article reste l’exposition elle-même, célébration de la splendeur et virtuosité de la production graphique du maître.
Une occasion, aussi, de souligner la propre évocation de Michel-Ange par Sollers, dans ses écrits.
Voilà le programme !

L ‘exposition du Metropolitan Museum de New York


Michelangelo au Met

Un éventail éblouissant d’œuvres du maître de la Renaissance a été réuni par l’institution new-yorkaise, soit cent cinquante dessins, trois sculptures en marbre, ses premières peintures, une maquette en bois pour la voûte d’une chapelle, ainsi qu’un ensemble considérable d’œuvres d’autres artistes pour contextualiser et comparer. 

« Michel-Ange était un puissant dessinateur. Quand il dessinait, c’était avec son œil et sa compréhension de la sculpture. On retrouve parfois chez lui une certaine brutalité parce qu’il voulait repousser certaines idées »,
déclare Carmen Bambach, conservatrice des dessins et estampes au Metropolitan Museum of Art.

Parmi les prêts provenant de cinquante collections publiques et privées aux États-Unis et en Europe, le visiteur peut (re)découvrir une série complète de dessins que Michel-Ange créa pour son ami Tommaso de’ Cavalieri, ainsi qu’une esquisse monumentale pour sa dernière fresque au Vatican.

Myriam Boutoulle
Connaissance des Arts, 13/11/2017

 

Le catalogue de l’exposition

Par Carmen C. Bambach


ZOOM... : Cliquez l’image.

Michel-Ange, Etude de la Sibyle Libyenne pour la chapelle Sixtine, 1511.

Michelangelo Buonarroti (1475–1564) a été particulièrement célébré pour son disegno, un terme qui embrasse à la fois le dessin et le design conceptuel. Avec plus de 200 dessins, des peintures, des sculptures et des plans et vues architecturaux, ce volume fait autorité et considère le maître de la Renaissance comme « le dessinateur et concepteur divin » dont l’œuvre, selon Giorgio Vasari, incarne l’unité des arts.

Dans chaque chapitre thématique, des dessins et d’autres œuvres connexes sont illustrés et discutés ensemble, pour la première fois pour la plupart, afin de fournir de nouvelles perspectives sur le processus créatif de Michel-Ange. En plus de Saint-Pierre, d’autres projets comprennent le plafond de la chapelle Sixtine, la tombe du pape Jules II et l’architecture du Campidoglio à Rome.

Carmen C. Bambach est conservatrice au Département des Dessins et Estampes du Metropolitan Museum of Art.

Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni
dit en français Michel-Ange
sculpteur, peintre, architecte, poète et urbaniste florentin
(Caprese, 6 mars 1475 - Rome, 18 février 1564),


Ses œuvres les plus connues sont universellement considérées comme des chefs-d’œuvre de la Renaissance :

David (1504), lequel a longtemps orné la façade du Palazzo Vecchio de Florence avant d’être transféré dans l’Académie des Beaux-Arts de la ville ;
La Pieta (1499), exposée dans une chapelle latérale de la basilique Saint-Pierre de Rome ;
Moïse (1515) du tombeau de Jules II dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens de Rome ;
Le plafond de la chapelle Sixtine - peint entre 1508 et 1512 ;
Le Jugement dernier - influencé par la fresque de Melozzo da Forlì Ascensione di Cristo - exécuté entre 1536 et 1541 sur le mur de l’autel de cette chapelle.

Architecte, il conçoit le dôme de Saint-Pierre de Rome.

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 Quelques évocations de Michel Ange dans les écrits de Sollers

« Le 15 avril 1829, ambassadeur à Rome, il [Châteaubriand] écoute, à côté de Pie VIII, qui va bientôt mourir, le Miserere. Nous sommes à la chapelle Sixtine : « Le jour s’affaiblissait ; les ombres envahissaient lentement les fresques de la chapelle et l’on n’apercevait plus que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée blanche, image assez naturelle de la vie que l’Ecriture compare à unepetite vapeur… »
Ainsi écrit-on en français, parfois de l’autre côté du monde. »

Philippe Sollers
La Guerre du Goût
in Génie de Châteaubriand (p. 479, édition Folio)
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« …Et voici le grand héros de ces deux volumes éblouissants de netteté, de jugement et de sensation (non, non, personne ne les a lus, inutile de dire le contraire ) : Michel-Ange. Le goût pour Michel-Ange renaîtra, dit Stendhal (qui ne pouvait pas imaginer l’existence, un jour, de Rodin). Il faut voir comment il tente de comprendre les lignes de force qui amènent un tel résultat humain, concentré, unique. Stendhal n’a pourtant pas la fibre biblique, il « lisait Voltaire à douze ans », Mais la Sixtine le prend, le fascine, l’inquiète. « Un sot paraît dans la chapelle Sixtine, et sa petite voix en trouble le silence auguste par le son de ses vaines paroles ; où seront ces paroles ? où sera-t-il lui-même dans cent ans ? Il passe comme la poussière, et les chefs-d’œuvre immortels s’avancent en silence au travers des siècles à venir. »


