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La Chronique des Mots et des Maux (I)

Les Chefs gaulois fâchés avec les langues

D 27 novembre 2012     A par Viktor Kirtov - C 8 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’actualité n’a été que le déclencheur pour l’ouverture de cette nouvelle rubrique que nous espérons fructueuse, (fruchtbar dans la langue de Goethe, la langue des premiers de la classe européenne. On finit toujours par « emprunter » aux vainqueurs, comme nous allons le découvrir).

Comme aussi le furet du bois, Mesdames, elle courait, elle courait cette idée,
passée par ici, (bis) repassée par là. (bis).
Là voilà fixée sur la page, la première d’une série au fil de l’actualité et de l’humeur du moment...

Les Chefs gaulois fâchés avec les langues

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Par Ben, 1993, L’échafaudage et le mannequin de l’ouvrier font partie de l’oeuvre.
Le tout est installé sur un mur d’immeuble de la place Fréhel, à l’intersection de la rue de Belleville et de la rue Julien-Lacroix dans le 20e arrondissement de Paris

RUMP : François Fillon vient de proposer RUMP comme nom de son nouveau groupe à l’Assemblée. Le « Rassemblement UMP » (sic) Le Rassemblement ...de l’Union ! Pléonasme en vieux et nouveau françois.
Pas mieux dans la langue de Shakespeare, RUMP : croupion, fesses...
Un groupe croupion ! - « Mais où avez-vous la tête, François ! », lui aurait immédiatement twitté sa femme Pénélope, authentique Galloise et furieuse de ne pas avoir été consultée. Shocking !

*

Eclats de voix

Des mots à Meaux ?
Juste une querelle de bon voisinage...Vous entendez des voix !

Jean-François Copé [1]

*

Quand la langue fourche

"FURCHTBAR" vs "FRUCHTBAR" : le lapsus "effroyable" de Jean-Marc Ayrault

SIC... « Vous apportez une contribution à l’effroyable échange entre nos deux pays. »
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre en visite en Allemagne pour renouer le lien entre Paris et Berlin, rafraîchi depuis l’arrivée de François Hollande (sic).

Jean-Marc Ayrault a conclu sa visite par un discours en allemand. Bravo ! Problème : confusion entre "fruchtbar" et "furchtbar" (à la toute fin de la vidéo). Le premier mot signifie "fructueux" - (de Furcht, fruit), mais le second signifie... "effroyable" !

« Kolossal » fourchage de lanque ! Faux-ami lingual ! On finit toujours par être trahi pars ses amis se répétait l’ancien professeur d’allemand.

*

"SPECULATION" vs "SPECIALISATION " : Le Premier ministre s’était déjà essayé à l’exercice alors qu’il dévoilait, à Matignon, son "pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi" :

SIC... "Nous voulons favoriser la montée en gamme de nos entreprises. Cela signifie favoriser l’innovation et la spéculation".

Rires dans l’assistance. Et rattrapage expresse de Jean-Marc Ayrault : "La spécialisation", a immédiatement corrigé le Premier ministre.

Mais il n’a pas dit "Nous voulons favoriser la montée en flammes de nos entreprises" !

*

FRIENDLY

L’exemple vient de haut. François Hollande, dans sa lettre de félicitations à Barack Obama lors de sa réélection, avait ajouté de sa main, un plat « Friendly ». Sauf que cette traduction littérale, pour « amicalement », du Président de la France au Président du premier pays du monde, n’est pas au niveau. Juste au niveau d’un collégien du secondaire.

" L’adverbe usuel en anglais aurait été "sincerely" (américain) ou "faithfully" (britannique). Mais "friendly" est un adjectif et il faut un nom avec : "friendly regards" ou "friendly greetings."

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Les deux faces de François Hollande
Côté pile : "Friend" : écriture appliquée, droite, manquant d’ampleur, de caractère et de spontanéité. A contre-emploi dans le fond et dans la forme.
Côté face : la signature du vrai François Hollande, dans sa face épanouie, joviale, ouverte, de bonne compagnie avec ses rondeurs en même tant que l’ample signature ascendante dévoile l’ampleur de son ego et de son ambition, ...jusqu’à déborder sur le territoire d’Obama.


