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Jean-Louis Houdebine tel quel

12 octobre 1934 - 29 novembre 2015

D 11 décembre 2015     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’écrivain Jean-Louis Houdebine est mort à 81 ans


On dit de certains visages qu’ils prennent bien la lumière. A l’évidence, d’autres savent la rendre. D’illustres figures – Derrida, Foucault, Lacan – ont traversé, lumineusement, la constellation Tel Quel, dernière grande avant-garde du XXe siècle ; Jean-Louis Houdebine, qui est mort le 29 novembre, à Paris, aura été, lui, un soldat de l’ombre dont l’éclat aura constamment été tourné vers les œuvres des autres non seulement pour les faire briller, mais surtout les faire comprendre.

Grand travailleur, personnalité aux multiples talents, Houdebine jouait de la guitare et de la trompette, traduisait de l’allemand ou de l’anglais, enseignait et écrivait avec une justesse mêlée de verve et de savoir. Curieux de tout. Exigeant en tout. Homme de revues, il a animé pendant plusieurs années (avec Guy Scarpetta) la revue Promesse à Poitiers, transformant cette petite revue « bucolique » en agent libre de l’avant-garde. A la fin des années 1970, il participe à l’éphémère mais riche aventure de Documents sur…, orientée vers l’art moderne et la littérature. Au n° 4-5 (juin 1979), figure un précieux dossier Joyce, dans lequel Houdebine, après un éclairant panorama historique des résistances à Joyce en France (le surréalisme et le marxisme, notamment), traduit le texte de Beckett sur son « maître », « Dante… Bruno. Vico… Joyce » (paru en 1929 dans Our exagmination…). Numéro dont les ayants droit de Beckett ont immédiatement demandé le retrait…

Ces revues furent souvent considérées comme satellites de Tel quel, « la » grande revue à laquelle Jean-Louis Houdebine a activement participé. Deux moments forts : il a constitué l’excellent dossier « Joyce, obscénité et théologie » (n° 83, printemps 1980), comprenant notamment sa traduction des fameuses lettres obscènes de Joyce à sa femme Nora. Et cet entretien avec Philippe Sollers (n° 80, été 1979) où l’on découvre l’amour que celui-ci porte au jazz, et ses répercussions dans l’écriture de Paradis.


Excès de langage, 1984.
Zoom : Quatrième de couverture.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Traducteur de Hölderlin, Joyce, Leo Steinberg (l’extraordinaire La sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement moderne, Gallimard), des Ecrits de Barnett Newman (Macula). Essayiste fin et percutant. Son grand livre, Excès de langages (Denoël, 1984) est un régal sur Hölderlin, Duns Scot, Hopkins, Sollers, et Joyce, ce « scatholique », encore, toujours ! Débusquant le sens pour le faire assompter : « Il est dans la vocation des langues qu’un jour quelqu’un, toujours, armé de sa seule liberté de parole, s’en revient formuler l’exigence de son dépassement, d’arrachement au monde, qui bat contradictoirement au cœur de chacune d’elles. »

Homme de l’ombre

Ses élèves du lycée de Clamart n’oublient pas son enseignement, ni ceux du séminaire qu’il donnait à l’université de Paris-VII, le jeudi soir. Commençait alors l’enchantement. Le Paris de Villon et Baudelaire, Céline, Beckett, Joyce, les Chroniqueurs (ces perdants de l’Histoire qui gagnent par l’écriture)… La littérature, soudain, prenait chair par la voix de ce rabelaisien trapu (3e dan de judo…) – et son rire, énorme. On entrait dans les textes, le trivial se tressait au sublime dans une sarabande où présidaient le sens, le sujet de l’écriture et son infinitisation. La science du singulier. A l’aise avec la théologie comme discours symbolique (exit la religion), la psychanalyse, la linguistique (sa thèse sur Michaux fut dirigée par Greimas et Barthes, et il est l’auteur de Langage et marxisme chez Klincksieck), il savait décortiquer les textes dans leurs détails cachés comme les explorer dans les grandes largeurs, en perspective. Avec, toujours, la saveur d’un savoir cachant son érudition, la faisant sourdre pour faire émerger le sens.

