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La Chine dans l’ombre de Mao

Témoignages de Sollers, Kristeva et Pleynet sur le « voyage en Chine » du groupe Tel Quel

D 29 août 2013     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Retour sur la Chine et son histoire récente sur France Culture du 26 au 30 août. La radio ouvre ses archives et celles de l’INA, confronte les points de vue, tente de décrypter la réalité chinoise sous la mythologie, les slogans, les dogmes. Cela donne des émissions passionnantes, souvent contradictoires, pas toujours exemptes de cette bonne conscience occidentale (nous, on a la démocratie et les droits de l’homme [1]), où la grille de lecture implicite est celle proposée par les essais de Simon Leys, minoritaire il y a 40 ans, désormais dominante et reprise par la majorité des « spécialistes de la Chine ». Le principal intérêt reste la parole donnée à des Chinois d’hier et d’aujourd’hui dont la variété d’opinions montre qu’ils ne sont pas ces moutons qu’une sinophobie tenace et ignorante aime parfois nous présenter.

S’il passe outre la suffisance de ceux qui, 40 ans après, « savent » (de leur savoir universitaire rétrospectif), le lecteur de Pileface écoutera avec intérêt les témoignages de Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet sur le fameux « voyage en Chine » du groupe Tel Quel au printemps 1974 sur lequel j’ai eu l’occasion de revenir dans de nombreux articles. C’est dans l’émission du 28 août.

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La Place Tian’anmen à Pékin.

Grande traversée : L’ombre de Mao [2]

par Alain Lewkowicz

Sur France Culture, du lundi 26 au vendredi 30 août 2013, de 9h à 12h.

Archives, documentaires, débat.

Alors que la Chine s’apprête à célébrer le 120ème anniversaire de la naissance de Mao Zedong, une sorte de nostalgie semble s’être emparée du pays à l’égard du Grand Timonier.
Apparu dans les années 90, le renouveau maoïste est d’abord un phénomène de mémoire collective. Face à l’intensification des réformes économiques, des centaines de millions de Chinois désoeuvrés regrettent ouvertement l’époque de l’emploi garanti, de la sécurité sociale et de l’école gratuite. Le « voyage rouge » est à la mode : les touristes affluents à Shaoshan, le village natal de Mao, dans les monts Jingangshan, berceau de l’Armée rouge.
Désormais Mao est une marque qui sert à faire vendre, un folklore qui rend pittoresque les pages les plus sombres de l’histoire.
Politiquement, il reste le modèle absolu de leadership au sein d’un PCC répressif et divisé, qui tente de maintenir sa stabilité sociale face à l’émergence grandissante d’une société civile contestataire.

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Émissions du 26 août [3]

Mao est mort, vive Mao

Nous ne pouvions donc entamer nos pérégrinations dans cette Chine dans l’ombre de Mao sans exhumer des archives de l’INA, les échos de ce fameux 9 septembre 1976 qui allait, sans aucun doute, annoncer une période de bouleversements inédits après 27 ans de règne ininterrompu de celui que Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République Française qualifiera de « Phare de la pensée » ...

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Mao Business

« Chinois, enrichissez-vous ! » C’est avec ce slogan presque publicitaire que Deng Xiaoping, successeur de Mao Zedong et de Hua Guofeng, lançait la Chine sur le chemin des réformes économiques au début des années 90. Après le cataclysme du printemps de Pékin, la fin des illusions et des aspirations démocratiques, les enfants du fils du ciel pouvaient désormais s’adonner sans entrave aux affaires. Le capitalisme était réhabilité tandis que le « Renmimbi », littéralement « la monnaie du peuple », devenait roi.

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Les Gardes rouges

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Gardes rouges

Les gardes rouges (chinois : 紅衛兵 ; pinyin : Hóng wèi bīng) constituaient un mouvement de masse chinois comprenant en grande partie des étudiants et des lycéens, dont Mao Zedong s’est servi pour poursuivre le processus de la révolution culturelle. Cette « révolution » visait à purger le parti et renforcer le maoïsme après l’échec du Grand Bond en avant. Les Gardes rouges seront les auteurs de terribles excès durant celle-ci, allant de la destruction systématique du patrimoine à l’humiliation publique, l’enfermement en « camps de rééducation » (ou laogai) et parfois l’exécution des « intellectuels ».

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Émissions du 27 août

La révolution culturelle, histoire d’une culture assassinée

Un grand bond en arrière pour ouvrir, grâce aux archives de l’INA, une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine chinoise, celle de la Révolution Culturelle qui va plonger la Chine, jusqu’à la mort de Mao en 1976, dans un chaos et une folie meurtrière au bilan apocalyptique : la mort de millions de Chinois. Officiellement lancée le 18 août 1966 dans les rues de Pékin par une grande manifestation organisée par Lin Biao, le commandant de l’armée, contre le révisionnisme du président de la république populaire d’alors, Liu Shaoqi, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne va permettre à Mao de consolider son pouvoir en s’appuyant sur la jeunesse du pays et ainsi reprendre le contrôle de l’Etat et du parti communiste.