Que le niveau d’anglais de François Hollande ne soit pas au top, hélas, il n’est pas le seul, mais il est Président de la République et il a, au minimum, le devoir de se faire conseiller (bien conseiller). Qu’il n’y ait eu personne dans son entourage pour donner plus de brillant et de bonnes manières, c’est non seulement dommage, mais dommageable ! Une occasion, peut-être, de se pencher sur l’enseignement des langues dans nos collèges et à l’ENA. Et pour un ministre de l’Ecole en mal de réformes, une occasion d’en créer une qui pourrait faire date : pourquoi, à l’heure des échanges européens, l’Education Nationale dépense t-elle - à fonds perdus - ses rares deniers, pour former ses Professeurs des Ecoles à ânnoner l’anglais, plutôt que de systématiser le recrutement de locuteurs de langue maternelle anglaise, dans un "grand", ( ou un "vrai"- au choix) programme d’échanges... ? [2]...

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Mots de tête

Nicolas Sarkozy et Barack Obama

L’ancien président Nicolas Sarkozy, n’était pas non plus top en anglais, ce qu’il essayait de compenser par des manières cordiales et chaleureuses, voire un rien franchouillardes (trop, avec ses embrassades d’Angela Merkel - chez qui ces rapprochements physiques ne sont pas en usage et ne participent pas des bonnes manières teutones). Avec Obama, Sarkozy usait d’une autre proximité.

Ainsi, en 2008, Nicolas Sarkozy s’était fendu d’un "Cher Barak" manuscrit pour féliciter le président fraîchement élu, écorchant au passage l’orthographe de son prénom.

Shocking !

Pas seulement !

*

Sur amazon.fr :

Les mots de Sartre.

Les mots de les choses de Michel Foucault


Sollers, ses mots et maux de la semaine

La chronique de Philippe Twitters
(Le Point du 11 nov.)

Compétitivité

François Hollande est heureux, il rayonne, et il a raison. Il est là pour cinq ans, ses opposants accélèrent dans le vide, il tient bon, en pleine crise, avec un optimisme indestructible. Dans le film du match, il peut jouer tous les rôles : metteur en scène, acteur, arbitre, reporter. Il plaira de plus en plus aux journalistes, étant tour à tour normal, responsable, grave, désinvolte, humoristique. En tant qu’arbitre, il peut distribuer un carton jaune par-ci, un autre vert par-là, jamais de rouge, surtout, personne n’est exclu, c’est la sagesse corrézienne même. Le XV de France venant de battre l’Australie par 33 à 6, l’idéal serait de nommer l’étourdissant Michalak au Redressement productif. Il serait quand même plus entraînant, avec son maillot bleu, que Montebourg en marinière. Ni les Allemands ni les Américains ne jouent au rugby, voilà une chance à saisir.

Commémoration

Est-il bien raisonnable d’enterrer tous les morts des guerres dans une même commémoration ? Verdun, Pétain, de Gaulle, le Vietnam, l’Algérie, l’Irak sont-ils à mettre dans le même sac ? Le 11 novembre, la veuve du soldat inconnu pleure toujours, comme un fantôme, à l’Arc de Triomphe. La France a-t-elle disparu entre 1914 et 1918 ? Non, non, debout, à l’assaut, courage, et, encore une fois, vive Michalak !

Mariage

Le "mariage pour tous" est une magnifique expression, de même que "procréation médicalement assistée". Les religions se sont trompées, il n’y a pas de sexuellement correct. Un humoriste a dessiné deux religieux en train de manifester. L’un crie "À bas le mariage gay !", l’autre "Vive le mariage triste !" Pour l’adoption future, j’imagine un roman. Supposons que je sois une petite fille adoptée par deux hommes gay. J’ai ainsi deux pères qui n’arrêtent pas de s’émerveiller de mon existence. Deux pères, pour une fille, c’est inespéré, tandis que, pour un garçon, ce serait l’enfer. En revanche, si je suis un petit garçon, le fait d’avoir deux mères qui s’extasient sur mon cas me conviendrait parfaitement. Un inceste latent ? Laissez-moi rêver trente secondes.

