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CÉLINE : Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue

Au Docteur Gentil : 36 documents (1939-1948) mis en vente

D 22 mai 2011     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue de Louis-Ferdinand Céline au Docteur Alexandre Gentil de 1939 à 1948. Le catalogue des ventes Artcurial des 9 et 1O mai 2011 indique :

36 lettres et pièces a.s. (3 signées par pseudo, 3 non signées, 2 signées par Céline et Lucette, 1 signée seulement par Lucette), un total de 116 p., la plupart gr. in-4, d’autres de formats divers, certaines avec enveloppes (Paris, Copenhague, Korsor, Nice). Une carte postale a.s.

Le Dr. Alexandre Gentil, médecin militaire, est un ami de Céline et de Lucette méconnu. Ils se rencontrent au Val-de-Grâce en 1914, puis au Mont-valérien. Fortement marqué par la boucherie de 14-18, comme Céline, il revient éc ?uré et très critique. en 1933, Céline le recommande à son ami Charles Bonabel, chirurgien à Beaujon. sous l’Occupation, Gentil est membre du Cercle européen, que fréquenta Céline. il héberge des collaborateurs, certains envoyés par Céline. Gentil est l’un des premiers correspondants de Céline lorsqu’il est en prison. en 1945, celui-ci lui recommande sa secrétaire, Marie Canavaggia. Gentil est directeur et propriétaire de la Clinique et Maison de santé de Nogent-sur-Marne, spécialisée dans le traitement de la thyroïde. Ils ont de nombreux amis communs : Gen Paul, Le Vigan, Jo Varenne... et leurs confrères les docteurs Clément Camus et Auguste Bécard.

Leur correspondance, restée inédite depuis toutes ces années, est essentielle pour la compréhension des années noires de Céline, sa fuite et son exil. Epinglons quelques lettres de cette importante correspondance :


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- en sept. 1939, Céline vit chez sa mère rue Marsollier, dans le quartier de l’Opéra. sans emploi, il va tenter d’entrer comme médecin à l’Opéra Comique grâce à l’appui du Dr. Gentil. Les lettres sont violemment antisémites, Céline répète l’image du Juif prenant la place du Français... et puis la franc-maçonnerie. Dans ses premières lettres au Dr. Gentil, il ne cache pas son opinion, dit les choses telles qu’il les pense, alors qu’ensuite il s’exposera moins. ses lettres ne sont cependant pas dépourvues de son humour habituel : « Je suis pourri d’ambitions. On me dit qu’il n’y a pas de médecin à l’opéra, est-ce exact ? Qu’ils sont tous partis plus ou moins en zone libre... Pour raisons juives... Ces-bruits-m’affriolent...  ». « Pour l’O.C. [Opéra Comique] je me suis expliqué de travers. Je serai bien entendu infiniment flatté d’être de l’O.C. Mais tu sais le chant, moi... Je ne suis pas initié. Tandis que je suis féru, ravagé par la danse. Alors puisqu’il s’agit de mirages ! Je préfèrerais l’opéra. C’est dans ce sens que je t’écrivais. Et pour que simplement tu tâches de savoir par ?ceux’ de l’opéra s’ils ont des disponibilités éventuelles - lointaines... Vaguement possibles... A moins que la chose soit simplement comme je le soupçonne tout bonnement réservée aux juifs et aux internes. Dans ce cas il faudrait que je me dispose encore à provoquer l’émeute. C’est bien mon souci... »

- saint-Malo, s.d. Lettre décrivant saint-Malo, ville assiégée, meurtrie, mais où transparaît l’intense amitié de Céline : « Dans cet univers de fou, Saint-Malo n’est pas épargné tu t’en doutes ! Ils ne savent plus si ils nous chassent nous rasent nous brûlent nous assassinent nous font crever de fin, d’enculage ou de faim ! Enfin on rentrera au début de mars. Heureusement il fait beau, glorieux, mirifique ! [...] On peut mettre tous les plaisirs de vivre sur la grosseur d’une tête d’épingle ! Celui de rencontrer et de te connaître tient déjà de l’extravagance ! Ici rien trouvé d’azoté, d’hydraté ou de glycériné. Rien. Ils sont mêmes parvenus à boucher la mer. Plus un poisson ! Tout est défendu ! S’enculent ils au moins ?  »

- Carte postale, s.d., vue de saint-Malo : « Te voici aux grandes récoltes certainement ! Pendant que nous folâtrons au bord des océans. Nous irons te voir dans ta Thélème ! ».

