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A propos de « La chasse spirituelle » attribuée à Arthur Rimbaud (II)

D 6 décembre 2012     A par A.G. - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ajout du 30-12-12 : Jean-Jacques Lefrère maintient le suspense (France Musique, 18-12-12)

J’ai donc acheté le livre de Jean-Jacques Lefrère le 5 décembre chez mon libraire, le seul exemplaire disponible était encore dans la caisse des arrivées du jour. Et je l’ai lu.

Bibliobs en titrant le 21 novembre « Et si le plus célèbre des faux Rimbaud était... un vrai Rimbaud ? », L’Express en s’interrogeant, par la plume du « beau Jérôme Dupuis », le 26 novembre (Mais qui est l’auteur du faux Rimbaud ?) m’avaient alléché (ça, c’est de la pub !). Alors, La chasse spirituelle ? De Rimbaud ? Un vrai ? Un faux ? Un vrai-faux ? Un faux-vrai ? Un faux-faux ? Qu’en est-il ? C’est donc avec avidité que j’ai acheté le « célèbre » et si discuté texte d’Arthur Rimbaud La chasse spirituelle , comme l’ont sans doute fait, en quelques jours, les lecteurs du Mercure de France en mai 1949.

Sur la page de couverture, en grosses lettres rouges : Arthur Rimbaud. Puis, le titre : LA CHASSE SPIRITUELLE. En quatrième de couverture, un texte manuscrit, celui reproduit au début de mon article précédent, où le lecteur qui possède les Illuminations, L’œuvre manuscrite (Bibliothèque de l’Image, 1998), croit reconnaître l’écriture de Rimbaud (la longue barre des t, la forme des d, etc...) [1].

Sous le titre, en petits caractères noirs, en italiques : Postface de Jean-Jacques Lefrère .

Le livre publié aujourd’hui aux Editions Léo Scheer est un essai de 445 pages, pas moins.

Il est composé de trois parties de dimensions inégales : La chasse spirituelle (p. 9 à 16). C’est le texte attribué à Rimbaud, déjà publié en 1949 au moment de « l’affaire ». Peu de différences, à l’exception de quelques signes de ponctuation et un certain nombre de phrases mises en italiques. C’est la version courte, celle déjà publiée par le Mercure de France, c’est-à-dire sans la sixième partie ajoutée par Nicolas Bataille et Akakia Viala en juin 1949, appelée Amours bâtardes (que Lefrère reproduit p. 189-192). C’est logique : cette partie était, dès l’époque, déclarée comme un pastiche.

La dernière partie du livre (p. 283 à la fin) est un recueil de tous les « pastiches, parodies, imitations, écrits attribués et contrefaçons » de Rimbaud, publiés de 1886 (à l’insu de Rimbaud, encore vivant) à... 2010. Avec la mention de leurs auteurs véritables. Il y a là de vraies petites perles. J.-J. Lefrère l’a appelé La pêche spirituelle.

La « postface » compose la partie centrale du livre. C’est évidemment la plus intéressante. Celle sur laquelle tout lecteur va se précipiter pour découvrir — enfin ! — la « vérité » sur La chasse spirituelle (vrai Rimbaud ? faux Rimbaud ? etc...).

Jean-Jacques Lefrère, avec les talents de bénédictin qu’on lui connaît (ou de détective, comme vous voudrez), y relate, au jour le jour, de « ce jour de novembre 1872 » où Verlaine mentionne, pour la première fois, « un manuscrit sous pli cacheté, intitulé La Chasse spirituelle par Arthur Rimbaud » (Lefrère ne voit aucune raison de mettre en doute l’existence du texte et du manuscrit à partir de cette citation de Verlaine qui est le point de départ de toutes les spéculations [2]), au... 30 janvier 1998, date à laquelle Maurice Nadeau, l’une des grandes « victimes » de l’« affaire » de mai 1949, confie, dignement, qu’il en a été « le jobard ».

