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Céline. La genèse du « Voyage » enfin publiée

Autour d’un événement éditorial

D 19 septembre 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


La publication inédite d’un trésor de la littérature, le manuscrit du premier jet du chef-d’œuvre de Céline, "Voyage au bout de la nuit", disparu pendant 60 ans et acquis par la BNF en 2001, lève le voile sur la genèse du roman d’un des plus grands auteurs du XXe siècle.
(AFP du 17 mai 2014)

Les éditions des Saints-Pères, une maison spécialisée dans l’édition de manuscrits rares et précieux en est à l’origine. Ce trésor de la littérature française est désormais accessible aux passionnés, depuis juin. Et ce manuscrit, ce n’est pas le moindre de ses intérêts, est très différent de la version finalement publiée, celle que Céline soumettra à la NRF par une lettre où l’écrivain ne doute nullement de son talent : « C’est du pain pour un siècle entier de littérature. » y déclare-t-il.
« Cette édition du manuscrit, c’est le pain avec le beurre » commente Delfeil de Ton dans Libération. Quelle assurance étonnante pour un homme qui n’a encore jamais rien publié ! Il a alors 38 ans. Et la suite le confirmera, c’est bien un monument de la littérature du XXème siècle qui occupe encore l’actualité éditoriale de 2014 !

Que révèle ce manuscrit ?


Editions des Saints-Pères
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En lisant non pas le manuscrit, mais la version publiée, on pourrait croire que Céline a trouvé son style, au premier jet. Telle n’est pas la réalité et ce manuscrit le révèle. Le style du Voyage - la marque de l’écrivain - a été très travaillé. Céline ne cesse d’insister sur l’importance du style dans les deux entretiens exceptionnels que nous vous proposons. Ce style n’est pas encore pleinement acquis dans le manuscrit publié par les éditions des Saints-Pères.

Une édition de poids
qui a son prix

4 kg
1040 pages 25x35cm


VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT
Manuscrit

Editions des Saints Pères, 06/2014
Prix 249 €
le livre sur amazon.fr

Une fois terminée, cette version manuscrite est confiée à une dactylographe. C’est elle qui l’annote au crayon rouge. Le texte est ensuite corrigé par l’auteur. Cette reproduction du manuscrit restauré est donc bien différente de la version publiée chez Denoël en 1932 : des mots ont été changés, des phrases modifiées, des chapitres entiers remodelés, le style a évolué, Céline « abandonnant les conjonctions, privilégiant les juxtapositions », analyse Henri Godard. « Il a injecté les tics de l’oralité dans l’écrit  » pour passer «  en quelques mois du bon écrivain à l’écrivain de génie ». C’est en quelque sorte un nouveau voyage à accomplir à travers ces quelques mille pages fidèlement reproduites... nous dit M.G dans le Petit Célinien du 3 juin 2014.

Jessica Nelson, des éditions des Saints-Pères, tient à préciser que le volume « n’est pas un fac-similé » mais que chaque feuillet a été numérisé puis restauré « comme un tableau, afin que le lecteur ait l’impression, en ouvrant le livre, que Céline vient tout juste d’écrire ces pages ». Le résultat pour le lecteur est fascinant : vous y découvrirez l’écriture (lisible) de Céline à l’encre noire sur le fond blanc de feuilles vierges ou parfois à en-tête de sanatorium ou d’association d’assistance aux « tout petits », l’évolution de cette écriture plus ou moins relâchée, ses ratures, ses reprises et corrections, ses numérotations aux crayons bleus ou rouges... [1]

Ce manuscrit est vraiment le premier jet du « Voyage ». C’est ce qui en fait toute la valeur. Tout est déjà là et, en même temps, beaucoup de choses ont été remaniées ensuite par Céline : des tournures de phrases, des mots, qui deviendront plus audacieux, la narration.... Il a aussi redistribué les rôles. Ainsi, au départ, Bardamu n’est pas le narrateur, le médecin devient le carabin...", explique à l’AFP Jessica Nelson.

Le légendaire incipit "Ça a débuté comme ça" était à l’origine "ça a commencé comme ça" et c’est avec ce manuscrit que Louis-Ferdinand Destouches (1894-1961) devient Céline, un génie dont la puissance littéraire reste entachée par son antisémitisme. Il a connu la vie clandestine, la prison, l’exil, la gloire et l’opprobre [2].

