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Sollers : « Benoît XVI, c’est le contraire d’une rockstar »

suivi de « Pour croire au « méchant » pape, il faut déjà avoir peur du grand méchant loup ! »

D 12 février 2013     A par A.G. - C 8 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ajout (15-02-13) : Benoît XVI : pour croire au « méchant » pape, il faut déjà avoir peur du grand méchant loup !
Ajout (16-02-13) : Démission du Pape, premier scoop en latin

L’annonce du Pape

traduite du latin au français par Radio Vatican

« Frères très chers, Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les oeuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière.

Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de Saint-Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié.

C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’évêque de Rome, successeur de Saint-Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire. »

Crédit : zenit.org

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Démission du Pape, premier scoop en latin

Les branchés du tweet peuvent être contents. À la seule condition qu’il n’en aient pas perdu leur... latin. Voici comment fut "décrypté", puis "révélé" le scoop.

"Le pape abandonne son pontificat". C’est l’agence de presse italienne, Ansa, qui en premier diffuse la nouvelle de la démission du pape, mardi à 11h46. Elle est reprise à 11h53 par l’Agence France Presse (AFP) : "Cité du Vatican, 11 février 2013 (AFP) - Le pape annonce sa démission à partir du 28 février (Ansa)". C’est un scoop mondial.

*

"C’est une revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes."

La décision de Benoît XVI de démissionner a été donnée en première mondiale par une journaliste de l’agence italienne Ansa, qui a su saisir les paroles cruciales et totalement inattendues du pape alors que celui-ci s’exprimait en latin. "Notre vaticaniste Giovanna Chirri était en train d’écouter le discours du pape devant le Consistoire", a expliqué à l’AFP le directeur de l’information de l’agence italienne de presse, Luigi Contu. "A un moment, il s’est arrêté de parler du Consistoire. Notre journaliste a compris qu’il disait qu’il était fatigué, que la pression était trop forte et qu’il allait arrêter."

Giovanna Chirri a aussitôt appelé le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, pour confirmer ces propos mais n’a pas réussi à le joindre immédiatement. C’est au moment où elle discutait avec sa rédaction-en-chef de l’opportunité de se fier à sa propre connaissance de la langue de Virgile que le père Lombardi l’a rappelée et a confirmé la nouvelle historique.

Celle-ci est tombée sur les fils d’Ansa à 11h46, reprise aussitôt par les agences du monde entier. "C’est une revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes", a commenté en souriant Luigi Contu.

Félicitée par ses collègues sur les réseaux sociaux, la journaliste a eu le triomphe modeste : "Le latin de Benoît XVI est très facile à comprendre", a-t-elle tweeté.

AFP

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« Benoît XVI, c’est le contraire d’une rockstar »

Philippe Sollers a été très touché par la démission du pape. Il explique pourquoi.

Etes-vous surpris par la démission de Benoît XVI ?

Il avait l’air extraordinairement fatigué, mais oui, bien sûr, c’est une énorme surprise. Je trouve ça très émouvant. C’est une décision historique. On ne va pas remonter au déluge, mais la démission d’un pape, en principe, ça ne se fait pas. Il doit aller au bout de ses forces.

C’est d’abord une grande leçon d’humanisme — et vous pouvez souligner trois fois le mot humanisme. Il ne veut pas réitérer l’interminable agonie de son prédécesseur. Il ne faut pas oublier qu’il était très proche de lui, et que Jean-Paul II est mort dans ses bras. Il a vécu cette agonie de très près, jusqu’au dernier soupir.

Benoît XVI, c’est le contraire d’une rockstar, il ne veut pas mourir sur scène comme l’a fait Jean-Paul II. Il veut échapper au spectacle de sa déchéance. Il refuse qu’elle soit transformée en spectacle.

Son passage au Vatican a été marqué par une série de faits divers...

L’histoire de son majordome l’a sans doute beaucoup affecté aussi, c’est vrai. Il a été gracié, on lui a dit d’aller vivre ailleurs. Mais être trahi par son majordome, quelle douleur !

Benoît XVI est un pudique. C’est un théologien, que voulez-vous. Et un très bon, je crois. Je ne suis pas théologien, vous non plus, mais enfin on sait reconnaître quelqu’un qui connaît la musique. Il va sans doute se consacrer à la prière... Il y aura bien sûr des ricanements : un nazi de moins, etc. Mais un pape qui démissionne, ça n’existe pas. C’est donc un moment important, attention.

