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Jean Cocteau, virtuose de la société du spectacle

Vérités et mensonges

D 12 août 2013     A par A.G. - C 8 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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« Il n’a jamais appris la musique, et il jouait ce qu’il voulait. » (Jean Marais)


En 1983, Jean Cocteau est mort depuis vingt ans. Une opération de commémoration se met en place qui, bien entendu, joue sur les ambiguïtés de l’écrivain. La revue art press consacre un petit dossier à « la Collaboration », occasion de promouvoir un livre décapant de l’américain Jeffrey Mehlman Legs de l’antisémitisme en France que Philippe Sollers s’apprête à publier dans la collection L’infini. Mehlman publie un extrait de son livre sur « Giraudoux et la solution finale » ; Jacques Henric et Sollers publient chacun un texte sur Cocteau. Si la condamnation des petites (ou grandes) compromissions de la collaboration est, bien sûr, partagée par les deux écrivains, Henric n’épargne pas Cocteau. Le titre de sa présentation, « Jean Cocteau et le sab », c’est-à-dire le « Syndrôme Arno Brecker », du nom du sculpteur allemand, artiste officiel du Reich (dont Cocteau est l’ami depuis 1925), en témoigne. Sollers est, lui, plus nuancé :

«  Comme très peu de choses se transmettent au fil des générations, presque rien, brides d’affection ou de haines, jugements hâtifs, stéréotypes même pas vérifiés, Cocteau a presque disparu des évaluations contemporaines, ne surnagent finalement que par quelques bons mots. Nous savons de moins en moins ce qui s’est passé, les figures, les subtilités, les coups. »

Trente ans plus tard, en décembre 2012, à l’occasion de la publication du Passé défini, Journal des années 1960-1961, Sollers présente Cocteau comme « le sociétaire de la société du Spectacle » ou, plus exactement, nuance, son « virtuose ». Au-delà de ses bons mots ou de sa légèreté, qui était vraiment Cocteau ? Un clown ? Un jongleur ? Un dandy moraliste ?

Dans Journal d’un Inconnu (1953), il écrivait :

« La poésie est une morale. J’appelle une morale un comportement secret, une discipline construite et conduite selon les attitudes d’un homme refusant l’impératif catégorique, impératif qui fausse des mécanismes.
Cette morale particulière peut paraître l’immoralité même au regard de ceux qui se mentent ou qui vivent à la débandade, de sorte que notre vérité leur deviendra mensonge.
C’est en vertu de ce principe que j’ai écrit : Genet est un moraliste et "Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité", phrase dont les ânes firent leur herbe tendre. Ils s’y roulent. Cette phrase signifiait que l’homme est socialement un mensonge. Le poète s’efforce de combattre le mensonge social surtout lorsqu’il se ligue contre sa vérité singulière et l’accuse de mensonge. »

« L’homme est socialement un mensonge » à quoi il faut opposer « un comportement secret » : le virtuose du spectacle, sans jamais tomber dans la « moraline », avait aussi ses « principes », aussi souples fussent-ils selon les circonstances. Par exemple : être fidèle à l’amitié (trait qu’il partageait avec Picasso) ; refuser la haine. Mais surtout :

« Ne jamais fréquenter les personnes ayant les mêmes vices que moi car, chez eux, c’est du vice, chez moi, c’est de l’anarchie aristocratique. »

Regardons de plus près.

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Jean Cocteau et le sab

par Jacques Henric

Curieuse époque que la nôtre. Une grande partie de l’intelligentsia semble avoir pour préoccupation majeure de promouvoir, à intervalles réguliers, un nom, une œuvre autour desquels l’ensemble de la communauté pensante va pouvoir resserrer des liens distendus par des années de querelles idéologiques et politiques. Culpabilisée de s’être déchirée dans des luttes dont les enjeux lui paraissent aujourd’hui douteux, cette intelligentsia n’a rien de plus pressé désormais que de fraterniser dans des cultes idolâtres. La droite n’était pas vraiment la droite, la gauche n’était pas exactement la gauche ? Foin de ces divisions fallacieuses ! Et plutôt que de redéfinir de très réels clivages, on esquisse une réconciliation nationale autour de quelques œuvres gris-gris. S’étant trompés en n’affirmant pas avec suffisamment de force que l’art était au-dessus de la lutte des classes, on décide maintenant qu’il est au-dessus des guerres qui se mènent à l’intérieur de la pensée. Par son inconsistance même, l’œuvre de Cocteau participe de cette logique platement humaniste. La voilà convoquée à prendre part au tour de passe-passe.

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Caricature de Cocteau par Picasso, 1917.

Œuvre mineure (deux ou trois livres intéressants dont un récit de voyage, Mon Premier voyage [1], un texte sur la corrida, un assez bel essai sur Gréco, quant au reste..., un théâtre idéologique nul, une poésie emphatique et ridicule, un cinéma sophistiqué, symbolard, une œuvre graphique très médiocre, espèce de sous-produit bâtard de Picasso et d’Arno Brecker [2]), elle appartient à ce courant « Kitsch », « rétro » dont la fonction est d’aider à la précipitation fusionnelle dans une sorte d’uni-sexe ou d’ homo-sexe généralisé. Que cette opération mette en branle le sentiment le plus infect qui soit, la nostalgie, et qu’elle s’appuie sur cette réactionnaire et dégueulasse mythologie du Poète, (ah ! Bécaud) voilà qui est rigoureusement logique. Il faudra un jour essayer de comprendre pourquoi la Poésie qui fut au XIXe siècle ce formidable acide capable d’attaquer en profondeur le lien communautaire, de mettre au jour la logique mortifère de l’Espèce, est devenue au XXe, cette pauvre pommade antiinflammatoire et analgésique qu’on se tartine vite fait dès que la pensée entre vraiment en effervescence.
Pour ce qui est de Cocteau, nous nous contenterons de poser une question. Passons sur la frivolité, la légèreté, l’inconstance, la papillonnante irresponsabilité du Poète qui, en 1942, trouvait follement gai de provoquer de délicieux frissons de peur chez ses amis en faisant à Paris la tournée des cafés chic en compagnie du lieutenant Gerhard Heller, bien sanglé dans son uniforme d’officier allemand. Passons sur le subtil « désengagement » de l’Artiste qui déclarait qu’ « aucune gauche n’était assez gauche pour le poète » mais qui fut jusqu’au bout le docile et muet « compagnon de route » des pires staliniens. Non, la question que nous posons est celle-ci (elle est double, et à la fois d’ordre sexuel et esthétique) : que voulait dire exactement Cocteau lorsqu’en 1937 il déclarait, parlant de Jean Marais, « il offre toutes les caractéristiques de ces hyperboréens aux yeux bleus dont parle la mythologie grecque », et pourquoi Cocteau se trouvait-il en 1942, au côtés d’officiers nazis portant la croix gammée, à l’inauguration de l’exposition Arno Brecker ? Quand nous aurons, calmement, commencé de répondre à cette question (du domaine, nous répétons, de l’esthétique, et le Syndrôme Arno Brecker, le Sab, reste continûment repérable dans le monde artistique français (cf. art press n° 45-47-49) sans doute y verrons-nous un peu plus clair dans notre propre histoire et, surtout, comprendra-t-on ce que furent au cours de ce siècle et ce que sont, toujours aujourd’hui, les enjeux réels de la littérature et de l’art.

