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Le sac du semeur - « Prenez et jetez au vent »

Marcelin Pleynet : extrait de Libérations / Journal de l’année 2002

D 6 septembre 2016     A par Viktor Kirtov - C 7 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le sac du semeur

Bienvenue à une nouvelle revue littéraire « Le sac du semeur » en version numérique, animée par Arnaud Le Vac.

Nous aimons sa devise : « Prenez et jetez au vent »

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Pierre Nivollet, le sac du semeur, 2016.

Au sommaire du N° 1 :




Libérations / Journal du 8 avril au 14 avril 2002

Par Marcelin Pleynet

Pileface avait déjà publié un extrait de Libérations (Bref séjour à Lisbonne) au moment de sa parution en 2015. En voici un nouvel extrait : Journal du 8 avril au 14 avril 2002, l’extrait qu’a choisi de publier Le sac du semeur dans son numéro 1.

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L’Automne, Poussin, Marcelin Pleynet, 2010,
© Arnaud Le Vac.

Paris, lundi 8 avril

Poétique

Comment, en tout point, ce que Walter Friedrich Otto rapporte des dieux grecs, dans sa Theophania, est proche de l’expérience poétique.

Et sans doute faut-il penser cette expérience selon une pensée qui se libère de ce qui fut institutionnalisé comme « mythologie », en retenant, comme le propose W. F. Otto, que muthos ne dit rien d’autre que « parole » – « dit ».

Les préfaciers (Jean Lauxerois et Claude Roëls) rappellent que « le mythe, selon Heidegger, dit “l’appartenance mutuelle des hommes et des dieux en tant qu’elle seule comporte la
séparation de la distance, et par là, la possibilité de l’approche, et ainsi la grâce de l’apparition” ».

« Le dieu, quel que soit son nom et quelle que soit la différence établie entre ses semblables et lui, n’est jamais une puissance particulière, mais toujours l’être du monde tout entier dans la manifestation qui lui est propre » (Walter F. Otto).

« Le mythe mettrait en lumière quelque chose qui ne peut apparaître qu’en parole. » (C’est un dit.)

« Que le divin veuille se manifester dans la parole, c’est le plus grand événement du mythe. »

« Nulle part ailleurs que dans le mythe grec, il n’a été donné au chant et à la langue de signifier l’être. »

« L’être du monde s’accomplit ainsi dans le chant et le dire.
La vérité de toutes choses comme un être rempli de dieux, brillant depuis la profondeur.. »

Schelling : « Dieu est précisément le grand bienheureux, comme l’appelle Pindare, précisément parce que toutes ses pensées sont perpétuellement dans ce qui lui est extérieur, dans sa création. Lui seul n’a pas affaire à lui-même, parce qu’il est a priori sûr et certain de son être. » (Déduction des principes de philosophie positive.)

« Le bienheureux retrait des dieux n’exclut pas ce qui nous est le plus familier, leur omniprésence […] ceux qui bienheureusement sont le plus en retrait sont les toujours proches… »

« Là où précisément nous mettons l’accent sur la décision propre de l’homme, Homère voit la manifestation d’un dieu. »

L’homme d’Homère : « Son exaltation et la conscience de la proximité du divin ne font qu’un. »

« L’homme de ce monde grec s’élève jusqu’au divin au moment le plus important et le plus significatif, où le dieu lui est si proche qu’il ressent la conduite divine comme la sienne propre et réciproquement. »

Goethe : « L’esprit et l’aspiration des Grecs consiste à diviniser l’homme, non à humaniser la divinité. C’est là un théomorphisme, non un anthropomorphisme. » (Sur la vache de Myron.)

« Le beau n’est-il qu’un idéal humain ? Ou bien appartient-il, comme les Grecs en étaient convaincus, à l’être du monde et donc en premier lieu à la vérité divine ? »

« Le divin offre à l’homme […] les grands instants de l’éternité dans son présent. »

Parole attribuée à Thalès : « Tout est plein de dieux. »

« Ce savoir d’une plénitude divine, qui n’habite pas seulement dans le monde mais qui est le monde, n’a rien à voir avec le panthéisme. »

« Les réalités du monde ne sont ainsi en vérité rien d’autre que les dieux […]. Et c’est toujours le monde entier qu’ouvre un des dieux. »

*

Tout cela en parallèle avec le dernier livre de Bernard Sichère, son meilleur livre, Seul un dieu peut encore nous sauver, un des plus solides et des plus accessibles commentaires de la pensée de Heidegger.