Latin

Le 10 novembre, le pape Benoît XVI a créé, à Rome, une "académie de latinité". C’est une bonne décision : le grec et le latin classiques sont des continents dévastés, dont il est urgent, sauf obscurantisme, de ranimer la mémoire. Je vais m’inscrire à cette académie. Mon nom, "Sollers", qui, en latin, signifie habile, rusé, ingénieux (traduction du surnom d’Ulysse), m’assure un fauteuil de choix.Carpe diem ! Ad Majorem Dei Gloriam !

Philippe Sollers
La chronique de Philippe Twitters

*

A l’occasion, on peut aussi consulter "Le mot et la chose" (extrait du Forum pileface).

*

[1Dialogue apocryphe de pileface imputé au maire de Meaux.

[2Est-il plus difficile de leur donner des bases pédagogiques que de donner l’accent, les idiomes et la pratique de l’anglais à des adultes inadaptés et inadaptables à cet enseignement ? Ils n’ont pas étés formés pour ça. C’est plus qu’une utopie, c’est une erreur de persévérer dans cette voie

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5 Messages

  • Raymond Carbonneau | 28 novembre 2012 - 23:56 1

    Aujourd’hui [28 NOV.], anniversaire de Philippe Sollers.
    Des bonnes pensées pour lui.
    R.C.=


  • V. K. | 28 novembre 2012 - 18:35 2

    Un visiteur anonyme lance la boule des mots sur « successeur ». Vs suivant, les suites mathématiques, les mots des mathématiques... Notons tout d’abord que cet anonyme - sans nom donc - ne manque pas de mots à nous proposer.
    Cherchez l’erreur ! Ouvrons quand même le dialogue (assurés que cet oubli sera comblé lors du prochain post au casino pileface. Faîtes vos jeux !).

    ...« Successeur » dans les affaires de succession s’impose bien évidemment. (...Le père de François Fillon était notaire). Plus général, le successeur prend la suite d’un travail, d’une fonction, d’un état... En politique, on parle de succession. François Hollande a succédé à Nicolas Sarkozy.

    Au bordel des Armées, on disait plus volontiers, dixit Jacques Brel :

    Au suivant !

    Tout nu dans ma serviette qui me servait de pagne
    J’avais le rouge au front et le savon à la main
    Au suivant, au suivant
    J’avais juste vingt ans et nous étions cent vingt
    A être le suivant de celui qu’on suivait
    Au suivant, au suivant
    J’avais juste vingt ans et je me déniaisais
    Au bordel ambulant d’une armée en campagne
    Au suivant, au suivant

    Les mathématiques parlent plus volontiers de précédant/suivant dans les suites de nombres dont elles aiment se nourrir. Même si l’arithmétique de Peano préfère user du mot successeur, comme vous le soulignez. J’avoue que cette arithmétique m’était inconnue jusque là, mais j’adhère pleinement à son deuxième axiome :

    « Tout entier naturel a un unique successeur, »

    C’est clair, élevé, illuminé comme du Sollers en Paradis.
    Mais arithmétique cosmique, pleine de sagesse, mise en défaut lors de la dernière élection interne UMP. Les deux étaient de la partie, mais pas les dieux.

    Revenir aux fondamentaux,
    à la raison pure,
    aux suites mathématiques et leur dérivées !

    La musique aime aussi les suites, mais est-ce vraiment un hasard ? La musique est naturellement mathématique.

    Et le droit, grand contorsionniste des mots, finit bien par établir que « le successeur prend la suite d’une fonction, d’un état, d’un patrimoine, ...des subventions de son parti ».

    Successeur et suivant,
    même combat donc.
    CQFD.
    même combat pour le magot !
    le corollaire donc.

    Au suivant, au suivant.

    Il fallait un peu de suite dans les idées pour en arriver jusque là...
    Restent que La Suite anglaise n°2, de Bach (qu’affectionne Sollers) et les étonnantes suites de Fibonacci(*) - à coté de l’arithmétique de Peano - peuvent vous transporter bien au dessus du marigot.

    (*)document (pdf) pileface sur le nombre d’or. Section suites de Fibonacci - plusieurs occurrences.