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Chongqing : Bo Xilaï n’avait qu’à bien se tenir !

Chongqing sur les bords du Yang tsé, la Shanghai de l’ouest désormais municipalité autonome, 32 millions d’habitants, où de décembre 2007 à mars 2012, Bo Xilaï, ancien ministre du commerce et fils de Bo Yibo, ancien compagnon de Mao, était le chef du parti communiste de cette ville-province. En voulant imposer une politique ultra-maoïste tout en nourrissant l’espoir de devenir vizir à la place du vizir, Pékin organise la chute et la disgrâce de ce prince rouge en l’accusant de tous les mots, et sa femme, Gu Kailai, de la mort de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood. Et ce malgré le soutien populaire dont il jouissait et dont il jouit encore aujourd’hui.

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Les Jeunes instruits

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Yang Jisheng, auteur de Stèle, la grande famine en Chine de 1958 à 1961 © AL

17 millions de Chinois victimes d’un des mouvements les plus radicaux lancé par la République Populaire de Chine. De 1968 à la fin des années 70 ce phénomène unique a autoritairement transformé ces jeunes citadins en paysans faisant d’eux ce que les sinologues appellent : la génération sacrifiée.

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Émissions du 28 août

« Quand le maître montre la lune, les imbéciles regardent le doigt »

ou : Des écrivains français face à la Chine [4]

Un documentaire consacré à l’attitude des intellectuels français face à une Chine qui a incarné au milieu des années 60 une alternative au socialisme soviétique considéré comme un échec. « Quand le maître montre la lune, les imbéciles regardent le doigt ».
C’est ainsi que nous pourrions résumer l’attitude de certains intellectuels qui n’ont alors voulu percevoir que les ombres chinoises d’une Chine qu’ils n’ont pas vue et pas comprise.

Avec les témoignages du père Jean Cardonnel (« j’ai vu l’incarnation pratique de ce à quoi je croyais »), de « militants internationalistes » et de François Wahl. Et les commentaires du « professeur de sciences politiques » François Hourmant [5].


Le voyage en Chine du groupe Tel Quel

Photo Julia Kristeva. IMEC. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Une Chine pas vue et pas comprise ? Les témoignages de Philippe Sollers, Marcelin Pleynet et Julia Kristeva sur leur « voyage en Chine » de 1974 disent pourtant beaucoup d’autres choses. Mais il faudrait aussi relire en entier les numéros de Tel Quel (et de L’Infini) consacrés à la Chine !

Philippe Sollers, François Hourmant, Marcelin Pleynet, François Wahl (11’58")

Marcelin Pleynet, François Wahl (1’30")

Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, François Wahl (8’30")

Marcelin Pleynet, Julia Kristeva (1’57")

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Nanjiecun, le village au 10 étoiles

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En Chine on ne fait pas ce que l’on veut. Alain Lewkowicz

Nous partons dans la province du Henan dans le centre de la Chine pour une immersion dans le village de Nanjie, la dernière commune collectiviste de Chine où les habitants vivent comme à la grande époque du maoïsme triomphant, celle des communes populaires créées par Mao dès 1958.

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L’économie chinoise

Que n’avons-nous pas lu ou entendu sur cette Chine qualifiée d’ultralibérale, au point qu’elle est devenue malgré elle, ou pas, cette usine du monde dans laquelle tous les investisseurs occidentaux ont rêvé posséder un atelier ? Pourtant nous sommes en présence d’un modèle hybride érigé par une élite dont l’objectif n’est pas de créer un système capitaliste, mais d’utiliser au mieux les ressources du marché pour développer la richesse de la Chine, renforcer sa puissance et préserver le monopole politique du parti, celui-ci demeurant la clé de voûte de ce système qui tire sa légitimité non plus de l’idéologie mais de la croissance et de l’exaltation nationaliste.

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Émissions du 29 août

La bande des quatre : coupable ou bouc émissaire

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Zhang Chunqiao, Wang Hongwen, Jiang Qing (la veuve de Mao) et Yao Wenyuan (en 1980)

Un documentaire consacré au procès de ce qu’on a appelé « la bande des quatre ». 1976, la mort de Zhou Enlai en janvier et celle de Mao Zedong en décembre viennent mettre un terme à 10 ans de révolution culturelle qui a plongé la Chine dans le chaos et une folie meurtrière qui s’est soldée par la mort de dizaines de millions de personnes. La disparition des deux piliers du pouvoir chinois entraîne une lutte au sommet de l’appareil politique chinois et c’est Hua Guofeng, un illustre inconnu qui s’impose comme le nouvel homme fort de la Chine. Il fait arrêter ses principaux opposants, quatre personnalités influentes de l’époque dont la célèbre madame Mao, Jiang Qing, qu’il rend responsable du cataclysme de la révolution culturelle.

