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Jazz

D 5 juin 2014     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Marc Lambron : « Je pense depuis longtemps que la littérature est un art subordonné à la musique, que je place tout en haut. Donc on peut y trouver des métaphores, des façons de faire, des stimulants, une inspiration. La tonalité, les attaques, les modulations, les variations, l’échappée et l’improvisation... »

Rencontre avec un écrivain amateur de jazz,

Marc LAMBRON.

6 juin 2014 : ajout « Quand le jazz débarque »

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Photomontage pileface
(Photo JF PAGA - Grasset)

Propos recueillis par Franck MEDIONI, pour la revue « Improjazz »
également publiés dans L’Infini N° 127, Eté 2014.

VOTRE REGARD SUR LE JAZZ ACTUEL ?

Le jazz va avec l’histoire du XXème siècle, c’est-à-dire une époque où la notion de génération, et même de demi-génération, est devenue extrêmement prégnante. On a commencé à écouter la musique du moment, les hits, à travers la radio ou les microsillons, avec les dernières nouveautés, tout ce qui vous rendait « hip », contemporain de vous-même. Désormais, on peut assez précisément faire une coupe histologique d’un individu à travers les musiques qu’il aura écoutées au long de son existence. Il faut y ajouter le fait d’être français, ce qui n’est pas rien quand on parle de jazz. Pourquoi ce pays a-t-il été, entre tous, bien avant d’autres contrées de jazz - je pense aux Nordiques, aux Tchèques, aux Japonais - celui qui capte, archive, reflète, relance même cette affaire de live, de groove ? A mon avis, cela se relie à Paris, capitale du XXème siècle, comme le disait Walter Benjamin. L’art nègre relayé par le cubisme. La musique de Stravinski, Ravel ou Satie. Un certain pittoresque black propre à une puissance coloniale africaine. L’importance de la Revue Nègre, de Joséphine Baker. L’adoption du jazz par les élites artistiques - Cocteau jouant de la batterie dans le jazz band du Bœuf sur le Toit. On pourrait continuer longtemps, en passant par Jean Wiener, le jazz manouche de Django, les disques de Saint-Germain-des-Prés après 1945, le festival de Juan-les-Pins. Un écrivain comme Boris Vian était aussi trompettiste de jazz, ce n’est tout de même pas fréquent dans la littérature mondiale. Et vous avez même des types assez sérieux, comme André Hodeir, qui ont pris le jazz comme une histoire, à l’époque où André Bazin faisait la même chose avec le cinéma américain. D’ailleurs, lesCahiers du Cinémavont suivre, élevant Hitchcock du statut d’honnête façonnier d’Hollywood à celui de grand cinéaste. C’est très français, cette façon de dignifier des arts nouveaux à partir d’un socle de perception fondamentalement littéraire. Ce qui aboutit à Miles Davis enregistrant pour Louis Malle la musique d’un film scénarisé par Roger Nimier,Ascenseur pour l’échafaud,avec notamment Urtreger et Michelot, des musiciens français, ce qui est assez unique quand on envisage la carrière de Miles. Bref, le terreau français du jazz a été extrêmement riche, voyez aussi l’importance chez nous d’un Sidney Bechet, on n’a aucune raison de se flageller là-dessus. Mais je reviens à cette affaire de génération. Si j’avais eu 15 ans en 1962, j’aurais été imbibé de jazz. C’est la musique de la Nouvelle Vague, on a des bandes-sons des Jazz Messengers, de Martial Solal, de Miles Davis, avec un glissement de terrain en cours : Godard sonorise A bout de souffle avec du jazz, mais il va tourner un peu plus tard One plus One avec les Rolling Stones. Moi, je suis né à la musique dans ce glissement. J’avais 15 ans en 1972, pas en 1962. Donc, la sonorité dominante, c’est alors le rock. Il m’en reste le souvenir assez exaltant d’avoir été contemporain d’une musique en train de se faire. Dans ma ville de Lyon, j’ai vu les Pink Floyd, Led Zeppelin ou les Stones, et l’excitation était là. Le jazz, c’était autre chose. Deux choses, en fait. Le free jazz, très relayé par des journaux comme Charlie Hebdo ou Actuel, allait avec une pétition politique intense, le côté Black Power, le côté Carles et Comolli, si je peux dire. A côté de ça, il y avait le jazz-rock, une mode, une tentative de crossover. Ce qui fait que les premiers musiciens de jazz que j’ai vus en scène, autour de 1974, c’était Weather Report. Des enfants de Miles, Wayne Shorter et Joe Zawinul, qui produisaient une musique un peu adultérée. Weather Report, c’est ce qui reste de Bitches Brew quand on enlève Miles, et c’est beaucoup moins bien...

