vous etes ici : Accueil » THEMATIQUES » Tribune des lecteurs / Tribune libre » José Mujica Cordano
  • > Tribune des lecteurs / Tribune libre
José Mujica Cordano

D 15 avril 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Photo : © Andres Stapff (Uruguay)
ZOOM... : Cliquez l’image.

Il est des lectures que l’on a envie de partager et faire connaître.

Des lectures que vous recevez comme un coup de poing dans le ventre !

Il se nomme José Mujica Cordano,

un visage de paysan buriné par le soleil et le vent

pas un visage d’intellectuel.

Pourtant sa parole est celle d’un sage, d’un Maître de vie.

Il est président de l’Uruguay !

Orateur charismatique, fustigeant

sans relâche les illusions de l’hyperconsommation,

il a montré à tous les dirigeants du monde

comment gouverner autrement :

déclinant l’apparat du pouvoir, il est resté vivre chez lui, dans

la simplicité de sa petite ferme

horticole, ne s’accordant que le salaire

moyen en cours dans son pays. Un état

d’esprit qui lui a permis de faire ce

discours sans concessions lors de

la Conférence des Nations Unies sur

le développement durable, à Rio

de Janeiro en juin 2012 :

Discours de José Mujica Cordano

« Autorités présentes, de toutes les latitudes et organismes, je vous remercie beaucoup. Merci beaucoup au peuple du Brésil et à Madame la présidente, Dilma Rousseff. Et merci beaucoup pour l ’honnêteté dont ont fait preuve tous les orateurs précédents.

« En tant que gouvernants, nous tenons à exprimer notre volonté de soutenir tous les accords dans lesquels notre pauvre humanité pourra s’engager. Cependant, saisissons cette occasion pour nous poser quelques questions à haute voix.

« Tout l’après-midi, nous avons débattu du développement durable et du sauvetage des masses humaines de la pauvreté. Mais qu’avons-nous à l’esprit ? Ce modèle de développement et de consommation ? Celui qui règne dans les sociétés riches actuelles ? Je me pose cette question : que deviendrait la planète si les Indiens avaient le même nombre de voitures par famille que les Allemands ? Combien d’oxygène nous resterait-il pour pouvoir respirer ?

« Notamment, est-ce que le monde a les ressources nécessaires pour permettre que sept ou huit milliards de personnes bénéficient du même niveau de consommation et de gaspillage que celui des sociétés les plus riches d’occident ? Cela serait-il possible ? Ou devrions-nous, un jour, focaliser notre attention sur un autre type de discussion ?

« Parce que nous avons créé cette civilisation, dans laquelle nous vivons aujourd’hui : nous sommes les enfants du marché, les enfantts la compétitivité, et cette civilisation a engendré un progrès matériel prodigieux et explosif ! Mais cette économie de marché a fini par créer des "sociétés de marché". Et cela nous a conduit jusqu’à cette mondialisation dont conséquences atteignent la planète entière,

« Mais gouvernons-nous cette mondialisation ? Ou bien est-ce elle qui nous gouvorne ?! Est-il possible de parler de solidarité et de "vivre tous ensemble" dans une économie fondée sur la concurrence impitoyable ? Jusqu’où peut aller notre fraternité ? Je ne dis pas tout cela pour nier l’importance de cet événement. Au contraire : le défi que nous devons relever est énorme et la grande crise que nous vivons n’est pas juste environnementale, elle est surtout politique. L’homme ne maîtrise pas los forces qu’il a déchaînées, mais aujourd’hui ce sont ces forces qui gouvernent les hommes et leurs vies.

« Nous ne venons pas au monde juste pour nous développer, juste comme ça, sans discernement. Nous venons au monde pour être heureux. Parce que la vie est courte et que le temps nous file entre les doigts. Et aucun bien ne peut être si important que la Vie : ceci est une évidence...

« Mais nous passons notre vie à travailler et travailler encore, pour pouvoir consommer "plus". Et notre société de consommation est le moteur de cette mécanique impitoyable. Parce que, enfin, si la consommation est paralysée, l’économie s’arrête, et si l’économie s’arrête, la peur de la régression s’installe en chacun de nous. Mais c’est justement cette hyperconsommation qui est en train de violenter notre planète.