En tout cas, l’annonce est très précise : « le 28 février à 20h », et pas à 19h59 ou 20h01, le siège de Saint-Pierre sera vacant. A partir de maintenant, l’élection de son successeur va polariser les regards du monde entier. C’est une grosse institution, tout de même. Ça concerne bien un milliard de personnes. On va donc tous guetter la fumée : fumée noire ? fumée blanche ?

Avez-vous des pronostics ?

C’est le Saint-Esprit qui décide ! Mais je verrais bien un Africain. Ç a serait un coup de génie. Un Chinois c’est encore trop tôt, et je n’ose pas vous dire que ça devrait être une femme. Donc, si je votais, je voterais pour un Africain. Ce serait un bon choix géopolitique. A moins que le Saint-Esprit ne fasse plus de géopolitique...

L’aviez-vous rencontré ?

Non, jamais. Je suis allé offrir mon livre sur Dante à Jean-Paul II en 2000 (« la Divine comédie »). Ça a donné une photo qui a affolé les sacristies. Mais le cardinal Ratzinger n’était pas à ses côtés ce jour-là.

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Philippe Sollers, Rome octobre 2000
L’Infini n°100 (automne 2007)

Diriez-vous que c’était un bon pape, indépendamment du fait qu’il jouait du piano pour se changer les idées ?

En effet, il a fait monter un piano dans son appartement au Vatican. Il existe des vidéos où on le voit jouer, et il joue du Mozart de façon très correcte. Ça me touche beaucoup. Un pape qui joue du Mozart peut-il être entièrement mauvais ?

Sinon, il était très pessimiste, très sombre sur l’avenir de l’Eglise. Il s’est bunkérisé en quelque sorte. Mais son livre sur Jésus, ça se lit. Comme plus personne ne sait de quoi il s’agit, même chez les catholiques, il en parle très humblement, et ça donne un bon polar. J’en avais rendu compte dans « le Nouvel Observateur », je l’avais lu sans me forcer, vraiment.

Que restera-t-il de lui ?

D’abord, évidemment, il restera comme le premier pape qui s’est arrêté. Ensuite, il a repris le commentaire fondamental. Et puis le choix de son nom de pape était intéressant : sans remonter aux Benoît du VIe siècle, il faut se souvenir que Benoît XIV était un pape très cultivé qui correspondait avec Voltaire, et à qui Voltaire a d’ailleurs dédié sa pièce « Mahomet », qu’on n’ose plus jouer nulle part.

Quant à Benoît XV, c’était un pape absolument fabuleux : il est mort de chagrin en 1921. Il était pape pendant la Première guerre mondiale, cette boucherie effroyable. Il avait prévenu que la rivalité entre les Français et les Allemands finirait très mal. Il est mort avec le sentiment de n’avoir pas été écouté, et qu’il y avait trop de sang [1].

Quel nom va prendre le successeur de Benoît XVI ? Ça aussi va être intéressant.

Propos recueillis par Grégoire Leménager, Le Nouvel Observateur du 11 février 2013.

*



Philippe Sollers répond à la grave question de Newsring : « Benoit XVI aura-t-il été un « méchant » pape ? » :

Pour croire au « méchant » pape, il faut déjà avoir peur du grand méchant loup !

Pour trouver que Benoît XVI a été un méchant pape, il faut avoir peur du grand méchant loup ! Et ainsi, lui donner une autorité considérable... Il faut donc, au préalable, y croire.

Or, franchement, avec un peu de distance, si l’on n’est pas catholique, je ne vois pas en quoi on a affaire à un si « méchant » personnage. Joseph Ratzinger est certes un pape controversé mais enfin, il ne faudrait, tout de même, pas oublier qu’il y a plus d’un milliard de catholiques dans le monde, et qu’en général, les Français se considèrent dans leur Hexagone comme propriétaires d’à-peu-près tout...

Propriétaires de l’Église catholique ? Mais enfin...

Chose intéressante, le président de la République décrète qu’il n’a pas de candidats pour le prochain conclave — intervention extravagante ! — ou alors quand madame Delaunay, la ministre des Personnes âgées et de l’Autonomie, s’étonne, ironique, de ne pas avoir été consultée sur la démission du Pape. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce que fait surgir le pape comme actualité : alors surtout n’allons pas parler de sexualité, de mariage pour tous, etc... Laissons ça, si vous le voulez, de côté...

