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Pasolini ? La Macchinazione par David Grieco

Interview par Philippe-Emmanuel Krautter + ...

D 12 août 2018     A par Viktor Kirtov - Philippe-Emmanuel Krautter - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


12/08/2018 : cet article a été initialement publié le 7 février 2017. Il comportait une vidéo YouTube : l’interview de Pier Paolo Pasolini par Eneo Biagi en 1971. Cette vidéo ayant été retirée de l’espace YouTube nous avons cherché une autre version sous-titrée en français ou en anglais. En vain ! Mais lors ce cette recherche, avons trouvé divers documents vidéos et entretien d’intérêt en complément de l’article originel de Philippe-Emmanuel Krauter, c’est pourquoi nous le republions aujourd’hui avec ces ajouts (partie II).

Le meurtre du cinéaste Pier Paolo Pasolini reste un des plus mystérieux et débattus de l’histoire italienne. 40 ans après, David Grieco en a fait un film.

C’est avec plaisir que nous accueillons sur pileface Philippe Emmanuel Krautter du site Lexnews, revue culturelle sur le Web depuis 1999. Philippe Emmanuel Krautter a réalisé une précieuse interterview exclusive de David Grieco autour de son film consacré à Pasolini : La Macchinazione. Alors que Canal + s’apprête à consacrer une « Nuit Pasolini » au cinéaste, le 11 février prochain, cet entretien en est la meilleure des introductions. Le voici :

V.K.

PARTIE I - LE FILM

Le Film "La Macchinazione" par David Grieco

David Grieco est un talentueux réalisateur italien (Evilenko, 2004) qui a connu dans sa jeunesse Pier Paolo Pasolini dont il a été l’assistant pour ses films et l’ami jusqu’à sa disparition tragique. Convaincu que le grand intellectuel italien pourfendeur de la société de son temps n’est pas mort d’un simple assassinat crapuleux, il a réalisé un film sensible et engagé, La Macchinazione, dans lequel il évoque sa vision de cette disparition. Rencontre avec David Grieco autour de ce film et de son témoignage personnel.


David Grieco
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Vous avez connu Pier Paolo Pasolini et avez travaillé pour lui très tôt dans votre carrière cinématographique. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

David Grieco : J’ai connu Pasolini alors que j’étais âgé d’une dizaine d’années. Pasolini fréquentait ma famille notamment mon père et sa seconde épouse, Lorenza Mazzetti, réalisatrice anglaise. Alors qu’elle réalisait son premier film sans aucun budget, Pasolini qui souhaitait entreprendre lui-même Accatone venait souvent à la maison lui demander conseil. Le lieu était ouvert à un grand nombre de personnes du cinéma de tous horizons et très tôt on m’a proposé d’être comédien, ce que j’ai accepté. Je me suis, cependant, vite rendu compte que je n’étais pas fait pour cela. Lorsque j’ai eu 15-16 ans, Pasolini a écrit un rôle pour moi dans le film Théorème. Malgré un certain nombre de réalisations derrière moi, je me sentais toujours gêné, mal à l’aise devant la caméra. Lors du tournage, j’ai dit à Pasolini que je ne souhaitais plus être acteur et qu’il fallait qu’il coupe les scènes où je figurais. Il fut surpris et même s’il fut certainement déçu, il accepta cependant de supprimer les scènes précédentes, mais me demanda instamment d’en réaliser encore une dernière qui autrement l’aurait bloqué dans la réalisation de son film. J’ai alors accepté et j’ai tourné cette dernière scène, mais je ne veux toujours pas, même encore aujourd’hui, revoir ce film ! Après cela, j’ai demandé à Pasolini d’être son assistant sur ce même film et il a accepté.