    • Philippe ; je n’avais même pas pensé à mettre mon nom et mon adresse courrielière. Mon anonymation n’était qu’un mince oubli.
      Peano avait crée une langue : le Latino Sine Flexione, ensuite appelée Interlingua : je ne parle ni latin ni grec et ne les comprend pas, je ne peux donc point donner mon avis. Mais ça devrait être intéressant. Malheureusement il avait oublié de donner des instructions précises sur cette langue, qui est donc restée un peu sur le flou, en projet.
      Il y a aussi les courbes de Peano dont celle qui suit qui est en fait une fractale "laide", si on la compare au bonhomme apparemment plus complexe et "beau" et colorié de Mandelbrot. La fractale de Peano ; mais je ne sais pas s’il savait lui même que c’était une fractale, dont l’auto semblance (autosemejanza en espagnol) est moins évidente à voir et à noter.
      [...]
      Je ne suis en fait qu’un petit amateur. Mes connaissances en maths sont très limitées (deux ans d’Université, pas plus). Si j’en parle c’est à cause de Peano, que j’aime, et aussi bien sûr, parce qu’il ne devrait pas y avoir de grand fossé entre les maths et la littérature, et encore moins entre les maths et la philosophie. C’est faux que les lettres et les maths soient antagoniques.

  • anonyme | 28 novembre 2012 - 12:11 3

    Petites coquilles de nuit dans la presse écrite en Espagne légèrement traduites et un paradoxe à moi :

    - Demain commence la grève des médecins et des malades

    - Plus de deux gosses participent à la journée du minibasket

    - Cristine, 21 ans, très belle ; 120 seins

    - 8 de 3 accusés ont été relaxés

    - Une usine de vêtements usés

    - Une fracture au doigt droit du petit pied

    - 1+1>1 c’est plus vrai que 1+1=2 puisque 2, il faudrait d’abord savoir ce que c’est.

    sarda.es/2007/12/17/gazapos-en-prensa/


  • anonyme | 28 novembre 2012 - 03:46 4

    Si l’on voulait définir les nombres entiers, on pourrait dire ; car les mots en maths sont importants aussi ; que 1 existe et que 1+1 c’est plus que 1 ; et ainsi de suite (1+1+1 c’est plus que 1+1 ;...). Peano, qui aimait les maths et qui aimait les langues définissait les nombres naturels axiomatiquement ; en utilisant le mot "successeur" qui a un sens plus dynastique que mathématique, à mon avis, qu’il ne définissait pas ; c’est ce que j’ai esssayé de faire brevement ici. Car les maths ce n’est point du non langage ; bien au contraire.

    fr.wikipedia.org/wiki/Axiomes_de_Peano


  • A.G. | 28 novembre 2012 - 00:36 5

    RUMP. « Croupe », « croupion », mais aussi : « fion ».
    Après la désormais célèbre CONAR, Twitter n’a pas manqué de bondir sur l’occasion. Exemple piquant :

    L’honnêteté veut qu’on rappelle qu’avant le sens figuré, le Petit Larousse illustré définit le "fion" ainsi :
    « 1. donner le coup de fion : donner la dernière main à un ouvrage.
    2. Suisse. Mot piquant, moquerie.
    3. vulg. Anus. »

    Mon vieux Robert est plus prudent mais non moins intéressant :

    « FION, n. m. (1744) ; orig. obsc. ; peut-être altération de fignoler ?. Pop. Bonne tournure, cachet final, dernière main. Donner le fion (vieilli), le coup de fion. Il n’y manque qu’un petit coup de fion.
    « ... j’eus le loisir de ruminer ce projet et de lui donner le petit coup de fion nécessaire à sa présentation effective. » (Mac Orlan, Quai des brumes) »

    Il est curieux que personne n’ait relevé le sens historique et politique du nouveau RUMP.
    François Fillon ne se donne-t-il pas volontiers un côté british ? Cela aurait dû alerter.

    « Le Parlement croupion (anglais : Rump Parliament, rump signifiant « tronqué » ou « restant ») est ce qui reste du Long Parlement britannique suite à la Purge de Pride du 6 décembre 1648. Il va siéger du 6 décembre 1648 au 20 avril 1653. »

    L’inconscient de Fillon a-t-il non pas trahi mais révélé quelque chose ?

    Je vous laisse découvrir le sort de ce Parlement sur wikipedia.

    Avec la polysémie manifestement très ouverte des mots, on se demande bien de quoi le « peuple de droite », après le coup de Fillon, va écoper.