Curieuse lecture, au demeurant, ponctuée des citations qui ont accompagné un très grand nombre de mes cours à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts. Celle-ci, entre autres : « 
Ce qui nous paraît naturel n’est vraisemblablement que l’habituel d’une longue habitude qui a oublié l’inhabituel dont il a jailli. Cet inhabituel a pourtant un jour surpris l’homme en étrangeté, et a engagé la pensée dans son premier étonnement » (Chemins qui ne mènent nulle part). Reprise et commentée au début de très nombreuses leçons.

Paris, mardi 9 avril

Sanskrit

Comme souvent au bureau en fin d’après-midi, longue conversation avec Sollers, fort occupé par le chapitre que Roberto Calasso, dans son livre La Littérature et les dieux, consacre au sanskrit… Le sanskrit dans Paradis. L’extrait de l’édition critique que nous publions dans le prochain numéro de la revue, était pour l’essentiel fixé sur l’Ancien et le Nouveau Testament (voir Thierry Sudour, « Publication permanente. Paradis, édition critique », L’Infini, n° 79, été 2002).

Je me demande si un de ses interlocuteurs (auditeurs serait plus juste) a jamais observé cette étrange machine intellectuelle, telle qu’elle se met en marche lorsque Sollers se fixe sur une idée. C’est alors comme si cette idée même se mettait en marche, dévorant, ou plus exactement assumant et assimilant tout ce qui se trouve sur sa route. J’interviens généralement juste ce qu’il faut pour maintenir une fiction de discussion. Sollers parle tout seul, comme on dirait : ça marche tout seul (cf. la prose de Paradis)… Je n’ai jamais observé cela chez qui que ce soit d’autre. Et si l’on parvient à faire abstraction de son ego (ce qui n’est pas toujours facile… parce que, bien entendu, Sollers, à ce moment-là, ignore souverainement
toute autre préoccupation), l’écoute est riche de rebondissements, d’échos propres à cette intelligence vive.

Ses diverses collaborations à la petite revue Ligne de risque ne sont rien d’autre que l’enregistrement sur magnétophone de ce flux.

Paris, mercredi 10 avril

Courte visite au Louvre. Je retrouve Jacqueline Risset à l’heure du déjeuner… l’Italie, Berlusconi, les intellectuels italiens…

Elohim

Discussion avec Sollers en fin d’après-midi. Une nouvelle fois, Sollers se demande où Lautréamont a trouvé l’Elohim qui figure dans la seconde livraison des Poésies. « Je me

figure Elohim plutôt froid que sentimental. » Je suggère Victor Hugo, mais Sollers se dit convaincu que le syncrétisme religieux ne connaît que Jéhovah. Or, feuilletant ce soir le William Shakespeare, je trouve en annexe, dans un des fragments destinés à la mise au net du William Shakespeare et classés sous la rubrique « Les traducteurs » : « Voyez la Bible. Que de questions philosophiques, chronologiques, historiques, et même religieuses, peuvent faire naître l’élément élohiste et l’élément jéhoviste, si inextricablement mêlés dans le Pentateuque ! Dieu n’est d’abord que le Tout-Puissant, puis il devient l’Éternel, et cette transformation d’Elohim en Jéhovah se fait dans le buisson ardent : “Je suis apparu à Abraham comme Elohim, et je t’apparais comme Jéhovah.” »

C’est donc une discussion sur l’histoire et la chronologie du texte biblique qui fait surgir ces deux noms : Elohim (qui désigne l’ensemble des divinités, le Dieu unique, et peut aussi désigner des hommes influents) et Adonai, pluriel de Adôn (« Maître, Seigneur »), improprement vocalisé Iahvé, Jéhovah : Jahwiste ou Jéhoviste.

Hugo rédige son William Shakespeare en 1864 – date, on peut le supposer, de ces notes…

Curiosité légitime de Hugo pour la chronologie du texte biblique, si l’on tient compte de son projet… et de son arrière-plan positiviste…

« Je me figure Elohim plutôt froid que sentimental  », serait une réponse de Ducasse au romantisme syncrétiste, au syncrétisme romantique… Mais les fragments en annexe au Shakespeare ne furent publiés que beaucoup plus tard (1937). Trouve-t-on trace de ce qui s’y débat entre Elohim et Jéhovah dans d’autres écrits de Hugo ? Vraisemblable. À rechercher. À suivre.

