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Confiteor

Marcelin Pleynet et Philippe Sollers chez Pascal Boulanger

D 13 février 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Confiteor est le nouvel essai du poète Pascal Boulanger, à paraître aux éditions Tituli, début mars.
Livre qu’il présentera au cours d’une lecture le jeudi 12 mars

14/02/2015. Ajout section « Quelques poèmes »

Pascal Boulanger est d’abord un poète, mais aussi un essayste qui entre ses recueils de poésie a besoin de crier ses vérités, son « Je crois » (plus que "je confesse"). Il le fait en dehors des coteries de toute obédience et le revendique, mais, en même temps, souffre d’être tenu à l’écart par la critique.

Il a d’abord adoré le militantisme communiste avant de le quitter et de rendre grâce, à contre-courant, au seul qui prône le militantisme de l’amour, le Christ : « Le Christ, toujours là, jusque dans ses absences, et jamais las. »

Son propos :

« Rédiger poétiquement les minutes du procès du monde moderne – cette toupie folle sans point d’appui - c’est pointer des paradoxes. Celui, par exemple, d’une société où l’enfant est prématurément adulte et où l’adulte est rendu à son statut d’enfant et d’assisté  ».

Ce livre est riche des références de Pascal Boulanger, qui a beaucoup lu. Parmi ces références, compte tenu de la cible de ce site, ce sont les fils croisés tissés avec Marcelin Pleynet, côté poésie et Philippe Sollers côté littérature que nous développerons ici, laissant au lecteur, le plaisir de la découverte des autres fils nombreux dans le livre :

« N’ai-je pas appris à écrire en lisant Marcelin Pleynet, Philippe Sollers, Claude Minière, Jacqueline Risset… Nous nous rendons, Réginald Gaillard et moi, chez Jacques Henric, à la fabrique, pour le service de presse. Présence discrète de Catherine Millet qui paraît fatiguée, en bute aux tracas de la gestion du magazine Art press. »

SUR MARCELIN PLEYNET

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Marcelin Pleynet

Claude Minière est, avec Marcelin Pleynet, le poète contemporain qui m’aura le plus marqué. Tous deux sont dans
le déploiement d’une possibilité, dans la sensation permanente
d’une nécessité. Chaque écrit n’est jamais celui
d’une confession narcissique mais l’exercice tendu de la
mémoire et de l’oubli. […éloge de Pall Mall de Claude Minière – note pileface]

Je reçois dédicacé Nouvelle liberté de pensée : journal de
l’année 2001 de Marcelin Pleynet. Je possède la plupart
des livres de Pleynet et nos rencontres, près des bureaux
des éditions Gallimard, ont été nombreuses durant ces
années. À la date du 21 mars 2001, Pleynet écrit : Lettre
de Pascal Boulanger sur la misère de la société poétique où
il croit devoir vivre. J’ai, il y a quelques décennies, malheureusement
partagé cette croyance… Elle tient à la certitude
qu’il n’en faut pas moins passer par la poésie. Oui, sans
doute, mais comment ?

Dois-je rassurer Marcelin Pleynet ? J’ai assez vite compris
que l’univers des nombreux poètes que je fréquentais
n’était pas le mien.

Souvenir de la présence amicale de Marcelin Pleynet
à la Sorbonne quand, en 2004, je suis intervenu, lors
d’une conférence qui réunissait de nombreux universitaires,
sur les rapports entre Rimbaud et Pleynet. L’objet
de ma conférence est paru dans le recueil d’essais : Suspendu
au récit, la question du nihilisme (Comp’Act).

Lors de nos rencontres, dans la voix, dans les gestes, j’ai
parfois senti une fureur paulinienne chez Marcelin Pleynet.
N’est-il pas, comme le fut Pasolini, radicalement
étranger à la culture de son époque ?

En 1999, j’ ai publié aux éditions Tarabuste, un recueil :
Le bel aujourd’hui, dédicacé à Marcelin Pleynet. Le premier
poème signe une dette explicite.

Les monstres intimes
En attendant
Lecture des livres qu’on ne lit plus
Les livres de Pleynet sont sur le bureau
Au pied du lit
Sur l’herbe mauve
Les guirlandes.