« Ce modèle d’hyperconsommation a besoin de produits qui durent peu de temps, des produits avec une vie éphémère, puisqu’il faut vendre un lot, il faut vendre beaucoup. Alors une ampoule électrique ne peut pas durer plus de 1 000 heures. Bien sûr qu’il existe des ampoules qui peuvent durer 100 000 ou 200000 heures ! Mais celles-ci - non ! - on ne doit pas les fabriquer puisque le patron c’est le marché. Parce que nous devons aussi créer du travail et nous devons entretenir notre civilisation du "jetable" ; nous nous retrouvons ainsi dans un cercle vicieux. Ce sont des questions notamment politiques qui nous alertent sur l’urgence de combat. Il nous faut inventer une autre culture !

« Il ne s’agit pas de retourner à l’époque de l’homme des cavernes, ou de faire l’apologie du passé. Mais nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à vivre selon les caprices du marché. Nous devons gouverner le marché. Nous sommes donc confrontés à un défi de nature politique.

« LA VRAIE DÉMOCRATIE DU FUTUR, C’EST AVOIR ACCÈS À CETTE SPLENDEUR INTÉRIEURE QU’EST L’ANTICONFORMISME,
CE QUI SIGNIFIE LE GOÛT M ERVEI LLEUX DE VIVRE »

Les grands philosophes de l’antiquité, Épicure, Sénèque, mais aussi les Indiens Aymara affirment : "Les pauvres ne sont pas ceux qui ont peu, les pauvres sont ceux qui ont besoin d’infiniment beaucoup et qui désirent toujours plus."

« Je salue les efforts et les accords en cours. Et je vais les soutenir, en tant que dirigeant. Je sais que je dis des choses qui peuvent en gêner certains. Mais nous devons prendre conscience que la crise de l’eau et l’agression de l’environnement ne sont pas les causes principales de cette triste réalité. La cause principale est dans le modèle de civilisation que nous avons conçu. Nous devrons donc remettre en cause notre mode de vie.

« J’appartiens à un petit pays bien pourvu en ressources naturelles permettant de mener une vie plus que correcte. Nous sommes un peu plus de 3 millions d’habitants. Nous avons environ 13 millions de vaches parmi les meilleures au monde, et près de 8 ou 10 millions de moutons magnifiques. Mon pays est exportateur de produits alimentaires, de produits laitiers et de viande. Il s’agit d’une péninsule où près de 90 % du territoire est exploitable. Mes compatriotes se sont battus pour n’avoir que huit heures de travail par jour. Et maintenant ils revendiquent les six heures. Mais celui qui obtiendra six heures va chercher deux emplois, il va donc travailler plus qu’avant !

« Mais pourquoi ? Parce qu’il doit payer un certain nombre de choses : le vélo, la voiture qu’il a achetés et toujours les petites mensualités à rembourser, et quand il se rendra compte de cette aberration, il sera devenu un vieil homme perclus de rhumatismes, passé à côté de l’essentiel.


« Et l’on se pose alors la question : est-ce le sort de la vie humaine ? Juste consommer ? Ce sont des choses très élémentaires : le développement ne peut pas aller à l’encontre de notre épanouissement.

« En effet, quand nous nous battons pour l’environnement, nous devons toujours avoir à l’esprit que la base de notre développement se nomme "le Bonheur humain" : l’amour de la terre, les relations humaines, prendre soin de ses enfants, de ses amis. Et avoir bien entendu le minimum vital. Précisément parce que le Bonheur est le trésor le plus précieux que nous ayons, et l’un des piliers de notre bienêtre. Merci. »

UN FILM DOCUMENTAIRE SUR JOSE MUJICA CORDANO

« La vraie démocratie est dans le cerveau. Si tu ne te changes pas toi-même, rien ne changera », dit José Mujica dans le film qui lui est consacré [1]

Pendant huit ans, caméra sur l’épaule, dans la foule, en campagne électorale ou dans sa petite ferme horticole, la réalisatrice Lucia Wainberg Sasson l’a suivi pour brosser un portrait saisissant de ce président hors norme qui reverse 90 % de son salaire présidentiel à des oeuvres caritatives, ne gardant pour lui que l’ équivalent du salaire moyen en Uruguay.

La voix et les paroles de ce guerrier pacifiste remplissent l’écran, offrant ainsi l’un des plus extraordinaire exemple d’humanité pour réveiller le pouvoir que nous avons dans le coeur, et de découvrir une autre façon de faire de la politique : en osant être sincère.