Après le cours, on sortait avec lui. Des bières en face. Des virées au Duc des Lombards ou au Petit Opportun pour écouter du jazz, Eric Le Lann jusque vers trois heures du matin, ou au bout de la nuit, aux Halles. Son oreille, son enthousiasme, (j’entends ses exclamations dans le live Today I Fell in Love). Son amour de Miles, Chet, Armstrong… Son rejet du free jazz (sauf Coltrane et Braxton). Des dîners à la maison ou chez Danièle, sa compagne : grands vins, verbe, jazz…

Il avait choisi l’ombre. Il y est, non loin de son cher Saint-Simon. Mais continue de nous éclairer. So long… et merci.

Olivier Renault, Le Monde du 9 décembre 2015

Quelques dates
12 octobre 1934 Naissance à Angers
1980 Parution du dossier « Joyce, obscénité et théologie » dans la revue « Tel Quel »
1984 Parution d’« Excès de langages »
29 novembre 2015 Mort à Paris

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art press 85, octobre 1984.

Jean-Louis Houdebine : Réponses à des questions de Jacques Henric, octobre 1984 (pdf)

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Jean-Louis Houdebine dans Promesse

Quelques textes :

Pour une critique de l’idéologie poétique, 23-24, Automne-hiver 1968
Pour une critique de l’idéologie poétique II, 25-26, Eté-automne 1969
Question à Julia Kristeva, A propos de l’idéologie scientifique, 27, Hiver 1969
Jalons, 29, Printemps 1971
Positions, entretien avec Jacques Derrida (avec G. Scarpetta), 30-31, Automne-hiver 1971 [1]
Notes de travail, 30-31, Automne-hiver 1971
Analyse d’un processus, 32, Printemps 1972
D’une lettre en souffrance (Freud/Breton, 1938), 32, Printemps 1972
Premières notes d’intervention sur « Lois », 33, Automne 1972
Littérature et révolution : vérité de l’avant-garde (entretien avec Sollers et Pleynet), 34-35, Printemps 1973 [2]
Pour une critique du fétichisme littéraire. Marx et Engels « Les grands hommes de l’exil » (Présentation, traduction du chapitre I), 36-37, Printemps 1974
Economie et politique du langage poétique (entretien avec Kristeva), 36-37, Printemps 1974
Intervention (sur l’oeuvre de Sollers), 36-37, Printemps 1974
Théorie et pratique révolutionnaires (A propos du livre de Charles Bettelheim : Les luttes de classes en URSS, 1917-1923), 38, Hiver 1974-75

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Pour mémoire

Intervention

Jean-Louis Houdebine


Promesse 36-37, 1973.
Zoom : cliquer sur l’image.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Cette « Intervention » devait ouvrir au dossier consacré au travail de Sollers et publié dans Tel Quel 57 (textes de Philippe Sollers, études de Roland Barthes, Stephen Heath, Jean-Louis Houdebine, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet) : faute de place, ce texte n’avait pu alors s’y inscrire, de même que d’autres documents dont j’espère bien que nous finirons par pouvoir, un jour, les publier.