Quelques réponses de l’éditrice à 20 minutes

Qui êtes-vous ? !

Jessica Nelson, cofondatrice des éditions des Saints Pères

Quel est le thème central de ce livre ?

Difficile de résumer Voyage au bout de la nuit, ce formidable « machin » (dixit Céline)... La barbarie de la guerre et la violence des hommes envers les hommes, je suppose !

Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?

Comme le disait Céline dans la lettre de présentation de son manuscrit à Gaston Gallimard, c’est une « symphonie littéraire, émotive plutôt que d’un véritable roman (...) L’intrigue est à la fois complexe et simplette. Elle appartient aussi au genre Opéra. (Ce n’est pas une référence !) C’est de la grande fresque du populisme lyrique (...) »

Qu’aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?

L’incroyable émotion que l’on ressent à parcourir ce tout premier jet du roman, sous la main de Céline (ce qui donne à la lecture quelque chose de très charnel et intime) très différent de la version publiée. On y découvre la manière que Céline avait de travailler la langue, de choisir un mot plutôt qu’un autre : c’est absolument bouleversant...

On a retrouvé le « Voyage » ou la rocambolesque histoire du manuscrit

Replongeons dans la magazine Le Point du 30 mars 2001, un article signé Albert Sebag nous conte cette incroyable histoire :

C’est arrivé comme ça. En décembre dernier[2000], Thierry Bodin connaît le plus grand moment de sa vie d’expert. Ce matin-là, son ami Pierre Berès, illustre libraire parisien, lui annonce au téléphone d’une voix malicieuse : « Je vous fais porter quelque chose... » Ce « quelque chose », c’est le manuscrit original du « Voyage au bout de la nuit », l’oeuvre majeure de Louis-Ferdinand Céline, manuscrit dont tous les spécialistes avaient perdu la trace depuis 1943.

Rappelons l’affaire : entre 1929 et 1931, Céline noircit, parfois recto verso, 876 feuillets, premier jet du « Voyage » qui aboutira à un exemplaire dactylographié, lequel donnera la version définitive du roman que Denoël et Steele publie en 1932. Quelques semaines plus tard, Céline rate le Goncourt (!) mais obtient le Renaudot. Aujourd’hui, son « Voyage », avec « La recherche » de Proust et « Ulysse » de Joyce, compte parmi les chefs-d’oeuvre inégalés de la littérature contemporaine.

Le 29 mai 1943, alors qu’il ne semble pourtant pas dans le besoin, Céline vend son manuscrit au marchand de tableaux Etienne Bignou contre 10 000 francs et un petit Renoir. Le marchand est fort mécontent : le dernier chapitre a disparu. Bignou réclame son dû. Instant littéraire abracadabrantesque : tel un enfant puni, Céline recopie alors d’une écriture allumée, éméchée, au verso du brouillon de son roman « Casse-pipe », les trente ultimes feuillets du « Voyage ». Le manuscrit est enfin complet et Bignou dépose amoureusement l’objet dans son coffre. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le collectionneur s’était empressé de se séparer de ce manuscrit sulfureux ... Et puis plus rien. Plus rien durant cinquante-cinq ans.

Jusqu’en 1999, où Pierre Berès, réputé dans l’univers du livre ancien, est contacté par un collectionneur anglais qui restera anonyme et dit posséder le manuscrit. Pierre Berès, à 87 ans, est connu pour son humour mais ne passe pas pour apprécier les plaisanteries de mauvais goût. Il patiente quelques semaines, puis de longs mois, et, en décembre 2000, doit se rendre à l’évidence : il a bel et bien sous les yeux le manuscrit autographe du « Voyage ». « C’est bien sûr l’un des grands événements de ma carrière, glisse-t-il, ému. Alors que les éditeurs ne travaillent désormais presque plus qu’avec des disquettes, ce manuscrit, énorme, est une sorte de pied de nez au monde virtuel. »


La première page du manuscrit
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876 feuillets, donc, dans un étui-boîte en peau de porc fauve. 876 feuillets biffés, raturés d’encre noire ou bleu-noir, sur du papier ministre vergé ou quadrillé, des en-tête de dispensaire et parfois, au verso, quelque vague communication médicale. Une page de titre sur laquelle Céline a inscrit : « Voyage au bout de la nuit. Seul manuscrit. LF Céline 98 Rue Lepic. » Ce « seul manuscrit » qui devrait faire exploser les enchères à Drouot-Montaigne, le 19 avril prochain, lors de la vente réalisée par l’étude Piasa.