Pour aider à cette réflexion, nous publions des extraits d’un livre à paraître aux éditions Denoël, coll. L’Infini. Son titre : Legs de l’antisémitisme en France. Son auteur : un universitaire américain, Jeffrey Mehlman. Les auteurs concernés : Blanchot, Gide, Lacan, Giraudoux. Nous avons choisi quelques pages consacrées à l’œuvre de ce dernier. Le texte de Sollers que nous publions ci-dessous devait faire partie du dossier qu’un hebdomadaire a consacré récemment à Cocteau. Il n’a pu, pour des raisons techniques, y trouver sa place.

Jacques Henric, art press 76, décembre 1983.

A gauche, dessin de Jean Cocteau — A droite, sculpture d’Arno Breker
art press 76, décembre 1983. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Inauguration de l’exposition Arno Breker à l’Orangerie des Tuileries, mai 1942.
Discours d’Abel Bonnard, en présence de Benoist Méchin, Cocteau, S. Lifar, A. Breker et... d’officiers allemands.
photo R. Viollet. art press 76, décembre 1983. Zoom : cliquer sur l’image.

Un adepte léger du bal grec

par Philippe Sollers

Comme très peu de choses se transmettent au fil des générations, presque rien, brides d’affection ou de haines, jugements hâtifs, stéréotypes même pas vérifiés, Cocteau a presque disparu des évaluations contemporaines, ne surnagent finalement que par quelques bons mots. Nous savons de moins en moins ce qui s’est passé, les figures, les subtilités, les coups. Un jeune homme d’aujourd’hui, par exemple, aura le plus grand mal à imaginer l’intensité du conflit religieux de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. En lisant les Lettres au Castor [3], de Sartre, il découvrira avec stupeur un monument de perversité calculée : tout le contraire de l’image officielle, en somme. La révision du XXe siècle commence à peine, elle sera surprenante, désillusionnante. Tant mieux. Entrons-y.

hermaphrodite

Cocteau est cette mobilité chatoyante et sérieuse qui a reçu de tout côté des excommunications répétées. On voit mal comment il aurait pu recevoir la bénédiction du pasteur Gide, sauf par instants, de façon tactique. On ne s’étonne pas de la proscription dont il a été l’objet de la part de la secte surréaliste. Faire adorer Osiris comme dieu noir par ce cavalier classique et désinvoltement moderne, par cet adepte léger du bal grec, était impossible. Breton, par ailleurs, ne badinait pas avec l’homosexualité, Aragon en sait quelque chose qui a préféré le long sacrifice communiste à l’aveu tout simple d’une innocente attraction. L’opium, la mode, Chanel, le Bœuf sur le toit, les ballets russes, Radiguet à contre-courant, le théâtre, la poésie presque n’importe comment dans le n’importe quoi, la conversion chez Maritain, la déconversion, les mains qui volent, l’amitié pour Maurice Sachs, Jean Marais, les enfants terribles, le sang d’un poète, la fidélité à Satie et Apollinaire, l’ange Heurtebise, Eurydice, le Sphinx, Œdipe, Orphée, — comment s’y retrouver ? Il est trop tard pour que les témoins vous racontent. D’ailleurs, tout le monde s’en moque. Tout cela est loin, très loin. Et pourtant. Chaque fois en pleine actualité si l’on veut. Changez les masques, c’est bien entendu toujours la même comédie qui se joue, et Cocteau est sans doute celui qui nous en dit le plus long sur ses coulisses. Le décorateur inlassable, c’est lui. L’irrationnel ? Il s’en mêle. Le classique à perpétuer ? Il s’y connaît. Hybride, hermaphrodite, il tire la morale de la fable folle. À la fin, il écrit comme Montaigne, auquel on revient toujours.

« J’aimais Gide et il m’agaçait. Je l’agaçais et il m’aimait. Nous sommes quittes ».

Ou encore :

« Gide n’avouait pas que j’avais eu toutes les peines du monde à le convaincre de lire Proust. Il le traitait d’auteur mondain. »

Qui peut encore comprendre, aujourd’hui, la tempête autour de son Bacchus, Mauriac quittant ostensiblement la salle, la polémique qui s’est ensuivie ? On retiendra (cela est rapporté dans Journal d’un inconnu) le curieux concile luthérien qui a réuni, à Antibes, Cocteau et Sartre, lequel était en train d’écrire Le Diable et le Bon Dieu. Encore une offensive protestante. Le champ catholique, devenu entre-temps minoritaire, c’est sa chance, va donc s‘énerver. Mettez-vous à sa place. Corydon, les caves du Vatican, les clés de Saint Pierre, et ceci, et cela, on a beau, comme Mauriac, avoir une inclination au trouble homophile, l’Église d’abord pourquoi pas ? D’autant plus qu’on canonisait à tour de bras et sans permission de l’autre côté ! Saint Genet ! Et puis quoi encore !

une « douceur d’entrailles »

Théâtre, théâtre... Comme dans toutes les époques de transition... On reste ahuri devant ces spectacles qui se voulaient, chaque fois, une opération de commando pour prendre et tenir Paris. Qui lit encore Mahomet, de Voltaire ? La Mérope ? Hérode et Marianne ? Brutus ? Zaïre ? Tels étaient pourtant les grands événements du temps. Peut-on vraiment aimer, je veux dire apprendre par cœur, ces vers de Cocteau ?

« À l’amour je retourne et contre je me vautre :
Ton lit sans fond vaut certes un glorieux sommet.
Chasse de mon esprit la chicane des autres,
Puisque souffrir d’amour, l’ange me le permet »
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« "Je sens une difficulté d’être". C’est ce que répond Fontenelle, centenaire, lorsqu’il va mourir et que son médecin lui demande : "M. Fontenelle, que sentez-vous ?" Seulement la sienne est de la dernière heure. La mienne date de toujours. » Jean Cocteau.

J’en doute. En revanche, ouvrez La difficulté d’être, les passages précis, inspirés, abondent. Cocteau est l’homme qui a su que Stravinsky et Picasso avaient raison de bousculer la « modernité », de figurer autrement la mélodie, le récit, les visages. Il n’avait pas le conformisme, si pénible, de l’avant-garde devenue catéchisme d’interdits. À vrai dire, un mot le résume, le sauve s’il en était besoin : amitié. C’est sa seule politique, sa passion paternelle transposée, sa qualité. Moraliste, donc ? Mais oui, et repris, là, par toute une tradition qui peut, sobrement, traverser la mort.