Je l’ai également déçu à une autre reprise lorsqu’il m’a demandé de m’occuper de Maria Callas pendant le tournage de Médée. C’était une tâche très délicate car il appréciait beaucoup cette femme, peut-être la seule femme qu’il ait vraiment aimée. Il savait que j’étais un petit voyou des rues mais qu’en même temps j’étais issu d’un milieu bourgeois et intellectuel. De plus, je parlais plusieurs langues, et pour lui, j’étais dès lors l’interlocuteur idéal pour m’occuper d’elle. Au bout de trois semaines, j’ai finalement décidé d’arrêter car Maria Callas était la diva que l’on connaît et méritait bien sa réputation ! Elle faisait par exemple tomber un objet par terre en me demandant de le ramasser, m’appelait au beau milieu de la nuit pour me demander une bouteille d’eau minérale alors qu’elle se trouvait dans le meilleur hôtel de Rome… Pasolini ne s’est pas fâché mais j’ai bien senti, qu’une nouvelle fois, il était déçu par mon attitude, et nous ne nous sommes plus vus pendant un an.
À l’âge de 18 ans, je suis devenu journaliste ; c’est à cette époque que nous avons repris contact. Nous avions un rapport beaucoup plus adulte, différent aussi parce qu’il était également journaliste et qu’il aimait beaucoup ce métier. On parle souvent de Pasolini en tant que poète, écrivain, réalisateur mais rarement en qualité de journaliste ; or, c’est une activité qui l’a non seulement beaucoup occupé, mais qui lui a aussi énormément apporté et qu’il a aimée. Il a fait plus de 800 articles dans sa vie en commençant par la presse clandestine pendant la guerre. Il a toujours gardé sur lui sa carte de journaliste, qui n’était pas, certes, la carte professionnelle mais une carte secondaire qu’il affectionnait tout de même. Pour l’anecdote, elle était encore dans ses papiers avec lui le jour de sa mort. Pour mener des enquêtes pour ses articles, il me demandait souvent des sources que je pouvais lui procurer dans les archives de L’Unita, le journal du PCI pour lequel je travaillais. J’étais d’ailleurs un peu l’intermédiaire entre lui et Enrico Berlinguer qu’il appréciait beaucoup. J’avais avec Pasolini un rapport quotidien très banal fait de conversations lors des nombreux repas dans les trattorias romaines pris avec Ninetto Davoli, Franco Citti et bien d’autres encore. Nous étions comme une bande de gamins en passant nos soirées ensemble, souvent dans la rue, on faisait les idiots. On ne le sait pas assez mais Pasolini avait un grand sens de l’humour. Je le considérais comme un ami d’enfance alors même qu’il avait exactement l’âge de mon père à cette époque !

L’image de Pasolini dans votre film laisse l’impression de quelqu’un à la fois résolu dans son combat mené depuis ses jeunes années, et en même temps une certaine érosion, fatigue, voire découragement ? Est-ce ainsi que vous avez pu le percevoir dans les derniers mois de sa vie ?

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Macchinazione, Pasolni à son bureau (capture écran)

David Grieco : Le Pasolini que je décris dans mon film La Macchinazione est celui des quatre derniers mois de sa vie. À cette époque, je le voyais moins, car il fréquentait Pino Pelosi. La personnalité de Pasolini durant cette période, un Pasolini fatigué, usé - et je suis heureux que vous l’ayez souligné - est effectivement pour moi un élément très important du film. Dans ses derniers mois, il avait une fièvre, la fièvre d’aller jusqu’au bout, il avait mis son nez partout, il avait un grand nombre d’informateurs qui lui donnaient des tuyaux incroyables, mais parallèlement Pasolini était épuisé car il avait vraiment l’impression que personne ne le comprenait. Moi-même, avec le recul, je me souviens lui avoir fait le reproche qu’il était trop pessimiste, que sa vision apocalyptique de la société n’était pas forcément justifiée. Il n’acceptait pas ces remarques et estimait que nous ne comprenions pas ce que lui pourtant savait. C’est d’ailleurs un peu mon chagrin aujourd’hui avec le recul. Il a voulu aller jusqu’au bout, il savait probablement qu’il risquait sa vie, mais il a pensé qu’avec sa mort tout exploserait. Malheureusement…

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Pasolini dans la vie, à son bureau.

