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Comment Fugues est composé

D 29 avril 2013     A par A.G. - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Le 11 octobre 2012 paraissait Fugues.

Il n’est pas inutile d’en rappeler l’exergue de Lautréamont :

« Dans la nouvelle science, chaque chose vient à son tour, telle est son excellence. » Poésies.

Et l’Avertissement au lecteur, « lecteur bénévole » sans doute, daté du mois de mai, à Paris :

Ce volume est la suite logique de La Guerre du Goût (1994) [1], d’Éloge de l’infini (2001) [2] et de Discours Parfait (2010) [3]. Jamais trois sans quatre.

Une fugue, je n’apprends rien au lecteur, est une composition musicale qui donne l’impression d’une fuite et d’une poursuite par l’entrée successive des voix et la reprise d’un même thème, et qui comprend différentes parties : l’exposition, le développement, la strette. La strette, comme on sait, est la partie d’une fugue précédant la conclusion, où les entrées du thème se multiplient et se chevauchent. Les thèmes sont ici multiples, mais, en réalité, il n’y en a qu’un : la formulation comme passion dominante.

Le mot « fugue » a aussi un autre sens, toujours musical : les enfants rebelles font souvent des fugues dans la nature. Il ne leur arrive pas forcément malheur. Il est vrai qu’ils ne deviennent pas universitaires ou membres des institutions académiques. Leur tempérament est foncièrement anarchiste. Leurs choix sont variés, mais tendent tous à la liberté.

En 1985, paraissait un curieux roman, Portrait du Joueur, dont voici le début :
« Eh bien, croyez-moi, je cours encore... Un vrai cauchemar éveillé... Avec, à mes trousses, la secte des bonnets rouges... Ou verts... Ou marron... Ou caca d’oie... Ou violets... Ou gris... Comme vous voudrez... Le Tibet de base... Singes, hyènes, lamas, perroquets, cobras... Muets à mimiques, tordus, érectiles... Hypervenimeux... Poulpeux... Un paquet de sorciers et sorcières, un train d’ondes et de vibrations...
[...]
L’anti-littérature au complet !... »

L’anti-littérature, sans doute, mais aussi, de plus en plus, l’absence totale de pensée. A travers mille difficultés et ennuis, j’ai fait ce que j’ai pu, lecteur. Cependant, je crois à ton avenir d’éclaircie, et j’espère que tu cours encore.

Philippe Sollers, Paris, mai 2012.

*

Vous pouvez relire la présentation qu’en faisait Sollers dans Je ne vois pas l’apocalypse, je vois l’aurore, l’entretien qu’il accorda à Vincent Roy pour la revue Transfuge (n° 61, octobre 2012).

«  Vous avez 1107 pages pour un volume qui va être vendu 30 euros. Soyons stricts sur le marketing : vous disposez-là de dix livres (ou 12), en un, ce qui fait donc dix livres à trois euros. Par conséquent, le rapport qualité-prix est imbattable. Je m’avance déraisonnablement sur le marché avec cette proposition d’acheter dix livres à trois euros chacun. C’est la meilleure définition que l’on puisse donner de la formulation comme passion dominante, c’est-à-dire qu’il s’agit immédiatement de l’évaluer en argent, tant il est vrai qu’il n’y a qu’une seule passion dominante de nos jours, c’est celle-là — et il n’y en pas d’autres. »

Ce livre, pas cher, mais sans doute trop gros, trop touffu, trop riche, n’a guère réveillé les critiques. L’article le plus long, mais si attendu, on le doit à à Jérôme Dupuis dans L’Express, Philippe Sollers, ou l’art de l’enfumage, sur lequel Sollers n’a pas manqué d’ironiser :

« La conséquence immédiate a été le très brillant article du beau Jérôme Dupuis dans L’Express, qui a réussi ce prodige de faire un éloge dithyrambique de mon livre, de façon apparemment négative. Je reconnais bien là la marque de ce magazine incomparable qu’est L’Express, dont la surveillance à mon égard ne faiblit pas une seule minute dans le temps. »

