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Les passions de Francis Bacon

D 19 avril 2006     A par Viktor Kirtov - A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Sollers, aussi critique d’art ? Mais oui. Moins que Pleynet, mais la peinture est très présente dans l’oeuvre de Sollers et dans son entourage : Pleynet, Jacques Henric qui gravitera dans l’orbite de Tel Quel, avant de rejoindre Art Press, et aussi Marc Devade qui figurera au comité de Tel Quel. Les références à la peinture sont multiples dans son oeuvre. Qu’il s’agisse de contemporains comme De Kooning, qu’il fréquentera à New York, ou d’anciens — Picasso plus que tout, dont nombre de couvertures des oeuvres de Sollers en édition folio, reprennent un tableau, ainsi Les demoiselles d’Avignon pour Femmes, ainsi que le dos de la revue de l’Infini, avec une citation de Rimbaud. Et ici, Francis Bacon dont les couleurs sont autant d’électrochocs nous touchant "directement au système nerveux", comme le note justement Philippe Sollers. Mais aussi Wateau, Cézanne, Manet... Nous y reviendrons dans cette rubrique dédiée à "Sollers et la peinture".

Sollers, des affinités avec Bacon ? Quels peuvent bien être leurs points communs à ces deux là qui de premier abord sont si différents. L’un exècre et sacrifie son corps dans ses tableaux, l’autre semble en tirer avantage dans ses relations féminines et prône l’éloge du bonheur en réaction à la morosité ambiante.

On le sait, Francis Bacon a peint des portraits, des autoportraits, des têtes, des corps, cabossés, dépecés, lacérés, bousculés. Et pourtant, de ces portraits, sort la ressemblance ; de ces corps, de ces cris, émanent une interrogation, et un doute permanents. Bacon, dit Daniel Lelong, son galeriste parisien, doutait toujours de son travail.
Cet autodidacte de la peinture « enregistrait », selon son expression, toutes les perceptions que lui donnaient le monde et la vie des gens qui l’entouraient, et il peignait les multiples souvenirs superposés de leur existence. Dans cette figuration choisie par lui — il disait l’abstraction de son époque trop esthétisante pour " la tension et l’excitation " qu’il ressentait — c’est aussi au mouvement saisi dans son essence même, que l’on est confronté. Le mouvement des corps masculins amoureux qui roulent sur des lits catafalques, le mouvement de la chair qui parfois se liquéfie en coulées grises, le mouvement du temps qui laisse voir le spectre des cadavres sur les triptyques, le mouvement de la peinture qui peut rendre la figure évanescente - mais c’est peut-être illusion car elle nous projette toujours avec violence son extrême présence.
Et nous, nous nous interrogeons sur ces images, sur cette nudité, sur cette vulnérabilité, sur ces métamorphoses, sur ces blessures et sur ce sang, sur la couleur, sur les accidents de la création, sur la peinture enfin. « Faire une peinture qui ne transmette qu’elle-même », a dit Gilbert Lascaux à son propos.

Simone Douek à propos de :
Une vie une oeuvre : Francis Bacon, 1909-1992
France culture
Émission du 15 Juin 2003.

Les points communs, les voyez-vous ? Toujours pas. Alors remplacez dans ce texte le mot "peinture" par le mot "écriture" et vous aurez un portrait de Sollers. Non ?

Autodidacte

Bacon, un autodidacte de la peinture, Sollers un autodidacte de l’écriture qui n’est pas passé par Normale Sup, l’agrégation, l’Université, juste un début d’Ecole de commerce que ses détracteurs de la voie royale, pensent-ils, lui lancent à la figure comme une tare génétique littéraire, point développé dans les attaques de l’analyse sociologique d’un Louis Pinto extrapolée à l’oeuvre littéraire de Sollers. Cette entreprise de démolition est démontée par le menu dans le dernier essai de Philippe Forest : De Tel Quel à l’Infini, Gallimard/L’Infini, 2006. Vingt sept pages pour démanteler ce scud d’un émule de Bourdieu, appointé par Le CNRS, et en montrer toutes les malfaçons.


Le rôle du corps

Le corps est aussi central dans la vie et l’oeuvre de Sollers. Ce corps qui le brimait dans son enfance avec ses otites à répétition, son asthme. Coma hépatique. Ce corps désarticulé dans un grave accident de voiture qui le laissa entre la vie et la mort. Ce corps poussé à ses limites aussi, pour simuler la folie, lors de son incorporation militaire pour aller faire la guerre en Algérie. Son esprit et son corps s’y refusent et se mettent en danger pour échapper à cette issue et obtenir le statut de réformé. Passions douleur et sentiment, ce corps les aura connu. Ce mot repris dans le titre Les passions de Francis Bacon, et également dans son roman "Passion fixe.
Ce corps, aussi outil de production du langage et de l’écriture. Faire une écriture, écrivant l’acte d’écrire comme Bacon fait une peinture peignant l’acte de peindre.