Le poème Extase publié dans mon recueil Le lierre la
foudre
(Éditions de Corlevour, 2011) lui sera aussi dédié.

[…] c’est toujours pour moi, à chaque relecture de son oeuvre,
un état neuf du langage qui se dessine,
un espace stimulant qui se crée.
Depuis la parution de Provisoires amants des nègres,
les livres de Pleynet signent une odyssée du nom propre sous
l’éclairage de la pensée. Ils tiennent la poésie en éveil,
même quand ils prennent la forme d’un essai. Ils sont
conçus comme une éthologie, une composition de vitesse
et de lenteur où les lignes de force qui se déploient
sont des sillages de lumière et de couleur. Le champ qui
s’ouvre est centrifuge, étendu, complexe. Et l’émotion
méditée.

LES ECHOS SOLLERSIENS DANS LES THEMES

Les combats de l’auteur plongent dans les mêmes eaux que ceux de Sollers : la technique, la Procréation Médicalement Assistée, Gestation Pour Autrui... :

« Nous connaissions la dégradation du vivant par la machine

(le couperet mécanique de la guillotine en fut le

commencement), nous entrons dans la dégradation du

vivant en machine (l’humain futur ne sera qu’un produit

artificialisé, greffé et manufacturé). ».

Ou encore :

« L’homo technicus, programmé dans un tube de verre,

éduqué dans les collèges de l’illettrisme et de la violence

communautariste, ne fonctionne plus que par messages préétablis. »

L’aculturation grandissante :

« Nous assistons à un recul des savoirs au bénéfice des

savoir-faire et qui s’affirme dans le calcul, les programmes

préétablis, les normes imposées, les fêtes suscitées

et la fusion souhaitée des individus en collectif. »

Interrogations sur l’écriture :

« L’écriture part toujours d’un enfermement

pour atteindre des échappées belles, pour répondre,

au plus près, à cette affirmation de Baudelaire :

Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté »

Un substrat autobiographique :

« Ce que j’écris, depuis le début des années 90, part d’une

vérité étroitement liée à des expériences subjectives, personnelles.

J’écris à partir de ce que Léon Chestov appelle un texte

zéro, traumatique, caché… »

Eloge de la poésie :

« La poésie est une manière de dire et une manière d’être. [...] Elle est dans le trait, dans le bref, le concis – jamais dans le bavardage sociologique ou psychologique – elle accueille la lumière épiphanique qui ranime les énergies et révèle toute chose à elle-même. Elle salue la beauté, l’amour sans raison et elle est sans pourquoi. »

Le catholicisme :

Avec le titre « Confiteor » en résurgence.
En écho, le catholicisme baroque de Sollers réaffirmé dans son dernier livre « L’Ecole du Mystère » avec un premier chapitre consacré au mystère de la transmutation de l’hostie en corps du Christ, prolongé par un fil rouge - leitmotiv qui revient au fil du livre comme une incantation : « …le mystère de la foi ».

...

Echos sollersiens aussi dans des expressions utilisées par Pascal Boulanger :

« Voilà bien le récit sans fin (un art de la fugue et du retrait)

qui ressemble à un manuel de survie en temps de

détresse achevée »

Cf. le livre de Sollers « Medium » que Sollers présente comme un « manuel de contre-folie », son « Art de la guerre » et que les critiques ont aussi qualifié de « manuel de survie ».


Philippe Sollers à Venise à la terrasse de La Riviera - Photo (c) Sophie ZHANG. - ZOOM... : Cliquez l’image.

Ou bien :

« Somme toute, on n’est pas si seul »

Cf., la dédicace de Jacques Lacan à Sollers.

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La dédicace des Écrits
Publiée dans Tel Quel 90, novembre 1981
(Lacan est mort en septembre).

