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Francophonie - La langue de chez nous

D 19 mars 2015     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


C’est la semaine de la langue française et de la francophonie (14-22 mars 2015).

Alors que l’anglais s’étend dans le monde, mais aussi en France et que le français est malmené dans son propre pays, la langue, la culture la francophonie constituent notre pétrole. Prenons nous soin et gérons nous convenablement ces gisements prodigieux ?

274 millions de francophones dans le monde (dont 212 millions en font un usage quotidien sur les 5 continents).

L’Organisation Internationale de la Francophonie présente au sein de 80 États et gouvernements.

125 millions d’apprenants du français ou en français (76 millions ont le français pour langue d’enseignement et 49 millions étudient le français langue étrangère (FLE).

4e langue d’Internet.

22/03/2015 Ajout : Le français en langage « djeun’s »

La Langue de chez nous par Yves Duteil

C’est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l’on sent la musique et le parfum des herbes

Dis-moi dix mots

Bravo à la francophonie !
Il faut le dire.
Un mot qui fait partie des dix mots illustrés dans le cadre des animations proposées pour accompagner cette semaine de la francophonie :


Retrouvez les 9 autres chroniques sur le site dismoidixmots.culture.fr :

Script

Bravo ! Encore bravo !

On voit bien que le mot est une exclamation qui exprime l’enthousiasme : on crie ça debout, à la fin du concert, pour manifester aux musiciens, plus encore aux chanteurs d’ailleurs, qu’on a été sensible à leur prestation. Et si on est vraiment transporté, on a même un superlatif :bravo ! Bravissimo !

Mais attention, le mot signifie plus que cela, parce que c’est aussi un nom commun qui désigne le geste de cette exclamation : le claquement des mains.

Alors, est-ce que ce serait un synonyme d’applaudissement ? Oui et non… Parce que c’est un mot qui désigne le bruit de l’applaudissement. Et c’est bien cela qui le rend étonnant : on s’attendrait à une onomatopée, à une imitation, à un clap-clap quelconque… et en fait, on a un vrai mot, dont la sonorité n’a rien à voir : il sonne, mais il ne claque pas, et c’est ça qui explique ses usages multiples.

Le mot bravo, il est d’origine italienne, le « o » final en témoigne. Il s’apparente à la bravoure.

Et au départ, un bravo, c’était un personnage, c’était celui dont le courage était le métier : il avait le coup d’épée facile, c’était ce que l’on appelait un spadassin, c’est-à-dire en fait un tueur à gages.

Le premier sens du mot donc était proche de la bravade : arrogance, provocation. Et le mot « bravoure », qui n’est pas si fréquent en français d’aujourd’hui, a encore gardé une couleur assez militaire, ou en tout cas belliqueuse : on est brave au combat, quand on n’a pas peur de la mort, et là, est bien loin du geste parfois un petit peu convenu qui témoigne aux artistes du plaisir qu’ils vous ont donné.

La transgression du langage par Sollers

« La plus forte des transgressions, celle du langage. » c’est l’exergue qu’a placé Sollers au début d’un hommage à Roland Barthes dans TEL QUEL n°47, Automne 1971.
C’est sa Guerre du Goût ! Le combat d’une vie littéraire, le goût des mots et de la musique des mots,
avec un roman vocal Paradis, « écrit pour être dit »…

Aliocha Wald Lasowski dans Philippe Sollers, l’art du sublime, l’exprime ainsi :

« L’esthétique de Sollers déploie une écriture à haute voix, à visée orale portée par ce que Barthes appelle le grain de la voix : inscrire la faille, la coupure ou la déflation dans le récit, sous la forme d’une matérialité pure. Son art de la mélodie ré-enchante la langue dans son lexique, sa métrique, sa prosodie. Au sens où, pour Barthes, ce que la mélodie cherche, dans une perspective de jouissance, ce sont les incidents pulsionnels, « c’est le langage tapissé de peau, un texte où l’on puisse entendre le grain du gosier, la patine des consonnes, la volupté des voyelles, toute une stéréophonie de la chair profonde » (Roland Barthes,Le Plaisir du texte) »

Autre exergue de Sollers pour « Le Cavalier du Louvre » :

« Chaque mot était en situation »
Vivant Denon, Point de lendemain

Dans un article sur Georges Orwell « Juste Orwell » [1], aussi ces mots de Sollers :

