vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE SOLLERS » Le Petit Célinien
  • > SUR DES OEUVRES DE SOLLERS
Le Petit Célinien

Sollers vs Almeras, Semmelweis

D 31 mai 2017     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Message du Petit Célinien qui m’invite à visionner une vidéo d’entretien avec Philippe Alméras et Philippe Sollers à l’occasion de la sortie du livre « Je suis le bouc / Céline et l’antisémitisme » de Philippe Alméras (2000). Ancienne vidéo, mais nouvellement postée sur YouTube par le Petit Célinien.
Non, je ne connaissais pas cette vidéo pour répondre à la question posée et j’aimerais vous remercier nommément - je crois qu’il s’agissait de Matthias Gadret -, pour l’intérêt que vous portez à notre site, mais malheureusement, une fausse manœuvre m’a fait effacer le message et votre nom…
J’en profite aussi pour dire aux lecteurs de pileface : allez faire un tour du côté du site lepetitcelinien.com, vous y trouverez plein de pépites.

C’est à partir de ce message que j’ai rassemblé les documents qui suivent en vous invitant à lire, en complément, l’excellent récent dossier de A.G. : « Faut-il brûler Céline ? ».

*

Louis-Ferdinand Céline : Sollers vs Almeras (2000)

DURAND s’entretient avec Philippe SOLLERS et Philippe ALMÉRAS à l’occasion de la sortie de "Je suis le bouc / Céline et l’antisémitisme" de Philippe ALMÉRAS.

Je suis le bouc
Céline et l’antisémitisme

de Philippe Almeras

DENOEL, 2000

sur amazon.fr

RESUME : L’antisémitisme de Louis-Ferdinand Céline ne naît pas en 1937, avec la publication de Bagatelles pour un massacre. Il s’enracine en profondeur dans la vie et dans la formation intellectuelle de l’écrivain. Telle est la thèse de ce livre qui rompt avec la vision indulgente d’un « coup de folie » tardif de l’auteur de Mort à crédit.
Explorant de nombreuses manifestations de l’antisémitisme populaire et littéraire en France, de l’affaire Dreyfus à l’Occupation, Philippe Alméras reconstitue le bain culturel dans lequel se forgent les valeurs céliniennes.

OUVRAGE CITÉ : Semmelweis

de Louis-Ferdinand Céline

préfacé par Philippe Sollers

L’IMAGINAIRE/GALLIMARD, 1999

sur amazon.fr

RÉSUMÉ : Un essai surprenant et très intéressant basé sur la thèse qu’a soutenue le Dr Louis-Ferdinand Destouches avant de devenir Céline. Thèse sur la vie et les découvertes de Semmelweis, un médecin hongrois qui découvrit l’existence des microbes cinquante ans avant Pasteur, sur sa volonté d’imposer des mesures d’hygiène aux médecins de l’époque pour sauver des vies, sur le rejet médical et social dont il fut la victime. Tout ceci raconté par la plume emphatique et passionnée de Céline.

C. AUDEBERT, à la fin d’une chronique littéraire sur le livre, écrivait le 24/09/2011 [1]

« Il est de nos jours surprenant et presque déstabilisant, de lire une thèse de médecine, de moins de 80 pages qui constitue un objet littéraire abouti, une observation scientifique et humaine, argumentée et subtile. Seul contre tous, Semmelweis a maintenu sa position. Quant à lui, Céline par la voix de Bardamu - médecin anti-héros du Voyage au bout de la nuit donne une définition de la médecine libérale : "larbin pour les riches, voleur pour les pauvres." »

La préface de Philippe Sollers à Semmelveis de Louis-Ferdinand Céline

Naissance de Céline

On oublie toujours trop vite la vocation médicale de Céline. Il a cru à la médecine (« cette merde », dira-t-il pourtant plus tard), il l’a gardée comme angle privilégié de vision, sa raison comme sa déraison d’écrivain en montrent sans cesse les traces. Or voici le fond de l’affaire : il y a une humanité souffrante et qui meurt pour rien. Il faudrait la soigner, la guérir, mais c’est finalement impossible puisqu’elle s’acharne elle-même dans son malheur, et que la seule Vérité est la Mort. Donc, le Diable doit exister quelque part (sinon, pourquoi un tel monde de bêtise et de souffrance ?). Le médecin est social, Céline est social, tout le monde croit que la seule réalité humaine est sociale ; voici le règne de la nuit, traversé de brèves lueurs. Céline est buté là-dessus, on le sait. C’est lui qui met des majuscules aux mots Vérité et Mort, puisque nous en mettons une au mot Société. « La liberté ou la mort » : on a entendu ça un jour en français, étrange symétrie, étrange balance.