Cet héritage a justifié ce long-métrage que vous venez de réaliser La Macchinazione. Le titre indique très clairement le parti que vous avez pris pour expliquer la mort du célèbre poète, écrivain et cinéaste, allant au-delà d’un crime crapuleux.

David Grieco : Oui, bien au-delà. Le film d’ Abel Ferrara qui est sorti en 2014 sur cette même thématique est un peu la raison d’être de mon propre film. À l’époque, les producteurs m’avaient proposé de faire le scénario pour le film de Ferrara. Même si j’étais sceptique quant à l’approche qui y serait retenue, j’ai malgré tout commencé à travailler sur le scénario et Ferrara m’a indiqué qu’il ne souhaitait évoquer seulement que le dernier jour de la vie de Pasolini. J’ai insisté, cependant, qu’il fallait bien néanmoins rappeler comment et pourquoi il avait été tué, ce à quoi Ferrara m’a répondu : "Je ne veux pas faire une histoire d’espionnage !" Notre histoire s’est dès lors arrêtée là, et j’ai quitté cette réalisation. Les semaines qui ont suivi, je n’arrivais plus à dormir, j’avais pourtant un autre film à faire à Prague, mais j’ai tout arrêté en me disant que je devais réaliser ce film en souvenir de Pasolini, les autres personnes ayant connu Pasolini étant presque toutes mortes. Nous nous sommes très endettés pour réaliser ce film.

La Macchinazione, un film réalisé par David Grieco avec Massimo Ranieri, Libero De Rienzo, Matteo Taranto, François Xavier Demaison et avec Milena Vukotic, Roberto Citran, Tony Laudadio et Alessandro Sardelli et l’amicale participation de Paolo Bonacelli, Catrinel Marlon. Scénario de David Grieco et Guido Bulla. Produit par Marina Marzotto, Alice Buttafava, Dominique Marzotto, Lionel Guedj, Vincent Brançon. Musique PINK FLOYD. Produit par Propaganda Italia en association avec Moutfluor Films, MIBACT en coproduction avec To Be Continued Productions, 2016.


La Macchinazione : le comédien français François-Xavier Demaison (à gauche), au générique du film. ZOOM... : Cliquez l’image.
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Des sources très précises sont évoquées dans votre film qui jettent un éclairage différent sur ce qui est habituellement présenté.

David Grieco : 50 % des sources m’appartiennent puisque ce sont des choses que j’ai vécues personnellement lors des derniers mois précédant sa mort. J’ai également suivi de très près le premier procès de Pelosi puisque j’en ai écrit le mémoire pour la famille Pasolini avec pour juge le frère d’Aldo Moro qui sera d’ailleurs kidnappé et tué deux ans après. Ce juge qui s’appelle Carlo Alfredo Moro condamne Pelosi à neuf ans de prison pour le meurtre de Pasolini avec des inconnus. À partir de là, ma conviction était confirmée. Et cela m’a rappelé une anecdote que j’avais vécue chez Laura Betti en février 1975. Alors que nous dînions avec elle, elle s’est mise à m’interpeller vivement en me disant : «  Il faut que tu l’arrêtes ! ». Surpris, je lui ai demandé « Comment cela ? » Elle a poursuivi : « Oui, il (Pasolini) est fou, il est en train d’écrire un livre sur Eugenio Cefis, le président de ENI et de Montedison, il ne comprend pas, ils vont le tuer ! Toi qui es un journaliste professionnel, il faut que tu l’arrêtes ». Abasourdi, j’ai demandé à Pasolini "Pourquoi ? Tu as décidé d’écrire un livre sur Eugenio Cefis ?" Il m’a répondu amusé par métaphore : « Tu sais le pétrole est plus important que l’eau… », mais il ne m’en a pas dit plus et ne m’a pas laissé entrer dans ce qui le retenait déjà à cette époque. Les mois qui ont suivi, j’ai compris qu’il me demandait régulièrement des sources journalistiques qui m’ont donné une idée de son parcours et de ce qu’il recherchait. À chaque fois que j’ai essayé d’entrer dans le vif du sujet, il s’est esquivé. C’était un homme très méfiant, ce qui était plus que justifié avec, il faut le rappeler, plus d’une trentaine de procès dans sa vie… Il a vraiment été persécuté tout au long de sa carrière, ce qui l’incitait à ne faire confiance qu’à un très petit nombre de personnes dont je faisais partie. Dans les dernières années, il avait un peu ce syndrome d’être trahi, ce qui a fait qu’il a été trahi par presque tout le monde. Je ne saurai jamais si c’est lui qui a en quelque sorte provoqué cela ou si c’était son destin et qu’il le connaissait en tout état de cause.


