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Décès de Jean-Louis Baudry

D 17 octobre 2015     A par Sébastien Hameury - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Cher Albert,

Jean-Louis Baudry est décédé le 3 octobre.
Un article de Patrick Kéchichian lui rend hommage dans Le Monde en date du mardi 13 octobre. –
Nous nous étions perdus de vue depuis quelques années – nous avions l’habitude de nous écrire ou de nous voir assez régulièrement entre 1995 (où je fis sa connaissance par l’entremise de Denis Roche) et 2010.
Il avait été très proche de Sollers (son témoin quand celui-ci a épousé Julia Kristeva), et l’un des Tel Quéliens les plus investis (« l’un des pires !  » (sic) me confia un jour Denis Roche).
Il s’était retiré progressivement du comité de la revue parce qu’il avait essuyé un refus de publication. Des extraits du roman refusé avaient dans la suite paru en revue, notamment dans Digraphe et Promesse [1]. –
Tel Quel lui doit beaucoup : l’apport de la psychanalyse dans la revue, bien avant Kristeva, c’était lui.
S’il avait rompu avec Sollers, il était resté en contact avec d’anciens membres du comité de rédaction (comme Denis Roche, son éditeur et ami, et Jean Thibaudeau). Il fréquentait aussi Maurice Roche jusqu’à sa mort, qui l’avait surnommé « l’abbé Baudry  » (la belle photo de couverture du livre de Jean Paris dans la collection Poètes d’aujourd’hui est de lui) ou Jacques Henric dont il appréciait beaucoup la gentillesse (un jour Henric et Catherine Millet vinrent l’inviter à dîner, et passèrent le chercher rue des Gobelins, avec une Twingo toute neuve, achetée avec les premiers versements du Seuil pour La Vie sexuelle de Catherine M...)
C’était un théoricien du cinéma très affûté (sa fille est d’ailleurs monteuse), avec Christian Metz, dont les travaux en France sont plus connus parce que ce dernier jouissait d’une position universitaire — et l’Effet-cinéma avait eu beaucoup de succès (notamment aux Etats-Unis). Je crois même pouvoir dire que Vincent Jouve (qui a enseigné à Reims avant de rallier Paris) s’en était beaucoup inspiré dans L’Effet-personnage dans le roman (P.U.F.)
Jean-Louis avait été très marqué par le décès brutal de sa compagne Michèle il y a quinze ans ; il avait entrepris de raconter leur histoire dans une œuvre-fleuve, qu’il avait eu la gentillesse de me faire lire. Ce livre avait été refusé au Seuil, mais, pendant un temps, avait reçu un accueil favorable chez Actes Sud. Il n’a finalement pas paru.
Laurent Zimmermann a publié chez Cécile Defaut Le Texte de Rimbaud, (Rimbaud était l’un de ses auteurs, avec Proust, Racine et James) article qui avait été publié en deux livraisons dans Tel Quel, et qui avait d’abord fait l’objet d’une conférence au Groupe d’Études Théoriques (Paule Thévenin l’avait très violemment critiqué). Ce texte, un peu vieilli, mais qui sans doute gagnerait à être relu aujourd’hui sous l’éclairage des Gender Studies, devait être intégré à un recueil de ses articles que j’avais rassemblés pour l’éditeur Compact. Jean-Michel Rey avait même donné une longue et belle préface. Jean-Louis n’a finalement pas souhaité que tout cela fût publié — nos relations en souffrirent quelque peu et s’espacèrent.
J’avais écrit un texte dans un numéro de la revue La Polygraphe qui lui avait été consacré, une petite étude de Personnages dans un rideau, croisée avec l’analyse de La Conversation de Matisse. C’est un roman subtil, dont la construction, dédoublée, évoque la structure de la passe psychanalytique.
Je suis très affecté par sa disparition et m’adresse quantité de reproches, vous l’imaginez bien.
Je souhaite vraiment que son œuvre continue d’être lue et appréciée comme elle doit l’être : celle d’un vrai romancier, nouant littérature et inconscient (quand il écrivait, il « associait », avait-il coutume de me dire, comme on associe en psychanalyse) et qui n’avait jamais cessé d’écrire.