«  Le langage, tout est là , et c’est la grande obsession d’Orwell, qui ne se réduit pas à la novlangue de « 1 984 ». La littérature se trouve en première ligne, elle sent juste, elle perçoit le but incessant du pouvoir : mécaniser l’expression, remodeler le passé, détruire la pensée, qui en elle-même est un « crime ». « Vous croyez que notre travail est d’inventer des mots nouveaux ? Pas du tout ! Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. » L’écrivain est la bête noire du totalitarisme ouvert ou larvé. Il a trop de mots à sa disposition, trop de points de vue différents, trop de nuances, il va commettre le « crime de pensée » […] L’assujettissement du langage n’est pas seulement la langue de bois idéologique ou politique, mais une sorte de mort généralisée : « Les bruits appropriés sortent du larynx, mais le cerveau n’est pas impliqué comme il le serait s’il devait lui-même choisir les mots. » Ca parle, ça ne s’entend pas parler, et d’ailleurs presque plus personne n’écoute. »
*

Un exemple de l’écriture de Sollers : son évocation, du « Cavalier polonais », le fameux tableau de Rembrandt à la « Frick Collection » de New York. Quelques mots suffisent à Sollers pour camper ce tableau et nous donner envie de mieux le regarder. Bien sûr, ce seul exemple partiel et partial ne saurait faire justice aux nombreuses variations du style de Sollers. A vous de découvrir les extraits à votre goût. Le Cavalier polonais, c’est ICI...

Mon alphabet ou comment je suis une lettre par Julia Kristeva

« Azbouka »
Aujourd’hui, 24 mai, c’est la Fête de l’écriture, à Sofia. Ma première Fête de l’Alphabet. J’ai six, sept ans peut-être ? Je sais en tout cas déjà lire et écrire, cela me plaît et je progresse vite. Les Bulgares sont le seul peuple au monde à célébrer un jour pareil : celui des frères Cyrille et Méthode, créateurs de l’alphabet slave. Derrière l’immense effigie de ces deux moines, le pays défile sur les grands boulevards : les écoliers, les professeurs en tout genre - de la maternelle aux académies des sciences -, les écrivains, les artistes, les amateurs de littérature, les parents... Tout le monde arbore sur son plastron une grande lettre cyrillique.
[…] Je n’oublierai jamais ce premier 24 mai où je suis devenue une lettre.

« Alphabet » se dit « Azbouka » en bulgare.
« Pourquoi Azbouka, papa ? C’est étrange... “Az” (qui en bulgare veut dire “je”), je comprends : c’est moi. Mais “bouk”, serait-ce “the book”, le livre ? »
Après avoir terminé ma maternelle française chez les dominicaines, et tout en continuant le français à l’Alliance française, je viens de commencer l’anglais.
La suite ICI…

« Adieu au langage » par par Jean-Luc Godard

C’est le dernier pied de nez cinématographique de Jean-Luc Godard, son film « Adieu au langage » (2014), dont vous trouverez la bande-son commentée ICI... Un adieu au langage, plein de références littéraires ! C’est-à-dire des mots. Difficile de s’en passer.

La francophonie, le français, ses corpus et ses "parlés"...

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Crédit : Radio France Christophe Abramowitz

Michel Serres et Michel Polacco parlent de la francophonie :

Crédit : France Info : LE SENS DE L’INFO 15.03.2015 15/03/15 Francophonie

Dany Laferrière : Un nouvel académicien aux couleurs de la francophonie

Bravo !

Dany Laferrière., le dernier immortel élu par l’Académie française en Décembre 2014 est un écrivain canadien, né en Haïti, élu au fauteuil de l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, Les statuts de l’institution n’imposent aucune condition de titre ni de nationalité.
Dany Laferrière, âgé de 60 ans, a été élu au premier tour du scrutin avec 13 voix sur 23, a précisé l’Académie, fondée par Richelieu en 1635, et chargée de veiller au respect de la langue française et d’en composer le dictionnaire. il est le premier Québécois et le premier Haïtien à siéger sous la coupole.