En 1851, à la librairie Didier, la baronne de Carlowitz publie en traduction l’Histoire de la poésie des Hébreux… où Herder débat, entre autres, des Elohim. Dans son dialogue, Herder
répond à l’affirmation : « Je ne connais pas de déisme plus pur que celui qui règne dans l’Ancien Testament », par : « N’oubliez pas que tous ces beaux passages sont modernes, et que, dans les plus anciens hymnes de la création, il est encore parlé des Elohim… Que sans doute Moïse a trouvés dans cet antique tableau de la création ; car ce grand adversaire du polythéisme et de tout ce qui pouvait l’autoriser, ne l’y aurait certainement pas introduit. » « Je le crois comme vous ; et peut-être ne leur a-t-il adapté le mot créé au singulier que pour éviter le polythéisme. »

Qui, en France, a lu ce livre de Herder ?

Paris, jeudi 11 avril

Poésie

Discussion avec Sollers. Vieille discussion, en vérité : Faut-il abandonner le mot de « poésie » ? Sollers soutient qu’il est aujourd’hui inutilisable… et que « roman » bénéficie d’une efficace ambiguïté.

Certes, et je peux même convenir que la situation où se trouve ce qu’il faut entendre par poésie, est une situation romanesque.

Mais je ne peux me résoudre à abandonner ce mot… ni aucun autre… abandonner un mot, c’est laisser un monde à l’abandon… et avec ce mot notamment. Et si sa situation est aujourd’hui, d’une certaine façon, romanesque, c’est que le roman est le roman de l’abandon.

Je n’ai fait figurer aucune mention sur Le Propre du temps, ni sur Le Póntos, mais en ce qui concerne Le Póntos, les 18 pages de « Notes » ne laissent aucun doute possible quant à l’engagement du volume.

Et les préoccupations quotidiennes que rapporte ce cahier n’ont pas d’autre objectif… Comment signaler que ce qui se déclare en présence… est le propre d’un faire un monde habitable, qui n’est habitable que dans la mesure où l’homme (par essence) habite poétiquement sa traversée.

Les lettres et articulets sur Le Póntos témoignent de la difficulté des lecteurs les mieux intentionnés à penser l’ensemble – ensemble, ce qui participe (entre dans la constitution) à la présence ouverte dans ce faire. Les éléments biographiques, historiques, culturels, etc., sont relevés un à un, avec intérêt et sympathie… mais l’essentiel échappe tout à fait, sauf sous la rubrique de généralités philosophiques qui pourraient aussi bien s’appliquer à n’importe quoi… puisque la vérité de ce faire leur échappe.

Les hasards de l’édition portent sur le bureau de la revue la suite de conférences faites par Jorge Luis Borges, à Harvard en 1967, sur L’Art de la poésie. Je cite :

« Chaque fois que j’ai feuilleté des ouvrages d’esthétique, j’ai éprouvé un sentiment de malaise : j’avais l’impression de lire les livres d’astronomes qui n’auraient jamais regardé une étoile. J’entends que ces gens écrivent sur la poésie comme si celle-ci était une besogne et non ce qu’elle est : une passion, une joie. »

Les conférences de Borges, informées, intelligentes, manifestant une sensibilité singulière à la langue et à la parole, n’échappent malheureusement pas à cette critique… Harvard, 1967… Rien ne laisse supposer ce qui va surgir sur le campus un an plus tard.

Tout est subordonné à une culture dont Borges ne parvient pas à éclairer la toujours possible insurrection.

Même s’il écrit : « Je crois qu’un jour le poète sera de nouveau le créateur, le faiseur de sens antique. »

Mais le poète a-t-il jamais cessé d’être cela ? Je pense à Cézanne et à Rimbaud… dont il faut penser qu’ils sont passés au-delà de ce que signale Hölderlin… de cette habitation.

Sollers a le génie de rendre vivant, dans son insurrection de vie, tout ce qu’il extrait de la bibliothèque. C’est essentiellement cela qui, depuis plus de trente ans, justifie le contrat tacite qui m’associe à ce qu’il fait.

Paris, vendredi 12 avril

La place de la Concorde.