A bientôt

Amitiés

Sébastien

P.S. : je vous avais promis un article sur Denis Roche, et pris par le lycée, en avais différé la rédaction — cet automne est décidément très funèbre (je pense aussi à Chantal Akerman). Sur qui dois-je désormais écrire ?

Jean-Louis Baudry est mort le 3 octobre, tout juste un mois après la disparition de son ami Denis Roche. Il avait 85 ans. Je les ai connus tous deux la même année, en 1965. Comme Denis, Jean-Louis faisait partie du comité de rédaction de Tel Quel que dirigeait Philippe Sollers et dont il était un des amis les plus proches. Il y était entré en 1963, en même temps que Denis et Marcelin Pleynet. J’ai dû le rencontrer pour la première fois lors d’un entretien que j’avais réalisé de tous les membres de la rédaction d’alors, dans les bureaux de la revue aux éditions du Seuil, rue Jacob, entretien destiné à l’hebdo France-Nouvelle.

Jean-Louis avait publié son premier livre en 1962, le Pressentiment, suivi de trois autres, les Images, Personnes, la Création. C’était un grand lecteur de Freud et de Proust, sur les œuvres desquels il écrivit de profonds essais. Un différend l’opposa à Sollers et la rupture entre les deux écrivains intervint en 1975. Il fut alors privé d’éditeur, et c’est en 1990 que Denis Roche l’accueillit dans sa collection Fiction et Cie dans laquelle il publia trois romans, Personnages dans un rideau, Clémence et l’hypothèse de la beauté, À celle qui n’a pas de nom. Jean-Louis était un homme d’une grande courtoisie, d’une extrême délicatesse, attentif aux autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à l’occasion d’un déjeuner à Meudon, chez une amie commune, Colette Rondepierre. Catherine et moi étions passés le prendre en voiture, Pierre Guyotat nous accompagnait. Ce fut un moment de joyeuse détente amicale. On parla de tout, sauf de littérature. J’oubliais de dire que Jean-Louis était aussi le docteur Baudry, chirurgien dentiste, et que ses amis telquéliens bénéficièrent à plusieurs reprises de ses soins. Je puis témoigner, ayant été soumis à sa roulette, qu’il était aussi bon dentiste que romancier.

La maladie nous éloigna l’un de l’autre. J’avais appris qu’en dépit de celle-ci il continuait à écrire et qu’il terminait un manuscrit de plus de deux mille pages. Des proches qui avaient pu en lire de larges extraits jugeaient qu’il s’agissait d’un grand livre. Ce manuscrit a été proposé à quelques grands éditeurs qui, bien entendu, l’ont refusé (mille pages !). Il est actuellement en lecture chez d’autres éditeurs. Il est également prévu la parution d’un recueil de ses écrits sur l’art aux éditions l’Atelier contemporain dirigées par François-Marie Deyrolle.

Jacques Henric, art press, 21-10-2015.


1963

Les photographies et les témoignages audiovisuels de Jean-Louis Baudry en notre possession sont rares. Une émission de télévision de 1963 lui donne brièvement la parole ainsi qu’à quelques membres du groupe Tel Quel. Baudry a trente ans. Il cite deux écrivains : Georges Bataille, tout juste décédé, et Louis-René des Forêts. — A.G.

Des membres du groupe Tel Quel s’expriment
Page des lettres - 06/04/1963

Dans la cour des Éditions du Seuil, rue Jacob, des membres du groupe Tel Quel évoquent leur situation littéraire, leurs projets et leurs intentions ; les écrivains qu’ils "haïssent", et ceux qu’ils admirent : Ponge, Paulhan, Bataille et Alain Robbe-Grillet. Portrait de famille des membres dans la cour : Michel Maxence, Jean Ricardou, Jean-Louis Baudry (en haut, à droite), Philippe Sollers, Jean Thibaudeau et Marcelin Pleynet.


(durée : 6’50" — Archives INA)
*

1971

*

[1Cf. « Mémé-la-grotte », dans Promesse 33, automne 1972.

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