Voyez-le regarder Proust :

« N’attendez pas que je suive Proust dans ses randonnées nocturnes et que je vous les raconte. Sachez qu’elles avaient lieu dans une voiture de louage d’Albaret, mari de Céleste, véritable fiacre de nuit de Fantomas. De ces randonnées d’où il revenait à l’aube en croisant sa pelisse, blême, les yeux cernés de bistre, un litre d’eau d’Evian dépassant de sa poche, sa frange noire sur le front, une de ses bottines à boutons déboutonnés, son chapeau melon à la main, pareil au spectre de Sacher Masoch, Proust rapportait chiffres et calculs qui lui permissent de bâtir une cathédrale dans sa chambre et d’y faire pousser des églantines. »

Ou Picasso :

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Cocteau par Picasso,1916.
« Cet artiste complet est formé d’un homme et d’une femme. Il est le lieu de terribles scènes de ménage. Jamais tant de vaisselle ne fut cassée. L’homme a toujours raison en fin de compte et claque la porte. Mais de la femme il reste une élégance, une douceur d’entrailles, une sorte de luxe qui donnent excuse à ceux qui craignent la force et ne peuvent suivre l’homme hors du logis. »

Cette bouteille d’Evian, cette porte qui claque valent mieux que dix mille pages de commentaires, c’est évident. Cocteau a beaucoup rêvé d’une sorte d’invisibilité supérieure qui lui permettrait de franchir les murs.

« L’invisibilité me semble être la condition de l’élégance. L’élégance cesse si on la remarque ».

Il aimait un mot de Delacroix, que Matisse, à son tour, citait en connaissance de cause :

« On n’est jamais compris, on est admis ».

Philippe Sollers, art press n° 76, décembre 1983.

*


Le même numéro d’art press comportait une note de Gilles Cornec sur un échange de lettres entre Jean Cocteau et Jacques Maritain en 1925. A l’époque, Maritain était à l’Action française qu’il quittera bientôt. Plus tard, de 1945 à 1948, il sera ambassadeur de France au Vatican et, finalement, un ami de Paul VI.


Jean Cocteau : « lettre à Jacques Maritain »
Jacques Maritain : « réponse à Jean Cocteau »

Edition Stock
Brève rencontre... En 1925, Jean Cocteau est déprimé. Il vient de perdre Radiguet et il émerge à peine de l’opium. Il trouve Jacques Maritain sur son chemin. Les choses ne traînent pas : conversions, baptêmes en chaîne... Donc, cette lettre et cette réponse. La lettre de Cocteau est assez émouvante, malgré cet insupportable travers qui consiste à poétiser à tours de bras, à enfiler métaphore sur métaphore... Et puis il y a Jacques Maritain, et cette réponse paternelle, toute pétrie de charité. Maritain, l’homme qui a consacré sa vie à St Thomas d’Aquin, Maritain, filleul et dernier ami du pauvre Léon Bloy, Maritain, l’homme qui accompagna Erik Satie dans ses derniers moments, l’ami de Péguy, de Reverdy, de Rouault, Maritain, « l’heureux époux de la juive », comme dit Maurras, qui ne cessera plus de l’injurier, car il est aussi l’infatigable tenant du lien qui unit les chrétiens aux juifs : « Abraham genuit Isaac, Isaac autem genuit Jacob... généalogie de notre Dieu ». Peut-être cette lettre donnera-t-elle envie d’aller voir de plus près dans l’œuvre philosophique considérable de Maritain, qui n’est jamais que l’exégèse interminable du Docteur Angélique. Il y a dans ces quelques pages des choses magnifiques sur le péché, sur la grâce. Il y a aussi l’intuition de sentir chez Cocteau la tentation des « charmes gréco-romains de la muse un peu grasse ». En 1944, Raïssa Maritain note : « Cocteau n’a pas toujours pris garde au sens de... l’"ama et tac quod vis" de saint Augustin ». En effet, alors que Jacques et Raïssa sont à New- York, Cocteau inaugure à Paris les costaudes figures d’Arno Breker.

Gilles Cornec, art press 76.

Les lettres manuscrites de Cocteau et de Maritain

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Carte de Cocteau à sa mère. Décembre 1934. Photo Manuel.
Sur cette carte, le modèle a précisé à la plume les traits de son visage [4].


Décembre 2012 : publication du Passé défini, Journal des années 1960-1961, de Cocteau.

Cocteau, le sociétaire du Spectacle

par Philippe Sollers

Il y a un isolement étrange et paradoxal de Cocteau. Il connaît tout le monde, il est passé d’une réputation d’avant-garde à l’Académie française, il est poète, écrivain, dramaturge, peintre, cinéaste, il sort, il brille, il travaille, ses journées sont remplies à ras bord, il est persuadé d’avoir du génie, mais il n’arrête pas de s’étonner qu’on lui refuse ce titre. « Je suis un fantôme sans château », dit-il dans son Journal des années 1960-1961 (il meurt en 1963). Autrement dit : je suis très visible et pourtant invisible, on me dévisage mais on ne « m’envisage » pas, un sort maléfique me poursuit, « on a toujours parlé de moi avec une scrupuleuse inexactitude ».

Il veut tout, Cocteau : être « prince des poètes », mais aussi l’égal de Rimbaud, tenir le « dessus », mais, en même temps, le « dessous » des choses, être et paraître, s’identifier à Orphée, fondateur, pour lui, de la religion homosexuelle (dont il parle courageusement), occuper les tréteaux en devenant une légende vivante, mais être reconnu quand même pour une oeuvre dont il est obligé de se répéter sans arrêt qu’elle est fondamentale. Les coups de pied contre ses contemporains abondent. Saint-John Perse a « une sale gueule », et sa poésie est celle d’un « truqueur ». André Breton, qui le déteste, est en réalité jaloux de lui. Claudel est un faux génie. Giraudoux « un raseur précieux ». Ionesco, « le Strindberg des Galeries Lafayette », Saint-Exupéry est « une farce sacro-sainte » et Le Petit Prince, une « ignoble imbécillité ». Mauriac est « nul et sale ». Malraux « illisible », et Genet, qui n’existerait pas sans lui, est sanctifié pour mieux le nier.

À l’en croire, sa solitude est « monstrueuse ». Il n’est bien reçu qu’à l’étranger, en Pologne, en Suède, en Allemagne, et surtout en Espagne, où il admire de façon très sensible les Gitans du flamenco et leur possession par la danse. Mais en France, dit-il, ce ne sont que gifles, couleuvres :

« La mode est de me balayer, de me supprimer, de m’annuler. Or c’est ce vide qui sera le moule de ma statue. »

Hélas, hélas, cette statue se fait attendre, quelque chose sonne creux en elle, comme dans les sculptures, pourtant très viriles d’Arno Breker. Sur qui s’appuyer ? De Gaulle n’est pas mal, Malraux est protecteur, Sartre est parti en épousant Genet, Aragon, seul, est très positif (contre Breton, en somme). Paulhan et la NRF, comme d’habitude, sont ambigus. Etat des lieux :

« Un des drames de notre époque, c’est qu’elle est entre les mains des amateurs. Libraires amateurs, directrices de théâtre amateurs, ministres amateurs. Poètes et peintres amateurs. Les professionnels font mauvaise figure au milieu de ce triomphe de la maladresse inculte. »

Cocteau, il y a cinquante ans, était encore un virtuose de la Société du Spectacle (Debord le hait pour cette raison). Que dirait-il aujourd’hui ? La même chose, en plus désespéré, sans doute. Ou alors, plus rien, puisqu’on est passé du « Boeuf sur le toit » au boeuf sur la langue. Voici quand même une « règle de vie » :

« Ne jamais fréquenter les personnes ayant les mêmes vices que moi car, chez eux, c’est du vice, chez moi, c’est de l’anarchie aristocratique. »

D’ailleurs, le vice aristocratique n’empêche pas la vertu :

« Ce soir la Messe en si, écrite par J.-S. Bach à 38 ans. Le père Martin dirigeait. Saint-Séverin est une merveilleuse église faite en palmiers de pierre. L’abbé ne conduisait pas en chef d’orchestre, mais en prêtre, habité par le démon de la musique. C’était sublime. »

Ici Cocteau se trompe, Bach avait 48 ans quand il a écrit sa messe catholique.