Frappé, comme presque chaque jour en traversant la place de la Concorde, par les deux fontaines de Hittorf : La Navigation fluviale, La Navigation maritime. Triton et Néréide ruissellent dans l’or, le vert bronze et le noir qui s’éblouit.

Gérard de Nerval n’avait guère d’indulgence pour la réorganisation de la place par Hittorf : « Les rampes et les fossés coupés selon l’ancienne architecture s’accommodent assez mal des colonnes rostrales dans le goût de l’Empire, qu’on leur a imposées de distance en distance. »
Gérard de Nerval, Embellissements de Paris.

Pourtant chaque jour dans le soleil matinal il y a là encore quelque chose qui brille sous les jets d’eau… et plus de vraie liberté qu’on en dispose aujourd’hui (cf. la fontaine du Centre Georges-Pompidou)… mais qui sait si demain ?

Paris, samedi 13 avril

Article sur l’influence de Matisse et Picasso dans l’art du XXe siècle… pour Télérama… faire journaliste sans vulgariser… intenable.

Paris, dimanche 14 avril

Lecture

Souvent à l’occasion d’une lecture retardée. Le livre est là depuis une semaine, un mois, un an, ou plus. Pourquoi le reprendre à tel ou tel moment ? Je ne sais. D’autres attendent encore, pourquoi celui-là ? Mille raisons et aucune. Et pourtant c’est celui-là qui impose son jeu en tout point inattendu. Que faire ? L’intelligence comme un horizon s’éclaire et s’ouvre, découpant de vastes champs d’un univers brusquement justifié. Passé et présent apparaissent métamorphosés. C’était donc ça ? Le pays est encore plus grand que je n’imaginais. Fallait-il attendre si longtemps ? Mais c’est ainsi. Les montées, les descentes, les lignes droites, les
tournants, les bifurcations tracent la même route. Insoupçonné jusqu’à ce jour le pays qu’elle traverse maintenant… et celui qui s’y trouve engagé, il est un autre et il n’est pas un autre… il est le même maintenant.

Une langue où chaque mot peut devenir un verbe.

Marcelin Pleynet*, le sac du semeur 2016.

Extrait de Libérations, journal de l’année 2002, Éditions Marciana, 2015.
* Choix et titre de la rédaction, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.


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Le livre sur amazon.fr

Libérations
Marcelin Pleynet
Editeur : Editions Marciana (6 avril 2015)
232 pages

Dans l’avion... frappé comme toujours par l’admirable spectacle qui s’offre au voyageur. À vol d’avion la terre est d’une indescriptible splendeur. Nous flottons au-dessus des nuages disséminés çà et là... Miracle des chemins, des routes sinueuses, des vallées, des montagnes, et des îlots, des agglomérations habitées. Aucun de ces vivants occupés des travaux du jour ne sait que je survole le monde qu’il habite. Partage vert et sablonneux de l’étendue. J’imagine la fraîcheur de l’air qui souffle sur ces pentes, la chaleur des corps et des foyers. Une large veine bleue court comme un ruban détaché du ciel à travers les ombres du royaume. Bientôt c’est le découpage ocre et rose de la côte, la Méditerranée, cette immense ardoise qui, sous le soleil, n’est plus qu’un seul éclat éblouissant... bleu partout... et nous atterrissons..
M. P.

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7 Messages

  • A.G. | 9 novembre 2016 - 14:07 1

    Rencontre avec l’écrivain éditeur Arnaud Le Vac, par Philippe Chauché
    Arnaud Le Vac croit aux affinités électives, il sème à tout va, une manière de vivre poétiquement, autrement dit des lettres d’écrivains, des poèmes, des photos, des reproductions de toiles et de dessins : – Prenez, et jetez au vent. Arnaud Le Vac met en musique Le sac du semeur, une revue numérique et imprimée, que l’on découvre parfois sur la table d’un café parisien, et que chaque lecteur peut imprimer pour l’offrir au vent, pour dit-il réinventer dans la continuité de la vie et du langage notre rapport entre la poésie et la vie. LIRE ICI.


  • MN | 11 septembre 2016 - 09:40 2

    Pour terminer la discussion sur le Tétragramme et le balancement dévotionnel :

    Lorsqu’un enfant d’Israël lit dans le texte original en hébreu carré « Tous mes os diront : Hachem ! qui est comme toi qui délivres l’affligé de celui qui est plus fort que lui, et l’affligé et le pauvre de celui qui les pille ? » il faut se rendre compte qu’à la place du mot Hachem est écrit YHWH. « Tous mes os diront : YHWH ! qui est comme toi ? »

    À la synagogue il s’écriera « Adonaï ! » mais sur internet il balancera Hachem ! en se balançant « de tous ses os ».