VOUS AVEZ PRATIQUÉ UN INSTRUMENT ?

J’ai fait huit ans de Conservatoire à Lyon, apprenant la flûte traversière. Une éducation assez frustrante, beaucoup trop de solfège, avec cette intention manifeste des professeurs, qui était de détecter de futurs musiciens professionnels, des gens qui joueraient dans un orchestre symphonique. La flûte n’est pas vraiment un instrument-roi, mais plutôt un charmant pipeau pastoral, un tuyau d’églogue. On joue des petites choses de Telemann, Pepusch ou Debussy, mais il n’y a pas des flûtistes de concert comme il existe des pianistes de concert. Et il faut des années d’apprentissage avant d’accéder au plaisir de l’ensemble, de jouer en sextuor ou en octuor. Je l’ai à peine fait, et sans grand plaisir. Evidemment, j’aurais pu cannibaliser ma technique pour aller vers le jazz, où la flûte n’est pas non plus un instrument-roi. Il y a Herbie Mann, quelques musiciens de bossa-nova, mais ce n’est pas très substantiel. A la place de cela, je me retrouve vers 16 ans batteur dans un groupe de lycée, de manière absolument empirique. On jouait du rock-blues dans une cave, un trio guitare-basse-batterie avec parfois un chanteur, l’épure Rolling Stones pour boutonneux se déboutonnant. Le seul qui avait du talent était le guitariste, Michel Kalfon, qui a été plus tard le guitariste éphémère d’un groupe de New Wave lyonnais, Electric Callas. Le truc intéressant avec Michel, c’est qu’il est parti de bases rock pour remonter dans le temps et tomber sur le jazz. C’est le premier copain qui m’a parlé de Charlie Christian, par exemple, le pionnier de l’électrification des guitares. Et c’est assez emblématique de ma génération : on accédait au jazz par remontée, en partant du rock pour retrouver sa généalogie, le blues, le jazz, Fats Domino et Django Reinhardt.

[...]

LA MUSIQUE, LE JAZZ A-T-IL UN IMPACT SUR VOTRE ÉCRITURE ?

Je pense depuis longtemps que la littérature est un art subordonné à la musique, que je place tout en haut. Donc on peut y trouver des métaphores, des façons de faire, des stimulants, une inspiration. La tonalité, les attaques, les modulations, les variations, l’échappée et l’improvisation, le scat, on peut parfois avoir l’impression physique de swinguer en écrivant, et de deux façons au moins. Si vous écrivez à la main sur du papier, la plume glisse, c’est comme un archet qui caresse la corde, vous êtes Dave Holland jouant de la contrebasse. Si vous tapez directement sur un clavier, vous êtes un pianiste, d’ailleurs le mot « clavier » est le même, c’est plus percussif, vous êtes Cecil Taylor devant son piano. Le glissé et le percussif, l’archet et le clavier, ce sont deux métaphores qui me viennent souvent à l’esprit quand j’écris. L’écriture est aussi une façon de chercher la grâce, de prendre un solo pour voir jusqu’où ça décolle. Et puis, au-delà de leur musique, c’est la biographie des jazzmen eux-mêmes qui peut être édifiante, comme une source d’inspiration. L’existence de certains musiciens, et pas seulement de jazz, est éclairante quand votre vie dure. Hendrix ou Joplin sont morts à 27 ans, mais Miles Davis beaucoup plus tard. Des bluesmen tels que BB King ou Buddy Guy sont encore là. Leur biographie, c’est la vie des saints, ils sont aussi des maîtres en littérature : le travail, la phrase habitée, les chutes de régime et les retours en grâce, l’espoir et la colère, la considération des anciens et l’acceptation du temps, l’orgueil et l’humilité, la conviction qu’une vie doit être signée. Au fond, tout artiste est un Orphée, mû par l’inlassable errance à la recherche d’une Eurydice sans nom. La lyre est première.

