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Demandez le « programme » !

D 19 juin 2006     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Tel Quel N° 31, automne 1967 : Philippe Sollers signe un article intitulé « Programme », nous sommes dans sa « période expérimentale et théorique ». Dans l’ordre : c’est, en effet, à partir de sa pratique de l’écriture que Sollers en élabore la théorie qui prend ici le nom de « Programme ». Cet article sera ensuite repris dans « Théorie d’ensemble », sorte de manifeste collectif du groupe Tel Quel, et aussi dans « Logiques » (1968).

Ce Sollers là, semble loin du Sollers médiatique que l’on connaît aujourd’hui. Oublié, méconnu pour d’autres... Les thèmes politiques sollersiens de cette époque et des années qui suivent : marxisme, communisme ( par tactique ), maoisme, aujourd’hui ils ne les revendique pas, mais ne les renie pas non plus. On n’entend plus guère le « théoricien » de l’époque,... alors pourquoi ressortir ces vieilleries ? Parce que ce site, sur les traces de Sollers se plaît à vagabonder sur ses terres, fussent-elles devenues là, des friches. Pour le plaisir gratuit, pour s’amuser, pour le pas sérieux du sérieux... Aussi, parce que le Sollers d’aujourd’hui, comme le langage est l’accumulation, filtrée et recomposée par le temps, des strates de son histoire.

Dans ces textes broussailleux, restent présents l’accent et la fougue des mousquetaires embusqués, d’alors. Leur mission : ferrailler contre la vieille littérature et faire valoir la leur. En rupture ! Mot fétiche déjà d’actualité... Flash back sur ce petit morceau de bravoure, avec ses « too much ». Sollers a 30 ans ! ...Sans peur mais pas sans reproches... En garde !

PROGRAMME

" histoire de la pensée : histoire du langage ? " Lénine.

I.1. Cette pratique n’est pas assimilable au concept, historiquement déterminé, de " littérature ". Elle implique le renversement et le remaniement complet de la place et des effets de ce concept.

I.2. A partir de la pratique, signifie qu’il est devenu impossible, à partir d’une rupture, précisément situable dans l’histoire, de faire de l’écriture un objet pouvant être étudié par une autre voie que l’écriture même (son exercice, dans certaines conditions). Autrement dit la problématique spécifique de l’écriture se dégage massivement du mythe et de la représentation pour se penser dans sa littéralité et son espace. Sa pratique est à définir au niveau du "texte" dans la mesure où ce mot renvoie désormais à une fonction que cependant l’écriture" n’exprime" pas mais dont elle dispose. Économie dramatique dont le " lieu géométrique" n’est pas représentable (il se joue).

I.3. La théorie envisagée a sa source dans les textes de la rupture et de ceux qui sont susceptibles de " l’annoncer" et de la " poursuivre ". Le choix de ces textes est fondé sur leur coefficient de contestation théorique - formelle (par exemple : Dante, Sade//Lautréamont, Mallarmé//Artaud, Bataille). D’où définition d’un avant/après qui doit renvoyer en fait et en même temps - par disparition de la position du discours comme vérité "expressive" et l’affirmation d’un espace textuel - à un dedans/dehors défini par la référence occasionnelle à d’autres cultures.

[...]

L’article dans son intégralité : ici


Science et Littérature

A l’été 1967, Tel Quel, prend le sous-titre « Science/Littérature » ( que l’on peut voir sur la couverture ci-dessus). La collection Tel Quel a déjà publié, en 1965, « Théorie de la littérature », un ensemble de textes des formalistes russes du début du siècle : Roman Jacobson, Chklovski et d’autres, présentés et traduits par Tzvetan Todorov. Signe de l’inflexion de la pensée du groupe et du nouveau statut « scientifique » qu’affiche, sans complexe, la revue.

Eté 1967, c’est aussi la date du mariage de Sollers avec Julia Kristeva, rencontrée en 1966. Son influence sur le groupe Tel Quel va dans le même sens. Comme Todorov, elle est Bulgare. Son cursus universitaire a suivi un cours voisin. Tous deux viennent le poursuivre en France, à quelques mois d’intervalle. Kristeva poussera sa réflexion dans le champ de la sémiotique et formalisera le concept d’intertextualité ( nous y reviendrons) dont Sollers fait grand usage.

« Science/Littérature », ...le coup de chapeau et clin d’ ?il à la nouvelle égérie du groupe : Julia Kristeva ?
...Le début d’une cohabitation vie privée, vie littéraire, et d’une influence mutuelle. Les débuts d’un nouveau couple littéraire après les Aragon-Elsa, Sartre-Beauvoir...

Tzvetan Todorov

Tzvetan Todorov a eu l’occasion de revenir sur son parcours à l’occasion d’un séminaire « Perspectives actuelles de l’enseignement du Français " ( Paris, 23-25 octobre 2000) dans le cycle « Itinéraires et points de » où trois enseignants-chercheurs présentaient leur propre itinéraire. Et voici ce qu’en dit Todorov ( juste pour caractériser cette époque, ne serait-ce que par ce court extrait ) :

Comme vous pouvez l’entendre à mon accent, je suis né à l’étranger, en Bulgarie,

L’arrivée en France

Je suis arrivé en France en avril 1963, avec l’idée de parfaire mon instruction dans le domaine ainsi
délimité, et pour lequel les expressions "théorie de la littérature" ou "stylistique générale" me semblaient
convenir le mieux. Cependant, les choses ne s’annonçaient pas faciles : j’avais beau consulter les
programmes universitaires, ces disciplines n’y figuraient pas. Comment m’y retrouver ? J’étais porteur
d’une lettre du doyen de la faculté de lettres de Sofia à son collègue de Paris. Un jour du mois de mai
1963, j’ai donc frappé à la porte d’un bureau de la Sorbonne, dans ce bâtiment même :

j’étais reçu par le doyen Aimard. Après avoir lu la lettre, il m’a demandé ce que je cherchais. Je lui ai répondu que je souhaitais poursuivre des études du style, du langage et de la théorie littéraires - en général. - Mais on ne peut étudier ces matières en général ! Dans quelle littérature souhaitez-vous vous spécialiser ? - Sentant que le sol se dérobait sous mes pieds, j’ai répondu un peu piteusement que la littérature française ferait l’affaire.
[...]
L’intégration dans la société française
Mes activités initiales dans mon nouveau pays étaient liées à une autre de ses particularités : non seulement il ignorait la discipline "théorie littéraire", mais il feignait de croire qu’il n’était d’études littéraires dignes de ce nom qu’en français ; on s’y souciait peu de tout ce qui se passait à l’étranger. Cette situation a contribué à me faire découvrir l’une de mes vocations, celle d’un médiateur, en l’occurrence entre plusieurs langues. Je me suis engagé, avec les encouragements de Genette et de Barthes, avec la bienveillance aussi de Philippe Sollers, à traduire les Formalistes russes en français (d’une langue étrangère en une autre). Le volume de leurs écrits, intitulé Théorie de la littérature, est paru dans la collection "Tel Quel" à la fin de 1965.


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