C’est un « méchant », un « méchant pape » pour toute personne — encore une fois — qui lui accorde une importance exagérée. Mais, encore une fois, cela ne touche pas seulement l’Hexagone, mais le monde entier ! Sa démission reste un événement considérable — cela ne s’est pas fait depuis des siècles. Là, est tout le sel de toute cette affaire : fatigué comme il est, Benoît XVI a, tout de même, réussi à donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Et le prochain conclave s’annonce du coup du plus grand intérêt : Qui sera élu ? Est-ce que ce sera le Canadien ? L’Africain ? Va-t-on assister au retour des Italiens, etc... c’est de la pure géopolitique !

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La Une du 12 février

Nous avons affaire à une institution extraordinairement internationale. Ce qui rend d’autant plus frappant le fait que les Français voient tout à travers leur prisme : le Canard Enchaîné [2], sans oublier la Une très « caricature » de Libération — « Papus Interruptus » —, etc. Ce sont des réactions si provinciales [3] !

Le coup de l’édito de Demorand en latin est, à cet égard, tout à fait extraordinaire [4] ! Une sorte de « transfert », comme on dirait en psychanalyse. Le voilà qui s’exprime en latin... On voit très bien que cela lui a fait un effet bœuf ! Voilà... À mon sens, tout cela est trop. Trop de détestation, c’est trop d’amour !

On ne peut reprocher à un Pape... que d’être Pape

Forcément, un prêtre sera toujours trop conservateur — il est là pour ça, c’est son métier. Il n’est pas là pour le spectacle. La confusion vient du pontificat de Jean-Paul II, lui était une rock star. Là, avec Benoît XVI, vous avez affaire à un théologien, un gars sérieux qui se contente de mener à bien son boulot de souverain pontife. Sans fioritures. Un pape est et restera toujours trop conservateur aux yeux de gens qui veulent que tout bouge sans arrêt.

Que voulez-vous reprocher à un pape sinon qu’il est pape ! On peut aussi s’en foutre complètement ! Franchement, est-ce que cela a une réelle influence sur nos existences ? Pas du tout ! Qui cela gêne vraiment ?

Quand vous voyez qu’on avance dans tous les domaines : le mariage pour tous, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui, la technique s’améliore... Personne ne peut empêcher cette évolution de la société. Il y a des protestations en effet, elles sont locales et ne freinent pas la marche en avant. Les questions les plus essentielles sont ailleurs, dans les pays où en effet les catholiques sont persécutés. Il faut savoir regarder un peu la planète en mouvement...

« Débrouillez-vous ! »

Le problème, ce n’est pas de savoir si Benoît XVI a été méchant, mais d’envisager qui va être le suivant... Là vous avez un Canadien qui est polyglotte, deux Italiens intéressants, un Africain... moi je trouve qu’un Pape Africain ça serait très bien. Joseph Ratzinger, lui, a dit avec courage et lucidité : « Maintenant, débrouillez-vous ! »

C’est bien, cela remet tout à zéro : au lieu d’être un « Saint-Pierre », une sorte de tombeau, la papauté devient soudainement quelque chose de plus ouvert.

C’est une évidence, cela change irrémédiablement la donne.

Newsring, 14 février 2013

*


RAPPEL

Julia Kristeva à Assise

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Assise, 27 octobre 2011. Julia Kristeva et Benoît XVI.

Julia Kristeva sur Radio Vatican


le dialogue entre croyants et non-croyants

avant les rencontres d’Assise du 27 octobre

L’INTERVENTION DE JULIA KRISTEVA À ASSISE LE 27 OCTOBRE 2011

NOUVEAU : Julia Kristeva : "Benoît XVI a redonné de l’espoir à une Europe en crise", Avvenire 13 février 2013

Portfolio


[1Cf. de Benoît XV, sa lettre encyclique sur Dante (1921), publiée dans le n° 94 de L’Infini (Printemps 2006). Numéro où est inscrit en couverture, en lettres rouges et en chiffres romains : CXVIII, référence au nouveau calendrier établi par Nietzsche, le 30 septembre 1888, dans sa Loi contre le christianisme.

[2Le Canard Enchaîné du 13 février titre : « Benoît XVI se retire avant la fin : le pape dans la position du démissionnaire ».