ÉCOUTEZ-VOUS DE LA MUSIQUE EN ÉCRIVANT ?

Oui, comme je vous l’ai indiqué à propos de « L’œil du silence », j’ai mes propres bandes originales, si je peux dire, au moment de l’écriture. Puisque j’ai été enclin à trousser des romans historiquement situés, je sais très bien quelles musiques j’écoutais pendant la rédaction de tel livre. C’est un rite propitiatoire, une recherche un peu derviche de l’enivrement en spirale. « L’Impromptu de Madrid », roman sur la movida madrilène, a été écrit avec ce qu’il fallait de flamencos, de mambos langoureux et de rock espagnol. Quand je me risque à une intrigue d’espionnage située à Vichy pendant l’Occupation, pour un roman intitulé « 1941 », ma chaîne stéréo accueille en mono les chansons de Suzy Solidor, Léo Marjane ou Rina Ketty. J’ai aussi écrit un roman sur les années 1960, « Étrangers dans la nuit », qui se déroule entre la dolce vita romaine et la Factory warholienne, pour s’achever sur une ligne de front au Vietnam. Donc, là, c’était Nino Rota et le Velvet Underground, les Doors et le Jefferson Airplane. J’ai aussi une grande prédilection pour les BO, les « soundtracks », les musiques de films, mais ce serait le sujet d’un autre entretien. Il y a beaucoup à dire sur Max Steiner et Erich Korngold, sur Michel Legrand et Georges Delerue, sur John Barry et Garo Barbieri, et sur le plus grand de tous, Bernard Herrmann. Mais c’est une autre histoire. Encore que, Duke Ellington qui apparaît brièvement dans « Anatomie d’un meurtre », film de Preminger dont il a écrit la musique, c’est encore du jazz ...

COMMENT VOYEZ-VOUS LA RELATION ENTRE JAZZ ET LITTÉRATURE ?

Je crois que j’ai un peu répondu plus haut. En ajoutant que, aujourd’hui, on perçoit forcément cette relation comme historique, parce qu’elle a déjà un passé. Céline disait que Paul Morand avait introduit le jazz en littérature. C’était en 1922, et cela se passait en France, une approche fractale, lyrique, érotisée de la phrase. Les « flappers » de Scott Fitzgerald dansaient le shimmy et le cakewalk au son d’orchestres avec trombonistes en tuxedo. Henry Miller, Américain de Paris et des Cyclades, planait comme un anticipateur des beatniks sur un jazz qu’il entendait à la façon d’une musique d’Orient. Sartre, dans « La Nausée », fait tourner le récit autour de la lancinance d’un blues jazzé, « Some of These Days ». On sait aussi ce que la Beat Generation doit au jazz, Kerouac a écrit « Sur la route » dans les fumées dubop, comme un musicien qui tourne de ville en ville, comme un bluesman sur le « Chirlin circuit », ce réseau de salles qui accueillait uniquement des musiciens noirs pour un public qui l’était aussi. Et le grand poème de Ginsberg, « Howl », résonne tel un hymne coltranien, une colère transformée en approbation stellaire du réel. On ne peut pas lire Chester Himes sans entendre les saxophones profonds de Harlem. Et il y a toute une littérature de série B, notamment policière, celle des « pulp fictions » et des serials adaptés en noir et blanc, qui va avec le jazz, pour être parfois transcendée au cinéma. Regardez Orson Welles quand il tourne « La soif du mal », il va chercher Henry Mancini qui lui écrit, en bon faiseur, une musique extrêmement jazzifiée. Welles est un cinéaste littéraire, il peut adapter Shakespeare ou Kafka, mais il sent aussi qu’il faut du jazz pour accompagner ses images.

QUELS MUSICIENS DE JAZZ ACTUELS SUIVEZ-VOUS TOUT PARTICULIÈREMENT ?