La Macchinazione. ZOOM... : Cliquez l’image.
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Vous citez en exergue de votre film cette phrase de Pasolini : « Le courage intellectuel de la vérité et la pratique politique sont deux choses inconciliables en Italie  ». Comment la réouverture de son procès et l’instruction récente se déroulent-elles dans votre pays récemment secoué politiquement par la chute du gouvernement Renzi et le non au référendum ?

David Grieco : J’estime que cette phrase prononcée par Pasolini il y a plus de 40 ans est toujours valable. On est absolument dans la même situation, c’est d’ailleurs un phénomène mondial que nous avions devancé en Italie ! Je pense en effet que ce que Pasolini affirmait à une époque où certains individus avaient encore une réelle profondeur et désintéressement personnel est encore plus d’actualité aujourd’hui. Il m’est arrivé plein de difficultés et d’obstacles avec le tournage de ce film et qui sont le signe de ce que nous évoquons, j’ai d’ailleurs du mal à ne pas faire le parallèle dans une moindre mesure en ce qui me concerne avec ce qu’a pu connaître Pasolini à son époque. Si je peux citer un exemple, il est évocateur de ces petits tracas que l’on peut semer sur le chemin d’un réalisateur dénonçant un complot politique dans son film. 48 heures avant la sortie en salle du film en Italie, j’ai reçu une interdiction de le voir aux mineurs de moins de 14 ans alors même que j’ai bien pris soin d’éviter tout ce qui pourrait entrer dans ce type de censure. J’ai d’ailleurs obtenu depuis la levée de cette censure. J’aurais plein d’autres exemples de cet ordre à citer…


Peut-on dire de Pasolini qu’il a lui-même été la victime expiatoire de ce qu’il dénonçait ? Et avez-vous l’impression que cette image est encore présente dans la conscience collective italienne ou bien qu’elle a cédé au chant du relativisme et du consumérisme international ?