Le docteur Destouches a trente ans quand il écrit sa thèse sur le Hongrois Philippe-Ignace Semmelweis. Il a déjà une expérience d’hygiéniste, il fera peut-être autorité dans ce domaine. Mais non : plus loin que la boucherie de la guerre, de la maladie et des corps en décomposition, il y a la littérature, c’est-à-dire une tentative désespérée de compréhension de l’Histoire comme pathologie. La pathologie n’a pas de fin, l’Histoire non plus. Comprendre cela est déjà un engagement lyrique et mystique, une illumination nerveuse qui exige que l’on soit « intense, bref et substantiel ». Rien de faussement poétique dans cette position : la vision doit aller sur le terrain, se salir les mains, prendre le risque de la contamination et du délire.« Forcer son rêve à toutes les promiscuités, c’est vivre dans un monde de découvertes, c’est voir dans la nuit, c’est peut-être forcer le monde à entrer dans son rêve. » Nous habitons, dit Pascal, un grand hôpital de fous. Quelqu’un, dans ce carnaval tragique, a-t-il gardé sa tête ? Sera-t-il puni pour cela ? Deviendra-t-il fou à son tour pour avoir fait, seul, une constatation raisonnable qui échappait à
l’aveuglement et aux préjugés de son temps ? Quand Céline dit : «  Il faut mentir ou mourir. Je n’ai jamais pu me tuer moi  », on peut penser qu’il est sincère et logique. Tout de même, il ne doit pas être impossible de dire certaines choses à hauteur de mort.

Voyez cette drôle de « Thèse » dans le style épique. Elle commence comme un coup de tonnerre (tête du jury) : « Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur. Depuis la Chute de l’empire romain, jamais semblable tempête ne s’était abattue sur les hommes... » Nous avons ici, tout de suite, l’horloge de Céline : les premiers siècles de notre ère, la Révolution et surtout la Terreur, la guerre d’extermination de masse. Ce qui l’intéresse ici, c’est la fièvre, « l’immense royaume de Frénésie ». Voici son diagnostic : la soif de sang, de cruauté, de carnage, se renverse brusquement, le moment venu, en oubli, en paix fallacieuse, en prédications sentimentales, en sensiblerie. Qui sait s’il n’y a pas là une loi ? L’humanité passerait par des phases de manie meurtrière pour déboucher, avant de recommencer, sur des plages de nostalgie, de mélancolie, de fadeur. Tantôt les charniers, tantôt les romances. Tantôt la guillotine égalitaire, tantôt le vague à l’âme et le repli frileux. Les assassins d’hier, devenus les moralistes d’aujourd’hui, jurent leurs grands dieux que jamais ne reviendront les horreurs. On connaît la chanson, mais elle est tenace. C’est comme une énorme broyeuse qui a ses martyrs : Semmelweis en est un, et de taille. C’est lui qui met fin au massacre par ignorance des accouchées dans les hôpitaux de son époque. L’accouchement, dira Céline, est beaucoup plus important que toutes les histoires de sexe. C’est là qu’on surprend la nature à l’œuvre, qu’on peut enfin avoir une « vision aux détroits ».

Semmelweis est un génie bizarre. Il fait une découverte essentielle, l’asepsie, mais il veut l’imposer de façon maladroite. Il a une intuition fulgurante, mais il est caractériel et brutal. « Skoda savait manier les hommes, Semmelweis voulait les briser. On ne brise personne. » À Vienne, il braque ses supérieurs, surtout Klin, un imbécile, mais justement, pour cette raison, « grand auxiliaire de la mort », « à jamais criminel ridicule devant la postérité  ». La réalité quotidienne,c’est la routine, l’hypocrisie, l’omission (le pire des péchés selon le théologien Céline), l’indifférence, le pacte, dans l’ombre, avec la mort. Des femmes n’arrêtent pas de mourir de fièvre puerpérale ? Bof, c’est le destin, la fatalité, l’expiation, la vengeance de Dieu, peut-être. D’ailleurs, elles sont pauvres. Il suffirait pour les sauver, dites-vous, de se laver les mains après avoir disséqué des cadavres pour aller palper des cols d’utérus ? Vous m’en direz tant, c’est absurde. Vous nous fatiguez. Dégagez. Impossible de sortir de ce que Céline appelle « l’obsession des ambiances ».Personne n’a encore envisagé l’existence des microbes, il faudra la rage pour imposer Pasteur (et Freud aura encore beaucoup de choses à raconter sur Vienne). Pour l’instant, c’est l’inertie. La vérité dérange une alliance secrète de la société avec les tombes. Une force négative écrasante est à l’œuvre : « La durée et la douleur des hommes comptent peu à côté des passions, des frénésies absurdes qui font danser l’Histoire sur les portées du Temps. »