- 1944. Preuve indéniable des liens importants qui reliaient les deux personnages, le Dr. Gentil est l’une des rares personnes que Céline avertit de son départ en juin 1944. Lettre du 15 juin 1944 : « Mon bien cher vieux, il a fallu d’une façon pressante partir à la campagne ! Bien chagrinés tous les deux de ne t’avoir pas vu avant le départ ! Mais je n’osais pas téléphoner, j’espère que ce ne sera pas long. » Ce voyage durera sept ans et produira trois livres. Nous apprenons qu’à sa demande et à mots couverts, le Dr. Gentil « recevra » - il faudrait lire « mettra à l’abri » -, Gen Paul et Le Vigan.

- A Copenhague, Gentil sera l’un des premiers correspondants de Céline et Lucette. Dans la lettre du 2 août [1945], il est obligé de changer d’adresse postale et prend le pseudonyme de Courtial (personnage de Mort à Crédit), à l’adresse du maître de ballet Bartholin... il se plaint de sa maladie, de son impossibilité de voyager et de sa solitude, du froid... il est tragiquement prophétique sur la durée de son exil... : « Comme je voudrais être là-bas avec vous ! Ici l’isolement intellectuel est total. Hélas je suis encore trop malade pour pouvoir remuer - et surtout voyager... Peux-tu nous donner par lettre la température de l’époque et de « la ville » Nous ne recevons pas un journal français ! Je suis condamné au Times... 6 ans, 3 ans, 7 ? Bien affectueusement. Henri Courtial ».

- Le 30 août 1945, il continue d’écrire sous le nom de Lucette Almanzor et transforme son écriture, message codé certainement, annonce la mort de sa mère. il aimerait voir et parler avec le Dr. Gentil.

- Le 4 sept. 1945, ne recevant aucune réponse, il demande à Gentil de modifier l’adresse : « un certain imbroglio de lettres me fait pense qu’à Courtial il y a un peu de mystère et que l’on m’a fait sauter du courrier  ». il donne donc le nom de jeune fille de Lucette, Almanzor :

« c’est plus sûr et le nom est réel et ne fera pas ?tiquer’ ... dans notre cas. ... J’ai bien mal à la tête et au bras j’aurais grand besoin de tes soins et de ta conversation. Je ne vis ici qu’en état d’isolement moral quasi-total ! ... Les jours passent lourds comme du plomb. »

- sept. 1945, il demande à son ami de supprimer son pseudonyme « Courtial » de leur correspondance : « Je m’appelle Lucette Almanzor ». Très virulent contre Gen Paul : « Il est dans la tradition des peintres ivrognes et maudits. Son rêve d’ailleurs c’est que tout le monde crève sur la butte. Et qu’il demeure seul avec tout le vin et toutes les filles. C’est un monstrueux égoïste délirant et l’esprit du mal, c’est le diable.[...] Le Vigan était aussi diabolique que lui mais il est déjà lui au poteau. Quelle joie pour Gen Paul ! ». La lecture est son passe-temps : « Vive les vieux auteurs ils ont tout dit je me gave de la Revue des Deux Mondes vers 1890. Les sources de notre vilaine aventure sont là. Je pousse mon roman mais il me fait bien mal à la tête... Dans une autre vie je t’assure que je ne me dévouerai plus pour personne. Je me ferai faire un passeport animal. J’irai à quatre pattes. Je renierai les hommes. »