[3Le lendemain, Libération fait sa Une avec ce titre : « Dieu démission ! »

[4L’édito était intitulé « Cogitatio » (Songe) et signé de « Nicolus Demorandus ».

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8 Messages

  • Michaël Nooij | 2 février 2016 - 16:54 1

    Sollers, sans nommer ses sources, insiste souvent sur le fait que le pape Benoît XVI joue du Mozart

    Voici le témoignage d’un garde suisse

    "Alors que certains le décrivent comme un homme austère, j’ai pour ma part le souvenir d’un être charismatique et chaleureux, et par ailleurs excellent musicien. Pendant la saison estivale, il se rendait dans sa résidence d’été à Castel Gandolfo où j’ai eu l’occasion d’être sentinelle. Chaque soir avant de s’endormir, le pape jouait du piano avec les fenêtres ouvertes. Le temps s’arrêtait alors pour mes camarades et moi. Nous nous asseyions sur un banc pour écouter ce récital exécuté par le Saint-Père en personne."

    source : http://benoit-et-moi.fr/2016/benot-xvi/jai-servi-benoit-xvi-a-rome.html


  • A.G. | 21 juin 2013 - 11:44 2

    Le chemin de croix de Benoît XVI

    Arte, 18 juin. Rediffusion le 5 juillet à , 9h55.

    Le pape aurait-il menti ? Pour justifier sa démission intervenue le 28 février dernier, Benoît XVI a mis en avant une vieillesse de plus en plus incapacitante. Nombre de connaisseurs du Saint-Siège assurent que le successeur de Jean-Paul II aurait surtout cédé à des pressions liées aux différents scandales qui ont écorné la réputation du Vatican ces dernières années : pédophilie, corruption, etc. Mais l’un des coups les plus rudes pour l’institution ces derniers mois fut la sortie en 2012 de "Sa Sainteté", la nouvelle enquête du journaliste italien Gianluigi Nuzzi. Surnommé "Vatileaks" grâce aux documents internes qu’il révélait, le livre détaillait les rivalités féroces et les luttes pour le pouvoir au sein de la Curie romaine.

    (Italie, 2013, 60mn)

    A voir ou à revoir sur arte.tv.

    *

    "Le chemin de croix de Benoît XVI" : enquête sur une démission

    Le geste révolutionnaire accompli par Benoît XVI en démissionnant le 28 février dernier était-il prémédité ? C’est la théorie de Gianluigi Nuzzi, le journaliste par qui l’affaire du « Vatileaks » a éclaté en 2012. Dans ce documentaire au style efficace, le reporter italien est avantageusement mis en scène, avec la voix française de Bruce Willis et une inquiétante musique empruntée à la série « Dexter ». Il retrace ici les grandes lignes du pontificat de Joseph Ratzinger, qu’il décrit assez justement comme un long « chemin de croix ». Il reprend en cela l’hypothèse déjà évoquée à l’annonce de son renoncement, selon laquelle sa décision daterait en réalité de 2009, cette annus horribilis durant laquelle la crise de l’Eglise est à son comble.

    En avril 2009 en effet, Benoît XVI, en visite dans la province de l’Aquila dévastée par un tremblement de terre, fait le geste de recouvrir de son étole la tombe de Célestin V, le dernier pape avant lui à avoir démissionné de sa propre volonté. Puis, dans son livre d’entretien « Lumière du monde », paru en 2010, il écrit cette phrase prémonitoire : « Quand un pape n’a plus la force de s’acquitter de sa tâche, il a le droit et même le devoir de se retirer. »

    Voulait-il d’ailleurs être pape ? Cadeau empoisonné, son élection lui tombe dessus comme « le couperet de la guillotine », dit-il. En plus de devoir succéder au charismatique Jean-Paul II, il sait qu’il hérite des dossiers brûlants laissés en suspens par son prédécesseur. Aux premiers rangs desquels la question des prêtres pédophiles et celle de l’argent sale au sein de la banque du Vatican.

    Du début à la fin de son pontificat, le cardinal Ratzinger dénoncera vigoureusement cette « souillure » qui « défigure le visage de l’Eglise », mais se heurtera à de puissantes résistances internes. Benoît XVI n’a de toute évidence pas renoncé à sa charge en raison de sa seule fatigue, ni même de ses propres faux pas (discours de Ratisbonne, réintégration du négationniste Williamson, préservatif en Afrique). Joseph Alois Ratzinger, un martyr de l’Eglise ?

