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1973-1981 ? Silence radio

Mais où est-il donc ?

D 21 octobre 2006     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Philippe Sollers Mode d’emploi
par Pascal Louvrier
C’est intéressant de regarder la bibliographie de Sollers : 1973 : H, 1981 : premier volume de Paradis. Entre ces deux dates, pas de livre, seulement la revue Tel Quel. Immersion. Silence radio. Comme les sous-marins, posés sur un haut-fond de sable. Disparu.

C’est long, huit ans, surtout sans aucune publication. Il faut bien vivre... Mais je vous préviens tout de suite : n’attendez pas de moi des révélations style il est entré dans un groupe terroriste pour continuer sa lutte subversive. Ou encore, il fut barman à Macao. Ou encore, il tenait un bordel à Tanger. Non, pas un mot, black-out. Moi aussi, silence radio. Na !

Vous boudez ? Vous n’êtes pas content ? Je vous l’avais pourtant annoncé dès les premières pages
[...]

Pour en savoir plus, il vous faudra guetter en direction des États-Unis. Bouquin pavé, un million de signes, arborant le bandeau suivant : Sollers secret. En lettres fluorescentes. J’imagine un travail signé par deux auteurs, pas moins, jeunes journalistes, tendance gauche, désireux de porter le coup de grâce à ce misérable catho-français-franchouillard-réac, plumitif incohérent, boursoufleux, abscons, très très con. Avec foultitude de témoignages de femmes déshonorées par ce Casanova de pissotière. Avec l’espoir d’un beau procès intenté par le monstre soi-même, pour dépasser le million d’exemplaires de livres vendus. Ensuite, direct livre de poche, traduction en vingt-cinq langues, droits d’auteur mirobolants. Le salaire de la boue, mais retraite immédiate, soleil, cocotiers, mer translucide. Merci Sollers... Pain bénit... Pain céleste... Manne des mannes ... Un conseil aux futurs requins, si je peux me permettre : faites votre coup avant « La Pléiade » car, après, c’est comme pour certains en Inde, on devient intouchable.

Bon. On va tout de même vous donner quelques renseignements. Un des rares avantages de cette fin de siècle, c’est de pouvoir changer de lieu très vite. Sollers quitte donc la France. Pas définitivement, bien sûr. Quelques voyages qui durent deux à trois semaines, parfois plus. Il se rend à New York à plusieurs reprises où il retrouve Julia Kristeva qui occupe depuis 1973 un poste de visiting professor à l’Université Columbia.
New York, droite comme un cri, violente et vertigineuse. [...]

Sollers, lui, y écrit en grande partie Paradis, entreprise ébouriffante et démesurée. Il y réalise également une série d’entretiens en octobre 1978 avec l’universitaire David Hayman, qui paraîtront trois ans plus tard chez Grasset sous le titre Vision à New York. Dans la préface du livre, Sollers avoue : « J’aime New York. J’y vivrais avec plaisir si j’en avais les moyens. Ciel ouvert, très haut ; soleil fort, coupant ; océan ; air de l’océan ; lumière qui réveille ; longueur d’onde nette. »

Pour la première fois, Sollers parle de son enfance, de sa famille, des écrivains qui l’ont influencé, de la création littéraire, en un mot de sa vie, de la vie. Oui, c’est cela, cet ouvrage est le bilan de vingt années consacrées presque entièrement à la création littéraire. Il s’agit d’une respiration, longue et profonde, avant une nouvelle course où abonderont les pièges les plus vicieux et les plus cocasses.

Durant ces huit années de gestation, on aperçoit Sollers en Italie, à Venise et à Florence notamment. Il fait paraître plusieurs articles - des « pelures » comme on dit dans le milieu journalistique. Il en écrit un sur Jean-Paul II que publie le New York Times. Dans le même temps, il lui adresse une lettre où il lui demande de le recevoir. Il joint à celle-ci son bref essai sur la nouveauté théologique chez Joyce ainsi que sa courte étude sur Duns Scot.

Pascal louvrier
Philippe Sollers Mode d’emploi
Editions du Rocher,1996.
p. 118-120.

Né en 1960, Pascal Louvrier est professeur de Lettres et vit à Paris.

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