David Grieco : Pasolini a été non seulement la victime expiatoire de ce qu’il a dénoncé mais il l’a en plus, selon moi, souhaité. Dans ce film, je montre combien il est allé sur le lieu du crime en sachant, je pense, ce qui allait survenir. Ceux qui le connaissaient avaient remarqué avant sa mort combien il pouvait parfois abandonner une conversation, être très irritable et même laisser apparaître une peur, ce qu’il ne voulait jamais admettre pour autant. Le courage était son drapeau. Il était persuadé en agissant ainsi d’abattre tout le complot qu’il avait démasqué, ce en quoi il s’est trompé. J’ai souvent eu l’occasion lors de manifestations de constater combien Pasolini, bien qu’agressé verbalement par des jeunes, était capable d’engager une conversation avec eux et que ces derniers repartaient en s’excusant. Il a peut-être pensé pouvoir se rendre sur la plage d’Ostie et les convaincre.
Je pense que la raison principale et intime est qu’il s’est rendu sur place à cause de la mort de son frère. Pasolini a clairement annoncé dans une réponse à un courrier de lecteur que l’exemple de son frère le mènerait jusqu’à la fin de sa vie. J’ai interprété cela comme une vision prophétique. Pasolini a toujours mis une certaine distance entre lui-même et les autres intellectuels. Il a toujours critiqué ces intellectuels comme des penseurs de salon avec leurs beaux intérieurs et leur maison protégée, sans qu’ils sachent quoi que ce soit de l’extérieur et de la rue. Il a eu la même attitude parfois dans le cercle restreint de ses amis intellectuels. J’ai quelques anecdotes à l’esprit : par exemple, lorsque nous sortions manger une pizza, il nous emmenait dix minutes chez Moravia ou Calvino en prétextant une question à leur poser, mais j’ai vite compris qu’il le faisait exprès car nous débarquions à l’improviste avec des cheveux très longs, habillés comme des voyous et nous avions bien remarqué que les personnes présentes étaient sidérées ; C’était, selon moi, une provocation manifeste. Il était clair que c’était une manière de se stigmatiser, lui écrivain bourgeois vivant dans un intérieur confortable et parlant néanmoins de révolution avec le souvenir de son frère mort au combat. Ce sens de la culpabilité est essentiel selon moi pour comprendre Pasolini.

La bande annonce du film

Pouvez-vous nous dire vos raisons pour le choix de la musique des Pink Floyd et plus précisément Atom Heart Mother qui rythme et donne un fil directeur à votre réalisation ? Comment avez-vous pu en obtenir les droits ?

David Grieco : Je travaille habituellement avec un compositeur italo-américain extraordinaire qui s’appelle Angelo Badalamenti ("Twin Peaks") qui est un de mes meilleurs amis et qui a composé la bande sonore de mon film précédent, "Evilenko". Mais cette fois je voulais faire ce que Pasolini faisait d’habitude, c’est-à-dire utiliser une musique qui existait déjà. J’ai tout de suite pensé à "Atom Heart Mother" qui est le disque qui a marqué davantage mes goûts musicaux quand j’étais jeune. J’ai donc envoyé aux Pink Floyd une lettre et le scénario du film traduit en anglais.
Tout le monde se foutait de ma gueule, bien évidemment, car ils l’avaient refusé à l’époque à Stanley Kubrick pour "Orange mécanique". Mais un mois après les Pink Floyd m’ont permis de l’utiliser en dépensant un minimum parce qu’ils voulaient soutenir ce film qui raconte la vérité sur la mort de Pasolini. J’en ai fait donc une sorte de requiem, et tout d’un coup je me suis aperçu qu’il s’agissait en quelque sorte d’un véritable requiem.

Cher David Grieco, merci pour ce précieux témoignage et nous ne pouvons que souhaiter que votre film soit très bientôt dans les salles françaises !

propos recueillis par Philippe-Emmanuel Krautter

© Interview exclusive Lexnews
Tous droits réservés
reproduction interdite sans autorisation


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consacre une nuit à Pier Paolo Pasolini en diffusant l’un de ses plus grands films, L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU. Un documentaire rare - REPÉRAGES EN PALESTINE - signé par le metteur en scène lui-même enrichit ce projet audacieux en s’intéressant aux lieux de tournage possibles en Palestine.

Cinéaste provocateur et brillant, Pasolini est avant tout un artiste, un poète, un philosophe. Les nombreux paroles qui s’entrecroisent dans le second documentaire inédit PASOLINI MOTORE !émoignent d’une personnalité hors norme et d’une vision singulière du cinéma.


© 2016 Zoulou Compagnie - Universita Roma Tre
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20H45 : L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU
22H55 : REPÉRAGES EN PALESTINE POUR L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU
23H50 : PASOLINI MOTORE !