[...]

Mais, au-delà de l’attrait bibliophilique, cette redécouverte reste un événement considérable pour tous les exégètes et les passionnés de littérature. Car cette première version ne ressemble en rien à la définitive. Tant par le style, considérablement épuré au final, que par le chapitrage ou la variation des noms propres, force est d’admettre qu’il s’agit là d’un tout nouveau roman. Si Lucette Destouches, la veuve de Céline, ne s’y oppose pas, dans quelques années une version inédite du « Voyage » verra le jour. « C’est énorme », conclurait sans doute Fabrice Luchini, qui, chaque soir, fait triompher sur les planches de la Gaîté-Montparnasse le texte de ce diable d’écrivain.

Albert Sebag

Epilogue :
Le manuscrit est mis aux enchères le 15 mai 2001 à Drouot. Les offres sont nombreuses et atteignent des montants faramineux. Mais la BNF fait jouer son droit de préemption et l’obtient pour 1,67 million d’euros (12 millions de francs) - un record mondial qui sera battu quelques mois plus tard par le rouleau de Sur la route de Jack Kerouac. Et aujourd’hui, le manuscrit que la BnF conservait précieusement dans ses coffres en est ressorti pour cette publication prestigieuse des Editions des Saints Pères. Vous pourrez enfin vous promener dans les coulisses de l’écriture célinienne et faire mille trouvailles... Ainsi, sur telle page, on tombe sur cette phrase de Céline, raturée puis corrigée, qui devient sous nos yeux la célèbre sentence : "L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches..."


Céline devant sa maison de Meudon
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Deux entretiens exceptionnels

Le premier avec Francine Bloch, date de 1959. Francine Bloch réalisa de la fin des années 1950 au début des années 1980 des entretiens de qualité de personnalités littéraires, artistiques ou du monde de la musique pour la phonothèque nationale. Elle a de l’empathie pour l’écrivain, lu toute son œuvre et a réalisé là, son entretien le plus célèbre. ( crédit : www.lepetitcelinien.com)
Le deuxième entretien date de 1961. Il est conduit aussi par une personnalité éminente, Louis Pauwel. Lui, pratique un entretien plus distancié par rapport à l’écrivain et l’homme, mais c’est le même objectif : révéler la vérité du génie littéraire de Louis-Ferdinand Céline

*

1961. Louis Pauwels interviewe Céline. Lien sur document INA

Long entretien de Louis Ferdinand CELINE à son domicile de Meudon. Céline présente son bureau et répond aux questions de Louis PAUWELS. - Très agité, l’écrivain décline son état civil, parle de ses parents, de son enfance et de ses études. Il dénigre avec virulence la publicité et "les gens qui ne foutent rien" et donne des réponses agressives aux questions posées : la joie, Dieu, les autres, l’avenir, les écrivains, sa dernière pensée avant la mort...

Lettre de Céline de soumission du Voyage à la NRF

Le [peu avant le 14 avril 1932] Mons[ieur],

Je vous remets mon manuscrit du « Voyage au bout de la nuit » (5 ans de boulot).

Je vous serais particulièrement obligé de me faire savoir le plus tôt possible si vous êtes désireux de l’éditer et dans quelles conditions.

*

Vous me demandez de vous donner un résumé de ce livre. C’est un bizarre effort en vérité auquel vous me soumettez et jamais je n’y avais encore songe [3]. C’est le moment me direz-vous. Je ne sais trop pourquoi mais je m’y sens tout à fait inhabile. (Un peu l’impression des plongeurs au cinéma qu’on voit rejaillir de l’eau jusqu’à l’estacade... ) Je vais m’y essayer toutefois, mais sans manières. Je ne crois pas que mon résumé vous donnera grand goût pour l’ouvrage.