La plupart du temps, le fantôme souffre et se plaint (erreur). Il va se cacher et s’ennuyer à l’Académie. Il en ressort vite pour injurier ses insulteurs :

« Ignobles imbéciles, ordures, voyous, et même si j’étais ce que vous dites : jongleur, prestidigitateur, acrobate, soyez donc tout cela. "Jonglez, vous qui me dites jongleur", écrivait Baudelaire. Et même pourquoi serait-il mal d’être jongleur ou acrobate ? N’essayez pas de me faire prendre votre maladresse et votre déséquilibre pour une nouvelle forme de beauté. Vous faites de votre manque d’imagination un style qui ressemble fort au silence grave des crétins, j’allais dire des intellectuels. »

Cocteau, contrairement aux intellectuels rabougris de notre époque, ne fait jamais la morale. Le voici devant la maison de Nietzsche, couverte de neige :

« Sous la moustache, il cachait la bouche méprisante du courage, et ses yeux libres étaient les feux follets du Gai savoir. »
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Hommage à Pablo Picasso (1881-1973) et Jean Cocteau (1889-1963).
Galerie Sylvain-Gilles di Maria, Paris.

II y a quand même un artiste considérable, propriétaire du château dont Cocteau est le fidèle fantôme. C’est un roi, celui-là, un pape, un empereur : Picasso. Picasso et Cocteau sont de vieux amis, ils se tutoient, mais Picasso est un génie écrasant et inimitable, on voudrait avoir son tour de main, mais on n’y arrive pas. Dessins, peintures, poteries, rien à faire, Picasso règne, il est désinvolte, moqueur, souvent méchant, imprévisible, indifférent à tout, sauf à sa création. En octobre 1961, Cocteau a rendez-vous avec le Minotaure, dans un restaurant chinois de Nice :

« J’ai toujours cette crainte du coup de pistolet de l’œil noir d’un vieil homme qui m’intimide, après quarante-cinq années d’amitié solide. Souvent, cet œil noir m’a empêché de prendre des routes de traverse. Cet œil qui m’intimide agace Aragon. "J’en ai assez, me dit-il, d’être le capitaine en visite chez le généralissime." »

Le généralissime gagne deux guerres mondiales sans sortir de son atelier. Sa gloire n’arrête pas de rayonner et ses prix de monter. Cocteau pense qu’il exagère avec les femmes, il a des colères incompréhensibles, c’est un éléphant dans un magasin de porcelaine, un dieu, soit, mais un dieu terrible. Les dieux grecs ne devraient-ils pas être plus harmonieux, plus paisibles ? Eh non : coup de revolver du regard. Allez, tant qu’à faire, un coup de pied de Cocteau à Picasso : « Picasso a du génie, mais il est trop bête pour comprendre le génie des autres. » Erreur du fantôme : croire que le propriétaire du château est bête. Il est clair, en tout cas, que, pour le prodigieux Espagnol, le prolixe Parisien Cocteau ne fait pas vraiment le poids dans l’Histoire. Son témoignage, sur une époque effervescente et trouble, n’en reste pas moins capital.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur, 6 décembre 2012.

En 1960 et 1961, Jean Cocteau a fort à faire : être attentif à l’achèvement et à la réception de ses œuvres (Le Testament d’Orphée, L’Aigle à deux têtes, Cher menteur, Le Requiem, les deux chapelles décorées à Milly et à Londres) ; suivre la polémique autour du titre de prince des poètes ou encore l’histoire à rebondissement de la cravate ; de nombreux voyages (en Andalousie, en Suède et en Pologne) ; ses relations tendues avec Picasso, etc. Mais on ne veut retenir au terme de ces deux années que la volonté d’un poète d’être présent dans son siècle, qui s’insurge contre la montée de l’antisémitisme et du racisme, qui prend parti pour le oui au référendum lancé par le général de Gaulle et condamne le putsch d’Alger.
« Le Passé défini ou à coeur ouvert », c’est bien ce sentiment d’un cœur ouvert qui domine à la lecture de ce journal où le poète parle, sans retenue, de sa santé, de ses goûts en matière artistique ou littéraire, de ses choix politiques et même de ses préférences dans le domaine sexuel. Il ouvre aussi largement son cœur parce qu’il sait que la publication posthume du passé défini lui assure l’impunité et le met à l’abri de critiques qui ne manqueraient pas de l’atteindre de son vivant. (Gallimard)
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Jean Cocteau, Mensonges et vérités

un film de Noël Simsolo

1996, 62’38

« Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images. »

Qui se cache derrière l’image du dandy précieux et provocateur que cultivait si bien Jean Cocteau ? Trop souvent occultées, la personnalité et l’oeuvre considérable de cet artiste aux mille facettes sont restituées ici par ses amis et admirateurs : Jean Marais, Jean-Luc Godard, Alejandro Jodorowski, Claude Samuel, Cyril Robichez, Jean Babilée et Henri Alekan.


(durée : 62’38")

Poète, romancier, dramaturge, essayiste, cinéaste, dessinateur, peintre... Jean Cocteau collectionnait dons et talents avec une désinvolture princière. « C’était son côté cigale : les fourmis lui en ont voulu », dénonce Godard, admiratif de la disponibilité et de la ­liberté de Cocteau. Le beau portrait brossé par Noël Simsolo canalise cette apparente dispersion, recentre la vie et la personnalité du poète sur son engagement de cinéaste. Superbement documentée, cette évocation engrange des témoignages de qualité : celui de Jean Marais, tendre, rieur (« Jean, toute sa vie, n’a fait qu’une seule chose : de la poésie ! »). Et l’hommage vibrant de Godard à cette « bande des quatre », Marcel Pagnol, Marguerite Duras, Sacha Guitry et Jean Cocteau, qui, venus de la littérature, ont osé à l’écran un art plus entreprenant, plus risqué que celui des cinéastes officiels. Précurseur de la Nouvelle Vague, Cocteau, comme Rimbaud, était un « voyant ». La séquence avec Louis Aragon, autour de reproductions des tableaux du musée de Dresde, est révélatrice. Les écrivains tombent en admiration devant une nature morte impressionniste : un bocal de pêches sur une table en marbre. Et Cocteau, en une fulgurante traversée du miroir, de décrire les fruits comme des déesses, la table comme la surface écumeuse de l’océan !
Le film s’achève avec le poète sur son lit de mort, en habit de soirée. Ultime mise en scène mondaine ? Exhibitionnisme posthume ? L’ambigu mystère demeure sur celui qui, dans son roman Thomas l’imposteur, avait rédigé son épitaphe : « En lui, la fiction et la réalité ne formaient qu’un. »