Ces lignes datent de1924. On sort de l’enfer, mais le nouvel orage est à l’horizon. Ce n’est pas par hasard si Céline republie sa thèse en 1936, en même temps que Mea culpa. Entre-temps, le Voyage, « roman communiste  », l’a conduit à aller vérifier sur place, en Russie, le paradis prolétarien. Nouvel enfer. La suite est fatale : l’écrivain « de gauche » Céline devient « anarchiste de droite » et l’épouvantable pamphlétaire de Bagatelles. À l’image de son héros, il vient de s’infecter au passage. Comme l’écrit Guido Ceronetti : « Céline est un destructeur formidable de stupidité, d’inutilité, de vide stylistique, un vengeur furieux du verbe, un authentique et véritable oracle. Il a l’utilité dangereuse d’une Bible, et il est un athlète antibiblique digne de se tordre et de mourir entre les tentacules détestés de son adversaire. [...] Avec un œil voltairien rendu plus sombre par sa paranoïa, il la voyait comme une monstruosité inhumaine, le germe du mal, l’aimant sémitique de toutes les méchancetés possibles, un château sadien où les patriarches hébreux accumulent les massacres... [...] Qui doute de l’homme avec Céline comme avec l’Écriture s’en trouve bien, et quand on veut fuir l’inutile et le sordide, on peut emboucher le cor de Céline comme celui de l’Écriture : aucun d’eux ne cède. »

Céline montre. D’emblée, ce qui frappe est son talent dramatique. Voici la fin de Semmelweis : « Vingt fois le soir descendit dans cette chambre avant que la mort n’emportât celui dont elle avait reçu l’affront précis, inoubliable. C’était à peine un homme qu’elle allait reprendre, une forme délirante, corrompue, dont les contours allaient s’effaçant sous une purulence progressive. D’ailleurs, quelle victoire peut-elle attendre, la Mort, dans ce lieu le plus déchu du monde ? Quelqu’un lui dispute-t-il ces larves humaines, ces étrangers sournois, ces torves sourires qui rôdent tout le long du néant, sur les chemins de l’Asile ? »

Il a de bonnes raisons, Céline, pour comprendre intimement la crise de fond, celle de Semmelweis, par exemple, rendu fou par les persécutions, et qui surgit dans un amphithéâtre de l’hôpital de Vienne, se précipite sur un cadavre avec un scalpel, le découpe, le fouille et se coupe ainsi mortellement. Persécution ? Méchanceté infernale ? Mais oui : « il semble même qu’on infecte des accouchées pour l’affreuse satisfaction de lui donner tort ».Grossesses, cadavres : le court-circuit, c’est le moins qu’on puisse dire, est à haute tension. Il y a, dans cette région, insiste Céline, «  des puissances biologiques énormes qui se combattent ». La Mort, avec une majuscule, serait-elle puérile  ? C’est une hypothèse. Elle masquerait alors la pensée du néant dont elle prend la forme, le nihilisme généralisé se fondant sur cette erreur. C’est pourquoi Céline a raison, contre toutes les propagandes bien-pensantes, de nous rappeler ce « désir de néant profondément installé dans l’homme et surtout dans la masse des hommes, cette sorte d’impatience amoureuse à peu près irrésistible, unanime, pour la mort ».Drôle d’amour, on le voit, dont on serait amené à douter en étant plus radicalement négatif. Moins humain, en somme.

PHILIPPE SOLLERS
juillet 1999


Louis-Ferdinand CÉLINE : Entretien avec André PARINAUD (1958)

Émission "Voyons un peu" (1958, 19 min), réalisé par Alexandre Tarta.

Un entretien savoureux. Des répliques à la Audiard. Non des répliques à la Céline, ou à la Bardamu !

- Pourquoi écrivez-vous ?
- J’écris pour gagner ma vie.

JPEG - 83.1 ko
édition illustrée de 1935, en 2 vol.
(le Voyage est de 1932)

Découvrir quelques illustrations ICI

oOo

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document