Il s’agit bien ici de Stendhal, pas de Chateaubriand. Prophétie ? Non : des faits physiques Stendhal est à cinq heures du matin dans Saint-Pierre de Rome (« On prévient le portier la veille »). Il essaie d’analyser pourquoicettehistoire (avec ses débordements, ses effusions de sang, sa mysticité, ses blasphèmes) a pu engendrercesœuvres-là. Stendhal et le culte des grands hommes ? Bien entendu, et comme il a raison. Comme matérialisation d’« énergie ». il faut dire que Léonard et Michel-Ange sont à mettre à part :« Michel-Ange employa plusieurs mois à dessiner à la chapelle de Masaccio. Là, comme partout, Il fut supérieur, ce dont, comme de juste, il fut compensé par un sentiment général de haine. »


Ce qui passionne Stendhal, qui est tout sauf un amateur ou un critique d’art, c’est la lutte entre pouvoirs temporels et spirituels : le jeu, ici, est bizarre, puisque le pape incarne le temporel et Michel-Ange le spirituel. Or, dans ce cas, le spirituel s’impose « Dès cet instant, Jules III l’aima presque autant que Jules II autrefois... S’il lui survivait comme l’ordre de la nature semblait l’annoncer,il voulait le faire embaumer, afin que son corps fût aussi immortel que ses ouvrages », Drôle de projet pour un artiste de la part d’un pape, n’est-ce pas ? »

Philippe Sollers
La Guerre du Goût
in Stendhal l’Italien (p. 561-562, édition Folio)

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« Les nouvelles vedettes, après Vinci, Raphaël, Michel-Ange, s’appellent Giorgione et Titien, bientôt Véronèse et Tintoret. Rome n’est plus dans Rome, sa rivale [Florence] s’affirme. »
Philippe Sollers
La Guerre du Goût
in Le feu de Titien (p. 604, édition Folio)
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« Cela semble venir tout droit de ce que nous avons décidé d’appeler l’inconscient,avec l’écume de l’inconscient enroulée autour, ce qui fait sa fraîcheur » (je souligne). Surréalisme ? Mais non, puisque la « fraîcheur » et la force de l’écume « voluptueuse » viennent de Michel-Ange. L’inconscient, pour Bacon, n’arien d’étroitement psychique, il n’annonce aucun « merveilleux » : il est musculaire – direct comme une vague, « une volonté subjuguée par l’instinct ».
Philippe Sollers
Eloge de l’infini
in Les passions de Francis Bacon (p. 82, édition Folio)
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« On est heureux d’apprendre que, lors d’un discours récent prononcé à l’occasion de la rénovation de la chapelle Sixtine, le pape actuel, Jean-Paul II, a parlé de Michel-Ange comme d’un peintre ayant su célébrer la « Théologie du corps humain ». Chaque chose arrive en son temps. Giotto, Raphaël, Vélasquez, entre autres, ont dû être satisfaits ou jaloux, On n’arrête pas le progrès. Dans quelques siècles, alors, un discours au Vatican pour Francis Bacon ? Il faudra qu’il y ait encore un pape. Enfin, pourquoi pas, rêvons.
Il est vrai qu’on devra ne pas trop exhiber certain tableaux (mais Jules II laissait bien Michel-Ange dessiner des obscénités en marge de son grand œuvre), et fermer les yeux sur des propos de ce genre :« L’homme sait maintenant qu’il n’est qu’un accident, qu’il est un être complètement vain, qu’il doit jouer le jeu sans autre but ni justification que ses propres choix. » Ou encore : « Je ne savais plus que faire sur cette terre, alors j’ai pensé : pourquoi ne pas essayer de me faire moi-même ? » Mais, après tout Michel-Ange parlait peut-être de la sorte en très petit comité ? Qui sait ?

Philippe Sollers
Eloge de l’infini
in Les passions de Francis Bacon (p. 120-121, édition Folio)
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Le tableau intitulé Statue et figures dans une rue de 1983, est une composition musicale, un oratorio, un chef-d’ œuvre d’orchestration. On est dans un ville, peut-être à New York, mais la capitale de ln mécanique est devenue un grand musée uniquement consacré à Bacon. […] On est dehors et complètement dedans, on défile, sans l’apercevoir, devant une proposition très ancienne de chair triomphale, un rappel de Michel Ange vainement proposé aux Lilliputiens du lieu, Cette chair, pourtant, torsadée, souple, épaisse, continue à penser, là, seule, en dépit des dimension écrasantes de Metropolis.
Philippe Sollers
Eloge de l’infini
in Les passions de Francis Bacon (p. 128-121, édition Folio)

 

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Le Met dévoile un dessin fraîchement attribué à Michel-Ange !