Gilles Macassar, Télérama, 31-01-13

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Cocteau Marais - un couple mythique

Réalisation : Yves Riou, Philippe Pouchain
ARTE+7, 56 min


Un couple mythique


1937. Jean Cocteau, âgé de 48 ans, est au plus mal. Il fume une trentaine de pipes d’opium par jour et encaisse les sarcasmes de ses ex-amis surréalistes qui le jugent trop mondain et le traitent de "balai à crottes". Heureusement, Coco Chanel, l’amie, la bienfaitrice, le remet d’aplomb en lui proposant de l’aider à monter sa prochaine pièce. Parmi les jeunes hommes qu’il auditionne, il est ébloui par Jean Marais, au profil identique à celui d’Éphèbe, que Cocteau dessine sans cesse. "Je ne l’ai pas connu, je l’ai reconnu", dira-t-il plus tard. Il déclare sa flamme au jeune homme, qui y répond favorablement pour obtenir le rôle. Mais au fil des semaines, Jean Marais est séduit par la culture et l’esprit de Cocteau qui compare leurs deux corps à une "pieuvre enlacée". Il se sent stupide à côté de lui. Cocteau le rassure et l’incite à lire. Pendant plus d’un quart de siècle, une passion physique, puis affective, unira les deux hommes qui resteront proches malgré les infidélités de Marais et l’opiomanie de Cocteau.

L’éternel amour

Récit d’un amour inconditionnel et peu conventionnel, et de l’ascension mondaine d’un couple d’artistes d’abord vilipendés, puis élevés au rang de vedettes, ce documentaire fait aussi revivre le Tout-Paris vibrionnant de l’avant et de l’après-guerre. Cocteau, d’abord seul, puis avec Jean Marais a formé autour de lui un petit cercle bohème, où l’on croise l’athlétique Colette, chaussée été comme hiver de spartiates, Proust dans son nuage de poudre anti-asthme, Arletty pouffant aux blagues de l’écrivain… Riche en anecdotes, il dresse des portraits attachants des deux hommes – Cocteau, volubile et charmeur, toujours soucieux d’être aimé, Marais, fougueux, bosseur et d’une loyauté à toute épreuve –, sans gommer les zones d’ombre, en particulier la légèreté de l’écrivain face à l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale. Ponctué d’extraits de films de Cocteau (La belle et la bête, L’éternel retour…) et d’interviews, il comprend des archives amusantes ou émouvantes, notamment celle de Marais, bouleversé après la mort de Cocteau survenue en 1963, et déclarant : "Je lui dois tout."

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Jean Cocteau. Portrait en vidéos

« Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité » disait Cocteau. Poésie, dessin, théâtre, cinéma : Jean Cocteau était un touche-à-tout particulièrement inspiré qui aimait l’art et les artistes. Il nous quittait le 11 octobre 1963, quelques heures après Edith Piaf. Portrait en vidéos.

Les vidéos mises en ligne par l’INA s’enchaînent l’une après l’autre. Cliquer sur le Lien

Voir aussi Roger Stéphane, Portrait Souvenir, tourné en avril 1963, six mois avant la mort de Cocteau.

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Jean Cocteau, jardinier d’atmosphère (1889-1963)

France Culture, Une vie une oeuvre, 11 mai 2011.

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Jean Cocteau

Ecrivain-poète, cinéaste-poète, dramaturge-poète, dessinateur et peintre-poète, poète drogué, poète manager de boxe, poète nerveux et dépressif, vieille gloire poétique, poète acharné au travail, poète profond, poète incompris, poète terriblement amoureux, poète moderne et même d’avant-garde, poète altruiste et plein d’empathie, poète un temps chrétien puis poète plus rien du tout, ainsi fut Jean Cocteau : un poète.
Ceux qui n’ont pas voulu voir cette admirable constance chez lui l’ont découpé en morceaux, l’accusant de se disperser. Il n’y a pourtant qu’un seul Cocteau, quoiqu’en perpétuel mouvement.
C’est donc en recollant les fragments de ses différents masques que nous avons imaginé ce numéro d’Une vie, une œuvre. Vous pourrez entendre Cocteau lui-même ainsi que sa gouvernante, ou encore un reportage sur le tournage du Testament d’Orphée. Autant de documents mis en relief par les intervenants du jour, qui tenteront de cerner les éternelles morts et renaissances d’un homme qui cherchât toute sa vie une identité dans laquelle il pourrait, enfin, se reposer.

Avec : Claude Arnaud, biographe de Cocteau
Bruno Tessarech, écrivain
Jean-Luc Barré, écrivain et directeur de collection chez Robert Laffont
Noël Herpe, écrivain, historien et critique de cinéma

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Proust contre Cocteau

1. Claude Arnaud, auteur d’un Proust contre Cocteau chez Grasset (en librairie le 4 septembre), présente son essai sur son site et ci-dessous :

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2. Sans doute informée que je préparais ce dossier, France Culture a invité Claude Arnaud pour son livre lors de sa matinale du 12 août...
Avec Arielle Dombasle pour la sortie en septembre de son film Opium consacré à la jeunesse de Cocteau [5].

Ajout du 14-08-13

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Trente après son premier dossier sur les écrivains et « la Collaboration » (voir ci-dessus), Jacques Henric revient sur Cocteau dans le numéro d’art press d’octobre 2013, à l’occasion cette fois de la publication de l’essai de Claude Arnaud, Proust contre Cocteau.


Si c’était de la boxe, ce serait, comme cela se faisait il y a des années, la rencontre d’un poids lourd contre un poids coq. S’il s’agissait de la course à pieds, on aurait un coureur de fond contre un champion du 100 mètres. Un amateur de fables irait de son allusion à une certaine tortue et à un certain lièvre. Comment, dès le titre de l’essai de Claude Arnaud, Proust contre Cocteau, ne pas réagir ainsi en se disant qu’on va assister à un match décidément trop inégal, surtout, comme c’est mon cas qui n’a rien de bien original, si on tient Proust pour le plus grand romancier français du siècle passé et sa Recherche comme une oeuvre d’une inépuisable richesse, et si l’on considère Cocteau, pour le connaître imparfaitement, comme c’est toujours mon cas, comme un écrivain qui vaut certes mieux que ce que beaucoup de ses contemporains en ont dit (relire les surréalistes, Breton notamment, et Bataille, ou son (« ami » Picasso) et je ne parle pas de ce qu’aujourd’hui les belles âmes intellectuelles de gauche ne manquent de lui reprocher (son attitude, il est vrai pour le moins légère, pendant l’Occupation, son goût pour les mâles et très kitsch sculptures d’Arno Breker...), mais qui ne peut néanmoins prétendre à concourir dans la même catégorie... que son aîné Proust.

