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Les Lumières et la langue

et le Prix du livre politique 2015 par Julia Kristeva

D 19 mai 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Beaucoup se sont émus de voir le Siècle des Lumières ramené à un chapitre facultatif du projet de réforme des programmes scolaires, entre autres propositions déconcertantes. Des choix qui sous couvert de pédagogie, de nouvelles libertés données aux professeurs dans la composition de leur programme, de meilleur équilibrage des sujets traités, révèlent bien malencontreusement des positions idéologiques ou morales de la part des rédacteurs de ce projet.
Même Manuel Walls qui vole au secours de la réforme dans un entretien à Libération a cette phrase révélatrice :

« L’histoire – Pierre Nora et d’autres mettent en garde, à juste titre – ne doit pas être l’enseignement d’une « culpabilité nationale », mais une source de cohésion, de fierté, et aussi de vigilance en tirant les enseignements lucides du passé ».

Il faisait allusion à la nouvelle place et au traitement de « l’esclavage » dans les programmes d’histoire, reconnaissant ainsi, de fait, une orientation moraliste et idéologique qui n’a pas lieu d’être, « ne doit pas être » dit-il. Qu’il soit entendu !

Il y a quelques bonnes idées que beaucoup d’égarements dénaturent. La suppression des classes bilangues et des classes européennes est un autre de ces égarements. Cet enseignement fonctionnait bien, on va le casser. Pas assez égalitariste, trop élitiste ! Pour le remplacer par l’enseignement de deux langues pour tous dès la 5ème ! Une grande avancée clame le gouvernement. En prenant une telle mesure a-t-on gardé à l’esprit une statistique officielle du Ministère de l’Education Nationale :

En 3ème 21% des élèves n’ont pas acquis le socle de base de la connaissance de la langue française, (et 22% n’ont pas acquis le socle de base en mathématiques – c’est-à-dire les opérations de base de la vie courante).

Est-ce qu’enseigner une deuxième langue pour tous, dès la 5ème, va améliorer la connaissance du français de ces élèves ?
Est-ce que diluer les classes bilangues et européennes dans le pot commun, va faire progresser les autres ? Sert-on l’ascenseur social en procédant ainsi ? Le gouvernement l’affirme ! Une utopie de plus ! Faire fonctionner l’ascenseur social, serait plutôt, je crois, de permettre à tous les bons élèves quelle que soit leur origine sociale d’accéder à ces classes bilangues et européennes. L’ascenseur qui monte, pas celui qui descend !

Aussi, quand j’ai vu Dans le Huffington Post , une chronique intitulée « Les Lumières et la langue », elle ne pouvait que retenir mon attention, ainsi que cette vidéo de Julia Kristeva du 5 février 2015, à l’occasion de la remise du "Prix du Livre politique" présentée par Gérard Leclerc, président-directeur général, de la chaîne parlementaire LCP.
Indirectement, elle évoque l’esprit de Voltaire et des Lumières et une intéressante réflexion sur notre société à l’issue des attentats à Paris des 7 et 9 janvier. Les nouveaux programmes scolaires procèdent aussi à un nouveau dosage de l’enseignement du fait religieux entre l’Islam et le Christianisme. (Le fait religieux en France au Moyen Age, devient facultatif ainsi que les retombées associées dans le domaine de l’art et l’édification des cathédrales. Elles font partie de notre paysage et de notre patrimoine. Intégration dans le programme scolaire facultative). C’est pourquoi cette vidéo, bien qu’allant au delà de notre strict propos, trouve sa place ici.