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Van Gogh vu par Bacon

« J’ai toujours voulu — sans jamais réussir — peindre le sourire », disait Francis Bacon, un jour de mai 1966, à David Sylvester. C’était durant l’un de leurs entretiens.
« "J’aime, disait-il aussi, le luisant et la couleur qui viennent de la bouche et j’ai toujours espéré, en un sens, être capable de peindre la bouche comme Monet peignait un coucher de soleil ". De sourires, point ; de couchers de soleil, point. Mais l’être humain, toujours, qui a été la préoccupation incessante de Bacon, le sujet nécessaire. »

En réaction contre le nihilisme ambiant, Sollers semble avoir plus de chance dans son éloge du bonheur. A contre courant. La posture favorite de Sollers. En solitaire.

« Car il en est des hommes comme des diamants : seuls les plus grands peuvent faire des solitaires. Ceux du commun doivent s’assembler et rechercher un effet de masse. »
Schopenhauer
De la volonté de la nature

*


« Une extrême liberté »

Propos recueillis par Josyane Savigneau

C’est certainement « la monumentale impassibilité en éveil de Francis Bacon » qui a fasciné, d’abord, Philippe Sollers. Et puis cette interrogation du peintre, placée en épigraphe de son essai Les Passions (dans toutes les acceptions du mot passion, bien sûr) de Francis Bacon : « C’est une question très serrée et difficile de savoir pourquoi une peinture touche directement le système nerveux. » Mais aussi un désir d’explorer les contradictions de Francis Bacon, ancrées dans une fondamentale cohérence qui permet l’alliance d’une impeccable discipline et d’un grand dérèglement : « On ne recherche pas le temps perdu : on dépense le temps trouvé, écrit Sollers. Enfin, ce n’est pas trop tôt, le joueur, cette fois, a gagné. Bonne chance. »

Si ce livre est publié aujourd’hui, à l’occasion de l’importante rétrospective Bacon, l’intérêt de l’écrivain pour le peintre est ancien et certainement à rapprocher de sa passion pour Picasso et Willem De Kooning. Un intérêt fondé sur une réflexion historique et une volonté semblable de faire surgir une « énergie » du roman comme du tableau dans une distance ironique qui refuse le pathos et toute forme de niaiserie sentimentale. « Le XXe siècle, on s’en apercevra de plus en plus, est celui d’une entreprise de contrôle global de la représentation, estime Philippe Sollers. Nous vivons la mise en place de ce pouvoir : tout doit être ramené à l’effet publicitaire, à la présence monocorde et colorisée de l’image, à une propagande de la marchandise par elle-même. Les régimes totalitaires ont d’abord manifesté cette volonté de façon sanglante : plus les crimes sociaux étaient énormes, plus les images diffusées étaient bien-pensantes, pures, morales, l’art servait le mensonge. Le mensonge, aujourd’hui, se sert de l’art. Celui-ci devient de plus en plus simple décoration ou animation culturelle. Francis Bacon aura été l’un des très rares artistes à refuser complètement cette instrumentation.

Sa bête noire, il y revient sans cesse, est l’illustration. Autrement dit : la peinture apparaît comme étant une image, mais n’est pas seulement une image. C’est un ensemble de gestes mettant en jeu le corps tout entier, son animalité, ses vibrations, ses sensations multiples, son jeu, ses passions. Exister est une passion. Ce n’est pas du tout par hasard si le thème de la crucifixion est traité par Bacon, après la deuxième guerre mondiale, comme une méditation subversive. Bien entendu, il s’agissait pour lui de se démarquer violemment de ce qu’il voyait venir : un expressionnisme dépressif ou bien (mais cela revient au même) une dérobade dans l’abstraction. La grandeur positive de Bacon (comme celle de Picasso) est dans cette contre-attaque vive, tranchante, physique, à l’opposé des voeux d’une société spectaculaire sourdement puritaine et qui a même trouvé le moyen d’intégrer l’imagerie pornographique ou les revendications des minorités sexuelles pour mieux établir sa domination. Je lisais récemment dans la presse italienne le énième procès fait à Picasso présenté, dans sa vie, comme "un génie du mal ". On croit rêver. La plupart du temps, Bacon vous est montré, lui, comme un écorché, un boucher, un écraseur, une boule de souffrance, un témoin de l’horreur : l’idéologie du spectacle s’exprime là à découvert. Bacon, bien entendu, est le contraire de cette caricature. C’est avant tout un artiste extrêmement intelligent, délicat, cultivé, raffiné. seulement voilà : il désillusionne. Nous vivons somnambuliquement à travers des écrans ; il les crève. Il réaffirme la force de l’acte créateur : rapidité, destruction, reconstruction. Bref, il dérange le grand et faux film dans lequel nous sommes priés de vivre. Comme Rodin, Cézanne, Giacometti, ou, encore une fois, Picasso, il a instauré, en sa faveur, un rapport de forces. Il a vécu comme il a voulu, ce qui, compte tenu de la singularité de sa vision, est presque incroyable. J’admire cela, beaucoup. »