Il y a dans Fugues (p. 884) une réponse au Figaro littéraire de mars 2003 qui résume bien l’impression d’ensemble qu’on peut avoir sur « le milieu littéraire » :

«  Le milieu est très critique par rapport au « milieu ». Les réseaux n’en finissent pas de dénoncer les « réseaux », la pensée unique est très sévère pour la « pensée unique », le politiquement correct s’emporte volontiers contre le « politiquement correct ». La police littéraire s’indigne qu’il puisse y avoir une « police littéraire ». L’inquisition est très choquée par l’ « inquisition ». Les lyncheurs médiatiques crient sans arrêt contre le « lynchage médiatique ». Les tartuffes montrent du doigt les « tartuffes ». La mafia, on le sait, a toujours été très morale, et ne se prive pas, quand il le faut, de dénoncer la mafia. Si j’en crois mon dossier de presse, je suis à la fois « mandarin », « parrain », « bookmaker » [4], « gourou », bien d’autres choses encore : clown médiatique, intellectuel à la dérive, francophobe, nul, creux, bavard, omniprésent, tout puissant, paresseux, vieux, mourant, calamiteux, exsangue, je contrôle la presse, la télévision, l’édition, et pourquoi pas Le Figaro littéraire. Les jurys sont à ma botte. Je règne sur les ascenseurs. Une réforme urgente ? Que je me taise une fois pour toutes. Franchement, je crois que, sans moi, tout irait mieux. »

Il y a décidément, en France, un vrai mystère dans les lettres. Que faire ? Ceci, sans doute, c’était la position de Mallarmé, rappelée par Sollers, en 1990, dans ses « remarques » faisant suite à la publication de Paradis III :

« [...] Je préfère, devant l’agression, rétorquer que des contemporains ne savent pas lire —
Sinon dans le journal ; il dispense, certes, l’avantage de n’interrompre le choeur de préoccupations.
Lire —
Cette pratique — [...] » [5]

On peut aussi tenter une expérience, tester le milieu. Dans Génie de Rimbaud (Le Monde du 11 août 2000), Sollers raconte :

« Il y a de cela quelques années, un groupe de jeunes gens, animé d’une volonté de démonstration radicale et humoristique, envoya, sous un nom banal, aux principales maisons d’édition françaises, le manuscrit des Illuminations tapé sur ordinateur. Un jeune poète inconnu proposait ainsi ses proses poétiques à la publication. Le résultat, prévisible au moins pour un des parieurs, ne se fit pas attendre : refus général, justifié par la formule standard. Curieusement, cette expérience ne fit rire personne. Il fut même parfois recommandé d’en oublier la portée. »

Ou bien se livrer à quelque canular... C’est le petit jeu auquel Sollers s’est prêté dans les années 70 avec la complicité de Robert Sabatier, Bernard Pivot et de Claude Bonnefoy.

« En 1973, Marc Ronceraille, poète, écrivain, play-boy, meurt à 32 ans d’une chute dans le Mont-Blanc. Une vie météorite, une belle histoire que public et critiques s’empressent de croire, même si personne ne l’a jamais lu... »


(lemonde.fr — durée : 2’50")

« Tout ceci se passe de commentaires. » (Isidore Ducasse, Poésies II)

*


La table des matières

Il y a dix ou douze livres dans Fugues (plus de cent pages sur la Chine, par exemple).
Vous trouverez ci-dessous la table des matières. La lire, telle quelle, est déjà instructif.
De nombreux textes figurent déjà sur Pileface, avec leur date de publication (dans les journaux, dans Tel Quel [6], dans L’Infini [7], etc.) ou de leur mise en ligne. Pour les retrouver, il vous suffit de taper le titre de l’article dans « Recherche site », en haut, à droite, de cette page, en prenant garde, cependant, que, parfois, les titres peuvent être légèrement différents, Sollers aimant les remettre en jeu.