La partie essentielle de la postface concerne l’affaire qui éclata en mai 1949 et ses conséquences durables. Elle se lit comme un polar. Les documents sont innombrables (articles, lettres) qui montrent la lutte qui opposa pendant de longs mois les « chasseurs » et les « anti-chasseurs ». A la lecture de ces documents, on voit s’animer tout un petit monde composé d’écrivains (peu d’ailleurs, et plutôt discrets, excepté Breton, à la pointe du combat), de critiques (Pascal Pia, Maurice Saillet, Maurice Nadeau, Bertrand d’Astorg, tant d’autres...), de journalistes (en France et à l’étranger, Le Figaro contre Combat, mais aussi, Arts, Les Lettres françaises, Action, La Gazette littéraire, j’en passe...), des libraires (le crucial Billot, Matarasso, Gheerbrant/La Hune), des acteurs (Nicolas Bataille), des bibliothécaires (Akakia Viala), un sous-bibliothécaire/typographe (François Caradec), des éditeurs (le Mercure, mais aussi, furtivement, Gaston Gallimard !), des pataphysiciens (Peillet), des susceptibles, des enthousiastes, des imprudents (François Mauriac, sauvé in extremis !), des prudents (Bouillane de Lacoste), des détachés, des pince-sans-rire, des courroucés, des juges improvisés, des blessés, une brasserie (Lipp) où se tient, le 24 mai 1949, « une rencontre — plus qu’importante : décisive », et des bières [3]. Certains ne s’en relèveront pas. L’arrière-plan politique (avec de curieuses alliances), parfois sexuel, n’est jamais loin, les rôles sont incertains. Souvent la confusion règne. Qui a fait quoi, qui a dit quoi ? Qui a fait dire quoi et à qui ? Dans quel but ? Qui a lu, vraiment lu ?

Comme dans tout bon polar, Jean-Jacques Lefrère accumule les indices, les preuves, les démentis, les fausses pistes, les témoignages, les contre-témoignages, ménage le suspens. On avance, on revient en arrière. On finit par s’y perdre. Qui a manipulé qui, et pourquoi ? Où l’enquêteur lui-même nous mène-t-il ? Le sait-il lui-même ?

Arrivé à la page 274, on croit toucher au but. La vérité, enfin ? Ce « Rimbaud », vrai ou faux ? Et ce manuscrit, a-t-il existé ? Où se cache-t-il ? Et le cache-t-on (il doit valoir cher) ?

Un dernier espoir ? Un dernier leurre ? Page 275 :

« Dans Le Figaro du 22 février 1999, Nicolas Bataille, qui venait de mettre en scène au Théâtre de La Huchette L’Heure verte de Roger Défossez — une évocation de la vie de Verlaine, dans laquelle le souvenir de Rimbaud était au premier plan —, confiait à une journaliste, Marion Thébaud, qu’avant de composer son faux, il avait « pris connaissance d’un manuscrit, La Chasse spirituelle, qui était inachevé » ! Si l’on pouvait être sûr que la journaliste n’a pas compris de travers... « Ce serait curieux que Bataille reconnaisse ce que Saillet a toujours soutenu », nous écrivait François Caradec [4] dès le lendemain, en joignant la coupure de presse à sa lettre. »

Coup de théâtre ? Nicolas Bataille, comédien et metteur en scène confirmé, cinquante après les faits, a-t-il réellement tenu ces propos (il ne mentionne pas ce manuscrit dans l’entretien qu’il donna au Magazine littéraire, en février 1973 [5], ni dans son témoignage enregistré en 1991, Comment j’ai fait un faux Rimbaud.) ? Les a-t-on vérifiés auprès de la journaliste ? Pourquoi personne, à ce sujet, ne semble avoir interpellé Bataille (mort en 2008) ? Nouveaux mystères.