Cela fait tout de même un certain temps qu’il a été montré ici même, et tout particulièrement par Sollers, en de multiples analyses (voir, entre autres, les textes rassemblés dans Logiques, 1968 — quelques-uns de ces textes ayant été écrits dès 1962 —, et aujourd’hui ceux publiés dans Sur le matérialisme, qui jalonnent ces dernières années, de 1968 à 1974), que la littérature constitue un point-clé de la lutte idéologique, partie intégrante de la lutte des classes. Pour­quoi ? Quel est l’enjeu politique de ce qui se joue là, dans ce champ que d’aucuns voudraient bien clore définitivement sur son esthétisme exsangue, ânonnant son glas-glas à peine pervers, tandis que d’autres le dilueraient volontiers dans le pathos d’un humanisme pleurnicheur, braillard à l’occasion, et de toutes façons régressif, profondément réactionnaire ? Comme toujours, le seul énoncé du problème, sa re­connaissance en tant que problème, engage déjà la procédure, non pas tant de sa résolution possible, que de son traitement réel : celui-ci met nécessairement en cause des types de pratiques par lesquelles s’opèrent les coupes, les déplacements, les transformations interve­nant dans l’ensemble d’une pratique sociale-historique déterminée.
Quelles pratiques ? Des pratiques de langue(s), des pratiques de langage(s) ; et donc, aussi, des pratiques de sujet (je ne dis pas : d’« homme », ni : d’« individu »), dont l’irruption dans les innombra­bles procès de langue(s) et de langage(s), de par la « fonction en quelque sorte pulsative de l’inconscient » (Lacan) — cet inconscient dont il ne faudrait pas oublier que tout « homme », ou « individu », en est littéralement affublé. disons mieux : affabulé —, ne saurait être pensée, et encore moins traitée, pratiquée, indépendamment d’une histoire générale concrète (la découpe du sujet s’inscrit nécessaire­ment dans de l’économique, du politique, de l’idéologique, à tel ou tel moment de l’histoire). La réciproque est tout aussi vraie : car affirmer l’histoire comme « procès sans sujet », c’est précisément se condamner à ne rien comprendre non seulement à ces pratiques que notre société a prudemment rangées, écartées, sous le terme géné­rique d’art, mais encore à de multiples autres phénomènes sociaux (comme la famille), sans compter ces processus violemment réactionnaires dans le développement d’une société, toujours imprévisibles pour l’humanisme bourgeois et petit-bourgeois, pour la bonne et simple raison qu’ils en constituent le non-dit pudiquement tu, et qui portent le nom, par exemple, de fascisme, ou plus sournoisement, plus légalement, de fascisation d’un régime-social.
En fonction même du domaine où son activité s’exerce comme immédiatement, des langues, des langages, dont les procès pénètrent l’ensemble du tissu social-historique d’une société concrète donnée, la littérature offre précisément un des lieux de condensation privilégiés de toutes les contradictions qui agitent le devenir des sociétés, et dont la réflexion s’opère à travers ces systèmes signifiants d’interven­tion sur/dans le réel social que constituent notamment les philoso­phies, les sciences, les religions, les arts, les propositions d’analyse et d’action politique propres à telle ou telle classe, c’est-à-dire propres aux intérêts de telle ou telle classe, et par là même les conceptions du monde (c’est-à-dire, en dernière analyse, des rapports sociaux contradictoirement constitutifs d’une société donnée) dont telle ou telle classe est porteuse dans les conditions sociales-historiques qui lui sont propres. Ce que Engels envisage, par exemple, lorsqu’il écrit à Marx qu’il compte bien venir à bout cette année (1852) « des lan­gues slaves qui, au fond (en français dans le texte), ne sont pas si difficiles » : « Outre l’intérêt linguistique que cela présente pour moi, une autre considération joue aussi : lorsque le rideau se lèvera sur le prochain drame, il est bon qu’au moins un de nous connaisse la langue, l’histoire, la littérature et le détail des institutions sociales des nations avec lesquelles nous entrerons immédiatement en conflit. » Et Engels ajoute : « En effet, si Bakounine est devenu quelqu’un, c’est uniquement parce que personne ne connaissait le russe. » Don­nons à cette proposition l’extension qu’elle mérite aujourd’hui, exten­sion parfaitement justifiée, et qui, du reste, s’implique déjà dans cette question posée par Marx, la même année, à son correspondant, le poète allemand Freiligrath, qui vient de lui adresser deux poèmes satiriques dirigés contre un autre « poète allemand », Gottfried Kin­kel, l’un des « grands hommes en exil » de l’émigration démocratique petite-bourgeoise à Londres : ce Kinkel, au fond, « est-il un « poète allemand » ? » Marx « en doute ». Comme Kinkel est manifestement allemand, et qu’il écrit non moins manifestement des vers, des poè­mes, et même des romans, ou des récits, et que de surcroît il est professeur, on voit que la question posée par Marx va loin, et qu’elle nous revient aujourd’hui — c’est-à-dire à une époque qui a vu aussi la percée freudienne et lacanienne opérer dans le domaine du sujet et de son rapport à la langue et au langage des bouleversements décisifs, percée d’ailleurs précédée, ou immédiatement contemporaine d’une série d’autres bouleversements intervenus précisément dans le champ littéraire, tout cela passant maintenant par le détour politique de la première révolution culturelle prolétarienne en Chine, c’est-à-dire d’un processus révolutionnant notamment les superstructures pour en faire autre chose que des superstructures