Lettre avec écriture contrefaite (cf. vidéo).
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- Le 15 sept., Céline et Lucette répondent collégialement à la première lettre de Gentil, qui est finalement arrivée. ils ont encore l’angoisse d’être découverts, déguisent leurs écritures et usent de nouveaux pseudonymes : Céline est Lucie, et Lucette devient Georgette... « Vous pensez si votre lettre a été fêtée par nous deux ! Ma fille Georgette que vous connaissez était aux anges...C’est bien la première lettre nous donnant vraiment des nouvelles que nous recevons depuis le passage du cyclone sauf pour m’apprendre la fin de ma malheureuse mère... elle est morte je crois au fond de chagrin. » espère revoir le docteur, l’attend impatiemment, annonce que sa petite Georgette va donner des cours de castagnettes et fournit des indications très personnelles sur leur hôte : « M. Bartholin, [...] maître de ballet il est à demi israélite, c’est un homme charmant. Vous savez que j’ai toujours vécu entouré d’Israélites. On me l’a assez reproché. Cette race est appelée à diriger le monde, son intelligence leur en donne les droits et je dis toujours à ma petite Georgette que rien ne vaut une amitié israélite. Elle s’en rend compte.  » sa vision de l’homosexualité est très ambigüe : « M. Bartholin je dois cependant ajouter est nettement porté sur le sexe fort. Evidemment je n’ai plus l’âge ni les pensées assez badines pour regretter quoi que ce soit ».

il voudrait avoir des nouvelles de Jo Varenne (propriétaire du Moulin de la Galette). A mots déguisés, il soumet au docteur son avis sur son état judiciaire : « Je traîne encore bien péniblement mon état. Il me faudrait sans doute m’affirme-t-on ici une opération ? (L’amnystie [son amnistie] l’appellent-ils à peu près...). Qu’en pensez vous ? Mais c’est une opération grave et rarement tentée ».

- Toujours en signant du nom de son épouse, L. Almanzor, il s’inquiète au sujet de sa secrétaire Marie Carnavaggia : « Si tu es assez gentil pour lui téléphoner et la voir tu feras rapidement le diagnostic - Je ne voudrais pour rien au monde qu’il lui arrive une histoire je lui ai dit de ne plus m’écrire avant un mois. Je ne lui écrirai plus non plus. Je ne sais pas quel vent souffle ? C’est une amie extrêmement précieuse infiniment dévouée, trop dévouée.  »

A cette lettre, Céline joint une liste de clefs de lecture des noms employés dans sa lettre : « Pour l’intelligence de cette lettre : Henri c’est moi et Courtial, Montcalm = Bouvilliers un ami acteur qui vient de perdre un enfant, le mécène = Bignou marchand de tableaux »... ses commentaires sur Marie Carnavaggia deviennent crus, voire cruels : elle « est admirable mais imbaisable tu t’en rendras compte - Donc platonique et hystérique - et Corse. Jalouse de Lucette à en crever etc. ».

- Longue lettre du 7 oct. 1945. Céline vient d’être reconnu dans la rue par une femme mariée à un français. : « Une connasse... Qui venait voir ses parents ! Pépin bien sur elle a écrit à Paris qu’elle m’avait rencontré ! Et hier Radio Brazzaville annonçait brutalement d’ailleurs ?L’écrivain français pro allemand X qui s’était réfugié à Lisbonne est à présent à Copenhague’, c’est tout mais cela suffit... » il a des regrets au sujet de sa mère : « J’ai bien du remords de n’avoir pu m’occuper d’avantage de la pauvre femme. J’ai été dur avec elle et je l’aimais bien au fond. Mais j’ai eu moi-même une vie si brutale et si pourchassée que je me suis durci fatalement à un degré désastreux - mais j’ai hérité des bretons une nostalgie des cimetières qui ne me lâche plus. » sur son séjour à Sigmaringen et ses compagnons forcés :

« Je n’ai trouvé là-bas dans le groupe que trois véritables patriotes Laval que je n’aime pas, le Dr. Jacquot et moi-même - patriotes absolus déroulédiens fourvoyés-trompés. » il termine en évoquant la politique française vue de Copenhague : « D’ici 10 ans il n’y aura pas un juif qui n’ait été à Buchenwald et dévoré quarante et une fois vif par les chiens nazis. Pas Blum toujours ! Ni Daladier ni Raynaud ! Ils ont été traités cent mille fois mieux que nous par les Niebelung ! Ni Henriot le gros laid ! On ne sait de quel côté dégueuler davantage. »