Vous refermez le livre. Vous regardez à nouveau le manuscrit reproduit en quatrième de couverture. D’où vient-il ? Vrai Rimbaud ? Faux Rimbaud ? Etc... Vous n’en savez pas plus. Une fois de plus, Jean-Jacques Lefrère nous a « emballé » (à tous les sens du terme). L’éditeur (cher Léo) a réussi son coup.

*

Post-scriptum :

C’est « la vraie fin » de la postface qui ne conclut pas. J.-J. Lefrère y « réhabilite » Maurice Nadeau (p. 278) :

Maurice Nadeau a encore bon pied bon œil au moment où nous écrivons ces lignes. En 1990, dans son livre Grâces leur soient rendues, il a évoqué l’histoire de La Chasse spirituelle :
Je me suis porté au premier rang dans cette affaire, j’ai donc à subir les coups, m’efforcer de les rendre en évoquant des mystères que j’ignore moi-même. Les plus rudes me sont assénés par André Breton. Je veux négliger le témoignage d’Emmanuel Peillet [6] présent lors de ma lecture chez Adrienne et qui m’écrit : « Défendez-vous ! j’étais là, je suis prêt à dire que vous n’étiez qu’à moitié convaincu. » À quoi bon ? Vais-je confesser, sans preuve certaine, qu’en effet je me suis trompé ? Et, surtout, vais-je lâcher mes amis ?

Ce témoignage de Peillet en sa faveur, Nadeau a toujours refusé d’en faire état publiquement. Le 25 janvier 1998, Caradec l’interrogea à ce sujet :

Ce petit mot pour vous entretenir d’un projet, et vous laisser le temps d’y réfléchir avant de vous rencontrer. Je ne voudrais pas quitter cette vallée de larves avant d’avoir écrit clairement ce que je sais de l’aventure survenue à deux amis perdus, Pascal Pia et Mautice Saillet, et à laquelle vous avez été mêlé, puisqu’il s’agit de la Chasse Spirituelle, et moi aussi puisque j’étais bibliothécaire à l’IDHEC en même temps qu’Akakia Viala. Ceci essentiellement pour dire à ceux qui ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir, qui était visé et qui s’est cru visé, mais aussi pour montrer l’importance, presque l’encombrement, de Rimbaud dans les années d’après-guerre, et jusqu’à l’origine rimbaldienne du Collège de ’Pataphysique. Vous m’aviez dit un jour que vous aviez reçu une lettre d’Emmanuel Peillet au sujet de la Chasse. Pourrais-je la voir — car le lien entre Peillet et Saillet, c’est Rimbaud et toujours Rimbaud, et cette lettre devrait éclairer les débuts mal connus du Collège. J’aurais pu vous dire cela au téléphone, mais j’ai voulu vous laisser le temps de la réflexion. Car je peux aussi laisser tomber, si ces souvenirs vous agacent. [...]

La réponse de Nadeau est datée du 30 janvier :

Cher Caradec,
Je sais, j’ai été le jobard. Mais jobard avec Pia, Saillet, Adrienne Monnier, Sylvestre de Sacy, cela ne fait pas une mauvaise compagnie. Et je me suis consolé de l’aventure, même s’il y a toujours un Matignon (Bernard ou Renaud, je ne sais plus [7]), pour la rappeler aux lecteurs du Figaro.
Pour vous dire que, votre projet, du moment que c’est le vôtre, je l’approuve.
L’embêtant, c’est que la lettre de Peillet — vous comprenez que je m’en souvienne —, je ne sais plus où je l’ai fourrée. J’aurais de l’ordre, je la retrouverais, mais voilà...
Ce qu’elle disait n’avait pas de rapport direct avec Saillet (tiens, au fait, j’ai reçu, à l’époque, une iconographie de Rimbaud de la part de Peillet, à publier je pense), mais peut-être en effet quelque rapport tout de même. Peillet me disait, en substance — j’avais dû dire après qu’Adrienne Monnier m’eût montré le manuscrit : « en tout cas, c’est bien imité », ou quelque chose de ce genre — maintenant c’est Peillet qui parle : « vous n’aviez pas tellement l’air d’y croire » (en substance, je ne garantis pas les termes). Ma bêtise est de n’avoir pas excipé de cette lettre pour tirer tant soit peu mon épingle du jeu, mais je n’avais pas envie de la tirer, cette épingle, pour les motifs que vous devinez.