Seulement voilà : n’était la personnalité de l’organisateur et metteur en scène de ce match singulier, Proust contre Cocteau, son affiche ne m’aurait guère aguiché et je n’aurais probablement pas réservé ma place au premier rang pour cette rencontre improbable. Or il s’agit de Claude Arnaud. Et Claude Arnaud, outre qu’il est l’auteur d’une volumineuse et passionnante biographie de Cocteau parue en 2003 chez Gallimard et donc un connaisseur profond de son oeuvre, est aussi un fin essayiste des avatars du « moi » et un excellent écrivain (à relire de lui, notamment, son récit Qu’as-tu fait de tes frères ?). Autant de raisons pour prendre au sérieux son projet où il se donne tous les rôles. Il est à la fois organisateur, arbitre, public, juge, et plus fort encore, chacun des adversaires s’affrontant dans une compétition qui a ses règles mais au cours de laquelle, parfois, quelques mauvais coups sont échangés. C’est dire que ce Proust contre Cocteau est une manière de roman, et l’un des meilleurs de la rentrée, où psychologie, sociologie, histoire, littérature, sont solidement imbriquées, et où l’auteur de Qui dit je en nous ? serait en effet en droit d’affirmer que son je n’est pas étranger au nous des deux je de ses héros.

LE CAPORAL PÉTRARQUE


Jean Cocteau, « Marcel Proust », vers 1920 (coll. part.)
art press 404, octobre 2013.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Aussi peu familier qu’on soit de leurs biographies, il est difficile d’ignorer, ne serait-ce que par les témoignages du cadet (il avait alors vingt ans et son aîné quarante) que Proust et Cocteau s’étaient croisés dès le début du siècle. On savait peut-être moins que leurs relations (le mot amitié serait en l’occurrence impropre) durèrent douze ans et surtout qu’elles jouèrent un rôle important sinon dans l’influence que leurs oeuvres respectives auraient eue l’une sur l’autre, du moins sur la façon dont leurs carrières mondaines et littéraires furent menées. Si la Recherche a d’abord été l’objet d’un refus par Gallimard, Gide et la NRF feront vite amende honorable et Proust trouvera bientôt sa place dans la revue et dans la prestigieuse maison d’édition. En revanche, le malheureux Cocteau, qui s’était battu pendant l’année 1913 pour trouver un éditeur à Proust était boudé par les gens de la NRF, notamment par Copeau et Gide qui le détestaient copieusement. Les reproches, voire les quolibets qu’aura à essuyer Cocteau au cours de sa vie, lui étaient déjà abondamment servis : mondain, snob, copieur, caméléon... Voilà qui ne pouvait d’emblée que creuser le fossé entre les deux hommes et alimenter rivalités et jalousies. D’autant que, de son côté, Proust la tortue, dissimulé sous sa carapace, encore inconnu, avait vu ce jeune godelureau publié avant lui, poète fêté par la jet-set de l’époque, coqueluche de toutes ces dames aristos tenant salons, émoustillant leurs reines abeilles, et dont celui qui était resté à leurs yeux le « petit Marcel » rêvait de s’approcher et de conquérir.
Parmi ces idoles, celles qui viendront peupler la Recherche et dont Proust se vengera pour l’indifférence, voire les humiliations qu’elles lui avaient manifestées, trône la célèbre comtesse de Chevigné, Laure née Sade, descendante de la Laure de Pétrarque, dont Claude Arnaud nous trace un savoureux portrait. Un sacré personnage, cette mâle personne dont Proust fera la duchesse de Guermantes. Vulgaire, impudique, mais drôle, intelligente. Un humour de charretier, dira d’elle Apollinaire, et Cocteau l’appellera « le caporal Pétrarque » (allusion à son côté scrogneugneu et aux cigarettes Caporal dont elle abuse. Et puis il y a la Anna de Noailles, poétesse qui, à tout juste trente-six ans, nous rappelle Arnaud, est enseignée dans les lycées et considérée comme un des phares de la littérature européenne (on voit par là que cette époque, côté bluff et fausses valeurs, n’a rien à envier à la nôtre). Un mètre cinquante qu’elle mesure la muse que Rilke traduit et c’est ce corps maigrichon qui met Barrès dans tous ses états. Avec « une frange coupée au bol et un nez taillé à la serpe », « l’Ana-mâle », dixit Cocteau, fascine. Dans cette galerie de portraits qui pour certains nourrissent aussi bien la verve de Cocteau que celle de Proust — le sens de la formule et l’ironie vache sont quelques-uns de leurs points communs — outre la Chevigné et la Noaïlles, on trouve Robert de Montesquiou, modèle de Charlus, Lucien Daudet, Maurice Sachs, Nijinski, le jeune Mauriac amoureux de Cocteau, Reynaldo Hahn, Radiguet...
Soit dit en passant, à propos de la transposition romanesque que Proust fait subir dans la Recherche aux personnages réels qu’il a côtoyés au cours de sa brève vie, il est surprenant crue les actuels théoriciens prolixes de l’autofiction n’aient jamais fait référence à lui. Aussi éloignés de leurs modèles qu’aient été les figures peuplant la Recherche, elles ne le furent pas suffisamment pour que tout ce beau monde ne s’y reconnût pas, au point que la Chevigné se bouchait les oreilles de dépit quand Cocteau, vicieusement, lui récitait des passages du Côté de Guermantes II où elle était susceptible de se reconnaître, et que le malheureux Montesquiou lisant Sodome et Gomorrhe fut contraint de se coucher, « malade de la publication des trois volumes », bouleversé de s’être reconnu, comme avant lui le tout Paris, dans la figure du baron homo rendue célèbre par Proust, lequel avait beau déclarer que ses personnages n’avaient pas été inspirés par un seul modèle, tout en réclamant aux écrivains de son entourage qu’ils identifiassent les sources de leurs romans. On imagine ce qu’aujourd’hui une telle pratique, dans notre époque procédurière, aurait déclenché comme procès.

OUTING OU PAS ?