  • MN | 10 septembre 2016 - 21:48 3

    Pourquoi certains Juifs se balancent-ils en priant ?

    C’est la marque d’humilité devant le Seigneur, et en même temps un rythme qui s’apparente à de la transe dévotionnelle.

    Voici selon les rabbins quelques-unes des raisons de cette attitude :

    Par référence au verset : « Tous mes os diront : Hachem ! qui est comme toi qui délivres l’affligé de celui qui est plus fort que lui, et l’affligé et le pauvre de celui qui les pille ? » (Psaumes 35, 10).

    Par référence au verset : « Mon alliance avec lui était une alliance de vie et de paix. Ce que je lui accordais pour qu’il me craignît et il a eu pour moi de la crainte, Il a tremblé devant mon nom » Malachie 2:5.

    Certaines personnes réservent leur balancement à l’étude de la Torah, car celle-ci a été donnée dans le tremblement.

    Selon une opinion il est recommandé de se prosterner pendant la prière jusqu’à ce que toutes ses vertèbres se dissocient les unes des autres.

    On a également relié le balancement pendant la prière aux deux éléments fondamentaux du service divin : la crainte et l’amour de Hachem. Ce balancement serait une manifestation extérieure de ces deux éléments, l’inclinaison vers l’avant exprimant l’amour, et le retrait vers l’arrière manifestant la crainte.

    Selon une expression employée par rabbi Ya‘aqov Tsewi Mecklenbourg « les cœurs suivent les mouvements du corps ». Cette formule est souvent utilisée par ceux qui considèrent que le balancement pendant la prière favorise la concentration.

    d’après l’enseignement de Jacques Kohn ZAL


  • V. Kirtov | 10 septembre 2016 - 19:09 4

    SUR L’INTERDICTION DE PRONONCER LE NOM DE YHWH DANS LA TRADITION JUIVE

    Voilà bien les doctes paroles que j’attendais et qui comblent un petit pan de mon inculture judaïque.
    Merci Michaël. Mon coeur a soudain frémi en unisson avec le vôtre quand j’ai lu votre explication. Magie du Verbe :

    « Lorsqu’un Juif lit la Bible, c’est à dire la Torah écrite en hébreu carré et que ses yeux rencontrent les quatre lettres du Tétragramme, son coeur bondit et sa respiration s’accélère : le noyau du mystère divin est là, concentré en quatre signes - et il prie Adonaï. »

    Dois-je aussi avouer qu’une pensée perturbatrice et profane a envahi mon champ de conscience, presque simultanément : le « Stupeur et Tremblement » d’Amélie Nothomb ?

    Et puisque je tiens, sinon un rabbin, un docteur éclairé de la Torah, une autre question m’obsède. Quand je vois un Juif orthodoxe en prière au pied du mur des lamentations, j’ai toujours peur qu’il se cogne la tête contre le mur, mon doigt sur mon mobile, prêt à composer le numéro du Samu. Pourquoi ces oscillations du haut du corps d’avant en arrière ? - La relation tête / corps, une dynamique utilisée aussi en hypnose : « un balancement qui permet d’accéder aux états dissociés, aux états de « trans », donc aux potentialités de plasticité de l’appareil psychique. » dit ma source (http://www.hypnoses.com/content/uploads/2014/07/memoire-waisblat-balancement.pdf).
    Mais je préférerais votre explication, plus canonique, du balancement dans la prière juive.
    A vous lire.


  • MN | 10 septembre 2016 - 14:53 5

    "Je restais sur ma faim quant à cette interdiction de facto de la tradition juive de ne pas prononcer le nom de Yavhé. Depuis quand et pourquoi ?"

    Pourquoi et depuis quand ?

    Mais d’abord parce que depuis la disparition de la caste lévitique - suite à la destruction du Temple de Jérusalem par Titus en l’an 70 - la prononciation correcte des quatre lettres YHWH ("Je Suis Celui Qui Est") a été perdue. Jusqu’alors le nom de Dieu était énoncé une fois par an dans le Saint des Saints le jour du Grand pardon, transmis de bouche à oreille de grand prêtre à grand prêtre depuis Moïse et Aaron.