Lefrère conclut ainsi :

L’épisode de La Chasse spirituelle n’a rien d’une mystification plaisante. Il est même, par ses enjeux comme par ses conséquences, assez tragique. Cette blague qui a mal tourné, dont les auteurs ont fait beaucoup plus de dégâts qu’ils ne l’avaient envisagé, est assurément l’histoire d’un malentendu, d’une erreur, d’une bataille, qui a eu ses vainqueurs et ses perdants. Elle est aussi, pour le dernier survivant, celle d’une fidélité à des amitiés — une fidélité qui dure, par-delà la mort, depuis soixante années.

Double hommage à l’amitié. Mais aussi, souvenirs confus, propos de pataphysiciens ; lettre citée, mais lettre... égarée. Lettre volée ?

Là on se dit que le détective Lefrère, qui n’a pas trop confiance dans la police (fût-elle universitaire [8]), semble nous inciter, pour y voir clair, à chausser les lunettes du chevalier Auguste Dupin.

« Je sais qu’ils sont deux frères, et ils se sont fait tous deux une réputation dans les lettres. » (Edgar Poe) [9]

*

Et maintenant relisez, dans A propos de « La chasse spirituelle » attribuée à Arthur Rimbaud (I) ARCHIVES : L’AFFAIRE RIMBAUD.

*

PS bis : J’ai reçu ce mail qui ne manque pas d’humour :

Le 9 déc. 12 à 20:12, akakia.viala a écrit :

Cher Albert,

mon message est passé. Merci, si c’est grâce à toi. Dis-donc tu es vraiment fort. Lire le livre (assez pénible) et faire ce magnifique article le lendemain c’est fabuleux. A moins que le cher Léo t’ait confié le livre avant la sortie les deux dossiers ayant été soigneusement préparés avant... Ce n’est qu’une hypothèse. En tout cas grâce à toi c’est la ruée. Le livre est devenu introuvable comme tu le remarques. Une immense polémique se prépare dans la presse pire qu’en 1949 ! Tout le monde se demande où est le manuscrit. Caché chez un collectionneur jaloux. (un collectionneur est toujours jaloux !)
Ton dossier, le premier surtout, est du travail de vrai pro. Si tu l’a fais seul, chapeau ! On ne trouvait pas ma Chasse sur le net, c’est fait. L’enregistrement de mon copain Nicolas, les illustrations, la présentation, les liens judicieux etc. Finalement c’est franchement mieux que le livre. C’est une trouvaille d’avoir mis la pub pour Jeancolas.

Toutes mes félicitations,

Akakia

La vraie Akakia étant décédée, je ne sais si tu es la soeur ou le frère, mais merci « Akakia »... A.G.

*

Jean-Jacques Lefrère

Jean-Jacques Lefrère est docteur en médecine de l’université Paris Descartes, spécialisé en hématologie. Chercheur à l’hôpital Saint-Antoine, il est médecin hématologue au CHU d’Amiens et à l’Institut national de transfusion sanguine. Ses recherches portent sur les agents pathogènes transmissibles par le sang, notamment les prions, et donc sur la transfusion. C’est à ce titre qu’il dirige une unité de recherche à l’Institut national de transfusion sanguine.
Parallèlement à cette carrière de chercheur et d’enseignant, il consacre ses loisirs à l’histoire littéraire, et l’histoire des représentations en général. Il a consacré de nombreux travaux à l’histoire de la transfusion et à son iconographie, ainsi que, du côté littéraire, à différents auteurs de la fin du XIXe siècle français. Parmi les plus connus, Arthur Rimbaud et Lautréamont, sur lesquels il a écrit des biographies sans concessions, minutieusement documentées. Ses enquêtes de terrain (jusqu’à Aden sur les traces de Rimbaud) lui permettent d’exhumer de nombreux documents inédits dont la seule photo connue d’Isidore Ducasse, dit Lautréamont.

