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Raskar Kaspac ressuscite Jean-René Huguenin

D 28 mars 2016     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En septembre 1962, un jeune écrivain de 26 ans, Jean-René Huguenin se tuait sur la route. Il avait écrit un seul roman.
Pourquoi cette étoile filante a-t-elle laissé une trace encore observable aujourd’hui ? Qu’est ce qui justifie qu’une jeune revue littéraire et artistique "Raskar Kapac" lui dédie son numéro 1 ? Déjà en 2013, un essayiste, Jérôme Michel [1], qui a écrit sur François Mauriac et Léon Blum, avait éprouvé le besoin de lui consacrer un livre : "Un jeune mort d’autrefois. Tombeau pour Jean-René Huguenin". Un Jérôme Attal, aux dons multiples : écrivain, parolier, scénariste, chanteur, a aussi écrit dans la revue Bordel de Frédéric Beigbeder, un article consacré à son admiration pour l’écrivain Jean-René Huguenin...
Pourquoi ces hommages de personnaltés si diverses, et après si longtemps ? Découvrez à travers ce document des éléments de réponse, ainsi que dans les différents articles de pileface et liens externes qui l’évoquent, sa pensée et ses valeurs... : de nombreux extraits de ses textes révèlent l’écrivain et l’homme.
Une étoile qui rayonne encore du fond de son trou noir. Paradoxal !

Une nouvelle revue littéraire insolente

Par Christopher Gérard
écrivain
et critique littéraire belge
Publié le 28 février 2016

Une gazette artistique qui veut faire redécouvrir certains écrivains, peintres, cinéastes, aventuriers...

Initiative aussi sympathique que bienvenue en ces temps post-littéraires : un quarteron de jeunes officiers s’unit pour ressusciter l’esprit des brûlots de jadis. On songe à Matulu ou à l’actuel Livr’Arbitres. À Immédiatement, aux Epées… Certes, Raskar Kapac, du nom d’un personnage des aventures de Tintin, ne comporte, pour le moment, que quelques pages, mais la tension y est.

La fidélité aussi, puisque cette gazette à l’ancienne se propose d’honorer, dans son numéro 1, la mémoire de Jean-René Huguenin (1936-1962), l’auteur de La Côte sauvage, et surtout d’un Journal (1955-1962) qui, par son incandescence, a marqué à jamais tous ceux qui ont eu, jeunes pour les plus chanceux, le bonheur de lire ce moraliste impitoyable qui voulut fonder une aristocratie. Nombre de pages de ce Journal posthume nourrissent le lecteur fraternel, qui ne peut que s’y reconnaître : « Personne pour nous applaudir, presque rien pour nous encourager, et pourtant rester digne, rester un homme d’honneur ». Tué dans un accident de la route, Huguenin serait sans doute devenu l’un des grands polémistes de sa génération, l’un de ces jeunes capitaines perdus – comme Nimier, qui le rejoignit dans la mort six jours plus tard.

Christian Dedet, écrivain secret de la trempe d’un Guy Dupré ou d’un Jean Forton, livre aux jeunes chouans de Raskar Kapac quelques souvenirs sur l’écrivain foudroyé, qui affirmait que « le génie, c’est d’être soi-même » et qui, par-dessus tout, haïssait la tiédeur. La gazette, dont on attend les prochaines livraisons, publie quelques pages inédites d’Huguenin, celles d’un roman inachevé.


Raskar Kapac,
3 sesterces. En kiosque.
Retrouvez aussi la revue sur Facebook. (*)

Crédit : Causeur.fr

(*) Nota  : Achat en ligne (au numéro ou abonnement) un peu déroutant. Il faut passer par une plateforme de dons en ligne :
https://www.lepotcommun.fr/pot/tcmd9vca
et en commentaire, vous indiquez le numéro désiré ou la mention "abonnement". Ca marche !

Raskar Kaspar ressuscite Jean-René Huguenin


ZOOM... : Cliquez l’image.

Sommaire de la gazette

Vous trouverez dans Raskar Kapac

Introduction de Michka Assayas au second roman inachevé de Jean-René Huguenin


Jean-René Huguenin avait songé à entreprendre un second roman dès la fin de l’année 1960. Le manuscrit, enfermé dans une chemise de cuir vert, compte environ deux cents pages. Huguenin comptait en terminer la rédaction au milieu de l’année 1963.