Ces trois programmes seront disponibles sur

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L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU

1965 • Drame de Pier Paolo Pasolini avec Mario Socrate, Margherita Caruso, Susanna Pasolini, Enrique Irazoqui, Marcello Morante

Réalisé en 1964, ce film se distingue dans la filmographie de Pasolini. Cette réalisation est d’autant plus étonnante que Pasolini n’est pas croyant. Certains ont prêté à ce film une connotation marxiste, voyant en Jésus l’autoportrait d’un Pasolini rebelle. Ici, Jésus s’éloigne en effet de l’être bienveillant que l’on a l’habitude de se représenter. Il s’agit d’un Christ déterminé, voire menaçant, qui hait la propriété et maudit les puissants. Mal accueilli par les critiques de gauche, le film fut apprécié par le public et multi-récompensé. Il fut notamment nommé trois fois aux Oscars.


© 1964 Arco Film - Lux - ZOOM... : Cliquez l’image.
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REPÉRAGES EN PALESTINE POUR L’EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU

1963 • Documentaire de Pier Paolo Pasolini

Alors qu’il visite les lieux décrits dans la Bible, Pier Paolo Pasolini réalise ce film de voyage. Le cinéaste est déstabilisé par la modernité et l’humilité des lieux qu’il découvre. Il ne retrouve pas la Terre Sainte telle qu’il l’avait imaginée. Il visite les hauts-lieux des Saintes Ecritures : la Galilée, Nazareth, le lac de Tibériade, les rives du Jourdain, Capharnaüm, Jérusalem, Bethléem... Grâce aux dialogues entre Pasolini et Don Andrea, ce documentaire rarissime livre également une réflexion sur le message des Évangiles.

PASOLINI MOTORE !

2016 • Documentaire de Valentino N. Misino

Plus de quarante ans après sa mort, le nom de Pier Paolo Pasolini évoque toujours un parfum de scandale. Adulé, méprisé, ce cinéaste à la forte personnalité a laissé une trace profonde dans la culture italienne. Ce documentaire se veut plus qu’un portrait : un hommage. Il parcourt la vie de Pier Paolo Pasolini et retrace sa carrière cinématographique. Il dévoile également un court métrage oublié retrouvé à Bologne.

Crédit : Canal +


PARTIE II - DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES

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Pier Paolo Pasolini : « Qui suis-je »

Émission : L’Atelier fiction, diffusée tous les mardis soir sur France Culture. Le 31 décembre 2013, était rediffusée une Création Radiophonique (de 1998) axée autour du texte "Qui je suis" de Pier Paolo Pasolini paru aux Éditions Arléa et traduit de l’italien par Jean-Pierre Milelli.

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À la lecture : Pierre Clémenti. Réalisation : Blandine Masson. Rediffusion de 1998. La découverte d’un inédit de Pasolini constitue un événement en soi. Quand ce texte emprunte, de surcroît, le mode autobiographique, il représente alors un document particulièrement précieux pour mieux approcher la personnalité de ce créateur aux talents multiples. Écrit à New York en 1966, "Qui je suis" prend la forme d’une réponse à une interview réelle ou imaginaire. Pasolini, au faîte de sa carrière littéraire, ne connaît pas encore la célébrité internationale que lui apportera le cinéma. Atteint d’une maladie grave, il veut faire le point sur son oeuvre passée et future, et sur le rapport à ses origines et son avenir. Dans ce texte bref mais foisonnant d’informations, il évoque des souvenirs d’enfance, ses relations avec la presse et la justice, livre des clés contradictoires sur son passage de la littérature au cinéma et confie quelques-uns de ses désirs les plus profonds. Pier Paolo Pasolini est né en 1922 dans le Frioul, il est mort assassiné sur une plage d’Ostie, en 1975. Source : France Culture

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Pier Paolo Pasolini, Entretien de Stockholm, 30 octobre 1975

Traduit par Annick Bouleau, 29 février 2012
www.ouvrirlecinema.org

Les propos de Pier Paolo Pasolini (PPP) sont traduits pour les personnes présentes. Il s’interrompt donc régulièrement pour laisser la place au traducteur.
Les questions sont posées alternativement en français et en italien — PPP a deux interlocuteurs — auxquelles il répond en italien, avec parfois quelques phrases ou mots en français.
J’ai choisi de conserver le ton de conversation et j’ai essayé d’éviter de faire de
l’écrit avec du parlé.
Les hésitations, les redites, font partie du jeu du dialogue.