Sévère sur Elsa Triolet : « Encore une mièvre petite conne ! Quel salsifis son jus pas plus que son mari Aragon ! Cette Elsa Triolet qui est russe avait traduit pour les soviets mon Voyage qu’elle avait d’ailleurs amplement truqué, falsifié, etc... »

- L.A., après le 15 oct. 1945 exécution de Pierre Laval], manque le premier feuillet. sur l’exécution de Pierre Laval et ses souvenirs du gouvernement en exil à Sigmaringen, il l’excuse et lui donne une place de martyr : « pense que je l’ai vu de très près je l’ai soigné, [...] Il était pacifique très pacifique, il détestait la violence et les guerres. Il était patriote, très patriote à sa façon bigote, pas raciste, bien sur mais nationaliste. Il aimait la France très profondément, ce qui n’était pas du tout la règle parmi ses ministres. Certainement qu’il a lutté tant qu’il a pu et avec succès contre les allemands. [...] Aucun doute c’est donc bien un martyr. Il faut être tombé bien bas dans la bêtise et la haine pour le fusiller ».

- vers nov. 1945. Importante lettre de 7 p., entête ms. de Lucette Almanzor. rapporte ce qu’il a enduré à Neurupin, puis à Sigmaringen, sa non-implication : « moi j’ai pratiqué la médecine uniquement la médecine et le défaitisme. Le malheureux Le Vigan a gueulé au micro ! Il est tombé dans le piège. [...] J’avais l’alibi médical. Lui il n’avait plus que l’usine ! Soumis et lèche cul et serviable - Il a eu un peu à bouffer [plus] que nous Lucette et le chat et nous avons continué à crever stoïquement de faim à coté des ministres qui bouffaient eux 4 rations par jour. On nous a logé pire que des porcs et quel travail de jour et de nuit ! Sans médicaments sans lumière ! Un martyr ! Et bombardés ! Et menacés ! Et espionnés ! [...] Je me sens encore l’âme beaucoup plus souffrante et mal foutue que mon portrait. Et les fumiers qui me salissent. [...] Je n’aime pas l’Allemagne et les allemands. Mes goûts vont vers l’Angleterre et les Amériques où j’ai passé ma jeunesse. [...] Mais je me suis sacrifié pour que les boucheries finissent ! merde qu’elle réussite ! C’est moi que l’on tient à éventrer ! Qu’ils crèvent désormais tous [...] Le cynisme seul est intelligent. [...] Lorsque les Fritz étaient au sommet de leur courbe, avant Stalingrad, que l’on les croyait gagnants. [...] et que j’aurais eu 100000 raisons de profiter des circonstances je leur ai chié dans les doigts, je les ai traité aussi insolemment que possible. Je n’aime pas les vainqueurs.  »

- Le 23 oct. /1945, à la demande de Gentil, il doit calmer ses élans, mais est plus que jamais nihiliste : « Bien entendu je me conforme à tes ordonnances - Je ne parlerai plus que de poésie - [...] d’ailleurs autre atmosphère autre climat - je n’intéresse personne ici... ils se foutent pas mal d’un scribouilleur étranger - Ils ont d’autres chats ! Dans l’exil d’ailleurs tout se délave, fane, nettoye, s’évapore s’il n’y a pas un perpétuel tisonage de l’hystérie il n’y a plus grand-chose il n’y a plus rien... tout le monde au fond se fout de tout. »

- Le 28 oct. 1945, Céline envoie une coupure de presse, annotée et légendée, à propos de l’ambiance au Danemark tellement plus dégagée que l’hypocrisie française : « Il n’ y a plus de censure ici - Tu peux le voir par la coupure que je t’envoie à propos d’une visite des maquisards Danois à Stockholm parue dans « Politiken » le plus grand journal Danois - » « Les Libérateurs Danois à Stockholm / Que l’on se dirait aux bons vieux jours de la Gestapo ! » -