Si Francis Bacon suscite, de la part des écrivains, tant de réflexions, de discours, c’est parce que « ce grand peintre est un grand poète. La misère de la peinture, asservie au marché illustratif, est aussi, désormais, celle de la poésie moderne. J’ai fini par trouver bizarre que personne ne se soit demandé pourquoi Bacon, à plusieurs reprises, faisait référence à L’Orestie d’Eschyle. Un de ses seuls regrets, dit-il, est de n’avoir pas appris le grec classique. Question de rythme, d’énergie, d’immédiateté. Bacon ne "raconte" pas, il met en scène, il force la scène, c’est un dramaturge combinant le souci d’un ordre rigoureux (cubes, sphères) avec une convulsion virulente. L’expression d’Artaud, "théâtre de la cruauté", lui convient, à condition d’insister sur la maîtrise de son acte de dépense. Il est proche de Georges Bataille qui, comme par hasard, a aussi écrit une Orestie. La peinture est comme la poésie, la poésie est comme la peinture, toutes deux s’adressent, comme disait Bacon, "directement au système nerveux". En écrivant sur la peinture, on prend donc un risque majeur : être ou ne pas être dans le coup qui se joue. Je crois qu’on voit Van Gogh grâce à Artaud et Cézanne grâce à Rimbaud. De même pour Bacon : Eschyle gronde à travers lui, et, bien entendu, Shakespeare. Bacon n’a pas manqué, par exemple, d’attirer l’attention sur la fin de Macbeth. Il faut entendre la peinture pour ne pas s’aveugler sur elle. Un triptyque ou un Portrait de Bacon, c’est une expérience intérieure qui n’en finit pas d’affirmer sa présence. Mais le tragique, ici, ouvre également sur la comédie. Il y a un fantastique humour dans cette oeuvre, humour qui était d’ailleurs celui de Bacon lui-même. L’humour, c’est ne jamais dire une banalité, c’est la forme aiguë du sérieux réel, la générosité même, autrement dit la couleur. Violence érotique et sérénité, le contraire de la violence répressive et pathétique ambiante. »

« La peinture nous donne plus ou moins de liberté. On ne devrait la juger que dans cette optique » , écrit Sollers dans son livre. Sur cette liberté, que dit Bacon ? « « Finalement, ce que manifeste Bacon, c’est que l’art et la vie ne font qu’un, que peindre et exister sont une seule et même démarche. Concentré et détaché, entouré de ses tableaux si vibrants d’intensité, il représente, dans l’affadissement et le conformisme de cette fin de siècle, une forme exceptionnelle de liberté. Il boit, il traîne, il est joueur, mais il n’arrête pas de travailler. Il a des amis, mais il est seul. Il méprise la société, mais il y est parfaitement à son aise. Il gagne de l’argent, mais il le flambe. Il est au comble de la lucidité, mais il ne s’intéresse qu’à la volupté. Il médite sur Michel-Ange et Vélasquez, mais il fait place à la sauvagerie la plus instinctive. Il ne s’occupe pas de politique, mais son oeuvre, par sa vérité concrète, est le démenti le plus cinglant à toutes les tentatives d’asservissement politique. Personne n’est plus anglais que lui, mais il est comme un poisson dans l’eau à Paris. Il ne croit à rien, et pourtant il brûle pour sa peinture. Il est homosexuel de façon ouverte, mais personne n’est plus dégagé que lui à ce sujet. Il est ultrasensible, pas sentimental. Il sait que le temps, et lui seul, est la grande affaire. C’est un peintre de son temps et de tous les temps, il est en éveil sur les petites unités de temps, il les écoute, il les vit jusqu’à la fibre, il vit ainsi sa mort et il le dit. »

Josyane Savigneau, Le Monde du 28.06.96.