Par exemple, vous m’avez dit que vous venez de terminer un film que
nous n’avons pas vu, un film sur Sodome…

Je pense que c’est la première fois que je fais un film dont je n’ai pas eu l’idée.
Il avait été proposé l’été précédent à Sergio Citti. Et comme toujours, je l’ai aidé
à écrire le scénario. Mais au fur et à mesure qu’on avançait, Sergio Citti aimait de
moins en moins le film, et moi je l’aimais de plus en plus. Et surtout, je l’ai aimé
à partir du moment où m’est venue l’idée de le situer en 1945, pendant les
derniers mois de la république de Salo’.Il est certain que je n’aurais pas supporté
de faire un film d’époque (film in costume). Et puis, Sergio a pensé à un autre
film, un autre sujet, et alors il a abandonné définitivement le projet. Et comme
moi j’en étais tombé amoureux, c’est moi qui l’ai terminé.
Ce film étant tiré de Sade, inutile de vous dire qu’il est fortement axé sur la
représentation du sexe. Mais la chose a complètement changé par rapport aux
trois derniers films, c’est-à-dire ceux que j’appelle « La trilogie de la vie ». La
« chose », c’est-à-dire la représentation du sexe est radicalement différente de
celle des trois derniers films. Cette représentation du sexe a énormément changé
parce que dans Salo’, le sexe n’est rien d’autre que l’allégorie, la métaphore de la
marchandisation des corps actualisée par le pouvoir.

(en italien)
… Commercialisation…

Non !
En deux mots : je pense que la Société de consommation (consumismo) manipule
et violente les corps ni plus ni moins que le nazisme. Mon film représente cette
coïncidence sinistre, épouvantable entre société de consommation et nazisme.
Voilà… je ne sais pas si cela sera compris du public. Le film se présente d’une
manière très énigmatique, presque comme une Sacra rappresentazione où le mot
« sacré » est employé également dans son sens latin de « maudit ».

(en italien)
Où en est le film ? Il est terminé, il est au montage…

Il est terminé.

(en italien)
Quand sera-t-il présenté ?

Il passera le 23, au festival de Paris.

Pourquoi avez-vous choisi l’année 1945 ?

Parce que j’ai voulu choisir la fin, les derniers mois du nazisme. J’ai voulu
présenter un monde à sa fin et non dans dans sa période de plus grande… C’est une raison… poétique ! J’aurais pu également le situer en 1938, 1939, 1937. Mais cela aurait été moins poétique.

Quelles sont les valeurs poétiques que vous avez trouvées dans cette
période-là, dans cette phase ? … pour des raisons poétiques…

Non, non. Il n’y a aucune raison particulière, poétique. Tout déclin est poétique…
une décadence, un crépuscule, en soi, sont poétiques.
Cela a été un choix instinctif. La réalité, est celle-ci, plutôt : si je l’avais situé au
moment de la plus grande force, de l’apogée du nazisme, le film aurait été
vraiment intolérable.
Sachant au contraire que tout cela arrive dans les derniers jours, que tout cela va
finir, donne au spectateur un léger sentiment de soulagement. Sinon, ce serait
intolérable.
Enfin, je dirai que c’est, en substance, un film sur la véritable anarchie, qui serait
l’anarchie du pouvoir.

Dans la vie culturelle italienne vous avez au moins deux rôles : l’un c’est
de cinéaste, l’autre c’est de poète. Est-ce qu’il y a une relation entre ces
deux rôles-là ?

La relation est seulement technique… technique ou linguistique… Ce sont deux moments mais il y a une profonde unité entre les deux… Pour ma part, je ne vois pas réellement de différence entre les deux.