    Lorsqu’un Juif lit la Bible, c’est à dire la Torah écrite en hébreu carré et que ses yeux rencontrent les quatre lettres du Tétragramme, son coeur bondit et sa respiration s’accélère : le noyau du mystère divin est là, concentré en quatre signes - et il prie Adonaï.

    (Parenthèse : Adonaï = ADN ? Qui sait ? Dieu a plus d’un tour dans son sac propre à émerveiller même les post-modernes...)

    Conclusion : en attendant Celui qui ramènera la juste prononciation du Tétragramme, les non-Juifs feraient mieux d’employer le mot Seigneur et de jeter à la poubelle les "Jahvé", "Jéhova" etc.

    Depuis le pontificat de Benoît XVI, l’Église catholique préconise, entre autres par respect pour les Juifs, de ne plus prononcer « Yahvé » mais d’employer à la place l’expression « le Seigneur ». Du reste, la Vulgate (suivant en cela la Septante) écrit "Dominus", et la traduction liturgique porte "Seigneur".


  • V. Kirtov | 10 septembre 2016 - 05:27 6

    YAVHE ET LE MONOTHEISME

    Merci Michaël pour ces précisions. Ajoutons toutefois que Yavhé est cité 6399 fois dans la bible et le nom plus ancien d’Elohim, 2312 fois.
    Crédit : http://www.evangile.ca/etudes/tnoms/nomsab.htm

    Coïncidence : France 5 avait programmé mercredi 7 septembre, deux documentaires intéressants consécutifs :

    L’aube des civilisations - Entre deux fleuves
    Et
    L’aube des civilisations - La naissance d’un dieu

    Le deuxième traite justement de la naissance du monothéisme au sein du peuple juif - après une première tentative égyptienne du pharaon Akhénaton de ne vénérer qu’une divinité, à travers le culte du disque solaire Aton, culte unique que son successeur s’empressa d’abroger.

    Une histoire que nous vous proposons dans une libre et brève narration :
    La tentative des Hébreux eut plus de succès puisqu’elle s’est perpétuée jusqu’à nous, à travers la religion juive, puis catholique, puis musulmane.

    Nabuchodonosor

    Pourtant, la partie n’était pas gagnée puisque le dieu d’Israël, le dieu « national » désigné sous le nom de Yahvé était en concurrence alors avec d’autres dieux. Il fallait bien qu’il ait un nom pour le différencier des autres, notamment des dieux Babyloniens, en particulier de l’emblématique et terrible Marduk. Une sorte de « super dieu » national qui semblait inspirer en bien et soutenir les Babyloniens puisque leur puissant roi Nabuchodonosor, en 587 av. J.C. allait écraser le peuple de Juda, détruire son temple à Jérusalem et déporter l’élite juive dans son pays, entre le Tigre et l’Euphrate (l’Irak actuel). Avec la chute de Jérusalem, c’en est fini de l’indépendance d’Israël pour... 2500 ans, jusqu’à la résurrection de l’État hébreu au XXe siècle de notre ère (mise à part une brève période d’indépendance sous les Maccabées ou Asmonéens). Nabuchodonosor déporte la famille royale et l’élite juive dans son pays, entre le Tigre et l’Euphrate (l’Irak actuel).
    Dix ans plus tard, suite à une ultime révolte, toute la population de Jérusalem est envoyée en Mésopotamie et le Temple de Salomon est détruit. C’est la première diaspora.

    Sévère raclée qui n’était pas la première puisque déjà, les Assyriens avaient déjà détruit le royaume d’Israël une première fois en 722 av. J.C.
    Les Hébreux allaient-ils se détourner de leur dieu national pour non assistance à peuple en danger, lors de ces désastres nationaux ? Bien au contraire, leur déportation à Babylone a été l’occasion pour eux d’un véritable examen de conscience, un retour d’expérience pourrait-on dire aujourd’hui.
    Les prophètes hébreux de l’époque, tels Jérémie et Ézéchiel, voient dans ces malheurs une punition infligée au peuple hébreu pour avoir désobéi à Dieu.
    À Babylone, les Hébreux non seulement ne vont pas se détourner de Yahvé mais vont affermir leur religion et regagner en prospérité ce qu’ils ont perdu en liberté.
    Les Hébreux attendent alors le Messie qui les délivrera de l’oppression. Le mot, d’origine araméenne, signifie oint du Seigneur  ; il se traduit en grec par... Christ. (Jésus de Nazareth - se présentera plus tard comme le Messie tant attendu mais seule une fraction des Juifs le suivront ; ils fonderont le christianisme).

