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Forum du nouvel Obs

D 13 février 2006     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Forum du 13/02/2006 avec Philippe Sollers, (écrivain, membre du comité de lecture des éditions Gallimard, éditorialiste, auteur d’"Une vie divine" sorti en janvier 2006 (Edit. Gallimard))
Thème : libre

Question : La provoc intox du « bonheur » ?

Les trente premières pages de « une vie divine » reprennent in extenso, le texte que vous aviez déjà publié dans l’Infini -Automne 2004- sous le titre « Le Sujet ». Une différence notable, toutefois, l’exergue a changé. L’exergue de « une vie divine » propulse le livre dans la direction affichée du bonheur, alors que pour le « Sujet » « Son corps est comme du bois mort... » c’était nettement moins folichon.

Q1 : Changement de trajectoire, en cours de rédaction par rapport au projet initial du livre ?
Où en étiez-vous dans le projet du livre, à ce moment là ? Et comment « bâtit-on » un livre comme ça (avec ses « citations-montrations » entrelacées naturellement au fil du texte), au sens artisan maçon , ou artisan-tisserand ?


Q2 :
Si on relit votre « Portrait du joueur » et la page que vous consacrez au « bonheur », je suis frappé d’y voir un fatalisme accepté dans une vie sans lendemain, plus même, du pathétique derrière la volonté de s’enivrer au bonheur et à la jouissance. Un nihilisme de fond derrière la jubilation de forme. Mais attention, pas le nihilisme de la plèbe, un nihilisme qui a de la gueule, long en bouche comme un Margaux, un nihilisme aristocratique, quoi ! Pourquoi êtes-vous si peu décrypté alors que vous attaquez à découvert ? Vainqueur en secret ?
Viktor Kirtov

Réponse : Merci de vos très bonnes questions. La première citation était chinoise, la deuxième est de Nietzsche qui a pris au cou le livre et une importance croissante. Votre question aurait du porter sur le fait que le bonheur découvert nous libérait de milliers d’années de labyrinthe. D’où la question cruciale qui ne vous a sûrement pas échappée, du changement de calendrier. Nous sommes en 118, n’est-ce pas, et non pas en 2006.

Question de vie et de mort

Si je vous ai bien lu, question respect de la matière vivante, vous vous retrouvez « plutôt » du côté du pape - c’est comme ça - contre les aventures de clonage de tout poil. La vie, c’est quand même quelque chose !

Q1 : Votre respect de la vie, vous laisse-t-il, encore, aux côtés du pape pour ce qui est du suicide ?

Q2 : En ce temps où l’on « brûle tout », vous le dîtes dans « une vie divine », êtes vous plutôt « urne » ou plutôt inhumation dans la terre ?

Q subsidiaire : Plutôt Père Lachaise ou plutôt Ars-en-Ré ?
V.K.

Réponse : Pour toutes les questions anthropologiques, qui sont loin d’être les plus importantes, je trouve que le pape dit ce qu’il faut. Vous avez sûrement vu que je comptais être enterré à Ars-en-Ré, près du carré des aviateurs anglais, néo-zélandais et australiens qui sont venus se battre au-dessus de cette île entre 1940 et 1942 pour ma liberté. J’y tiens d’autant plus que l’ancienne maison de mes parents a été rasée par les nazis pendant cette période.

Quoi, demain ?

Que nous prépare Philippe Sollers pour l’année ou les deux ans qui viennent ?
V.K.

Réponse : Vous verrez bien. En général, je reste très discret sur mes intentions.

Question de vocabulaire

« Oedipe doit fonctionner, c’est une loi. Veut-il baiser sa mère, Oui ou merde ? Je serais à sa place, je n’hésiterais pas. Je tue ce vieux con, à moi la déesse. »

Du Sollers ?

_ Mais oui, mais non, oui et non.

Quasiment pas de critique pour souligner l’infléchissement du vocabulaire de « Une vie divine ». Pourtant, l’auteur fait demander par Monseigneur à son ami Horatio, en clair, « à découvert », dans un lieu mythique, qui serait plus médiatique, même, que le cimetière de Jarnac, si la scène se passait aujourd’hui... :
— « Parlons-nous français ?
— Parfaitement. Mieux que la grande majorité des indigènes »

... Imaginez le retentissement, si la scène se passait aujourd’hui !

Au delà du côté Précieuses Ridicules de Ludi épinglée pour : « c’est chiant » et quelques broutilles,
au delà du côté notation sociologique avec les « nouvelles citations » prises cette-fois ci dans le « parler-banlieue », comme cette torsion littéraire du « Nique Ta Mère » en exergue de cette question,
n’y a-t-il pas une prise de conscience, et un parti-pris, après beaucoup d’autres, de déplacer le curseur du vocabulaire de la littérature ?
Civilisation du retour à l’oral et au visuel ?
Cycle long de l’éternel retour, derrière les faux-semblants de la « high tech » ?
V.K.

Réponse : Cher Viktor Kirtov, vous êtes parti pour écrire un essai sur ce livre et les autres. Mais vous comprendrez que nous ne pouvons pas monopoliser ce lieu d’interlocution.

Question de calendrier ?

Dans votre main droite, le calendrier chrétien marqueur précis et universel des transactions financières, à travers le monde, la date qui fait foi. Vous ne manquez pas d’insister sur ce fait dans vos interviewes.

Dans votre main gauche (ou l’inverse, comme vous voulez), le nouveau calendrier de l’ère du Salut. Jour 1, an 1 des temps nouveaux calés sur la date de proclamation de la « Loi contre le christianisme », dernière page de l’Antéchrist... le 30 septembre 1888. Pour s’imposer, ce calendrier, cela va de soi, doit être aussi précis et rigoureux que celui qui sert à dater nos chèques.
Dernière page de « une vie divine » : « Paris, le 30 septembre 118 ». En clair : 30 septembre 2006.

... Un livre publié avant que d’être terminé !

Tiens donc ! En littérature, ce ne serait pas la première fois. Ceci ne vous a pas échappé, j’en suis sûr, et ma remarque est futile quand la couverture porte le titre « roman », mais je suis émerveillé du soin avec lequel vous mystifiez tous vos interlocuteurs à la radio, pour leur expliquer, leur démontrer même, comme une évidence mathématique, la date du 30 septembre 118, date de fin affichée de rédaction du livre. Et personne pour vous contredire.
Je sais bien que « l’écriture se termine à la lecture »...

Question anecdotique quand même :
Pourquoi n’avez-vous pas daté « Paris, le 30 septembre 117 » ?

Question subsidiaire :
Philippe Sollers ne s’emmêle t-il jamais dans les chiffres ? Réponse les yeux dans les yeux. (Non mitterandienne SVP).
V.K.

Réponse : Votre question rejoint la précédente et vous êtes un des très rares personnes à avoir remarqué cette nouvelle datation. Croyez-moi j’ai interrogé les meilleurs spécialistes de Nietzsche et ils n’avaient aucune idée de ce que pouvait signifier cette date. Nous pourrions continuer longtemps mais à bientôt.

oOo

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