Documentaire réalisé par Lucia Wainberg Sasson
Date de sortie : 05 novembre 2014

BIO
Surnommé « Pepe Mujica », José Mujica Cordano est né à Montevideo en 1935. Orphelin de père à 6 ans, il s’engage politiquement très tôt aux côtés d’anarchistes et d’activistes sociaux. Il devient ensuite l’un des leaders de la guérilla armée menée par le Mouvement de libération nationale Tupamaros. Arrêté de nombreuses fois par le pouvoir en place, torturé sans répit, il réussit toujours à s’échapper.

Il est arrêté définitivement et pris en otage sous la dictature militaire (1973-1985). Amnistié lors du retour de la démocratie, il cofonde le Mouvement de participation populaire. En 1994, il est élu député, puis sénateur, et enfin président du Congrès uruguayen avant d’être nommé ministre de l’Agriculture du gouvernement de gauche Frente Amplio (« Front Large »). Il a été élu président de la république d’ Uruguay le 29 novembre 2009.

Crédit : Revue ORBS


Sollers et la société de consommation

L’angle d’attaque de Sollers est plus dirigé sur l’hégémonie financière de notre monde, qu’il fustige dans une personnalisation voltairienne et fantasque « La famille Leymarché-Financier » incarnée comme telle dans ses écrits [2]. Mais la société de consommation n’est-elle pas une simple résultante de la main-mise des marchés financiers sur l’ensemble de l’économie ? Autre angle d’attaque de Sollers, la marchandisation du corps humain devenu objet de consommation avec l’évolution de la biologie liée à la reproduction humaine.

« Nous sommes dans la civilisation de la marchandisation systématique du corps. »


(Ph. Sollers, Éloge de l’infini,)

« Le monde se précipite vers le chaos, la violence, la terreur, la pornographie, le calcul aveugle, la marchandisation à tout va ? Mais non, voyez, écoutez, lisez : voici le lieu magique et futur dont tous les artistes et les esprits libres témoignent. »


(Ph. Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise)

Sans oublier son adhésion aux idées de Debord concernant les envahissements (débordements ?) de la Société du Spectacle. La société de communication s’est installée partout en toile de fond pour mettre en musique la politique comme la consommation. Objectif : assurer la promotion des hommes politiques et leur programme comme un produit de consommation. Hommes, idées, marchandises deviennent des produits. Leur promotion suit les mêmes règles universelles, mondialisées. Rares sont les voix comme celle de José Mujica Cordano à pouvoir dire, à son niveau, que nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à vivre selon ce Credo vicié, nouvelles Tables de la Loi, pourtant, du Gotha économique et politique mondial.

« Monsieur Leymarché-Financier et Madame, née Leymarché-Financier, sont heureux de vous annoncer le mariage de leur fille, Mademoiselle Leymarché-Financier, avec Monsieur Leymarché-Financier, fils de Monsieur et Madame Leymarché-Financier.
La Bénédiction nuptiale, Syncrétiste et Cosmique, leur sera donnée au Centre de Méditation, de Contragestion et de Fusion Universelle, place Victoria Mao, le 14 juillet, prochain, à midi.

Cet avis tient lieu de faire-part.

Studio de la Fondation Leymarché-Financier,

Hong Kong, 1er mai 2099  »

Ph. Sollers, Passion fixe , Gallimard, mars 2000.

JPEG - 74.8 ko
Dessin de Benoît Monneret
GIF - 220.3 ko
Paul Cézanne - Baigneur aux bras écartés. Huile sur toile (73 x 60 cm), coll. privée. / Etude préparatoire
Voir article

GUY DEBORD, CE VISIONNAIRE
Déjà Guy Debord, ce visionnaire, dénonçait le modèle de notre société :

« Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n’oubliez jamais que c’est la faute du gouvernement. La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps. »
(La Planète malade, 1971)

« A tous les niveaux de la société mondiale, on ne peut plus et on ne veut plus continuer comme avant. En haut, on ne peut plus gérer paisiblement le cours des choses, parce qu’on y découvre que les prémices du dépassement de l’économie ne sont pas seulement mûres : elles ont commencé à pourrir. A la base, on ne veut plus subir ce qui advient, et c’est l’exigence de la vie qui est à présent devenue un programme révolutionnaire. »
(L’Internationale situationniste et son temps, 1972)

« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’Etat ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. »
(Commentaires sur la société du spectacle, 1988)

AUTOUR DES "MYTHOLOGIES" DE ROLAND BARTHES
Barthes comme Debord, un autre référent de Sollers. Mythologies, (1957) rassemble une cinquantaine de ses chroniques publiées entre 1952 et 1956, C’est l’époque des prémices de la société de consommation, et elle y sera épinglée dans huit de ses chroniques. Ecoutons Jérôme Garcin, nous parler de Mythologies, en 2007, à l’occasion du cinquantenaire de sa publication.