    PETITE CHRONOLOGIE BIBLIQUE

    -1850
    Abraham quitte sa terre natale

    Selon la Torah, le patriarche hébreu Abraham reçoit les révélations de Yahvé, qui lui demandera de quitter la ville d’Our, sa terre natale.

    - 1250
    Moïse mène les Hébreux hors de l’Égypte

    D’après la Torah, Moïse libère le peuple hébreu de l’esclavage. Il reçoit les dix commandements au mont Sinaï.

    - 587
    Nabuchodonosor roi de Babylone s’empare du royaume hébreu

    Il existe désormais un consensus pour affirmer que c’est pendant l’exil à Babylone (587-538 av. J.-C.) qu’ont commencé à être fixés les récits sur Abraham et le don de la Terre promise (le peuple d’Israël, à ce moment-là, ne possédait plus de terre), mais aussi les récits sur Moïse.
    Moïse qui reçut sur le mont Sinaï, les dix commandements de Dieu, dont celui-ci :

    « Tu n’adoreras pas d’autres dieux que moi. »

    C’est aussi reconnaître qu’alors il y a concurrence, qu’un dieu unique ne va pas de soi, que le monothéisme n’a pas encore gagné la partie.

    Ashera, l’épouse de Yahvé

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    La déesse Ashera

    Yahvé a même commencé sa carrière, si l’on peut dire, au temps où les Hébreux étaient polythéistes. Au point d’associer à Yavhé, une épouse, la déesse Ashera. Le prophète Jérémie, dans l’Ancien Testament fait allusion à Ashera pour la stigmatiser. Le prophète, en exil avec les Juifs déportés à Babylone, reproche à ses compatriotes leur vénération pour cette déesse impure, représentée sur des statuettes comme une femme aux seins nus. L’entreprise de Jérémie reste sans succès : les Juifs affirment que autant à Jérusalem qu’à Babylone, Ashera est généreuse et leur offre du pain en grande quantité. Et pour étayer leur propos, ils ne manquent pas de lui rappeler que d’autres avant lui leur avaient fait abandonner le culte d’Ashera et que le résultat fut « le glaive et la famine » (Jérémie 44, 17-19).

    Ashera dont on trouve des traces non seulement dans la bible, mais aussi dans les fouilles des archéologues. En effet, il y a peu, des inscriptions sur des stèles ont révélé aux archéologues que les hébreux vénéraient « Yahvé et son Ashera  ». Inscription datant de la monarchie tardive (vers 600 av. J.-C.) dans la région de la Shefelah (royaume de Juda).

    Plus sur « Ashera, l’épouse de Yahvé », ICI


    Même si, aujourd’hui, les Juifs évitent - par respect, en conformité avec la Torah - de prononcer le nom de leur Dieu : Yahvé, c’est bien ainsi qu’est nommé le dieu d’Israël, à de nombreuses reprises, dans la bible. Mais pour les catholiques Dieu n’a pas de nom spécifique. Ils ne le nomment pas autrement que Dieu, God, Got... dans les différentes langues nationales. Pas nécessaire qu’il ait un nom puisqu’il est unique. Catholicisme qui inventera quand même la Trinité : Dieu un en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. (Pas de femme ! Ashera a complètement disparu des radars.)
    Et l’Islam s’est aussi contenté de traduire le mot Dieu en arabe. « Allah » (le Dieu). Il s’agit de la forme arabe de l’invocation divine générique de la Bible : « Élie » « Eli », ou « Elôï » « Mon Dieu » en hébreu (pas le nom du prophète Élie) ; Eloah, signifie « Dieu » en hébreu ; les mots hébreux « Élohim » (pluriel de majesté d’Eloah) ou Adonaï (Seigneur) sont utilisés pour ne pas prononcer « Yahvé » dans l’Ancien Testament.
    Les Akkadiens déjà utilisaient le mot ilu pour dire "dieu", et ceci entre 4000 et 2000 av. J.-C.
    En araméen (langue parlée de Jésus-Christ) dieu se dit ALLAHA

    Monothéisme
    et mono-étymologie, en fait.