La chronique de Samuel Dock

Psychologue clinicien et écrivain
Huffington Post 17/03

Les Lumières et la langue

L’horloge enchantée de Julia Kristeva offre le contreprojet le plus abouti à Soumission de Houellebecq. L’auteur du Pouvoir de l’horreur sait mieux que personne la déjouer, la sublimer et y parvient une fois de plus avec brio à travers ce roman ; peut-être le plus intime qu’elle a écrit à ce jour. L’héroïne, la psychanalyste Nivi, nous entraine sur les traces de Passemant, artisan de génie qui confectionna pour Louis XV une pendule capable de dévider le temps jusqu’en 9999. Tout au long du récit, Kristeva établit, ou plutôt suggère des parallèles stupéfiants entre notre époque et celle de Louis XV, entre l’émulation de l’image contemporaine et le culte des ragots à l’époque. Pessimiste énergique, Kristeva signe un plaidoyer vivant et vibrant pour la dialectique, l’herméneutique, l’émancipation du sujet et celui du développement de la culture. Une belle invitation, donc, à renouer avec le projet des Lumières et à retrouver l’élégance d’une langue que Kristeva dépasse, transcende, galvanise, ressuscite loin des feuillets anémiques mais surnuméraires qui font ployer les étagères des librairies. Kristeva fait de l’exigence stylistique et intellectuelle la plus belle des révoltes, une voie vers une identité plus congruente, un voyage à travers le temps : "Mon temps n’est pas un déroulement d’instants. Mon temps n’est ni arrêté ni présent. Il est un temps extrême où la tension se déploie en un maintenant pluriel. Là, tout se tient, tous se tiennent. Toi aussi, tu te tiens. Jusqu’à ce que tout s’éclipse dans les reflets de temps émergents, et se présentent des choix nouveaux, dans lesquels je renais en reliances infinies ". Une indispensable grâce.

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Retrouver le politique

Philippe Sollers publie avec son livre Littérature et politique un recueil de ses nombreuses tribunes publiées, entre autres, dans le Journal du Dimanche. Il opère dans ces écrits une jonction entre la littérature bien sûr, la psychanalyse, la philosophie et le projet social, nous rappelant à tout instant, sans jamais s’accorder la facilité de le verbaliser, qu’une psyché n’est vivante que si elle parvient à se lier, à construire, à se renouveler, à tisser des liens associatifs, à se réinventer constamment. Sollers offre au lecteur non seulement d’assimiler des éléments d’analyses, des parcelles de ses représentations avec lesquelles jouer, s’amuser, éprouver, réfléchir, intégrer à son architecture intime mais plus encore de se dépasser, de conserver une vigilance attentive mais sereine à l’égard d’une société du spectacle plus spectaculaire que jamais et de sa nouvelle temporalité, accélérée, époumonée. L’expérience intime de l’écriture, chacune des inflexions de la langue bouleverse l’individu et à travers lui son environnement. On ne peut alors que louer cet esprit habile qui s’émerveille et rit, de Mitterand, de DSK, de Sarkozy ; on ne peut que rendre hommage à cette plume ample et généreuse qui s’empare du monde, l’ausculte sous toutes les coutures, avant de nous le remettre, plus juste, plus lumineux, moins terne. Sollers renvoie la littérature à sa vocation première, celle de faire symptôme, de penser l’impensable dans une distance qui demeure sensible, une pensée sublime : "La politique fait semblant de maîtriser un monde qui lui échappe, elle va toujours dans le même sens (gauche effondrée, droite en miettes), alors que la littérature, elle, est sans arrêt partout et nulle part. Ouvrez un livre digne de ce nom : la vraie morale est là, avec l’acide ou l’ironie qui conviennent à chaque situation". Avec toute l’acuité d’un esprit critique galvanisé par des années d’observations, une enchanteresse franchise, son humour, ses petites moqueries sans acidité, une maîtrise admirable d’un grand nombre de sujets (également culturels ou artistiques) Sollers abroge la sinistre pantomime dont nous sommes tous témoins pour peindre, d’une main de maître, une éloge de la politique principalement à travers le prisme de la littérature. L’accélération sociale du temps, les images qui s’enchaînent sans qu’il n’en reste rien, jamais, Sollers s’en saisit également, il en fait un rêve d’enfant, une survivance, un héritage.

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Crédit Samel Dock, Huffington Post

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