Né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953, Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière, est également scénariste, et vit entre Miami et Montréal.
Dany Laferrière a reçu le prix Médicis 2009 et le Grand Prix du livre de Montréal pour son roman L’Enigme du retour, qui raconte son retour en Haïti, à la suite de la mort de son père, exilé lui-même dans les années 1960 par Papa Doc, le père de Jean-Claude Duvalier.

Crédit : lemonde.fr

Tv5 Monde, une initiative qu’il faut saluer


La chaîne mondiale de télévision en français !
TV5 Mondefait partie des 3 plus grands réseaux mondiaux de télévision aux côtés de MTV et CNN.
Plus de 235 millions de foyers peuvent recevoir TV5 Monde par câble ou satellite, 24 heures sur 24, dans plus de 200 pays et territoires ; La chaîne propose 13 langues de sous-titrage (allemand, anglais, arabe, coréen, espagnol, japonais, néerlandais, polonais, portugais, roumain, russe, vietnamien et français).
Bravo !
Il faut le dire.

http://www.tv5monde.com/


Et si la France était la plus grande ennemie de la francophonie ?

Les Bravo ne doivent cependant pas masquer quelques points d’interrogation.
BSC News a interviewé le cinéaste américain Eugène Green. Établi à Paris depuis 45 ans, le réalisateur de Toutes les nuits n’est pas tendre avec les instances gouvernementales.

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Eugène Green dans les Jardins du Luxembourg
Interrogé par BSC News. Crédit photo : Jean-Jacques CECCARINI/Le Figaro

Dès lors qu’il s’agit de langue française, l’Américain Eugène Green ne mâche pas ses mots. Il a été interrogé par une journaliste de BSC News dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la francophonie,

Parisien depuis 1969, le réalisateur étudie les arts avant de fonder la compagnie de théâtre la Sapience. Dans les années 1990, il se lance dans la réalisation avec son premier long métrage, Toutes les nuits. En 2014, Eugène Green a scénarisé et réalisé La Sapienza, film dramatique franco-italien. Il a publié de nombreux ouvrages dont Les atticistes, le dernier en date aux éditions Gallimard.

Au cours de l’entretien, il a expliqué que « le français est sujet à une barbarisation massive depuis trente-cinq ans au moins ». Il déplore notamment les intrusions permanentes des phrases « d’anglicismes ».

« Par exemple, l’adverbe-préposition off possède la capacité de mettre certains locuteurs hexagonaux dans un état d’extase, mais dans tous ses usages français il est dépourvu de sens. Sa définition de base est “qui tombe dans le vide”, et son antonyme est on, “qui possède une assise” argumente l’écrivain.

Pour l’homme de lettres, dont la langue française n’est pas sa langue maternelle, il est important de préserver l’héritage linguistique de chaque nation. « Comme je suis né dans un lieu qui n’a pas de langue, il fallait que j’en trouve une. Bien que je parle quelques autres langues, que j’aime beaucoup, celle de ma vie et de mon travail est la langue française. Chaque langue étant une vision unique de l’univers, et un miroir dans lequel celui qui la parle se construit, mon monde et mon moi viennent du français » ajoute-t-il.

============================================================ « L’État préfère fermer des Instituts français pour consacrer plus d’argent à développer la révolution numérique. »

Eugène Green

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Pour Green, la manifestation est nécessaire car « elle sert à tisser des liens entre la France et les autres pays, en Europe, en Afrique, et en Amérique du Nord », où le français est une langue officielle. Néanmoins, il trouve dommageable « que la France ait abandonné la francophonie au sens large du terme, c’est-à-dire, celle des gens d’autres langues qui apprennent la nôtre comme instrument de culture ».

« L’État préfère fermer la plupart des Instituts français, et couper le budget de ceux qui restent, pour consacrer plus d’argent à développer la révolution numérique. De même que, sous un gouvernement de gauche, dont le jacobinisme empêche toujours les jeunes Basques et Bretons scolarisés dans leur langue ancestrale de l’utiliser pour composer au bac, on a néanmoins autorisé les universités à dispenser leur enseignement en langue étrangère, c’est-à-dire, dans le méprisable patois qui gangrène aujourd’hui toute civilisation. La plus grande ennemie de la francophonie, c’est la France » conclut le réalisateur. (Crédit : Le Figaro)