Dernier entretien radiophonique le 25 avril 2012 :
cette fois, J.-J. Lefrère, tout en nous parlant de ses centres d’intérêt multiples, nous fait partager ses goûts musicaux.


Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

Crédit : Les traverses du temps

*


J.-J. Lefrère maintient le suspense

France Musique, 18-12-12.


Jean-Jacques Lefrere - la Matinale - 18/12/12 par francemusique

*

[2« Ce jour de novembre » : Lefrère n’en précise pas la date. On se souvient qu’elle donna lieu à polémique il y a quelques années. Cf. Jacques Bienvenu, La Chasse spirituelle dans les éditions de la correspondance de Verlaine et de Rimbaud. Note du 11-12-12.

[3Il y eut aussi des parodies de l’affaire de La chasse spirituelle. Ainsi celle, très drôle, du « vrai faux manuscrit de Platon, rédigé par Diogène Laërce », publiée le 4 juin dans Le Rassemblement, feuille gaulliste (p. 176-178).

[4François Caradec a toujours assumé le fait d’avoir cru en la véracité de La chasse spirituelle. Cf. L’affaire de « La Chasse spirituelle ».

[5Une supercherie : la Chasse spirituelle, entretien avec Emmanuel de Roux. Magazine littéraire, n° 73.

[6Emmanuel Peillet (1914-1973), fondateur du Collège de ’pataphysique en 1950 et membre de l’Oulipo, était enseignant à Reims. Il aurait demandé à ses élèves, dont Jean Baudrillard, de confectionner une « seconde » Chasse spirituelle, nous dit J.-J. Lefrère (p. 161). Demi-révélation puisque... Léo Scheer lui-même l’affirmait en juillet 2007, ajoutant sur son blog : « Si nous voulons faire connaître notre site, il faut commencer à trouver des scoops... »

[7Il s’agit de Renaud Matignon, celui-là même qui participera aux débuts de la revue Tel Quel.

[8J.-J. Lefrère n’a pas la plume légère. Il avait déjà critiqué vertement le Lautréamont de Steinmetz en Pléiade (cf. Lautréamont en Pléiade, le rendez-vous manqué). Il n’a pas été plus tendre avec la réédition des Oeuvres complètes de Rimbaud par André Guyaux dans la même collection (cf. Rimbaud dans une « Pléiade » sans étoiles). Si la polémique peut paraître sévère, on ne peut pas dire que Lefrère manque d’arguments. Cela lui vaut parfois des répliques bienvenues (c’est la loi du genre). Cf. Droit de réponse concernant la Chasse spirituelle et, du même auteur, Les vrais faussaires de La Chasse spirituelle d’Arthur Rimbaud .

[9Phrase évidemment détournée. Cf. Edgar Poe et La Lettre volée (The Purloined Letter) (I).

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4 Messages

  • A.G. | 1er janvier 2013 - 22:58 1

    Un témoignage dans le JOURNAL EN PUBLIC de MAURICE NADEAU

    En parlerai-je, n’en parlerai-je pas ?

    par Benoît Laureau

    Je pourrais me taire. Pour la raison que j’y suis fortement impliqué dans ce livre, et qu’il est de règle à La Quinzaine de ne pas commenter les ouvrages qui ont des rapports avec votre personne, vos activités extra-littéraires, vos amitiés. Cependant, je dirige ce journal, et je ne veux pas mettre vis-à-vis de moi l’un ou l’autre de ses collaborateurs dans le même embarras.