*

En fait ce « Voyage au Bout de la nuit » est un récit romancé, dans une forme assez singulière et dont je ne vois pas beaucoup d’exemples dans la littérature en général. Je ne l’ai pas voulu ainsi. C’est ainsi. Il s’agit d’une manière de symphonie littéraire, émotive plutôt que d’un véritable roman. L’écueil du genre c’est l’ennui. Je ne crois pas que mon machin soit ennuyeux. Au point de vue émotif ce récit est assez voisin de ce qu’on obtient ou devrait obtenir avec de la musique [4]. Cela se tient sans cesse aux confins des émotions et des mots, des représentations pieuses, sauf aux moments d’accents, eux impitoyablement précis.
D’où quantité de diversions qui entrent peu à peu dans le thème et le font chanter finalement comme en composition musicale. Tout cela demeure fort prétentieux et mieux que ridicule si le travail est raté. A vous d’en juger. Pour moi c’est réussi. C’est ainsi que je sens les gens et les choses. Tant pis pour eux.

*

L’intrigue est à la fois complexe et simplette. Elle appartient aussi au genre Opéra. (Ce n’est pas une référence !) C’est de la grande fresque du populisme lyrique, du communisme avec une âme, coquin donc, vivant.

*

Le récit commence Place Clichy, au début de la guerre, et finit quinze ans plus tard à la fête de Clichy. 700 pages [5] de voyages à travers le monde, les hommes et la nuit, et l’amour, l’amour surtout que je traque, abîme, et qui ressort de là, pénible, dégonflé, vaincu... Du crime, du délire, du dostoïevskysme, il y a de tout dans mon machin, pour s’instruire et pour s’amuser.

*
Les faits.

Robinson mon ami, vaguement ouvrier, part à la guerre, Ge pense la guerre à sa place) [6] il se défile des batailles on ne sait trop comment... Il passe en Afrique Tropicale... puis en Amérique... descriptions... descriptions... sensations... Partout, toujours il n’est pas à son aise (romantisme, mal du xxie siècle ) Il revient en France, vaseux... Il en [a] marre de voyager, d’être exploité partout et de crever d’inhibitions et de faim. C’est un prolétaire moderne. Il va se décider à estourbir une vieille dame pour une fois pour toutes posséder un petit capital, c’est-à-dire un début de liberté. Il la rate la vieille dame une première fois. Il se blesse. Il s’aveugle temporairement. Comme la famille de la vieille dame était de mèche, on les envoie ensemble dans le midi pour éteindre l’affaire. C’est même la vieille qui le soigne à présent. Ils font dans le midi ensemble un drôle de commerce. Ils montrent des momies dans une cave (Ça rapporte). Robinson recommence à voir clair. Il se fiance aussi avec une jeune fille de Toulouse. Il va tomber dans la vie régulière. Pour que la vie soye tout à fait régulière il faut encore un petit capital. Alors cette fois encore l’idée lui revient de buter la vieille dame. Et cette fois il ne la rate pas. Elle est bien morte. Ils vont donc hériter lui et sa future femme. C’est le bonheur bourgeois qui s’annonce. Mais quelque chose le retient de s’installer dans le bonheur bourgeois, dans l’amour et la sécurité matérielle. Quelque chose ! Ah ! Ah ! C’est tout le roman ce quelque chose ! Attention ! Il fuit sa fiancée et le bonheur. Elle le relance. Elle lui fait des scènes, scènes sur scènes. Des scènes de jalousie. Elle est la femme de toujours devant un homme nouveau... Elle le tue...

*

Tout cela est parfaitement amené. Je ne voudrais pour rien au monde que ce sujet me soye soufflé. C’est du pain pour un siècle entier de littérature. C’est le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil pour l’Heureux éditeur qui saura retenir cette oeuvre sans pareil [7]l, ce moment capital de la nature humaine...

Avec mes meilleurs sentiments

Louis Destouches

*

Extrait de :

Louis-Ferdinand Céline
Lettres à la NRF 1931-1961,
Préface de Philippe Sollers [8]
Gallimard, 1991.