Il n’avait pas fixé de titre à son roman. Il hésitait apparemment entre Le Mieux de la mort et Ennemis sur la Terre. Il prévoyait une division en quatre mouvements : « l’Enfer », « la Passion », « la Mort » et « la Paix »
[...]

La suite de l’introduction dans Raskar Kapac.

trois extraits inédits :
- Eric Laude, traumatisé et frustré par son amour pour Nathalie.
- Eric Laude seul, obsédé par l’image de Nathalie

- Eric Laude assiste à l’humiliation d’une « tondue » à la libération.


[...] Il les regardait jaillir d’une maison, tenant dans leurs serres une jeune femme blonde, vêtue d’un corsage blanc et d’une robe verte dont les deux couleurs semblaient mêlées dans ses yeux d’amande pâle. Il regardait leurs mains, des mains de femme surtout, déchirer le corsage, tirer sur la jupe comme sur la peau d’un lapin qu’on écorche, tandis que la jeune femme, nue, muette et molle comme un linge, tournait vers lui un visage exsangue, presque gris, et comme soumis à la pression d’un ouragan - cils chavirant, narines pincées, coins de la bouche tirés, masque aux traits figés par le vertige, l’angoisse, l’abandon, qu’il reconnaîtrait plus tard, en d’autres occasions, sur d’autres visages - et posait son regard sur lui, mais sans le voir, ne percevant sans doute plus, à travers ses paupières défaillantes, qu’une ceinture de têtes cloutée d’yeux. Quelqu’un tira sur les cheveux blonds, et le buste de la jeune femme, brusquement cassé en deux, se renversa en arrière, tandis que ses seins lourds s’inclinaient sur ses flancs. Elle ne se débattait pas, ne criait même pas, ses yeux maintenant grand ouverts, offerts au ciel d’été avec horreur, avec extase, et la foule autour d’elle était devenue si silencieuse que l’on pouvait entendre le cliquetis de la tondeuse.
[...]

Outre ce fragment, version intégrale sur Raskar Kapac.

Divers éclairages sur Jean-René Huguenin :

« Jean-René Huguenin vu par l’écrivain Christian Dedet ».

Un entretien réalisé par Maximilien Dalle. Christian Dedet et J-R Huguenin sont du même âge, ont fait tous deux, en même temps, leurs premiers pas littéraires :


« Je l’ai rencontré pour la première fois en septembre 1960 en entrant dans le petit bureau sur cour du 27 rue Jacob, petit hôtel branlant des encore modestes éditions du Seuil, où il signait le service de presse de son premier livre La Côte sauvage. J’avais fait la même chose trois mois plus tôt, au même endroit, pour mon premier roman, Le plus grand des taureaux. »


Jean-René et Jean-Edern en promenade au Jardin d’Acclimatation
Photo Raskar Kapac
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« La soif de vivre » par Maxime Dalle


« Huguenin secoue ses congénères avec force. Il a compris que l’existence est unique, fugace. Qu’il faut vivre vite en cherchant le dépassement de soi, le sursum. Il faut redonner à la vie toute sa force, toute sa gravité, toute sa pureté. »

« Huguenin, l’écorché vif » par Archibald Ney


« Restaurer la douleur ». Ce n’est pas un hasard si Huguenin place la douleur au centre du triptyque qu’il a créé pour diriger sa vie :« le mystère, la souffrance et l’amour. Pas de vie sans cette croix ».

« Il n’y a que Dieu » par Archibald Ney


« Sa foi est celle des pères du désert. Une foi brulante sans cesse éprouvée. Une foi de solitaire »

« Un été en Bretagne » par AGD


« [Son ] entreprise de salut s’enracine en premier lieu, dans une terre, la Bretagne [2]. C’est la patrie d’élection d’Huguenin. Aucun lien ne l’y rattache hormis quelques souvenirs de vacances et ces affinités électives dont Gracq a abondamment parlé : parce que c’était lui, parce que c’était elle »


La Côte sauvage
Photo Raskar Kapac
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« La danse des chaînes » par Yves Delafoy


« Oui, c’est bien la mort qui donne à la vie tout son sel, toute sa valeur […]
Nous en sommes sûrs ! Huguenin était reconnu de Zarathoustra lorsque ce dernier exhortait les hommes à créer. A créer, à se dépasser, à ’’danser dans les chaînes’’ ! »

Nota de Raskar Kapac


« Remerciements à Jacqueline Huguenin [3] et Michka Assayas pour leur contribution active à cette résurrection de Jean-René Huguenin.