*
Tables des matières Numéro de page [8]
Avertissement 3
Le dieu Homère 13
Scandaleux Épicure 18
Épicure 22
L’infini de Pascal 25
La Révolution Lautréamont 29
Lautréamont au laser 34
Destin du français 63
Molière 85
Le tueur de Versailles 90
Le plus grand écrivain français 93
Le triomphe de Casanova 102
Casanova 108
Sollers et sa Venise 116
Secret Chamfort 123
Non omnis moriar (Haydn) 127
Sade au J.T. de 20 heures 140
Sade au Brésil 144
Dangereux Laclos 146
Mozart vous écrit 150
Étonnant Confucius 155
La Guerre chinoise 160
Mao était-il fou ? 165
Le Génie chinois 171
Comment être chinois 177
L’Évidence chinoise 184
Déroulement du Dao 189
Le Corps chinois 217
La Chine en direct 221
Devenir chinois 227
Shanghai : corps et silence 230
*
Stendhal dans Libération 251
Stendhal chez moi 257
Renaissance de Bordeaux 260
Magique opium 263
Une autre guerre du goût 267
Le grand Figaro 271
L’imagination au pouvoir (Jules Verne) 276
Diabolique Melville 279
Nietzsche en 124 283
*
Ducasse et Manet 294
Renaissance de Manet 301
La Révolution Manet 315
Monstre de Poésie (Picasso) 333
*
Joyce amoureux 352
Molly Bloom 357
De Gaulle surréaliste 364
Céline avant Céline 369
Le Juif qui aimait Céline 372
Montherlant, tel quel 376
Le suicide de Drieu 400
Le grand Bataille 404
Lacan même 417
Le corps sort de la voix 437
Vitesse de Sartre 446
Révolution et régression 450
Guy Debord ou la percée du sujet 459
Debord dans le temps 471
La guerre Debord 483
Métaphysique du dandysme 488
*
La mutation du Sujet 492
Femmes, romans 506
Beaubourg 541
Trésor d’Amour 559
L’Éclaircie 569
Dans l’Éclaircie 581
De la conversation criminelle 602
La luxure 615
Culs 622
La Beauté 629
Sur Jean-Daniel Pollet (Méditerranée) 636
Le Saint-Âne 656
La Vérité révélée par le Temps 679
L’androgêne 684
Du Diable 693
Vatican II : les effets de la cure 711
Mozart et le Pape à la Fenice 724
Le polar du Pape 729
*
Le couple de l’année 732
Le voile et la forêt 737
La cuisine du Diable 742
Liberté surveillée 747
Contre le masochisme 752
Drôle d’Histoire 760
Ma France 767
Tout le monde est écrivain sauf moi 778
Écrire, éditer en Europe 807
Éloge de l’Infini 826
Entretien pour Cuba. Toute pensée de la séparation est réactionnaire 833
L’identité nationale, c’est moi ! 854
La Discrétion 862
Transparence 868
Mélancolie 878
Film 880
Le milieu littéraire 884
*
RAPPELS 887
Conversation à Notre-Dame 889
À propos de Lichtenberg 916
Socrate, en passant 926
Je suis né dans le vin 943
L’Immaculée Conception (Duns Scot) 950
Le Balzac de Rodin de Balzac de Rodin 955
« Folie », mère-écran 958
La main de Freud 968
D’où viennent les enfants 978
Bukowski, le Goya de Los Angeles 986
Aragon 989
Bataille en Dieu 993
Olympia 1002
La notion de mausolée dans le marxisme 1003
Les coulisses du stalinisme 1010
Révolte 1017
Tolérance 1019
De la guerre 1021
L’assomption du roman 1039
La guerre et la peste 1056
Comment aller au Paradis ? 1065
Femmes. Pourquoi un roman « réaliste » ? 1080
Histoire de femme 1095
Studio 1102
Embrasser 1105
*

[1Gallimard, Folio n° 2880.

[2Gallimard, Folio n° 3806.

[3Gallimard, Folio n° 5344.

[4Cf. Sollers le bookmaker : c’était, il y a dix ans, le titre d’un autre article de L’Express.

[8Gallimard, coll. Blanche.

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