Nota : Dans sa préface, Sollers nous indique le sort de cette lettre de Céline : « son manuscrit est jugé au comité de lecture de la N.R.F. le 24 juin 1932 » avec le commentaire suivant : « Roman communiste contenant des épisodes de guerre très bien racontés. écrit en français argotique un peu exaspérant, mais en général avec beaucoup de verve. Serait à élaguer. » et de préciser : « Rendez-vous manqué (et non pas refus, comme on le croit communément), Céline veut bien prendre connaissance des « objections  », mais il signe avec Robert Denoël, plus rapide : « Je n’ai rien à dire de la N.R.F... J’ai bien failli " en être ".,. à une demi-heure près... » (1947). »

Rendez-vous manqué (et non pas refus, comme on le croit communément), Céline veut bien prendre connaissance des « objections  », mais il signe avec Robert Denoël, plus rapide : « Je n’ai rien à dire de la N.R.F... J’ai bien failli " en être ".,. à une demi-heure près... » (1947).

Edition illustrée du « Voyage » (édition de 1935)

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édition illustrée de 1935, en 2 vol. (le Voyage est de 1932)<BR>

Crédit : Archives D. Brouttelande


Deux regards sur Céline

Celui de Philippe Sollers et de Henri Godard, spécialiste de Céline.

Le Céline de Philippe Sollers

4eme de couverture

« Je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre ou de Nord, en 1957 et 1960. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’ oeuvre de Céline n’a pas cessé. Malgré sa réputation d’infréquentable, alors que son biologisme - ainsi qu’il faudrait définir son racisme - me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance.
Je sais que cela prendra encore un siècle ou deux, mais il faut débarrasser Céline de ses oripeaux de fou vociférant et, cela va de soi, de son antisémitisme. L’image qui prédominera alors sera celle d’un Céline enfantin. Car c’est sans doute ainsi qu’il faut le voir : un enfant innocent perdu dans un monde coupable. »

Ph. S.

De son premier article consacré au « rire de Céline » dans les Cahiers de l’Herne (1963) aux Voyageurs du Temps (2009) dont il est un des passagers, Philippe Sollers n’a cessé d’affirmer sa fidélité au « bouc émissaire ». Ce volume regroupe l’ensemble des textes qu’il a consacrés à l’humour de Céline, à son « rendu émotif interne », à sa lutte avec le démon et à la « trilogie allemande », part la plus révolutionnaire de son oeuvre.

Le livre sur amazon

Le livre sur pileface

*

Le Céline de Henri Godard

Céline

Collection NRF Biographies, Gallimard, 2011

608 pages + 32 p. hors texte, 55 ill., sous couverture illustrée, 155 x 225 mm

Présentation de l’éditeur

Depuis sa mort, voici un demi-siècle, la stature de Céline n’a cessé de croître : qu’on le veuille ou non, il est un des auteurs majeurs du XXe siècle, un des plus lus, des plus commentés et assurément des plus disputés. Céline a inventé une manière entièrement nouvelle d’écrire le français. Son Voyage au bout de la nuit a été ressenti comme un choc, comme une révolution dans la manière de dire par le roman l’expérience humaine. C’est son œuvre de polémiste qui devait plus tard lui aliéner durablement nombre de lecteurs. Mais peut-on vraiment dissocier le génie de l’écrivain des violences de l’homme ? Pour Henri Godard les deux sont inséparables.
Cette biographie se propose précisément de retracer le chemin de la vie à l’œuvre, tout comme elle s’efforce de pénétrer le secret de cette existence à l’épreuve du travail de l’écriture. Elle part à la découverte des vérités contradictoires de Céline, que restitue par fragments, de l’enfance à la mort, une abondante correspondance récemment réunie. C’est un portrait souvent inattendu qui se dessine peu à peu : de l’enfant sage et affectionné du passage Choiseul au reclus de Meudon, en passant par le jeune commis de boutique, le cuirassier à jamais marqué par la guerre, le médecin des quartiers pauvres, l’antisémite furieux, le prisonnier de Copenhague... mais aussi l’amoureux de la mer et des ports, le copain qui adore parler sexe, enfin, le plus méconnu, l’homme qui mit le corps féminin et la danse au centre de sa vie.
Au fil des pages et des années, c’est une figure plus intime, plus complexe, plus déchirée aussi, que découvre le lecteur. Cet itinéraire hors du commun échappe décidément aux simplifications péremptoires.