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L’Internet chinois : le nouveau territoire de la répression

Combien sont-ils chaque année, comme ces internautes victimes de la police du Net chinois, à tomber dans la spirale de la répression et à être condamnés au camp de travail pour protéger la société de leur mauvaise influence et éviter qu’ils ne perturbent cette harmonie sociale si chère aux dirigeants actuels ? Personne ne le sait. Malgré les centaines de millions d’Euros dépensés chaque année par l’Etat pour la surveillance du Net, la blogosphère chinoise est en ébullition. Weibo, le twitter made in China est devenu le lieu d’affrontement où s’opposent une société civile émergeante et active aux centaines de milliers de censeurs soutenus par les animateurs virulents de ce qu’on appelle la nouvelle gauche, mouvement ultra maoïste présent dans toutes les couches de la population.

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Comment réécrire l’histoire ?

Comment réécrire l’histoire dans un pays où en 1981, Deng Xiaoping gravait dans le marbre cette phrase célèbre devenue comme Mao un horizon indépassable : « Mao c’est 70% de bien et 30% de mal » ?

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Émissions du 30 août

Hommage à Simon Leys

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Simon Leys

VOIR AUSSI

Simon Leys, écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur et sinologue belge. En publiant en 1971 « Les habits neufs du président Mao » et en 1974 « Ombres chinoises », Simon Leys, écrivain qualifié de réactionnaire, racontait par le menu cette Chine qu’on ne pouvait décrire que par le pamphlet. Pour définir celui à qui nous dédions ce documentaire j’utiliserai cette phrase de Lu Xun célèbre écrivain chinois : « aussi, s’il se trouvait aujourd’hui quelque étranger qui, tout en ayant été admis à s’asseoir au banquet chinois, n’hésiterait pourtant pas à vitupérer en notre nom contre la présente condition de la Chine, voilà ce que j’appellerais un homme vraiment honnête, un homme vraiment admirable ».

Larges extraits des entretiens accordés par Simon Leys à Claude Hudelot au cours des années 1970, dans les « Après-midi de France Culture », l’un d’entre eux s’intitulant « L’invité du Lundi ».

Où on découvre que le Pierre Ryckmans qui allait en Chine dans les années 50 était beaucoup moins critique que le Simon Leys des années 70.

Commentaire de Claude Hudelot sur Mediapart (30-08-13) : « Leys évoque son premier voyage en Chine, dès 1955, son enthousiasme naïf, la décision qu’il prend alors d’apprendre le chinois... Il se souvient aussi de son premier voyage à Hangzhou, de sa déconvenue lorsqu’il découvre que le musée consacré à Huang Pinghong est fermé. Or pour Leys, Huang est un artiste aussi important que Matisse ou Picasso. L’anecdote est savoureuse, comme celle de l’évocation de ses voyages en train... »

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Shaoshan : berceau de Mao au propre et au figuré

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Maison natale de Mao à Shaoshan © Alain Lewkowicz

Nous sommes dans la province du Hunan à Shaoshan le village natal de Mao Zedong. Étape incontournable de ce qu’on appelle le tourisme rouge. Shaoshan est devenu la mecque d’un maoïsme quasi religieux. Les marchands du temple sont légions et les visiteurs s’y comptent par millions.

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La littérature chinoise

VOIR ENTRE AUTRES

Nous terminerons cette matinée et cette Grande Traversée avec un débat consacré à la littérature et aux mouvements littéraires qui ont émergé depuis le mouvement du 4 mai 1919, mouvement qui donnait naissance à la littérature moderne en Chine et annonçait les prémices d’une nouvelle culture plus moderne et ouverte sur le monde. Comment cette littérature s’est adaptée et a survécu aux 27 années de règne sans partage de Mao Zedong et comment a-t-elle évolué dans une Chine qui s’apprêtait à vivre trois décennies de réformes économiques ? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre avec nos invités.

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Mao par Andy Warhol, 1972
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[1Avec des photos-montages discutables comme celle montrant Mao serrant la main de Hitler. Comme si c’était Mao et pas Staline qui avait signé le pacte germano-soviétique !

[2Présentation des émissions : France Culture.

[3Présentation des émissions : Alain Lewkowicz.

[4Ce sous-titre me paraît plus objectif.

[5Auteur de Au pays de l’avenir radieux — Voyages des intellectuels français en URSS, à Cuba et en Chine populaire, Aubier, 2000.

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1 Messages

  • A.G. | 3 septembre 2016 - 14:14 1

    La Révolution culturelle chinoise contre la musique ?
    1966. Mao Zedong lance en Chine la Révolution Culturelle. C’était il y a 50 ans. Que reste-t-il en 2016 de ce moment de masse qui fut couler tant d’encre ? La Chine a-t-elle décidé dans les années 60 de déclarer la guerre... à la musique ? Cette semaine, Musicus Politicus vous entraîne en Chine...
    L’émission s’appuie essentiellement sur La Rivière et son secret de Zhu Xiao Mei (Robert Laffont).