Très importante et longue lettre courant novembre 1945, 8 p. écriture très serrée, couvrant toute la page. Très virulent sur l’état politique et social désastreux de la France, il est sans cesse dans la référence historique, l’exclamation. Approximatif dans les chiffres, du plus pur style célinien : « Tu me dépeints admirablement une atmosphère de haine et d’hystérie politique dont la France est toujours chroniquement malade avec accès de haute fièvre cyclique - St Barthélemy-91-71 etc... Il faut avoir été a Buchenwald pour être vraiment français respectable - les 100 000 morts de cette guerre [ ! ?] Font infiniment plus de tapage que les 2 millions de l’autre - Le cinéma et la radio sont passés par là. - Je crois que ceux qui ont joué Buchenwald ! sont aussi idiots que ceux qui ont joués collabo. Ils auraient tirés de toutes les manières les marrons du feu pour les trusts étrangers. La France n’a rien à voir dans cette histoire. Cocus partout - En haut les hystériques mégalomanes en bas ces moutons furieux- tu as raisons je me ronge aussi de nostalgie pour des prunes. [...] Les miens sont en ce moment trop méchants - ils faut qu’ils se bouffent. [...] Les traîtres sont tout de mêmes trop rares pour éponger toutes cette colère... »

Il a très froid, mais écrit son roman (Féerie...). Bartholin est malade : il « a fait soudainement la syphilis du tertiaire plein le visage et le corps - il est affreux - il ne s’en doutait pas - il a du se faire enculer par un vilain matelot- le chancre rectal est passé inaperçu - La vérole et la gono font d’ailleurs de forts ravages dans ce pays autrefois indemne ». Prophétise la mort violente de Denoël, qui sera effectivement assassiné le 2 décembre 45 : « Mon éditeur Denoël est en passe d’emmerdements. J’ai grand peur qu’on l’épure pour finir ». revient sur Buchenwald, avec une vision très personnelle : « La véritable histoire de Buchenwald doit être curieuse à connaître. Je suis persuadé qu’au fond de ces horreurs certains détenus ont connu une relative bonne vie, et certains ont fait fortune au marché noir [...] Il y a toujours quelque chose de plus abject de plus fumier que les pires bagnes que les pires institutions - c’est l’homme - il n’est jamais surpassé. ... L’humanité se débat dans le grotesque et le massacre et la pourriture - ce sont des bouffons de charnier. Pauvres moteurs à merde leur sort est merdeux comme le reste ». Veut savoir à quel prix sont vendu ses livres sur les quais, le Voyage. « Il faut être anti-allemand, ?philosémite’ et républicain. Ou cesser d’être français... Moi qui était si bien anarchiste qu’ai-je été me foutre sous un pavillon de connards ! Et perdants en plus ! Et cocus ! Hais ! Honnis ! Massacres ! » Le Dr. Gentil s’inquiète de leur situation pécuniaire : « Nous pouvons toujours très bien tenir quatre et cinq ans - [...] d’ici là je bouffe les bénéfices du Voyage [au bout de la nuit] Le grand succès de l’époque. Il m’a valu tant de prunes qu’il peut bien à présent me sauver la mise. »

- Céline fête l’amnistie du 11 nov. : « Voici un anniversaire charmant. A quoi bon s’être donné tant de mal dans la première pour finir si pitoyablement ? Quelle duperie de la terre au ciel ! Je dégueule ma vie quand j’y pense, je me dégueule de connerie crédule de dévouement perdu ! Je suis le monument de ce qu’il ne faut pas faire. « le Con ». se plaint de sa situation d’exilé sans espoir de retour : « C’est la plus cruelle des conditions lorsqu’à 52 ans infirme ton sort t’est arraché sans perspective d’en retrouver jamais un autre. Car enfin je n’ai guère d’espoir d’être jamais accueilli nulle part de mon vivant - l’Aryen errant connaît un sort bien plus infect que le juif errant - les amis de l’Aryen sont faibles et rarissimes les amis des juifs sont puissants et innombrables - [...] Si l’aryen marqué se fait connaître tous les chiens sont lâchés-Point de merci pour lui - Sa peine n’existe pas - je n’ai jamais si bien senti la flétrissure qu’ici dans mes conditions - elle est implacable. »