Lettre de Jean Cocteau à Marcel Proust, 30 mai 1921.
A propos du « Côté de Guermantes » (coll. part.)
art press 404, octobre 2013.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Humour, dons d’observation et d’imitation, ambitions mondaines et littéraires, obséquiosité publique mais en privé esprit de dérision, férocité, sens de la formule assassine ne sont pas les seuls points communs aux deux challengers. Claude Arnaud en recense d’autres, plus troublants et significatifs de leurs destins. Leur origine sociale bourgeoise (avec une longueur d’avance pour Proust). Fréquentation du même lycée, des mêmes salons d’une aristocratie sur le déclin. L’importance décisive des mères, plutôt libérales quant aux moeurs vite avérées de leur progéniture. Un sens particulièrement développé de l’histoire, familiale et nationale. Plus profondément, à l’origine de leur amitié puis de leurs conflits, « leur attitude commune face à l’oeuvre à accomplir, et à la vie qu’elle défait, écrit Claude Arnaud, mais aussi de leur susceptibilité amicale, de leur soif jamais comblée d’amour et de reconnaissance, qui fit tant pour les rapprocher, avant d’exciter jusqu’au sang, leur rivalité ». Un fossé continuera de se creuser entre les deux écrivains, dont Claude Arnaud analyse avec sagacité les raisons, les littéraires étant inévitablement les plus décisives, « l’entreprise abyssale de remémoration » de Proust qui, pour la mener à bien, va le conduire à se retirer du monde n’ayant plus guère à voir avec la vie et l’oeuvre de Cocteau, vie qui s’agite et se disperse, œuvre qui avance par fragments. « Loin de les réunir, la littérature accentue leurs divergences morales et formelles. » Pour Cocteau, Proust n’est pas un vrai romancier, il l’accuse d’être un truqueur, de faire endosser à ses personnages ses propres « vices », de dissimuler, via son Narrateur, son homosexualité, alors que lui, Cocteau, avait fait très tôt son outing, comme on dirait aujourd’hui. Un malade, un handicapé de l’amour, une manière de tueur qui avait fait de sa Recherche une « gigantesque scène de crime », selon l’expression de Claude Arnaud. Certes, Proust n’est pas un humaniste, plutôt une sorte de « chrétien littéraire », comme le voit Arnaud, prenant peu à peu ou par à-coups et ruptures brutales ses distances avec un « païen » inconvertible n’ayant décidément pas la moindre idée de ce qu’est le Mal (une lecture de l’essai de Bataille lui aurait été profitable). Arnaud a une belle formule pour exprimer une des significations profondes de l’oeuvre de Proust : « Alors que Dieu s’est fait homme pour racheter nos péchés, un mortel est devenu Livre pour les exposer au grand jour. » Il faut dire que Proust ne portait pas un jugement très tendre sur la personne et l’oeuvre de celui qu’il appelait parfois « Coq-tôt ». Pourtant les relations entre le petit-loup et le petit-prince durèrent douze ans. Puis vint le temps où Cocteau « entame un déclin d’un demi-siècle alors que Proust entre pour toujours dans la gloire ».

UN TUEUR ET UN AMI

Pour Proust, l’affaire est entendue, même si, comme l’observe Claude Arnaud, la sanctification du nom dispense parfois de la lecture de l’oeuvre. En revanche, qu’en est-il de Cocteau aujourd’hui ? Depuis 1970, sa cote n’a cessé de remonter : l’admiration des cinéastes de la Nouvelle Vague, la Pléiade, où il rejoint Proust, la grande exposition du Centre Pompidou due à Dominique Païni (mais pour ce qui est du peintre, dans une autre rencontre à organiser Picasso / Cocteau, je ne donne pas cher de l’issue du match...). La conclusion du livre de Claude Arnaud (sa prédiction, qui me laisse pour le moins dubitatif, d’une désaffection progressive de l’oeuvre de Proust, une « cathédrale » qui serait de moins en moins visitée) me donne à penser que le match auquel nous étions conviés n’est peut-être pas tout à fait celui annoncé. Claude Arnaud a la lucidité et l’honnêteté de le reconnaître dans cet aveu des dernières lignes de son récit : pour l’écrivain qu’il est, Proust est un tueur, alors que Cocteau lui « fait une place » dans son oeuvre, l’encourage à poursuivre la sienne propre. Si le challenger de Proust était bien Cocteau, ne peut-on reconnaître, derrière la figure de celui-ci, la silhouette de l’auteur de Brèves Saisons au Paradis [6] ? Pour qui a l’ambition de devenir un grand dans son art, écriture ou boxe, il est recommandé de se mesurer, à ses risques et périls, à un grand champion.

Jacques Henric, art press 404, octobre 2013.

*


Claude Arnaud, derniers interviews

1. Avec Alain Veinstein

Du jour au lendemain, 25-09-13 (35’)

*

2. Cocteau et Proust, les affinités électriques

Séminaire de La Règle du jeu, 20-10-13.


Cocteau et Proust, les affinités électriques... par laregledujeu

*


Liens

Site officiel de Jean Cocteau.
Entrez chez Jean Cocteau.
Erik Satie, Parade
Cocteau, le cercle du poète disparu.

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SALUT !
*

[2Sic.

[3J.P. Sartre, Lettres au Castor, Editions Gallimard, 1983.

[4Jean Cocteau, Lettres à sa mère, II, 1919-1938, Gallimard, 2007.

[5Cf. Opium.

[6Claude Arnaud — De Qu’as-tu fait de tes frères à Brèves saisons au paradis

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8 Messages

  • Albert Gauvin | 23 septembre 2015 - 11:31 1

    1937. Jean Cocteau, âgé de 48 ans, est au plus mal. Il fume une trentaine de pipes d’opium par jour et encaisse les sarcasmes de ses ex-amis surréalistes qui le jugent trop mondain et le traitent de "balai à crottes". Heureusement, Coco Chanel, l’amie, la bienfaitrice, le remet d’aplomb en lui proposant de l’aider à monter sa prochaine pièce. Parmi les jeunes hommes qu’il auditionne, il est ébloui par Jean Marais, au profil identique à celui d’Éphèbe, que Cocteau dessine sans cesse. VOIR ICI.


  • A.G. | 23 octobre 2013 - 16:06 2

    Après la sortie de l’essai de Claude Arnaud, Proust contre Cocteau,
    — lire : Jacques Henric, Proust contre Cocteau, on refait le match
    — et écouter les derniers interviews de Claude Arnaud.


  • A.G. | 17 octobre 2013 - 10:23 3

    Cocteau est immortel

    L’actualité littéraire du cinquantenaire de sa mort. Séminaire de La Règle du jeu du 13 octobre. Avec :
    Pierre BERGÉ, président de la Fondation Pierre Bergé, écrivain,
    Dominique MARNY, vice-présidente du Comité Jean Cocteau commissaire de l’exposition Cocteau au Musée des Lettres et Manuscrits,
    Serge LINARES, professeur à l’université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines, coordinateur éditorial du futur Cahier de l’Herne consacré à Cocteau, auteur de Cocteau/Fenosa. Reliefs d’une amitié (Barcelone, Polígrafa, 2007) et responsable de l’édition scientifique des Œuvres romanesques complètes dans la Pléiade.

    Voir ici :


    Cocteau est immortel - Séminaire RDJ


  • A.G. | 11 octobre 2013 - 12:29 4

    Aujourd’hui, 50e anniversaire de la mort de Jean Cocteau. Une occasion de relire la belle biographie signée par Claude Arnaud en 2003. Pascal Bruckner l’avait lu dès sa sortie.

    Jean Cocteau le mal-aimé

    « Il y a une malédiction Cocteau qui est celle d’un excès de talents. Pour un regard pressé, c’est un auteur sans oeuvres qui n’a produit que des bons mots. Hanté par le vieux rêve d’un art total, celui qui fut tour à tour ou simultanément dessinateur, styliste, chorégraphe, poète, metteur en scène, parolier, romancier aurait trop embrassé pour étreindre quoi que ce soit. » Pascal Bruckner, Le N.O..


  • A.G. | 1er octobre 2013 - 00:02 5

    Cocteau : de multiples événements pour le cinquantenaire de sa mort

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    Sortie en salles de "La Belle et la Bête", rétrospective à la Cinémathèque, expositions et hommages marquent le cinquantième anniversaire de la mort du poète et cinéaste Jean Cocteau, "le funambule" selon le livre de sa petite nièce.