    Marie Lemonnier, teleobs.


  • A.G. | 1er mars 2013 - 10:53 3

    Italie

    L’Italie politique s’effondre, déstabilise l’Europe, les marchés financiers accusent le coup, l’Espagne crie, le pape s’en va. Est-ce à cause d’un "lobby gay", comme les médias ont envie de le croire ? Pour l’esprit du temps, toutes les religions sont respectables, sauf une : la catholique, c’est-à -dire l’universelle, imbibée de sexe jusqu’à l’os. C’est sa faiblesse, mais aussi sa force : elle fait fantasmer à n’en plus finir. J’en vois même qui reprochent au pape sa démission. Pour ces hypocrites, Benoà®t XVI devait se conduire en martyr, et sa renonciation serait le signe d’une "défaite catholique". N’importe quoi.

    Pape

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    Joseph Zen Ze-kiun.
    Nommé cardinal par Benoît XVI le 24 mars 2006.

    Comme dit Pascal (déjà  !), "la vérité est si obscurcie en ce temps, et le mensonge si établi, qu’à moins que d’aimer la vérité on ne saurait la connaà®tre." La vérité, la voici, publiée par le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong : "Benoà®t XVI est un grand pape, un homme amoureux de la vérité... Il a toujours tenu la barre pour tenir le cap selon la vérité. Cela est sa contribution à la culture mondiale, et aussi à la Chine. Ce pape a fait pour la Chine ce qu’il n’a fait pour aucun autre pays : à aucune autre église particulière il n’a écrit une lettre spécifique, aucun pays n’a une commission spéciale issue des deux plus importants dicastères du Saint-Siège, d’une trentaine de membres, qui lui soit dédiée." Vous avez compris la suite : les directives de Benoà®t XVI n’ont pas été suivies par le Vatican, c’est-à -dire par des "conseillers" intérieurs ou extérieurs. C’est, de loin, ce que j’ai lu de plus important sur un sujet qui n’intéresse personne, puisqu’il n’est pas "sexuel".

    lepoint.fr du 01-03-13.


  • A.G. | 22 février 2013 - 09:45 4

    Rome-Roman-Borgia-Salut l’artiste...

    Rome

    Tous les regards sont déjà tournés vers Rome, et les spéculations sur le prochain pape se multiplient. Retour des Italiens (le plus probable) ? Un Canadien polyglotte ? Un Philippin ? Un Sud-Américain ? Un Africain ? Pour les Français, on le voit, l’Afrique est en train de devenir un fantôme cruel. A force de cogner, dans l’Hexagone, et depuis deux siècles, contre l’église catholique, nos laà¯cards rationalistes découvrent peut-être que l’islam est un sérieux problème envahissant. Plutôt La Mecque que Rome ? C’est une vieille histoire qui n’a pas dit son dernier mot. Les terroristes du Niger massacrent allègrement tout ce qui est "chrétien". Espérons simplement que tous les otages français seront libérés.

    Roman

    Il va y avoir un magnifique roman à écrire : Les derniers jours de Benoà®t XVI. Mais que raconter sur l’absence, le silence, la méditation, la prière ? Et que dirait le pape s’il parlait ? Il ne dira rien, situation éminemment romanesque. Encore heureux si, comme dans Le parrain, on ne lui sert pas, un soir, une tisane empoisonnée. Il va être là , en tout cas, au coeur du Vatican, grande ombre blanche, et il priera, quel qu’il soit, pour son successeur.

    Borgia

    Je vous conseille vivement un livre : Correspondance des Borgia. Lettres et documents (Mercure de France). Les Borgia ! Un pape explosif ! Machiavel à la manoeuvre ! Voyez ce laissez-passer de César Borgia à Léonard de Vinci, daté du 18 aoà »t 1502 : "Nous ordonnons et commandons qu’à notre excellent et très-cher familier, architecte et ingénieur général Léonard de Vinci soit partout accordé un passage libre de tous droits pour lui et les siens, et un accueil amical, et qu’on le laisse voir, mesurer, et estimer justement autant qu’il le voudra... Et que personne ne songe à faire le contraire, dans la mesure o๠il tient à ne pas encourir notre indignation." Voilà qui est parler ! Salut l’artiste !

    lepoint.fr, 22-02-13

    *

    Der antichrist {GIF}

    César Borgia, pape...