SUR PHILIPPE SOLLERS

L’art prouve Dieu… Je capte cette phrase baudelairienne de Philippe Sollers

dans une émission radiophonique. […]

Philippe Sollers ? Génial prestidigitateur qui parvient,

d’un livre à l’autre, à s’anéantir dans son rapport au

monde et à anéantir le monde, dissimulant quand il le

faut, ce qu’il est et ce qu’il pense, renforçant les points

forts, jamais les points faibles, toujours certain des possibilités

du langage et faisant un tri, qui met en question

la circulation du pouvoir comme tel et de sa matrice.

Impossible de lui assigner une résidence, un rôle, une

fonction. Le fond même de ce qu’il écrit ? C’est la scène

fermée du monde qui finit par se dissiper dans l’instant

de la jouissance d’un être. Et ce n’est pas la prééminence

d’un texte religieux sur un autre qui l’intéresse, mais le

dépassement de tout ce qui fait lien. Comment mettre

fin à l’illusion qu’il y a un monde ? En affirmant une position

radicalement areligieuse. Que ce dépassement des

croyances passe par la configuration catholique, Sollers

ne cesse de le répéter.

L’histoire des deux derniers siècles, à mon sens, démontre

qu’à vouloir à toute force se mettre à la place de l’église catholique

– car c’est ça le fantasme fondamental de toutes

révolutions qui s’enracinent dans la révolution française –

on obtient, pas du tout comme on le prétendait, un moins

de religion mais un plus de religion. Ce qui fait que pour

l’histoire occidentale et pour l’histoire tout court, le malaise

est de découvrir que l’endroit le moins religieux reste, ni plus

ni moins, la structure catholique. (Pourquoi je suis si peu

religieux, dans Improvisations, Gallimard, coll. Folio).

La poésie de Sollers révèle le crime général et indique la

sortie, par l’accumulation et l’interruption et en jouant

le son contre la mystification.

Paradis est un livre violemment anti-linéaire et anticyclique.

De là l’introduction de la Bible. On ne peut pas

dire que la Bible impose ni un temps linéaire ni un temps

cyclique : c’est un temps prophétique. Un temps à éclipses.

(La coupole, dans Théorie des exceptions, Gallimard, coll.

Folio)

La prophétie biblique impose une force rythmique et

toutes les données théologiques, refoulées dans la littérature

moderne, sont exhumées par Sollers et singulièrement

dans Paradis, un des livres poétiques le plus important,

d’après moi, de ces cinquante dernières années.

J’ai toujours eu un penchant pour les lieux obscurs, pour

les sales coulisses de notre théâtre.

À une physique de la finitude, il faut opposer une métaphysique

de la sensation. Et tenter d’éclairer et de dévoiler,

non de résoudre, l’énigme dans laquelle le Bien

comme le Mal s’entendent sur une question : Pourquoi ?

La jouissance de l’instant, saisi par le poème, la peinture

ou encore la musique, se suffit à lui-même. L’Ouvert se

détourne de l’histoire et de ses mythes, pour mieux glorifier

le temps lui-même, la vérité du temps tel qu’il est

traversé par celui qui le dévoile.

Pascal Boulanger
Confiteor
Editions Tituli

*

Pascal Boulanger sur Pileface (sélection) :

« J’ai enfin lu Rimbaud et Pleynet »
« de Tel Quel à Nunc »
« Itinéraires de Marcelin Pleynet »

oOo


Quelques poèmes de Pascal Boulanger

Il traverse la vie dans un tumulte de livres

Il ferme les yeux

Il devient très grand au-dessus des abîmes

Il écrit contre le temps et l’oubli

Il nomme la mer

Il aime et il chante avec le souvenir de la mer...

(Le bel aujourd’hui)

*

Avec elle, je suis loin des autres voix

Des diables pliés vomissant des grenouilles

De l’enfer qui n’est jamais assez rempli à leurs yeux !

Son corps adoré s’efface en me donnant son souffle

Il passe en rêve vers des villes changées en mer.

(L’échappée belle)

*

Les combats sans trêves

de pirateries et de brigandages

battent les mers

sur les terres

de fructueuses razzias dressent

des étals de captifs.

De portage en portage

de marché en marché

contre des marchandises et de l’or

des hordes d’esclaves se pèsent et s’échangent.

(Céramique)

oOo

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