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Interviews de Francis Bacon

Francis Bacon : "Parler de peinture c’est impossible"

En avril 1975 Francis Bacon donnait une série d’entretiens à France Culture, au micro de Michel Couturier. Il évoquait longuement sa pratique de peintre. Ces entretiens, diffusés en trois parties, sont rediffusés dans leur intégralité.
Tantôt en anglais, tantôt en français, langue qu’il parlait bien, le peintre expliquait la difficulté de définir la peinture. Il disait la nécessité de représenter sans illustrer depuis l’invention de la photographie. Il évoquait la liberté dans les esquisses de Seurat et dans les autoportraits de Rembrandt.
Il expliquait pourquoi Picasso était, selon lui, le seul grand peintre surréaliste. Il analysait le style des peintures de Marcel Duchamp.
Il évoquait Mallarmé pour exprimer sa tentative de représenter les choses. Il terminait cet entretien en revenant sur le caractère solitaire et individuel de la création picturale. Il évoquait sa prochaine exposition à New York.

Crédit : France Culture

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Thierry Ardisson et Franck Maubert interviewent Francis Bacon en français sur sa peinture. Présentation de quelques uns de ses tableaux.

Bains de minuit, 1987.


Bains de minuit, 1987 (durée 8’10)

Franck Maubert est l’auteur de L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux, Conversations avec Francis Bacon.

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Ce que les critiques disent du livre de Sollers

Une étude du style

Une étude du style de ce peintre contemporain à travers une centaine d’oeuvres ici reproduites.
Services Documentaires Multimedia (SDM)

Une centrifugeuse en folie

« Les passions de Bacon », de Philippe Sollers. L’auteur est visiblement fasciné par la force, l’intelligence, l’indiscutable talent du peintre. Un texte qui fonctionne comme une centrifugeuse en folie, associant images, références, analyses et souvenirs personnels
Gallimard, 1996, 177 pages
Cité dans Le Point 06/07/96 - N°1242
Sur l’exposition de Francis Bacon au Centre Georges Pompidou en 1996

Energie, déformation, beauté

Non pas l’horreur ni le dégoût encore moins, le maître mot qui jaillit sous la plume de Philippe Sollers, quand il pense en écrivant ce texte ["Les passions de Francis Bacon"]depuis l’île de Ré, est « énergie ». Bacon, c’est de l’énergie, de l’avidité, du hasard, du jeu. C’est de la vie conçue comme une guerre farouche menée contre la mort, sans attraction morbide.

Un premier point de rencontre entre l’écrivain et le peintre est « le spectacle contre le spectacle » que le premier voit à l’oeuvre chez le second, prenant notamment appui sur la réplique du pape Innocent X devant son portrait peint par Velasquez, « trop vrai ». Cette toile, on le sait, travaillera Bacon. « Le « trop vrai » change avec les époques. Celle de Bacon, la nôtre, est soumise à une accélération de dévastation et d’inanité, déluge anesthésique d’images réprimant la possibilité de penser. il s’agira par conséquent de faire cracher la vérité à cette force d’occupation, de la frapper à la tête. Peindre la mise en étau d’une tête, son cri, son trouage, lorsqu’elle éprouve la manière dictatoriale dont elle est enfermée et broyée, voilà ce que Bacon tente. Il y va de sa liberté. »

[...]
Ainsi « cet homme qui rentre chez lui ou dans sa chambre d’hôtel, qui allume la lumière, qui baisse un store, titube sous l’emprise de l’alcool, pisse, déclenche ou éteint la télévision, s’assoit, essaie de réfléchir, prend un bain, vomit, chie ou baise, c’est le peintre, c’est n’importe qui, en train d’exister un jour de plus pour mourir ».
[...]
Aux triptyques de Bacon, Sollers accole celui-ci : énergie, déformation, beauté.

Si cette peinture est de celles qui aident l’écrivain à vivre, c’est bien parce qu’elle renforce sa « raison de vivre », quitte à mettre les points sur les i : « Il faut écrire comme la musique joue, comme la peinture peint, comme la sculpture sculpte, comme la danse danse. Ce qui veut dire : comme la parole parle et comme l’écriture, si elle est libre, écrit. » Energie, liberté, parole.

M. G.
L’Humanité
Article paru dans l’édition du 3 juillet 1996.

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1 Messages

  • Bergâme Naïma | 2 novembre 2012 - 15:22 1

    Bonjour ,

    J’espère que les Ciels.....comme vous l’écriviez,

    Pour voir s’ils ont été d’Inspiration je vais vous envoyer un Portrait de Françis Bacon.

    En 2012, j’ai commis ces Portraits d’Artistes Peintres : Mark Rothko, Wassily Kandinsky, Sonia Delaunay, David Hockney, Balthus, Marc Chagall et le dernier d’Octobre Françis Bacon. Peut-être vous enverrais-je la série complète à publier sur Pileface.

    Bien Cordialement,

    Naïma Bergâme