    Il s’agit du livre de Jean-Jacques Lefrère (il n’y apparaît que comme « postfacier ») intitulé La Chasse spirituelle, avec un nom d’auteur : Arthur Rimbaud, et, en 4e de couverture, une reproduction d’une page d’écriture, vraisemblablement, de Rimbaud.

    On se frotte les yeux : Jean-Jacques Lefrère aurait-il retrouvé le fameux manuscrit qui fit couler tant d’encre et donna lieu à une tonitruante affaire il y a soixante ans, à cause d’un faux qui portait ce titre ? Ou ne s’agit-il que d’appâter le lecteur ? En fait, cette Chasse spirituelle annoncée sous le nom de Rimbaud est le nom commun donné par Jean-Jacques Lefrère aux nombreux faux et pastiches qu’ont suscités les œuvres du poète. L’équivoque subsiste. Elle a été voulue par l’éditeur. On peut se demander pourquoi. [...]

    la suite dans La Quinzaine littéraire n°1074 du 15 décembre 2012.


  • A.G. | 15 décembre 2012 - 02:04 2

    Faits-glissades

    Dans Nadja (1927), Breton évoque ces « pétrifiantes coïncidences », ces « faits-glissades », ces « faits-précipices », « certains enchaînements, certains concours de circonstances qui passent de loin notre entendement » (O.C., tome I, p. 653). Dans l’Amour fou (1937), il donne cette définition du "hasard objectif" : « le hasard serait la forme de manifestation de la nécessité extérieure qui se fraie un chemin dans l’inconscient humain [...]. » (O.C., tome II)

    Dans ma chasse spirituelle, je venais de terminer la lecture du passionnant essai de Benoît XVI consacré à « L’enfance de Jésus », je vais sur le net, je recherche ce qu’on a pu en dire (peu de choses, excepté dans La Croix), je découvre que Voltaire — qui dédia sa pièce Mahomet à Benoît XIV, pape qu’il admirait — a été, semble-t-il, le premier à traduire des évangiles apocryphes (du grec apókryphos, qui veut dire « caché » ; mais aussi, « non authentique, douteux, suspect » selon le Larousse), dont l’évangile de l’enfance (on le trouve chez Rivages poche/Petite bibliothèque). Voltaire consacrera même un chapitre de son Dictionnaire Philosophique aux textes sacrés apocryphes. J’ouvre un de mes volumes des oeuvres de Voltaire en Pléiade, celui intitulé Mélanges, je le feuillette, m’attarde et tombe, à défaut d’évangile, sur un texte que j’ignorais. Il s’agit d’un pamphlet de Voltaire contre Maupertuis, publié en 1753 (à propos d’une querelle scientifique) dont le titre est Histoire du docteur Akakia et du natif de Saint-Malo (Pléiade, p. 289). Revoilà Akakia ! Et, cette fois, « médecin du pape » !

    Comme, après Breton, le pape, il est toujours bon de relire Voltaire, je vous laisse, sans malice, découvrir cette spirituelle facétie qui, elle, n’est pas un faux et que j’ai retrouvée sur la toile.

    PS : A signaler un article sur le livre de J.-J. Lefrère publié par La Cause Littéraire.


  • A.G. | 10 décembre 2012 - 16:22 3

    Après avoir réagi sur ce forum, Akakia — faut-il dire « welcome » ? — m’envoie un nouveau message par la poste, sous couvert d’anonymat. Il est net mais ma modestie m’interdit de reproduire son propos, trop louangeur à mon égard — mais comme il est vilain pour d’autres !
    La vérité n’est pas toujours au fond du puits. Ici et là, on s’interroge sur mon sens de l’anticipation et ma vitesse de réaction, je précise donc qu’on ne m’a pas envoyé le livre avant sa sortie... Qui va à sa place, perd la chasse !


  • AKakia | 8 décembre 2012 - 17:12 4

    Votre pub est une belle mystification. Bravo !

    Une connaisseuse

    Akakia