Là, je vais me cantonner au seul que je connaisse personnellement, avec lequel j’ai des liens particuliers. J’ai connu Laurent de Wilde vers 1980, à l’École normale supérieure, section littéraire, où nous étions tous les deux élèves. On le surnommait « Zonzon », il ne rêvait que de clavier. Laurent va alors trouver le directeur qui lui dit : « On a trop de candidats à l’agrégation, vous feriez mieux de suivre votre penchant et d’aller étudier le jazz à New York ». Althusser et Derrida enseignaient encore à l’École, mais la direction encourageait Zonzon à imiter Erroll Garner. La rue d’Ulm lui a donné son exeat, bonne chance pour devenir un émule d’Oscar Peterson ! C’est ce qu’il a fait, avec la carrière que l’on sait. On se voit de temps en temps. La dernière fois, à l’automne 2013, on a déjeuné au Train bleu de la gare de Lyon et je l’ai accompagné sur le quai. Zonzon allait à Lyon pour deux sets avec Benny Golson. J’ai cru rêver. Le jeune quinquagénaire Laurent de Wilde accompagnait cette légende octogénaire qu’est Benny Golson. C’est aussi ça, le jazz, désormais, des générations différentes qui peuvent se retrouver sur la même scène. Mais c’est le même idiome, si vous écoutez la version de « You’ve Changed » sur l’album « The Back Burner », vous pouvez croire que les doigts de Teddy Wilson maraboutent les mains de mon ami Zonzon.

VOTRE REGARD SUR LE JAZZ ACTUEL ?

À vrai dire, j’ai dévissé de la nouveauté. On peut se tromper, mais je ne pense pas qu’il y ait en ce moment un Charlie Parker, ou un inventeur du jazz modal, ou un trompettiste qui avance vers son « In a Silent Way ». Mes rapports avec le jazz actuel sont plutôt patrimoniaux, il y a de fantastiques rééditions avec des « bonus tracks », des inédits, des choses que l’on croyait connues peuvent se revisiter archéologiquement. Du présent, j’aime l’agrément des voix jeunes qui adoptent cette musique pour ne pas la rendre tout à fait historique, le dialogue des époques. Diana Krall qui va chercher Claus Ogerman pour les arrangements de l’album « Quiet Nights », un clin d’œil à Sinatra dans son époque Jobim. Ou bien Madeleine Peyroux qui regarde tellement du côté de Billie Holiday. Avec une tendresse particulière pour la douceur de Charlie Haden, des albums comme « Nocturne » ou « The Art of the Song » sont des joyaux pour les aurores. J’aime moins les stridences, je vais vers le calme, un certain dénuement lumineux. Le jazz désormais ressemble pour moi à cette phrase de Rimbaud : « J’ai embrassé l’aube d’été ». Voilà.

Propos recueillis par Franck Médioni, « Improjazz »

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Miles Davis. In a Silent Way, New Blues LIVE STUTTGART ´88 [HQ]

Diana Krall, Claus Ogerman, Quiet Nights

Madeleine Peyroux, Careless Love

Quand le jazz débarque...

Nous publions cet article, alors que les radios et télévisions évoquent les commémorations du débarquement du 6 juin 1944, et que Jazz Magazine / Jazzman de juin 2014 titre « Quand le Jazz débarque ».
_Frank Bergerot y retrace l’arrivée du jazz en Europe, son acclimatation entre les deux guerres,
et son rôle particulier au cœur de la deuxième guerre mondiale entre musique et politique : comment la guerre s’inscrit à cette époque dans l’histoire de cette musique, et comment le jazz lui-même entre dans la danse, entre mobilisation et propagande.

Car il faut convaincre les Américains de s’engager dans la bataille, et pour cela tous les moyens sont bons ! Les chansons évoquent la conscription, les pasteurs prêchent contre le personnage d’Adolf Hitler, les groupes vocaux chantent la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941 ou le traumatisme de Pearl Harbor en décembre de la même année. Les musiciens noirs profitent de ce climat patriotique pour glisser un message subliminal dans leur participation à la recherche de la victoire, en songeant à un autre combat, celui des droits civiques, encore loin d’être gagné en ces temps de ségrégation. Les plus grands jazzmen se prêtent au jeu de l’effort de guerre, tel Duke Ellington, et se voient programmés dans des émissions de radio spécialement dédiées aux troupes alliées. Même le D-Day, le jour du débarquement, n’échappe pas à la mise en musique, et l’on retrouve bientôt Glenn Miller à la tête de son orchestre militaire, au service de son camp, à Londres, tandis que le guitariste Django Reinhardt croise le fer avec les formations américaines de passage à Paris, après la capitulation allemande en mai 1945.