bourgeoises, même améliorées —, que cette question, donc, nous revient sous la forme suivante : et si être « poète allemand », ou « français », « écrivain », impliquait en effet une toute autre pratique, faisant dialectiquement jouer « la lan­gue, l’histoire, la littérature et le détail des institutions sociales », et transformant les sujets à la mesure même du nouveau qui s’an­nonce historiquement dans l’époque, dans sa vie même ? Question subsidiaire : et si chacun de nos minuscules Kinkel ou de nos petits Bakounine contemporains, figés dans leur académisme de pacotille, dans leurs stéréotypes vidés de tout contenu réel, n’était lui-même tenu pour « quelqu’un » qu’à proportion de l’ignorance et de la pure et simple bêtise qui apparaissent aujourd’hui les caractéristiques de base de la petite-bourgeoisie intellectuelle française ? Et cela non point par on ne sait quelle tare congénitale propre aux représentants de cette petite-bourgeoisie intellectuelle, mais bien comme effet politique et idéologique d’une structure de classe propre au mode de production bourgeois.
C’est dire que parlant de « littérature », nous parlons aussi de tout autre chose, qui met en cause ni plus ni moins que le procès du tout social dans son devenir contradictoire, et donc dans la lutte qui s’y déroule constamment, entre les forces régressives et les forces progressives, entre le passé et l’avenir ; ce qui engage nécessairement des pratiques portant sur de vastes périodes, à la mesure de ces couches historiques déposées au plus profond parfois de ce qui fait notre « actualité », couches à désenfouir, désintriquer et dis­soudre théoriquement et pratiquement (impossible de ne pas tenir compte de la langue dans laquelle tout cela se parle, ou ne se parle pas, se censure, se fantasme), puisqu’il n’y a rien de tel, n’est-ce pas, que le refoulé pour faire retour là où personne ne l’attendait : c’est­ à-dire là où une classe sociale condamnée par l’histoire a pu effective­ment espérer que cela finirait bien par revenir. Et question de reve­nir, ça revient sec ; surtout depuis 68, évidemment ; il suffit d’exa­miner un peu attentivement la situation actuelle de la lutte idéolo­gique dans ce pays, dont, comme toujours, la littérature, « royaume traditionnel » de la bourgeoisie, constitue un secteur particulièrement surveillé, sur-investi de toutes parts : la droite partout, dans tous les coins, à gauche, à droite, où mis à part les diplodocus de service elle se donnerait à l’occasion des airs de gauche, à l’Université, où le révi­sionnisme n’attend que le succès du Programme Commun pour prendre le relais de Pompidou et accentuer encore sa distribution de bonne cul­ture bourgeoise aux jeunes ménages étudiants (on y ajoutera quand même du Aragon, un peu de Triolet, pour faire bon poids), tandis que d’autres continuent de la nier superbement sans même la connaître ; et encore, dans les Facultés de « pointe » s’il vous plaît (et là aussi en liaison avec les monopoles de l’édition qui y retrouvent naturelle­ment leur compte), où tout un formalisme métaphysique vend à l’en­can sa marchandise, dernier avatar du genre : le Nouveau Roman, livré empaqueté ficelé gros colis petit colis bon pour les U.V. en­voyez-moi ça en urgence à Paris X ou Y (entre nous, il méritait quand même mieux, le Nouveau Roman : partir sur une subversion du lan­gage romanesque classique, et finir ainsi, dans la préciosité acadé­mique...) ; avec les divergences de rigueur, évidemment, les petitsconflits d’usage (mais c’est pour rire : faut bien s’occuper un peu et tenir son public en haleine), les permutations clin d’œil tu m’as compris dans les rôles en miroir, car le narcissisme va bon train, on demande des manuscrits, je n’écrirai plus que du roman, dit l’un, et je suis seul à pouvoir le faire, justement, dit l’autre, en voici un, tout frais pondu, mais dites donc, on jurerait un remake de, eh ! oui, mais peu importe, recopiez, mon cher, recopiez, faites-nous du moderne, du dernier cri, de l’avant-garde, ah ! vous en êtes ? Parfait, allez-y, conti­nuez avec du sexe, s’il vous plaît, avec du sexe, et pas de politique, surtout pas de politique ! L’ensemble faisant structure, bouclée à dou­ble tour, et gare à celui qui voudrait faire sauter le verrou.
Car que dans ce paysage pour le moins encombré, englué dans sa religiosité morose, un écrivain ose non seulement se révolter, mais produire du texte qui ne ressemble à rien d’autre, du positif, en som­me ; qui ose poursuivre son travail. l’approfondir , l’étendre, pire : lui faire prendre une avance telle qu’il périme déjà les classiques du moder­nisme ambiant et les renvoie à la fossilisation commune : quelle cla­meur, alors, tout à coup ! Quel silence ! Gêné. Agressif. Mortel. Jusque dans la louange perverse, rancunière (vous me ferez le plaisir de remet­tre quelques virgules à votre papier, compris ?). Car enfin, on vous le de­mande un peu : n’était-il pas entendu que Sollers devait cesser d’écrire en 68 ? Tout était prévu, quand même : enterrement d’esthète de pre­mière classe, avec mémère Université prononçant l’éloge bien tempéré du défunt sous l’approbation funèbre de l’intelligentsia du Parti (des voix dans l’assemblée, murmurant : y avait quand même du Mao dans Nombres... Enfin, passons, indulgence, c’était un artiste, un grand écrivain, un ingénieur des âââmes), et les enfants de chœur de l’avant­ garde, regrettant, regrettant, si jeune encore, et il était si ceci si cela, mais nous, pas vrai ? on est toujours là, qu’est-ce qu’on va pouvoir se payer maintenant, y a de la place à prendre ...

