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Vitesse de Sollers

D 21 avril 2006     A par Viktor Kirtov - andoar - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


"Encore une fois, il prend la vague qui vient... Quel
merveilleux surfer ! Et d’argent !"

Marc-Edouard Nabe, Kamikaze
(A propos de Philippe Sollers)

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PIERRE SOULAGES, TRAIT

Mouvement, énergie, vitesse, sérénité.
Quelques unes de mes peintures, surtout si on les voit superficiellement, peuvent paraître proches des caractères chinois car toute organisation de coups de pinceau sur un fond uni peut être rapprochée de la calligraphie.
Pierre Soulages
Lettre à Gordon Washburn

...La calligraphie, une activité qui implique totalement le corps. Position stable, gestes rythmés, l’énergie devant être canalisée vers la pointe du pinceau. : toucher avec force, vitesse et précision, en même temps qu’art de la sérénité.

La vitesse de Sollers a valeur d’immobilité, sereine et contentée ; entre l’espoir et l’esquive, l’esprit. Entre cet idéal d’oiseau et cet état de pierre, Sollers connaît par le corps l’enfance typique et pourchassée où " l’on se lève, on marche, on respire, on rampe dedans." La plaie franchie par l’extase ? Il faut écrire, jouer, se brûler par le jeu de l’écriture - la seule chose à ne pas trahir. " La vie est un jeu, avec, au bout des lignes, le feu".

Vitesse de Sollers. Le vent, l’intervalle, le large, les petits gestes. Passer sur tout, " le passé désenchanté, le présent nul, l’avenir absurde". Passer sur les souffrances, les lenteurs, l’insomnie, l’impuissance, l’envie de mourir. Aller de l’avant, continuer, vivre, penser. La vie est fêlure, saignement, supplie de tout sur tout. " Un pas après l’autre. Arrêt. Encore un pas, jambe gauche. Equilibre, jambe droite, et encore un pas. J’y suis, je n’y suis pas. Pas besoin de pensée pour être." De nouveau le vent, la tête vide, l’oiseau, l’envol, le souffle, l’air, de nouveau la lourdeur, la retombée, le galet. " ...Je suis aussi sensible qu’un gros galet sur la plage. Je le ramasse, je le jette, je le reprends. Il est blanc-jaune strié de bleu, combien de milliers d’années de polissage ? Bousculé, roulé, charrié, échoué, repris, retourné..." La survie est dans le ricochet. Malgré le verbe ?


Paître et palabrer, voilà la santé, connue pour sa paix. L’enfer enfarine, enferme, cela est sensiblement connu ; les membres sucés et chatouillés à l’infini, on est grave par enfoncement... Litanie militaire des râles de jouissance, chaste éloquence parfois. L’attente festive est une bonne manière de circonscrire le temps. Celui qui jouit distribue, de fait, la damnation. Qui parmi vous est disposé à vivre ? Pour la plupart " pas de désirs, pas de couleurs, pas de répits, pas de vrais mots". Avec les femmes, la virilité tourne au non-sens : se faire bébé. Etre poupée, lionceau, petit philosophe, nounours dans leurs bras, sur leurs genoux, entre leurs cuisses, voilà l’extase réelle.

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Marc-Edouard Nabe

A tous les malheureux qui ne se passent rien, Sollers aurait pu lancer :"Vous manquez cruellement de modestie ! Osez désirer !" Non, il sait que les choses sont toujours ensemble et en biais, que si la Vérité est unique, elle est exprimée par tous les points de vue, que le sens est toujours complexe, que le perspectivisme vaut mieux que le criticisme, que tout est confus et plié, que dans tout ce que l’on dit, l’on dit toujours autre chose. Si son intelligence infinie et tolérante passe pour une hypocrisie hautaine, c’est auprès des imbéciles. Question de survie, pour les deux parties.

D’après Armand Chasle
La presse Littéraire, n°5, avril 2006

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