    « César Borgia, pape... » comme dit Nietzsche dans Der Antichrist. Après avoir vitupéré le christianisme et les Allemands qui nous auraient « frustrés de la moisson de la culture antique et, plus tard de la culture islamique.  », Nietzsche écrit :

    « Les Allemands ont frustré l’Europe de la dernière grande moisson de culture que l’Europe aurait dà » engranger : la Renaissance. Comprendra-t-on un jour, voudra-t-on enfin comprendre, ce qu’était la Renaissance ? L’inversion des valeurs chrétiennes : une tentative, entreprise avec tous les moyens, avec tous les instincts, avec tout le génie possible, pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. Il n’y a eu jusqu’à présent qu’une grande guerre, celle-là  ; il n’y a pas eu question plus cruciale que celle que posait la Renaissance - ma question est celle-là même qu’elle posait. — Il n’y a jamais eu non plus d’attaque plus systématique, plus directe, plus sévère, mieux dirigée vers le coeur de l’adversaire sur toute l’étendue du front ! Attaquer à l’endroit le plus sensible, au siège même de la chrétienté, y placer sur le trône les valeurs aristocratiques, je veux dire les faire pénétrer au coeur des instincts, des besoins et des désirs élémentaires de ceux qui occupaient le trône... Je vois, devant moi, une possibilité d’un éclat magique, coloré, surnaturel : il me semble qu’elle resplendit dans les frémissements d’une beauté raffinée, qu’elle met en oeuvre un art si divin, si diaboliquement divin que l’on chercherait en vain pendant des millénaires semblables occasions : je vois un spectacle d’un sens si profond et si paradoxal à la fois, que tous les dieux de l’Olympe y auraient trouvé l’occasion d’un rire immortel — César Borgia, pape... Me comprend-on ? Eh bien, c’est cela qui aurait été la victoire que je suis aujourd’hui seul à réclamer : c’était le christianisme aboli ! — Or, qu’advint-il ? Un moine allemand, Luther, vint à Rome. Ce moine, avec au corps tous les instincts vindicatifs d’un prêtre manqué, se révolta, à Rome, contre la Renaissance... Au lieu de comprendre, avec une profonde gratitude, le prodigieux évènement qui s’était produit, le triomphe remporté sur le christianisme, en son centre même — seule sa haine sut se nourrir à ce spectacle. Un homme religieux ne pense qu’à lui-même. Luther vit la corruption de la papauté, alors que c’est le contraire qui crevait les yeux : l’ancienne corruption, le peccatum originale, le christianisme ne siégeait plus sur le trône du pape ! C’était la vie qui y trônait ! Le triomphe de la vie ! Le grand oui à toutes les choses élevées, belles, hardies ! Et Luther restaura l’Eglise : il l’attaqua. Il fit de la Renaissance un évènement dépourvu de sens, un évènement pour rien. Ah, ces Allemands ! [...] Ils ont aussi sur la conscience l’espèce la plus malpropre de christianisme qui soit, la plus incurable, la moins facile à réfuter, le protestantisme...  »(L’Antichrist, Folio, p.86-87, traduction Jean-Claude Hémery. C’est Nietzsche qui souligne.)
    *


  • A.G. | 15 février 2013 - 14:04 5

    Philippe Sollers répond à la grave question de Newsring : Benoit XVI aura-t-il été un « méchant » pape ? :
    Pour croire au « méchant » pape, il faut déjà avoir peur du grand méchant loup !.


  • A.G. | 15 février 2013 - 12:19 6

    Ce n’est pas dans Libé, Le Nouvel Obs, le Monde, Le Canard, encore moins L’Express ou Charlie Hebdo, mais dans La Croix, que vous aurez le plus d’informations sur le testament spirituel de Benoît XVI. Intéressant aussi, qu’on soit "croyant" ou pas, L’ultime leçon du pape sur Vatican II.

