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Vous BHL, parlez de la « détresse » de Sollers

BHL sur Philippe Sollers

D 10 mars 2006     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Vous [Bernard-Henri Lévy] parlez dans Comédie, de la « détresse » de Sollers. Précisez.

« Sollers ? Ce fragment de Comédie est clair, il me semble. Il dit que la catégorie fondamentale de l’époque n’est pas le zapping mais la redite, non pas l’amnésie mais l’hypermnésie. Il dit : nous vivons un âge paresseux ; une fois qu’il a enregistré une image, il ne veut surtout pas en démordre ; une fois qu’il a enregistré un son, c’est le même son qu’il veut entendre, encore et toujours, à l’infini. Il dit, encore, que la loi du temps c’est cette stupeur de l’entendement, cet engorgement de la faculté d’oubli que Nietzsche, encore lui ! appelait le ressentiment. Et il dit enfin que cela vaut, plus que pour quiconque, dans le cas des écrivains : qu’un grand écrivain surgisse, qu’il s’engage dans une aventure d’écriture et de vie ultra-singulière, qu’il oppose à ce temps répétitif, visqueux, le mouvement d’une énergie qui, aveugle ou pas, le fait devenir, à chaque instant, autre que celui qu’il est, et alors l’époque s’affole et va tout faire, ou presque, pour l’étouffer sous les clichés.

J’ai connu Sollers en 1977. C’était, il me semble, une de ses périodes les plus productives (écriture de Paradis, probablement Femmes en chantier). Or ce fut aussi sa période la plus silencieuse (il n’avait rien publié depuis quatre ans, il n’allait rien publier pendant encore quatre ans). Et le souvenir que j’ai de lui, à ce moment là, est bien celui d’un joueur inquiet, aux aguets, convaincu, à tort ou à raison, d’être cerné par une malveillance quasi générale, rattrapé, dès qu’il paraissait, par son propre stéréotype et engagé dans une lutte à mort avec l’époque. Le temps a passé, là aussi. On a peine a imaginer cela, quand on songe au Sollers triomphant d’aujourd’hui. Et pourtant ! Voilà ce que j’entends quand je parle de la « détresse » de Sollers. »

Bernard-Henri Lévy , in Récidives, Grasset, 2004, p 68 (Nouvelles réponses à l’Infini, Gallimard, 1998)


Illustration : Figaro Magazine. Retour victorieux de la campagne d’Amérique, 4 mars 2006. BHL pose sur la table recouverte du drapeau américain, trophée de guerre.

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2 Messages

  • D. | 2 août 2007 - 13:11 1

    Ils sont brillament racontés, interprétés (on pourrait dire presque, sauvés, ou lavés) par Philippe Muray dans son essai sur le XIXe siècle (à travers les âges) : son voyage en Belgique, sa découverte du baroque, son fameux Crénom.


  • anonyme | 1er août 2007 - 16:47 2

    bhl a ecrit un livre sur les derniers jours de Charles Baudelaire

    tres bon livre