Et puis : non ; coup sur coup, Lois, H, et dans le même temps les interventions théoriques, celle prononcée à l’ouverture du Groupe d’Etudes théoriques de Tel Quel en novembre 68, les trois conférences « Sur le matérialisme », en avril 69, les grands textes sur « Lénine et le matérialisme philosophique, » « Sur la contradiction », les prises de position politiques, la révolte de juin 71 et la rupture avec le révisionnisme moderne, pour la Chine, à découvert, cette fois, et à fond, la préparation du colloque « Artaud, Bataille : vers une révolution culturelle », les deux exposés à Cerisy, les discussions et les affrontements, tout cela repris et retravaillé dans Sur le matérialisme qui paraît enfin ce mois-ci, offensive allègre contre les vieux stéréotypes du dogmatisme, contre les démissions du révisionnisme, contre l’idéalisme et la métaphysique en tous genres ; c’est fou ce que ça fait bouger dans le secteur, dans la langue, l’histoire, la phi­losophie et les sciences, dans la littérature et le détail des institutions sociales depuis un sacré bout de temps ; dans la lutte politique, quoi ! Et ça n’est pas fini. Evidemment.
C’est précisément dans le trajet novateur de cette pratique généra­lisée que vient s’inscrire le dossier que nous présentons. Dossier de travail, constitué de pratiques d’analyse, engagées à partir d’initiatives personnelles et regroupées l’été dernier en fonction même de la dialec­tique d’ensemble qui vient relancer chaque étude de sa confrontation avec les autres. Ces analyses, comme on verra, embrayent toutes directement sur la pratique de fiction de Sollers, la pratique récente, ac­tuelle, Lois et H ; mais, cela est évident, elles s’appuient aussi sur les interventions théoriques de Sollers, tant il est vrai que la révolution formelle mise en œuvre dans Lois et H est dans le même temps, dans le même tempo, une révolution du contenu, et qu’il ne saurait être question de couper aux problèmes de sens et d’interprétation, sauf à retomber dans le formalisme stérile, repaire béni de cette inessentialité qui prolifère aujourd’hui dans toutes les boutiques à littérateurs. En contre : ce dossier. Pour travailler l’avance. Pour faire avancer.