Crédit : France musique / Le matin des musiciens du mardi animé par Arnaud Merlin « Quand le jazz débarque (2/2). Avec Franck Bergerot »

jazzmagazine numéro de juin 2014

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Le Débarquement en Normandie du 6 Juin 1944
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« American patrol » by Glenn Miller

Glenn Miller LIVE - "In The Mood" - ’41 - HQ

Ce morceau faisait partie du générique musical des commémorations du 70ème anniversaire du débarquement à Ouistreham le 6 juin 2014.


ZOOM... : Cliquez l’image.

Nota : La photo a été prise en août 1944 sur un terrain d’aviation anglais. Le sergent Bobby Nichols prend un solo pendant un concert de l’American Band of the Allied Expeditionary Force, dirigé par Glenn Miller devenu Commandant.
Crédit : Jazz Magazine / Jazzman, juin 2014.

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Sollers et le jazz

« Jamais je ne me pardonnerai de ne pas être musicien. »
Philippe Sollers,
Une curieuse solitude, (1958)

Ainsi, dès son premier roman, cette confidence témoigne en creux, du rapport consubstantiel que Sollers entretient avec la musique : celle des musiciens, celle de la voix... comme celle des mots, de l’écriture et de la vie...
Et Sollers de citer le mot de Nietzsche : « Sans la musique, la vie serait une erreur ».

Sur Sollers et le jazz , l’objet de notre focus particulier du jour, voir l’article de référence composé par A.G. On y trouve un entretien essentiel de Ph. Sollers avec J-L Houdebine et G. Bourgadier (décembre 1978) avec cette phrase sur le jazz et l’écriture : « Le jazz a été déterminant dans ma décision d’écrire... ça a été décisif en ceci que j’ai commencé par vouloir être musicien de jazz. »

Plus ici.

On peut aussi consulter l’article « Jazzistiques avec Ph. Sollers ».

Sollers et la voix

Ph. Sollers est particulièrement sensible à la voix, le premier instrument de musique de l’homme, que ce soient des voix du jazz avec Billie Holiday ou du lyrique avec Cécilia Bartoli...

Extrait d’un entretien avec Cécila Bartoli :

Ph. S.- Contrairement à ce que tout le monde dit, je crois que le corps est dans la voix, pas l’inverse.

C. B.- Hé ! hé ! (On la voit réfléchir.) C’est intéressant, ça ouvre des perspectives auxquelles je n’avais pas pensé.

Ph. S.- La voix a l’air de sortir du corps. Là, vous parlez, je parle. On va nous photographier, on ne pourra jamais prouver que notre corps est dans notre voix.Et pourtant... La manière dont on parle nous révèle intimement. J’écoute beaucoup, pas seulement de la musique, mais la façon dont les gens parlent comment ils disent autre chose que ce qu’ils croient dire, comment ils mentent, comment ils se défendent. J’écoute leurs mots, mais aussi leur musique, et si ça sonne juste ou faux. Ce qui est très étonnant, c’est que vous pensez qu’il y aurait eu, pendant tout le XIXe siècle, un empêchement à cette liberté des rapports entre les mots, la musique et la voix.

Propos recueillis par Patricia Boyer de Latour dans Madame Figaro du 18 Novembre 2000

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2 Messages

  • V. K. | 6 juin 2014 - 12:37 1

    Ajout de la section « Quand le jazz débarque ». En ce 70ème anniversaire du 6 juin 1944, comment ne pas se souvenir du rôle particulier joué par le jazz au cœur même de la deuxième guerre mondiale. Jazz Magazine / Jazzman de juin 2014 en a fait son titre. Plus ici.


  • A.G. | 6 juin 2014 - 11:16 2

    Le goût. En lisant cet entretien de Marc Lambron, ses références musicales, littéraires ou cinématographiques, une phrase de Ducasse me vient spontanément à l’esprit : « Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres qualités. C’est le nec plus ultra de l’intelligence. Ce n’est que par lui seul que le génie est la santé suprême et l’équilibre de toutes les facultés. » (Poésie I)