    Dominique Marny publie une biographie de son grand-oncle, "Jean Cocteau ou le roman d’un funambule" (Editions du Rocher), dans laquelle elle dépeint, non pas le mondain célébré dans les magazines, mais "un être grave, en proie à un mal à l’âme chronique qui, par politesse, affichait une apparente légèreté", écrit-elle. La création s’avèrera sa sauvegarde.

    Dans ce livre, "j’ai seulement cherché à le dépeindre tel qu’il s’est lui-même révélé", explique Dominique Marny. Elle a 14 ans quand Cocteau disparaît : "J’étais trop jeune pour me rendre compte de l’importance du personnage. Je savais qu’il écrivait, dessinait et réalisait des films. L’homme m’intéressait plus que son actualité", avoue-t-elle.

    Jean Cocteau n’a pas encore dix ans quand son père se suicide. Cette blessure le marquera à jamais, attisant un sentiment d’abandon, un désespoir persistant et la crainte de ne pas être suffisamment aimé. Au sein d’une famille où l’on favorise les non-dits, l’évasion passera très vite par le rêve, la lecture, les spectacles et l’écriture. Dès la sortie de l’adolescence, "il entre en poésie".

    Au musée des Lettres et Manuscrits, du 11 octobre au 23 février, l’exposition "Jean Cocteau le magnifique - Les miroirs d’un poète" dont les commissaires d’exposition sont Dominique Marny encore et Pascal Fulacher, conservateur du musée. Au programme, plus de 150 manuscrits et lettres autographes, des ouvrages illustrés et éditions originales, dessins, photographies et affiches. Parmi les pièces maîtresses, le manuscrit du scénario original de "La Belle et la bête", classé "trésor national", accompagné du manuscrit autographe du journal de ce film et des photos prises lors du tournage.

    La Cinémathèque de Paris propose une rétrospective des films de Cocteau du 2 octobre au 22 novembre, parcours d’un poète qui a écrit ou adapté de nombreux récits pour le grand écran ("Les dames du bois de Boulogne", "L’éternel retour"), a fait adapter certaines de ses oeuvres ("Les enfants terribles", "L’Aigle a deux têtes", "Les parents terribles") et signé des films parmi les plus singuliers du cinéma français ("La belle et la Bête", "Orphée", "Le testament d’Orphée").

    Au musée du Cinéma de la Cinémathèque, une exposition "Jean Cocteau et le Cinématographe" (2 octobre - 9 février) à la galerie des donateurs (Cocteau, Truffaut, Alekan, les Clouzot, Pinoteau etc) : affiches, scénarios, correspondances (une lettre de Cocteau à Claude Iberia donnant des indications de montage pour "L’Aigle à deux têtes"), dessins, photographies de plateau... mais aussi le célèbre costume d’homme-cheval vu dans "Le testament d’Orphée", la fameuse robe de Madeleine Sologne dans "L’éternel retour". L’accès à cette exposition est gratuite sur présentation d’un ticket de cinéma acheté pour revoir "La Belle et la bête".

    Au cinéma à partir du 2 octobre "Opium" réalisé par Arielle Dombasle, un long métrage librement inspiré du journal éponyme que Jean Cocteau a tenu pendant une cure de désintoxication en 1930. Il met en scène les amours contrariées de Cocteau et de l’écrivain Raymond Radiguet, emporté à 19 ans par une fièvre typhoïde mal diagnostiquée.

    Un remake de "La Belle et la Bête", conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, est prévu sur les écrans pour la mi-février 2014 avec Léa Seydoux et Vincent Cassel, dans les rôles titres, et Christophe Gans ("Silent hill", "Le Pacte des loups") derrière la caméra.

    Exposition "Cocteau par Cocteau" à la mairie du 16e arrondissement de Paris du 1er au 12 octobre : conçue à partir d’une collection privée, elle présente des autoportraits que l’artiste réalisa à Villefranche en 1924 pour le compte de l’éditeur Edouard Champion mais aussi des oeuvres de la collection Carole Weisweiller, dont la mère était l’amie et mécène de Cocteau, parmi lesquelles un portrait de Picasso par l’artiste.

    AFP

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    Jean Marais et Josette Day en 1946 dans la Belle et la Bête.
    *

    A la télévision

    Dès le 1er octobre France 2 programme Les Parents Terribles à... 00h25.

    La chaine Histoire propose un Cycle Jean Cocteau
    Tous les jeudis d’octobre à partir de 20h40
    & le vendredi 11 octobre à partir de 20h40
    à l’occasion du 50ème anniversaire de sa disparition le 11 octobre 1963

    Tout au long du mois d’octobre, Histoire vous propose tous les jeudis une rétrospective cinématographique autour du scénariste, cinéaste et acteur qu’était, au-delà du poète, Jean Cocteau, ainsi qu’une soirée spéciale vendredi 11 octobre avec deux documentaires

    Entrée libre sur France 5 : spécial Jean Cocteau le 4 octobre.

    A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Jean Cocteau, le magazine culturel Entrée Libre consacre toute son émission du vendredi 4 octobre à cet auteur multiple. A 20h15 sur France 5 (rediff à 23h45).

    Un regard sur Cocteau en 3 volets :

    — Tout d’abord, le regard d’Arielle Dombasle sur Jean Cocteau à l’occasion de la sortie de son film « Opium » le 2 octobre. Une comédie musicale sur les amours contrariées de Jean Cocteau et Raymond Radiguet, au début des années 20.

    — Le film la Belle et la Bête : comment cette histoire est-elle devenue un classique ? Retour sur le livre originel et sur les différentes adaptations : le film de Jean Cocteau de 1946, le dessin animé de Walt Disney en 1991 et le prochain film de Christophe Gans avec Vincent Cassel et Léa Seydoux qui sortira en 2014.

    — Cocteau ou la création d’une esthétique : les dessins de Cocteau ont influencé non seulement l’art déco, mais aussi la céramique, les mosaïques, l’architecture via sa maison de St Jean Cap Ferrat ...

    *


  • A.G. | 26 septembre 2013 - 00:17 6

    Alain Veinstein reçoit Claude Arnaud pour "Proust contre Cocteau" (Grasset) Du jour au lendemain.
    A signaler dans le numéro d’art press du mois d’octobre, un article de Jacques Henric Proust contre Cocteau on refait le match.


  • A.G. | 14 août 2013 - 14:53 7

    Proust contre Cocteau

    Sans doute informée que je préparais ce dossier, France Culture a invité Claude Arnaud pour son livre lors de sa matinale du 12 août...
    Avec Arielle Dombasle pour la sortie en septembre de son film Opium consacré à la jeunesse de Cocteau.

    Écoutez là.


  • V. K. | 13 août 2013 - 17:21 8

    En dehors de l’agitation de la société du spectacle, découvrez-les à Milly-la-Forêt si vous habitez la région parisienne.

    « Je reste avec vous ». C’est l’inscription qui figure sur sa tombe dans la petite chapelle Sainte-Blaise de Milly-la-Forêt aux murs qu’il a décorés de simples, ces fleurs qu’il aimait. Thème aussi de la résurrection. Les simples continuent à fleurir dans le petit jardin botanique qui entoure la chapelle. Calme, sérénité et beauté au rendez-vous.
    Evocation sur pileface, ici