— Mais enfin, Monsieur, vous nous parlez de philosophie, de poli­tique, de science, d’histoire, que sais-je encore. Or ce Sollers n’est pas professeur, que je sache ; il n’est pas spécialiste agré(g)é de théorie marxiste ou d’histoire de la philosophie ; de plus, il n’est membre d’aucune organisation politique, d’aucun parti : autant dire qu’il est sans carte. Alors de quoi se mêle-t-il, je vous prie ? C’est très dange­reux, tout cela, c’est très dangereux !
— En effet, Monsieur-Dame ; plutôt dangereux.

Jean-Louis HOUDEBINE, novembre 1973, Promesse 36-37, Printemps 1974.

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Cerisy-la-Salle, colloque Artaud-Bataille, juillet 1972. De gauche à droite : Jean-Louis Houdebine, Denis Roche, Jacques Henric, Marc Devade, Philippe Sollers (photo Stanislas Ivankow). Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Jean-Louis Houdebine dans Tel Quel

Méconnaissance de la psychanalyse dans le discours surréaliste, 46, Eté 1971
Position politique et idéologique du néo-surréalisme, 46, Eté 1971
L’ennemi du dedans, 52, Hiver 1972 [3]
La cause des peuples ?, 53, Printemps 1973 [4]
Le chant (ou sens vivant) des langues, 57, Printemps 1974
Aux couleurs de la France, 63, Automne 1975
Biographies du stalinisme (Desanti, Morin), 63, Automne 1975
La féminité dans la lutte des classes, 63, Automne 1975
Pour une épistémologie moderne, 65, Printemps 1976
Les vérités de La Palice ou les erreurs de la police, 67, Automne 1976
L’impasse du langage dans le marxisme, 68, Hiver 1976
Jdanov ou Joyce ?, 69, Printemps 1977
Du simple au double, 79, Printemps 1979
Joyce et Jung, 81, Automne 1979
La signature de Joyce, 81, Automne 1979
Obscénité et théologie, 83, Printemps 1980
Joyce : littérature et religion, 89, Automne 1981
Jung et Picasso : le déni de l’exception, 90, Hiver 1981
Joyce tel quel, 94, Hiver 1982

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Jean-Louis Houdebine dans L’Infini

L’expérience de Cantor, 4, Automne 1983
Le péché de tempérance, 8, Automne 1984
Éric Le Lann : trois heures du matin, 28, Hiver 1989-1990
L’air et la chanson, 49/50, Printemps 1995
Joyce-Nora, décembre 1909, 70, Été 2000
Acheminement d’une parole (Sur un souvenir de jeunesse de James Joyce), 91, Été 2005

Publications de Jean-Louis Houdebine

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[2Cf. Extraits.

[3Intervention au colloque de Cerisy « Artaud-Bataille », juillet 1972.

[4Sur le livre éponyme de Jean-Edern Hallier.

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