A propos de Henri Godard

Docteur ès lettres, Henri Godard est professeur émérite de l’Université de Paris-Sorbonne, après avoir enseigné la littérature française du XXe siècle aux universités de Paris VII-Denis Diderot, ainsi qu’à Harvard et à Stanford aux États-Unis. Il a réalisé dans la Bibliothèque de la Pléiade l’édition des romans de Louis-Ferdinand Céline et est l’auteur d’essais sur Malraux, Queneau, Giono et Guilloux.

Il est considéré comme l’un des principaux spécialistes de l’écrivain. Lors des commémorations du cinquantenaire de la mort de Céline, il fut chargé par le Ministère de la Culture d’écrire la notice accompagnant les événements officiels avant que ne soit décidé d’exclure Céline de la liste des célébrations nationales. [9]

*

Quoi lire de Céline ?

Henri Godard : Au commencement, il y a ce qu’il nomme un « coup de foudre » : la lecture, à sa parution, en 1957, de D’un château l’autre. La littérature devient soudain autre chose que de la littérature : une aventure, une plongée dans des mondes inconnus, la découverte d’horizons nouveaux pour la langue et la pensée. Le jeune homme en sort « étourdi », pris de « vertige ». Il a 20 ans. Il lit tous les romans disponibles, et l’émerveillement ne cesse de croître.
« Et puis, j’ai découvert Bagatelles pour un massacre, poursuit-il. Ça a été une expérience très dure. Je connais des gens qui considèrent que les pamphlets sont un faux pas, que tout le monde peut écrire des conneries, qu’il n’y a pas de grandes œuvres sans déchet. Alors, ils passent. Moi, je ne passe pas. A ce moment-là, j’ai été au bord de le rejeter totalement. Je ne voulais plus avoir affaire à quelqu’un qui avait écrit des textes aussi dégueulasses. Mais je lui ai laissé une chance : j’ai relu Mort à crédit. Et ça a tenu. Mon enthousiasme était intact. »

Philippe Sollers : « On "bloque" surtout Céline dans la période d’avant- guerre et de guerre, et il est très rare de rencontrer quelqu’un qui ait lu les livres à proprement parler admirables qu’il a écrits par la suite. Je pense à Féerie pour une autre fois, D’un château l’autre, Nord ou Rigodon. Il y a très peu d’écrivains, d’intellectuels qui aient lu ces grands chefs-d’ oeuvre dans lesquels il a complètement renouvelé, et en profondeur, non seulement sa vision des choses mais son art littéraire. Ce sont de grands livres. Et l’un des plus grands, que je ne peux pas relire sans mourir de rire toutes les trente secondes, car il relève d’un génie comique considérable, est Entretiens avec le professeur Y. »

Philippe Sollers

Le Magazine des Livres/Relire Céline, N°18, juillet/août 2009 /


[1M.G., Le Petit Célinien, 3 juin 2014

[2Crédit : AFP

[3Il n’est plus courant de demander à un auteur un résumé et la prière d’insérer de son texte avant de l’avoir accepté. Cela permettait de répondre aussitôt s’il s’agissait d’un genre que la maison ne publiait pas.

[4Déjà la petite musique qui deviendra un thème récurrent chez Céline.

[5Céline donne ici une indication sur le nombre de pages définitif de la dactylographie de son roman qui n’est pas connue. Le seul manuscrit retrouvé, première dactylographie abondamment corrigée, fait près de 900 pages.

[6Dans la première version du manuscrit les propos des personnages de Bardamu et de Robinson sont inversés (voir l’édition de cette première version, Louis-Ferdinand Céline, Une Version initiale du premier chapitre de Voyage au bout de la nuit, Balbec, 1987).

[7On sait comment Céline ratera le Goncourt huit mois plus tard ! Si Gallimard l’avait publié, il l’aurait sans doute obtenu.

[8manquante dans le Céline que vient de publier Sollers. Bientôt sur vos écrans !

[9crédit Wikipedia

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