*

Nota : Ceci rejoint une discussion récente avec un de mes amis. Son fils Dao vit au Vietnam. Un orphelin vietnamien adopté lorsque les Américains quittèrent Saïgon en catastrophe. Il avait trois ou quatre ans, une procédure d’adoption était en cours et il a fait partie du dernier convoi aérien à quiller la ville, sauvé in extremis par un soldat américain, ému par ce gosse, victime innocente de la guerre, traumatisé par les bombes, et qui s’est caché longtemps sous les tables dès qu’il entendait le moindre bruit.. L’appel du sang l’a conduit à retourner dans son pays de naissance où il s’est marié avec une Vietnamienne après avoir suivi un cursus universitaire en France. Pour vivre, il donnait des cours de Français à l’Institut français de Hanoï. A la rentrée dernière, faute de crédit son poste n’a pas été reconduit...

Toutefois il continue à enseigner le français en donnant des cours particuliers aux enfants d’une élite intellectuelle et du monde des affaires, car il est quelques ilôts de par le monde où le français redevient tendance. pour une élite, Hanoï en fait partie, mais aussi New York, Los Angeles et Hong Kong si l’on en croit Le Figaro (cf. Le français, une langue « so chic » de New York à Hongkong).

C’est effectivement une tendance qu’il constate.
Bravo à ces nouveaux adeptes du français !
Dommage qu’à Hanoï, cette tendance ne soit pas accompagnée par l’Institut français local !

Que le Ministère des Affaires étrangères soit contraint à des restrictions budgétaires, soit, mais l’on peut être en droit de se demander si, sur le même budget, il est nécessaire de maintenir à Rome deux lieux culturels : le Palais Farnèse, le siège de l’Ambassade et La Villa Medicis. Chacun organise ses expositions et événements culturels. La Villa Medicis accueille aussi des pensionnaires artistes. Une pratique qui se justifiait il y a deux siècles, quand le centre de gravité du monde était en Europe, mais depuis le monde a changé, le centre de gravité s’est déplacé vers l’Asie.
N’y aurait-il pas lieu de procéder à des arbitrages plus judicieux ? Fermer la Villa Medicis et renforcer notre présence à Hanoï par exemple…
Ce serait plus courageux que de couper, en catimini, des budgets loin des yeux !

Non, pas bravo,
Il faut aussi le dire.
(Notons toutefois que l’Ambassade française au Vietnam a prévu un beau programme pour fêter la langue française et la francophonie. Bravo pour cette initiative, il fallait aussi le dire, mais cette initiative ponctuelle ne saurait se substituer à une action de fond, au long cours.)


Le programme en format pdf
ZOOM... : Cliquez l’image.

Le français en langage « djeun’s ».

Dans une vidéo de trois minutes diffusée sur Internet, Jean Rochefort offre un résumé truculent du classique de Gustave Flaubert, Madame Bovary, dans un langage de « djeuns » plus vrai que nature. Nouvelle preuve d’autodérision, à 84 ans, de l’imperturbable et brillant comédien français.

Quelques passages bien sentis :

« Emma se fait chier alors elle commence à toucher la nouille de quelques keums qui passent. Et elle se fait raccommoder la crinoline par des bad boys dans des calèches ».

« Emma, elle kiffe le swag alors elle claque son bif’ pour des ptites Louboutin easy ».

« Emma, elle s’en met plein les fouilles, LOL, la salope ! »

« Un moment elle se fait tej par son keum, et se retrouve dans un champ de blé à oil-p… Elle a le seum de la vie »

Crédit : http://bolossdesbelleslettres.tumblr.com/

oOo

[1Titré « Orwell : à gauche toute ! », lors de sa parution dans Le Nouvel Observateur du 11/09/2008 et retitré « Juste Orwell » par l’auteur sur son site

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1 Messages

  • V. Kirtov | 22 mars 2015 - 10:34 1

    Dans une vidéo de trois minutes diffusée sur Internet, Jean Rochefort offre un résumé truculent du classique de Gustave Flaubert, Madame Bovary, dans un langage de « djeuns » plus vrai que nature. Nouvelle preuve d’autodérision, à 84 ans, de l’imperturbable et brillant comédien français.
    Des passages bien sentis. Exemple :

    « Emma se fait chier alors elle commence à toucher la nouille de quelques keums qui passent. Et elle se fait raccommoder la crinoline par des bad boys dans des calèches ».
    La vidéo ICI...