Il a suffi d’un demi-siècle pour que Mythologies de Roland Barthes devienne à son tour une mythologie. C’était un livre, c’est désormais une icône. On s’y réfère, on le révère, on le prolonge, on le pastiche.

Lorsqu’il paraît, en 1957, l’auteur a 40 ans. Sémiologue tendance marxiste, il analyse les signes qui rendent visibles les comportements inavoués des Français et fait le portrait de la société de consommation à travers ses objets de prédilection, ses goûts grégaires, ses modes et ses réclames. Il est aussi bien question du steak-frites que de la Citroën DS, de Pierre Poujade que de Minou Drouet, du Tour de France que du Guide bleu, des détergents que du strip-tease, de l’abbé Pierre que du procès Dominici. C’est formidablement éloquent et cohérent, drôle et cruel, sucré et salé, chaud et froid, balzacien et brechtien.

La fonction de ces Mythologies, version révolutionnaire du classique tableau de mœurs, est considérable. Il a fallu en effet la publication de ce recueil de cinquante-trois études pour que les intellectuels de ce pays osent penser la réalité, étudier les mythes de la vie quotidienne, s’intéresser au langage des choses usuelles, jauger l’opinion publique à travers les médias qui la façonnent, et chercher des signifiants dans les grandes surfaces, les magazines people, les programmes TV, les paquets de lessive, les garages ou les restaurants. Avec Barthes, l’idée prend le risque du concret, elle prend l’air et, parfois, des coups.

Relire aujourd’hui les Mythologies, dont la portée politique a en partie disparu, c’est s’offrir non seulement le plaisir de parcourir en long et en large, en ville et à la campagne, la France du président Coty, mais aussi le bonheur de savourer une prose allègre de grand écrivain qui cache qu’il professe et ne craint pas de comparer l’automobile à une cathédrale gothique, la DS au Nautilus et l’acteur photographié par le studio Harcourt à un dieu. Et puis quoi, dans ces Mythologies, il y a, entre les lignes, l’histoire de notre pays et de nos familles, il y a ce qui reste quand on a tout oublié.

Roland Barthes fut sémiologue et écrivain (1915-1980). Également en « Points-Essais » : Le Degré zéro de l’écriture ; L’Empire des signes ; Le Plaisir du texte. Une version illustrée des Mythologies vient de paraître aux Éditions du Seuil.

Présenté par Jérôme Garcin, journaliste et écrivain.

*

Jacqueline Guittard : Nourritures barthésiennes

"Dans un passé récent, je devais familiariser de jeunes commerciaux promis à la vente de produits alimentaires avec cette affaire hautement complexe que représente, en France, le fait de se nourrir ; je leur servais invariablement les Mythologies, par petites bouchées mesurées - "Le bifteck et les frites", le chaud-froid de poulet rosâtre et les perdreaux fantaisie de "Cuisine ornementale". Qu’ils avalaient avec un plaisir manifeste, réclamant parfois d’autres nourritures barthésiennes sans rapport avec l’alimentation. Les bonnes années, le recueil pouvait être absorbé dans son intégralité. Je fanfaronnais :"Mes étudiants lisent Roland Barthes !" Les Mythologies accomplissent des miracles, non seulement parce qu’elles montrent ce qui se dissimule sous les objets banals frappés du sceau de l’innocence, mais plus encore parce qu’elles forment le regard du lecteur à voir à son tour au-delà des apparences. Ironie poétique et méthode exemplaire, elles sont en cela la légende d’une époque et une leçon toujours actuelle."

Crédit : Le Monde | 11.10.2010

*


Mythologies de Roland Barthes sur amazon.fr/

« La guerre Debord » par Philippe Sollers

« La grande famille Leymarché-Financier » sur pileface

*

[1Mujica, le pouvoir est dans le cœur, br /
documentaire de Lucia Wainberg Sasson. br /
52 min., 2014. br /
Distribution : Les Films Saint-André-des-Arts.

[2Passion fixe

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document