- Lettre percutante (s.d., après 1945 ?), titrée « Quelques vérités ». Litanie virulente et implacable, sur sa vision de l’occupation, et sur sa défense : « J’étais détesté par Vichy - Mes livres y étaient interdits- Les Beaux Draps saisis par la Police (Bousquet) J’étais détesté par les Abetz. Je n’ai jamais été ni reçu ni invité à l’Ambassade (Je n’y aurais pas été). J’étais détesté par Berlin. Tous mes livres furent interdits en Allemagne du jour de l’entrée d’Hitler (y compris les antisémites)... Je n’ai jamais pu savoir en quoi j’étais collaborateur. Je n’ai rien gagné avec les allemands j’ai ... tout perdu. Toute ma vie a été un cauchemar Je peux en dégueuler moi dans le Rhin. J’ai... de quoi le faire déborder ! ...Il s’agit surtout de me faire crever pour le Voyage au bout de la nuit, qui m’a valu des jalousies inexpiables. Bien sûr j’ai donné les prétextes les alibis ! J’ai tout fait pour mes ennemis ! Je me suis offert. Quel con !  »

- Le 27 juillet 48, Korsor. Chez Mikkelsen. reçoit la première lettre de Gentil depuis près de 2 ans et demi, est très malheureux de ses trop longs silences : « Quel chagrin tu nous as fait en ne nous écrivant plus - nous qui t’aimions tant et n’avons point cesser de t’aimer
- Je sais bien les circonstances... mais tu n’as plus rien à craindre du tout. Mon courrier n’est ni ouvert ni surveillé- je suis présumé libre sur parole - [...] tu peux écrire en toute tranquillité
 ». L’invite chaleureusement maintenant qu’il mange à sa faim et qu’il se sent libre : « Il faudrait que tu amènes - 1 paire de draps 1 oreiller _ - du sucre et du café- Le reste ça va ! »

- Le 4 août 48, Korsor. Très longue lettre sur sa misère physique : « je ne voyais plus clair, j’avais perdu 48 kilos. Je n’en suis pas tout à fait sorti. Je suis encore pourri de rhumatismes. Je suis resté 6 mois à l’hôpital- Et puis on m’a remis en prison - et puis je suis tombé à en crever etc... et j’ai acquis ce que je n’avais jamais connu une de ces haines pour la horde humaine. Moi qui ne leur ai jamais voulu de mal que du bien !  » Parle en bien du livre de Marcel Aymé Uranus, lui demande de ne pas s’inquiéter pour leur correspondance : « ni de Judex, ni de Fantômas dans les environs. Je n’intéresse personne et on se fout énormément des folies françaises pures cornichoneries d’hystériques, miteux pour ces gens prosaïques matérialistes américanophiles... »

- L.T., 27 sept. 1945, demande de réforme N° 1 avec pension. env. adressée au Dr. Gentil le 25 8 48.

- Plusieurs lettres non datées. On apprend que Céline conduisait une moto et qu’il commandait lui-même à un fermier ses peaux de moutons : « Je voulais avoir trois peaux de moutons à poils très longs, bruts, comme ceux du manteau de ma femme. » / - Lettre importante écrite par Lucette qui nous donne toutes les mensurations de Céline et Lucette afin de confectionner leur vêtement sur mesure. / - Lettre signée L.F., suite de la précédente. Céline se met d’accord sur le tissu, la couleur, le jour de livraisons, et l’invite à dormir chez eux. /

- Portrait photographique d’époque de Céline en 1944 [8,8 cm x 5,8 cm], annoté par Céline au verso : « Chez les Nibelungen police » (repr. dans Fr. Gibault, « Céline 1944-1961 », Mercure de France, 1985, p. 16, avec légende de Céline : « Photo prise par la Police allemande de Neurupin Prusse pendant notre internement au bureau de Kratzlin 1943 »). Document de la plus grande rareté.

Nous remercions Monsieur Eric Mazet, coauteur avec Gaël Richard et Jean-Paul Louis du Dictionnaire de la correspondance Céline (à paraître), de nous avons donné des détails biographiques sur Alexandre Gentil.

90 000 - 100 000 ?