    Dieu et le diable

    Les musulmans ont pris l’habitude de ponctuer leur phrases avec Inch’Allah ou le qualifier Allah Akbar. Les terroristes ne se demandent pas si dieu le veut mais affirment aussi Allah Akbar pour signer leurs crimes.

    Compte tenu de telles dérives, les Juifs ont raison
    de ne plus nommer dieu,
    de ne plus prononcer son nom Yavhé, non ?
    Il faut rendre à Yavhé
    ...Et au diable
    A chacun
    Ce qui lui appartient.
    Déjà La Fontaine mettait en garde :

    « ...[Nous] ne croyons le mal que quand il est venu ».

    C’était la morale de sa fable naturaliste « L’Hirondelle et les petits Oiseaux »
    Et si dieu et le diable,
    le bien et le mal,
    ...étaient en nous
    Pas ailleurs ?

    C’était un des thèmes abordés, dans l’émission La Grande Librairie de François Busnel, le 8 septembre, avec les livres d’Eric-Emmanuel Schmitt « L’Homme qui voyait à travers les visages » inspiré de l’actualité et celui de Salman Rushdie « Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits  », autrement dit mille et une nuits "revues et corrigées" par l’écrivain.
    Extrait vidéo :

    Nota

    Je restais sur ma faim quand à cette interdiction de facto de la tradition juive de ne pas prononcer le nom de Yavhé. Depuis quand et pourquoi ? Ai interrogé Google faute d’avoir un rabbin sous la main. Mais si vous, vous en avez un ou connaissez suffisamment la tradition juive pour vous en passer n’hésitez pas à corriger ou compléter ce message de vos lumières.
    Voici ma propre pioche :
    Le Dieu d’Israël, Yahvé, était connu avant Moïse chez d’autres peuples que les Hébreux : les anciens Phéniciens semblent avoir adoré un dieu Yo. Dans la Bible hébraïque, on trouve les formes abrégées Yahu, Yo ou Yah, la plupart du temps en composition, préposées ou postposées, dans des formules liturgiques (alléluia). Dans les papyrus juifs d’Éléphantine, on parle de Yaho. (http://www.universalis.fr/encyclopedie/yahve-yahweh/). Nota : Rien à voir avec le nom du moteur de recherche Yahoo qui est un acronyme de « Yet Another Hierarchical Officious Oracle ! »
    Le Talmud énonce l’interdiction de le prononcer, en vertu du Troisième Commandement :

    « Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain »

    Dans leurs prières ou pendant la lecture de la Torah, les Juifs le remplacent par « Adonaï », dont la traduction courante est « mon Seigneur », et « Adonaï » est remplacé par « HaShem », « Le Nom », dans la vie de tous les jours.
    Depuis le pontificat de Benoît XVI, l’Église catholique préconise, entre autres par respect pour les Juifs, de ne plus prononcer « Yahvé » mais d’employer à la place l’expression « le Seigneur ». (https://fr.wikipedia.org/wiki/YHWH)


  • MN | 7 septembre 2016 - 22:00 7

    "C’est donc une discussion sur l’histoire et la chronologie du texte biblique qui fait surgir ces deux noms : Elohim (qui désigne l’ensemble des divinités, le Dieu unique, et peut aussi désigner des hommes influents) et Adonai, pluriel de Adôn (« Maître, Seigneur »), improprement vocalisé Iahvé, Jéhovah : Jahwiste ou Jéhoviste."

    Précision incontournable : le vocable Adonaï est employé par les Juifs pour éviter de prononcer le nom du Seigneur, YHWH, le Tétragramme aux inépuisables saints mystères. Lorsque les Bibles chrétiennes écrivent "Jahveh", les Juifs voient écrit YHWH, le Tétragramme imprononçable et si saint qu’il est remplacé par le vocable Adonaï, Seigneur.
    Le mot "Jahveh" aux oreilles juives n’a strictement aucun sens et même est à la limite blasphématoire. D’ailleurs, même le mot Adonaï est si saint qu’il n’est prononcé qu’au cours des rites religieux - un Juif hors cadre religieux respectueux de sa tradition ne dira jamais Adonaï mais Aschem, c’est à dire le Nom.

    Jéhova, Yahweh, yahviste sont autant de fabrications linguistiques aberrantes, fantaisistes, à bannir de son vocabulaire si l’on veut être pris au sérieux par un Juif qui connait sa tradition.