Anne Malary

Le Metropolitan Museum of Art de New York dans le cadre de sa grande exposition : « Michelangelo : Divine Draftsman and Designer » présente une esquisse qui vient d’être reconnue œuvre du maître…


« Sleeping Reclining Male Nude With Boy-Genius »
attribué à Michel-Ange par Carmen C. Bambach
© Städel Museum, Francfort

Première hypothèse

C’est un dessin à la pierre noire sur papier blanc qui daterait de 1530 environ, que la commissaire de l’exposition, Carmen C. Bambach, vient d’attribuer à Michel-Ange.

L’œuvre faisait partie des collections du Städel Museum de Francfort depuis le XIXe siècle. Il s’agit d’un fragment de page annoté à la main en haut, et grisé par le dessin de deux figures, un nu masculin penché, assis sur un drapé, et à côté un homme vêtu représenté en pied.

La commissaire, qui fait partie du département des dessins et gravures du musée, a expliqué au New York Times comment elle avait conclu à l’illustre attribution.

Les experts considéraient le dessin comme une copie d’un original de Michel-Ange par Giorgio Giulio Clovio, connu pour avoir exécuté de telles reproductions au cours du XVIe siècle. Mais Carmen C. Bambach doutait de cette identification. En le comparant à une œuvre attribuée à Clovio avec plus de certitude, Le Viol de Ganymède, elle constata la qualité homogène de la facture de l’artiste.

C’est une palette douce et lisse qui dégrade le gris sur le corps de Ganymède. Or, il s’agit d’un caractère propre aux dessins de Clovio. À l’inverse, près du torse incliné et noueux du nu masculin, des éléments sont esquissés légèrement et les corrections en hachures parallèles sont des marques distinctives de la manière de Michel-Ange.


Détail du dessin © Städel Museum, Francfort

Énigme manuscrite

L’inscription écrite en haut de la page n’est certainement pas le fait de ce dernier, qui a laissé de nombreuses lettres et autres documents manuscrits, incomparables à ces lignes. Cependant la graphie est singulière. Elle pourrait être attribuée à Sebastiano del Piombo, artiste vénitien qui passa près de 20 ans dans l’entourage de Michel-Ange à Rome. L’homme était peintre et poète. Captivé par l’art du maître, il faisait souvent des peintures à partir de ses dessins, et entretenait avec lui une correspondance. Michel-Ange envoyait des dessins à Sebastiano, qui partageait en réponse ses madrigaux.

Donc, la question logique qui devait suivre était  : « le dessin peut-il être de la main de Sebastiano del Piombo ? » Selon l’experte, au regard d’autres œuvres du Vénitien, la réponse était non. Les contours incisifs et affirmés du crayon de Michel-Ange contredisent les touches d’esquisse de Sebastiano del Piombo.
Quand le Städel Museum fait l’acquisition de l’œuvre en 1850, le dessin est identifié comme l’œuvre de Michel-Ange. Mais comme nombre d’attributions du XIXe siècle, celle-ci est mise en doute… Les consœurs et confrères de Bambach sont parvenus aujourd’hui à un compromis : le nu pourrait être l’œuvre d’un artiste inconnu, ou bien une copie de Clovio d’après un original de Michel-Ange.

Mais la commissaire persiste. Il existe un inventaire détaillé des biens de Clovio datant de 1577 – un an avant la mort de l’artiste – qui liste ses œuvres mais mentionne également deux dessins de Michel-Ange, parmi lesquels, possiblement, le nu incliné…

L’évidence de la manière

Bien sûr, ce qui surnage, c’est l’évidence du style. Bambach insiste surtout sur les contours incisés de l’esquisse.

Les dessins sur papier de Michel-Ange sont marqués par l’expression puissante de la pierre. De très près, on peut discerner des lignes qui contournent le corps. C’est l’effet de la pression exercée par la main de l’artiste, si intense que la pierre laisse un fin réseau sur la surface et des stries à peine visibles, qui ne résultent que du geste singulier de Michel-Ange….

La chute de Phaeton présente une facture similaire. Il s’agit d’une preuve nécessaire pour attribuer une pièce à un artiste, car il faut dans un tel cas beaucoup de points d’évidence, de contexte et de faits. « Le groupe de dessins que nous attribuons à l’artiste doit faire sens en tant qu’ensemble », affirme Carmen C. Bambach.

Et c’est une petite pièce au sein d’un ensemble majestueux qui s’apprête à entrer dans la lumière. Car l’exposition du Metropolitan Museum a requis huit années de préparation et d’assemblage…

Crédit :http://www.exponaute.com/magazine
9 novembre 2017

L’interview accordée par Carmen Bambach au New York Times, qui a inspiré cet article, ICI.

Autre lien sur l’exposition

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