Crédit : catalogue de vente Artcurial

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D’autres correspondances

Louis-Ferdinand Celine :

L.A. à Jeanne Le Gallou, amie de Quimper et au peintre Henri Mahé, 1947

2 p. in-folio. Copenhague
, chez Mikkelsen, 7 juin [1947].


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Incomplète. Raconte les difficiles conditions de vie après sa sortie de prison à sa « Chère Jeannette » : « Lucette a pu tenir seule de harengs fumés et de lait écrémé ! (nourriture de cochons). Pour ma part, cette bonne gamelle des prisons du roi Christian X [roi du Danemark] m’a tenu en vie, mais pas fort ». sa santé en a été fragilisée : « On m’a emporté à l’hôpital avec une pellagre grave (maladie que l’on avait pas vue depuis 200 ans !) et puis une mycose généralisée attrapée en cellule. Que je ne pouvais plus ni me coucher ni m’assoir tellement j’étais à vif. » A propos de la réédition de « Mort à Crédit » : « Mes amis juifs [mot souligné] d’Amérique ont fait le nécessaire. ils m’adorent. Je ne parle pas des Aryens, fumiers et cie. Je divise d’ailleurs l’humanité en 3 catégories, les persécutés, les persécuteurs et les voyeurs. Je crois que les voyeurs m’éc ?urent encore au maximum : Je trouve pour eux la bombe atomique d’un kilo bien petite ! Au moins une tonne !  » Dans la suite de la lettre (incomplète) adressée à Henri Mahé, il parle de sa défense par trois avocats. « Un 4e ? Certes ! Pourquoi pas ? Comme les mousquetaires. » Demande aussi l’adresse de l’actrice Marie Bell, qui doit venir le voir avec maître Naud, son défenseur français.

Bibliographie : Céline, Lettres, Pléiade, n° 47-44.

1 200 - 1 500 ?

vent_artcurial9-05-2011-1.pdf] 9 et 10 mai 2011.

*


Un dessin original de Céline, 1936

Fusain sur papier fort à grain. 49 x 60,8 cm.


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signé et daté bord droit bas, « L.F. Céline. Oct. 36. », restaurations. L’ ?uvre de Céline est riche en bateaux pris dans la tempête ; dans « Mort à crédit », son père lui-même en dessine de manière obsessionnelle : « Pour éviter la rancune, il s’est lancé dans l’aquarelle. il en faisait le soir après la soupe. Je le voyais tard dessiner, des bateaux surtout, des navires sur l’océan, des trois mâts par forte brise, en couleurs. »

Provenance :

présenté par Gen Paul au restaurateur Raymond Bois, Céline dîna souvent au restaurant de ce nouvel ami ; en échange de ces repas servis gratuitement, l’écrivain lui fit don de livres et du présent dessin.

Estimation : 800 - 1000 ?

Crédit : Catalogue vente Livres et Manuscrits, Artcurial, Paris - 9 10 Mai 2011

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2 Messages

  • Daniel Frieden (Suisse) | 12 octobre 2015 - 00:19 1

    je suis un admirateur sans borne pour l’ecrivain Louis Ferdenand Destouches dit Celine je ne comprends pas et je ne comprenfrais jamais pourquoi la France s’obstine a ne pas lui reconnaitre son merite ah oui ces positions personelles il n’a jamais collabore avec les Allemands il s’est laisse entraine dans une folle aventure mais jamais il n’a fait de mal,lui n’a pas ete le resistant de la derniere heure comme certains de ses confreres quel gachis,la preuve il a ete comdmne a 1 an de prison avec sursis, mais par contre apres la bonne intelligentia Francaise et Parisienne lui a tourne le dos comme si cetait un malpropre il en etait loin et il s’en fichait des honneures il est mort tranquillement dans sa petite maison de Meudon pres Paris cest le plus grand auteur de ce 20eme siecle n’en deplaisent a quiconque.


  • D.B. | 28 mai 2011 - 08:57 2

    S’agissant de correspondance, on signale la parution dans la collection Folio d’un volume regroupant plus de deux cents de Lettres à la N.R.F., préfacé par Philippe Sollers.