Il explique trop ; il n’inquiète pas (A propos de Sollers)

Philippe Sollers, pensif, devant Le déjeuner sur l’herbe de Manet.


« Mais sa passion se contemple trop elle-même. Elle n’est pas assez incarnée, héroïque. La mienne repose sur le sacrifice, la sienne sur le plaisir - il a le sacrifice en horreur. Il lui manque quelque chose, un poids, du tragique, un rêve, son intelligence éclaire tout, elle ne respecte pas ces grands repaires d’ombre où notre mystère se tapit, il explique trop ; il n’inquiète pas. Il est lisse et lumineux, et on a l’impression que son bonheur ne cache pas de blessures, c’est un bonheur propre et sans charme, dur comme un bonheur d’enfant. J’aime mieux les êtres qui saignent. J’aime les forts, bien sûr, mais pas tout à fait les forts. J’aime les forts au regard tremblant tremblant d’amour. »
Jean René Huguenin parlant de Sollers

Crédit : MS62


image de la page FaceBook dédiée à Jean-René Huguenin
Image empruntée aux archives pileface. Le ZOOM montre l’image intégrale
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Liens

Jean-René Huguenin sur pileface

Jean-René Huguenin : Un jeune mort d’autrefois

Ces gens là sentent le boin, l’alcool et l’éthylène (nouvelle édition...)
17 févr. 2012... Jean-René signe ses débuts littéraires avec « La Côte sauvage », salués par Mauriac et Aragon — comme pour Sollers.

J’aime mieux les êtres qui saignent
3 mars 2006... Jean-René Huguenin (1936-1962), sera un des cofondateurs de la revue Tel Quel, en 1960, avec Philippe Sollers. Extrait de son Journal...

Je t’aime, moi non plus
7 mars 2006... Jean-René Huguenin sur Philippe Sollers.

ROMANTISME DE JEAN-RENÉ HUGUENIN (pdf)

JEAN-RENE HUGUENIN JOURNAL Préface de François Mauriac (pdf)
Si Jean- René Huguenin avait vécu, si le temps avait été donné à l’auteur de La Côte...

Les dernières confidences de Julien Gracq (pdf)
il se souvient de son élève, le romancier Jean-René Huguenin, parle aussi de cinéma...

Voir aussi

Maudit Septembre 62 (MS62)
Site dédié à Roger Nimier et Jean-René Huguenin, tous deux tués dans un accident de la route, en septembre 1962, à une semaine d’intervalle.

Le blog de Claude Cailleau, directeur de la revue Les Cahiers de la rue Ventura.

Le numéro 30, de Novembre 2015, des Cahiers de la rue Ventura (CRV), était consacré à Jean-René Huguenin, Revue littéraire trimestrielle assez confidentielle (imprimée à 150 exemplaires), mais précieuse. Malheureusement, le numéro est épuisé.

Crédit : MS32

Les écrits de Jean-René Huguenin

La côte sauvage, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1960.

Journal, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1964.

Une autre jeunesse, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1965. (Recueil de ses articles publiés dans la presse)

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Sur Jean-René Huguenin

Un jeune mort d’autrefois, tombeau de Jean-René Huguenin par Jérôme Michel, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013.

LE LIVRE DU JOUR, sur France Info du 11/04/2013. Jérome Michel présente son livre.

Crédit : France Info


[1JERÔME MICHEL est maître des requêtes au Conseil d’Etat. Il enseigne à l’IEP de Paris et à l’université du Caire. Il est l’auteur de plusieurs essais, consacrés notamment à Léon Blum et François Mauriac.

[2Bretagne Sud (note pileface)

[3soeur de Jean-René Huguenin

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