Ce serait un peu comme si j’étais un écrivain bilingue.

Quel est le titre de votre film ?

Salo’… c’est le nom d’une ville sur le lac de Garde qui fut la capitale de la
République fasciste.
(PPP parle en français)
J’ai pris le titre « Salo’ » parce qu’il y a une polyvalence [sic], une ambiguité, en
France… mais le titre complet c’est « Salo’ ou les 120 journées de la ville de
Sodome »
De toute façon, il n’y aucune reconstitution historique dans le film. Aucun
rapprochement historique ; il n’y a aucun portrait de Mussolini ; ils ne font jamais
le salut fasciste. Il n’y a rien de reconstruit…
(en italien)

Aucun rapport direct…

Non. C’est seulement donné tel quel…

Pouvez vous nous dire quelque chose… comment financez-vous votre
film ? Est-ce que vos films en Italie sont des succès économiques ou… ?

(en français)
Ah, oui …
(PPP continue en italien)
Le financement est normal. Ce sont des producteurs qui produisent mes films. Il
n’y a aucune…

Vous n’avez pas de problèmes…

Non, non, je n’ai pas de problèmes. Seuls Porcile et Medea n’ont pas marché
commercialement. Tous les autres films, depuis le premier, Accatone, … c’est ça
qui a été important, ont marché… disons pas très très bien, mais assez tout de
même pour un débutant, pour un film de ce genre. Et depuis, je n’ai pas eu de
problèmes de production.

Vous travaillez dans le système commercial…

Oui, oui, complètement

… ce qui veut dire que c’est possible de faire des films très personnels et
aussi très poétiques dans ce système ?

(en français)

Oui, en Italie c’est possible, parce que je ne suis pas… seulement moi qui fait
comme ça… c’est… aussi Fellini ! Par exemple. Il est très original, il n’est pas commercial de toute façon.

Mais est-ce que c’est aussi possible pour quelqu’un de jeune. Parce que
vous et Fellini vous êtes très bien connus, bien fameux, tous les deux,
n’est-ce pas, mais pour… un jeune de 25 ans par exemple, qui veut
réaliser quelque chose, comme Bertolucci l’avait fait, disons… est-ce que
c’est toujours possible ?

Mais c’est difficile pour un jeune ! … comme dans toutes les professions… pour un jeune médecin…
La plupart du temps, ce sont des cinéastes qui aident les jeunes à faire des films.
Bertolucci, par exemple, c’est moi qui lui ai fait faire son premier film.

C’est pas comme ça ici en Suède, malheureusement…

Mais peut-être que Bergman, s’il avait confiance en un jeune, peut-être pourrait-il

Crédit : http://ouvrirlecinema.org/

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L’ultime interview de Pier Paolo Pasolini, 31 Octobre 1975

(Pier Paolo Pasolini né le 5 mars 1922 à Bologne, et assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, près de Rome.=

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Version complète de la dernière interview de Pier Paolo Pasolini à l’occasion de la présentation en France de son dernier film Salò ou les 120 Journées de Sodome , une libre adaptation de la grande œuvre du marquis de Sade (1740-1814), Les Cent Vingt Journées de Sodome, dont l’action se passe à la fin du règne de Louis XIV (mort en 1715).

L’action commence à Salò, ville près du lac de Garde où, en septembre 1943, les nazis installèrent Benito Mussolini, qu’ils venaient de libérer. Quatre notables riches et d’âge mûr y rédigent leur projet macabre. Elle se poursuit par la capture de 9 jeunes garçons et 9 jeunes filles dans la campagne et quelques villages alentour.

Crédit : www.ouvrirlecinema.org/

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Documentaire L’affaire Pasolini (prima parte)

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Un documentaire édifiant sur le mystérieux assassinat de Pasolini, l’homme de lettres et le cinéaste le plus subversif de l’Italie des années 1970.

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