    Le pape et la société du spectacle

    « Benoît XVI, nous dit La Croix, s’est livré à une analyse du "concile des médias", du "concile des journalistes", qu’il a qualifié de "concile virtuel" obéissant à une "herméneutique politique", en opposition au "concile réel". "Pour les médias, le concile était une lutte de pouvoirs." Et donc, ils ont "pris position pour une partie qui parlait à leur monde  : la décentralisation de l’Église, le peuple de Dieu compris comme peuple de laïcs, le pouvoir des évêques face à la souveraineté populaire, etc..." Sans oublier "la liturgie comprise non comme acte de la foi, mais comme une activité de la communauté profane.".
    Et Benoît XVI s’est donc opposé à "cette traduction banalisante de l’idée du concile, dans la praxis de l’application de la réforme liturgique, en dehors de la clé de la foi." Et le pape s’est véritablement désolé  : "Nous savons comment ce concile des médias, accessibles à tous, dominant, a créé tant de calamités, de problèmes  : des séminaires et des couvents fermés, etc..." Il a conclu "Le concile virtuel a été plus fort que le concile réel. 50 ans après, apparaît notre propre devoir issu du concile réel, que ce concile-là vrai puisse véritablement renouveler l’Église"... »

    Cela attira jadis l’attention de quelques-uns (cf. Requiem pour le catholicisme et Vatican II : l’effet de la cure par Philippe Sollers). «  Le problème de l’évaluation du temps à partir de la Seconde Guerre mondiale est encore en cours. », ça continue.

    Finissons en beauté.

    Péché

    « J’insiste : un pape, à la différence de toutes les autres religions, est tenu de croire en Dieu sous la forme d’une incarnation humaine historiquement située. La Vierge Marie s’en charge, dans une procréation spirituellement assistée. Mais cette Marie a elle-même une mère, Anne, qui a conçu sa fille "sans péché", c’est-à-dire en dehors du péché originel. C’est quoi, "le péché originel" ? La sexualité ? Mais non, le calcul. Le Diable est la négation du gratuit, l’appropriation indue, le profit. Ce n’est pas pour rien que le dogme de l’Immaculée Conception a été défini comme "ineffable", c’est-à-dire au-delà de toute expression et de toute évaluation. Si vous voulez en avoir une idée, allez au Louvre, et restez quelques instants devant le tableau de Léonard de Vinci, La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne. Si, devant cette douceur bouleversante, vous ne devenez pas sur le champ catholique, je ne peux plus rien pour vous. » (Ph. Sollers, lepoint.fr du 15 février. Je souligne)

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    Léonard de Vinci, 1508-1510
    Huile sur bois, 168 cm × 130 cm. Le Louvre.


  • jpw | 12 février 2013 - 23:10 7

    Prométhéen !
    C’est peu de dire que la démission du Pape est un moment de pur bonheur. Non pas parce que Benoît XVI quitte la fonction, on ne peut souhaiter le départ d’un Pape qui écrit aussi bien sur l’eros, le corps et l’âme (c’est ici), mais parce que cet acte est une bouquet d’ambivalences et de subtilités. Tout d’abord, il est amusant de percevoir l’embarras de ceux qui pensent que le Pape doit se soumettre à Dieu et aliène sa personne à la fonction et en même temps font leur le dogme de l’infaillibilité pontificale. Pour eux, le geste est une contradiction insoluble. Ensuite, on peut sourire également de l’humilité contenue dans le geste, celui qui renonce aux honneurs et se retire, mais aussi le formidable orgueil dont il est porteur : j’ai regardé Dieu dans les yeux, et j’ai choisi de reprendre ma liberté !
    Et s’agissant de liberté, il est désormais impossible à quiconque d’expliquer que sa démission a été refusée. On pourra lui répondre en rigolant que même Dieu ne peut rien devant celui qui veut vraiment démissionner. Mais le plus important est sans doute la démonstration que la volonté peut faire son lit de la nature, ou de ce qui se prétend tel. Toute la tradition, sinon la règle canonique, s’opposeait à la démission du Pape. Et pourtant, son geste, celui qui met la liberté de l’homme avant l’ordre établi, s’impose. S’il avait voulu fournir un argument en faveur du mariage entre personne de même sexe, le Pape n’aurait pu trouver meilleure démonstration. Benoît XVI démissionnant, c’est Prométhée qui offre le feu aux hommes et sa bénédiction à tous les affranchis. Amen !

    Voir en ligne : http://willemsconsultants.hautetfor...


  • A.G. | 12 février 2013 - 18:29 8

    Benoît XVI a posé un lapin

    Le psychanalyste Jacques-Alain Miller attendait du pape qu’il se montre increvable, meure dans ses bottes et regonfle l’imago du père. Il le dit avec humour sur lepoint.fr. Conclusion quand même : « Ce que fait le Vieux est bien fait. » Science avec patience donc !